Fritz Lang : rétrospective personnelle

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Jeremy Fox »

Sybille wrote:Et quels sont les 2 autres :?:
Moonfleet et le Dytique hindou avec juste derrière, The Big Heat.
riqueuniee
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by riqueuniee »

Sybille wrote:Et quels sont les 2 autres :?:
Son pseudo aurait pu te donner un indice pour un des titres...
Super Soul
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Super Soul »

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Programme orgiaque à la Cinémathèque, à partir du 19 octobre prochain :o
http://www.cinematheque.fr/fr/dans-sall ... g,417.html
Je parle pas aux mecs qui ont une scène de chasse sur leur pull
bickle
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by bickle »

Personnellement, je suis raide dingue de "M", que j'ai étudié à la fac en cours de cinéma. Je me souviens en particulier du décorticage de la séance d'ouverture : "Elsie... Elsie Beckmann", la cage d'escalier vide, le ballon dans le terrain vague... je ne m'en suis jamais remis ! Je me surprends d'ailleurs parfois à sifloter l'air de Peer Gynt, c'est dire :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Jeremy Fox »

bickle wrote: Je me surprends d'ailleurs parfois à sifloter l'air de Peer Gynt, c'est dire :wink:
Inquiétant quand même ; je préfère ne pas te croiser au coin d'une rue sombre du coup :mrgreen:
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Watkinssien
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Watkinssien »

bickle wrote:Personnellement, je suis raide dingue de "M", que j'ai étudié à la fac en cours de cinéma. Je me souviens en particulier du décorticage de la séance d'ouverture : "Elsie... Elsie Beckmann", la cage d'escalier vide, le ballon dans le terrain vague... je ne m'en suis jamais remis ! Je me surprends d'ailleurs parfois à sifloter l'air de Peer Gynt, c'est dire :wink:
M est une pure leçon de cinéma ainsi qu'un pur chef-d'oeuvre... Je ne me suis également jamais remis de sa puissance d'évocation...
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Mother, I miss you :(
bickle
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by bickle »

On pourrait lancer un fan-club, "Les amis de M le maudit" :wink:
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Kevin95
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Kevin95 »

Watkinssien wrote:M est une pure leçon de cinéma ainsi qu'un pur chef-d'oeuvre... Je ne me suis également jamais remis de sa puissance d'évocation...
Génial cinématographiquement mais aussi d'une incroyable force à travers les questions morales que le film pose et qui vous sert les tripes comme le font les plus grandes œuvres. La scène de confession me fait véritablement mal au ventre en raison de sa beauté et de sa puissance artistique et humaine.

J'ai du le voir une dizaine de fois et le film me fait toujours le même effet.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
bickle
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by bickle »

Jeremy Fox wrote:
bickle wrote: Je me surprends d'ailleurs parfois à sifloter l'air de Peer Gynt, c'est dire :wink:
Inquiétant quand même ; je préfère ne pas te croiser au coin d'une rue sombre du coup :mrgreen:
Ach... ché suis dékoufert !
Federico
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by Federico »

A l’occasion de l’exposition "Metropolis" à la Cinémathèque Française, l'ami Fritz sera à l'honneur sur France Culture dans la soirée du samedi 5/11.

D'abord dans l'émission Fiction / Drôles de drames à 21h avec la lecture de la correspondance inédite "Fritz Lang/ Eleanor Rosé, dialogue d’exilés" par Hanns Zischler et Coralie Seyrig...

...suivie à 22h15 par la toujours excellente émission Mauvais genres (où l'on retrouvera - entre autres - Hanns Zischler)
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
scottspeed
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by scottspeed »

A propos de M, si le début et la fin sont géniales et la réalisation exceptionnelle, je trouve que la moitié centrale sur la capture n'est pas très passionnante, le scénario traine un peu en longueur selon moi.
jacques 2
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by jacques 2 »

scottspeed wrote:A propos de M, si le début et la fin sont géniales et la réalisation exceptionnelle, je trouve que la moitié centrale sur la capture n'est pas très passionnante, le scénario traine un peu en longueur selon moi.
En même temps, quand on a " ...speed " comme pseudonyme ... :fiou:
bickle
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by bickle »

Pour moi, M pourrait faire deux heures de plus, ce serait toujours trop court :wink:
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cinephage
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by cinephage »

scottspeed wrote:A propos de M, si le début et la fin sont géniales et la réalisation exceptionnelle, je trouve que la moitié centrale sur la capture n'est pas très passionnante, le scénario traine un peu en longueur selon moi.
Pour te répondre plus sérieusement, je trouve pour ma part que c'est un aspect du film qui m'apparait comme passionnant : on découvre une société secrète, qui vit au sein de la nôtre, dans les rues, les impasses, et qui est autrement mieux organisée que la nôtre (l'impuissance de la police est à opposer à l'efficacité des criminels).
Il ne s'agit pas réellement d'un film social, mais d'un film qui, parmi d'autres choses, incite à imaginer que derrière les apparences peut se cacher une réalité plus obscure, que le p'tit gars qui fait la manche dans un coin est peut-être le pivot d'un systême de communication que nous, badauds, ne soupçonnons pas.

Et puis cette figure du type marqué (littéralement) et traqué est tout de même une image d'une étonnante efficacité,et qui n'a rien perdu de son actualité pour évoquer la pédophilie (aux USA, je crois par exemple que la loi impose de prévenir le voisinage lorsqu'un ancien criminel sexuel s'installe quelque part).
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
bruce randylan
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Re: Fritz Lang : rétrospective personnelle

Post by bruce randylan »

La rétro à la cinémathèque me donne l'occasion de combler mes lacunes dans sa filmographie :) :D

Cape et poignard (cloak and dagger - 1946)

Vu que le film n'est pas très connu (même pas évoqué dans 50 ans de cinéma américain), je m'attendais à un titre dispensable. Et bien pas le moindre du monde, j'ai adoré :D

Le scénario est excellent, rempli de détails qui donnent du cœur et du corps aux situations et aux personnages. Le script intègre avec beaucoup d'intelligence des éléments apparemment anodins pour faire rebondir l'histoire ou faire évoluer les relations entre les protagonistes : Cooper qui cache son visage derrière sa valise, une chat miaulant derrière la porte, une photo sur un meuble, un rendez-vous chez le barbier etc... Même chose dans la description quasi clinique de certains passages comme le débarquement de nuit sur un plage surveillée.
Celà apporte une crédibilité et une richesse très rare pour ce film de propagande qui finit par ne même plus en être un tant Lang s'approprie l'histoire pour y injecter avec brio ces thèmes comme l'échec, la culpabilité et un destin écrasant.

C'est vraiment incroyable de voir à quel point le film baigne dans un pessimisme et un fatalisme de tous les instants. Le héros n'a rien d’héroïque avec un Cooper qui multiplie les erreurs de jugements, les maladresses et ne peut sauver les personnes qu'il souhaite aider. Au début du film, il se permet même des tirades anti-atomique. :o

Niveau mise en scène, Lang fait en plus un travail de première ordre avec une rigueur réjouissante qui parvient à donner un rythme très soutenu sans jamais sombrer dans la précipitation que pourrait donner ce genre d'histoire (qui aurait facilement pu ressembler à Sabotage à Berlin de Walsh). Il ose ainsi re-centrer la deuxième partie sur une histoire d'amour très touchante car condamnée d'avance avec un joli portrait de femme à la clé. Cette pause narrative déséquilibre sans doute le récit mais apporte aussi une humanité rare dans ce genre de production.

Mais Lang offre aussi quelques morceaux de bravoures saisissant comme cet affrontement rythmé par une chanson populaire. La violence du combat et la sécheresse du montage y sont d'une modernité époustouflante. Fabuleux !

On sent bien que le studio a essayé d'arrondir les angles pour rendre le film moins dépressif que prévu (en réduisant les dialogues contre l'arme nucléaire et coupant tout l'épilogue sans pour autant faire oublier le triste sort qui attend les personnages). Mais le mal est déjà fait. Cape et poignard est un bijou personnel et d'une noirceur étonnante.



Guerrilla (american guerrilla in Philippines - 1950)
Bon, là par contre, c'est sans appel, c'est une grosse purge infâme et sans nom.
En se forçant bien, on peut trouver quelques très, très, très bref instants à sauver (l'opération ratée qui rappel que chez Fritz Lang, tout n'est vraiment pas rose). Et puis le tournage en extérieur et en couleur peut avoir quelques charmes...
Mais à 95%, c'est mou, sans enjeux, sans scénario, sans personnage, sans acteur même (ils sont tous mauvais), sans mise en scène... Le néant quasi total et sans aucun doute le pire film de la période US de la carrière de Lang... quoique que j'ai pas encore vu Western Union :mrgreen:



La péniche de l'amour (moontide - 1942)
Bon, Fritz Lang n'a travaillé dessus quelques jours, le reste est dû à Archi Mayo et on serait bien incapable de dire qui a fait quoi tant le film garde une vraie cohérence visuelle et plastique.
Dans l'ensemble c'est une agréable surprise qui repose sur une très belle histoire d'amour qui n'a pas sans rappeler Borzage (on peut y trouver des traces de Man's castle) avec cette manière d'épurer l'intrigue et le décor pour ne garder qu'une romance forte. Le cadre offre donc un paysage vraiment étonnant avec cette maisonnette bâtit le long d'une longue digue et où se situe 75% du film. Un décor tellement "nu" et atypique qu'il dégage un sentiment expressionniste et étouffant qui explose dans le final tétanisant à la beauté plastique renversante. Je ne sais pas qui a pu réaliser cette séquence mais c'est du grand art. (y compris dans l'utilisation lugubre du son).

Sinon, Gabin fait du Gabin mais en anglais et s'en sort pas si mal que ça mais se fait voler la vedette par Ida Lupino touchante et fragile.
Après, le rythme n'est pas toujours bien maitrisé, l'intrigue sur le passé de Gabin et sa relation avec le "méchant" ne fonctionne pas très bien non plus et conduit à un épilogue un peu ridicule.

Mais dans l'ensemble c'est une agréable surprise à l'esthétisme dès plus enthousiasmant. Un peu déçu du coup que la cinémathèque n'ai pas programmé Confirm or deny que Lang laissa aussi à Archi Mayo (sur un scénario de Fuller - très édulcoré d'où le départ de Lang)
Last edited by bruce randylan on 21 Oct 12, 03:19, edited 1 time in total.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"