Jacques Demy (1931-1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Miss Nobody
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Miss Nobody »

AtCloseRange wrote:Parking ce soir sur Ciné FX!
Ciné FX, "la chaîne à regarder les yeux fermés". :mrgreen: :arrow:
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Major Tom
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Major Tom »

Major Tom wrote:
AtCloseRange dans le topic Jacques Demy wrote:Parking ce soir sur Ciné FX!
Ça me fait penser, Père Jules, que si tu veux démarrer ton cycle Demy, il faut à tout prix que tu commences par ce film.
Père Jules wrote:Miss Nobody, qui est moins roublarde que toi, m'a justement dit le contraire...
Demi-Lune wrote:Toi qui adore les années 1980, ça va être le panard. Le bandana lumineux de Huster est, comme qui dirait, le symbole de toute une génération. :mrgreen:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Et j'ai même pas vu Parking ! :mrgreen:
Major Tom wrote:Écoute, un film que le réalisateur a écrit pour une star genre David Bowie et dont le rôle échoue finalement à Francis Huster, vaut toute les comédies musicales du monde.

Mais bon, heureusement qu'il y a des fans pour résumer le meilleur d'un film en une vidéo:
Miss Nobody wrote:J'aurais aimé que tout le film soit à ce niveau! Au moins, ça aurait été plus drôle que chiant! :mrgreen:

Bref, film à éviter absolument!
Major Tom wrote:Mais non! Regarde bien les extraits! il y a tout ce qu'il faut, une bonne mise en scène, une belle distribution, un beau montage, une belle musique, de l'amour, de la violence (le crash en moto est exceptionnel), de la bonne chanson française, Francis Huster, une chinoise qui ne comprend pas un mot des dialogues qu'elle récite phonétiquement, du suspens (la scène de la lumière au bout du tunnel), des mystères (comment ce film a pu voir le jour)... si ça ce n'est pas la définition d'un chef-d'œuvre!...
Ouf, camescope oral wrote:On va dire que ce film a son créneau à lui.

:arrow:
riqueuniee wrote:Grosse déception : pas de Parking ce soir.
zigfrid wrote:de toutes facons il est inutile de gloser,le film est déprogrammé au profit d'une improbable asiateuserie.
origan42 wrote:J'avais tellement envie de le voir du coup ( :mrgreen: ), je me mets devant ma télé, et là je découvre bien une actrice chinoise-japonaise (c'est pareil :mrgreen: ), mais pas la bonne! :lol:
Bon, ça devait repasser demain, je suppose que c'est la même pub mensongère...
zigfrid wrote:je ne regrette pas,il y a un très bon telefilm sur arte :D
mais j'aurais bien aimé voir jean marais
Major Tom wrote:On le voit dans l'extrait que j'ai posté. Tu ne regretteras pas de ne pas voir toutes ses scènes après ça.
zigfrid wrote:mon dieu quelle horreur! qu'est ce que c'est que ce navet?? les paroles des chansons!! :uhuh: huster est atroce...et le public,extasié,avec les bougies.... :lol:
j'ai craqué à la 4ème minute..
Major Tom wrote:Ah non, non, non, non, non! Il faut le voir en entier!
Tu es capable de supporter ton avatar tous les jours, tu peux supporter 7 minutes de Parking, quand même?
Miss Nobody wrote:Personnellement, ça fait deux fois que je me la passe ce soir (+ toutes les fois où j'ai pu la regarder avant :mrgreen: ). Cette vidéo capture l'essence suprême du film. C'est totalement débilitant... Après une journée à bosser, je ne résiste pas. :oops:
Père Jules wrote:J'ai fait une connerie en achetant le coffret, non ? :|
Miss Nobody wrote:Mais non... :mrgreen: toutes les filmographies intégrales ont leurs coquilles. :fiou:
En l'occurrence, c'est clair que t'as gagné un gros navet-nanar dans le lot.

En fait, après reflexion, je mettrais ma main à couper que tu n'apprécieras pas un bon gros tiers du coffret. J'ose simplement espérer que ça ne sera pas plus.
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Père Jules
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Père Jules »

:lol:
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Miss Nobody
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Miss Nobody »

En tout cas, j'ai hâte que tu t'attaques à ce coffret, moi!
... par les premières oeuvres évidemment!
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Père Jules
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Père Jules »

Miss Nobody wrote:En tout cas, j'ai hâte que tu t'attaques à moi!
:shock: :oops:
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AtCloseRange
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by AtCloseRange »

Miss Nobody wrote:J'aurais aimé que tout le film soit à ce niveau! Au moins, ça aurait été plus drôle que chiant! :mrgreen:

Bref, film à éviter absolument!
Je ne suis vraiment pas d'accord avec ça.
ça me semble un des rares films complètement ratés indispensables.
D'abord parce que peu de grands cinéastes ont commis un tel ratage et donc que c'est au moins de ce point de vue un échec intéressant.
riqueuniee
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Re: Les films de Jacques Demy

Post by riqueuniee »

odelay wrote:Parking (85)



Parking est le film qui suit Une Chambre en Ville. L'échec de ce dernier a mis Demy en difficulté et en 1983, il accepte de tourner l'adaptation du best seller de Denuzière Lousiane, après qu'Etienne Perrier qui avait commencé le tournage se fache avec les producteurs. Demy tourne quelques scènes et comme Perrier, plie bagage au bout de qq semaines pour laisser la place à De Broca qui finira le film et épousera la vedette Margot Kidder par la même occasion.
Demy veut rebondir rapidement. Il a en tête depuis longtemps de moderniser le mythe d'Orphée. Ca fait un moment qu'il imagine le film. Quand il avait commencé à l'écrire il avait John Lennon ou Jim Morrison (qu'il connaissait) en tête, et voulait David Bowie pour le rôle principal. Malheureusement, le réalisateur n'a plus trop la côte, et a du mal à trouver le financement. Il se souviendra qu'il avait eu une collaboration fructueuse avec les Japonais lors de Lady Oscar (qui avait été un succès là-bas) et donc ira sonner à leur porte pour les sous. Le film sera donc une co-production Franco-Japonaise. Demy pourra tourner en France avec le casting qu'il veut sauf pour le rôle d'Eurydice qui devra être joué par une Japonaise. Demy choisira "sur catalogue" Keiko Ito qui ne parle pas un mot de Français. Du coup, le tournage ne déroulera pas facilement car la comédienne est très difficilement compréhensible quand elle parle en Français appris phonétiquement. Malgré ça, même si elle manque de présence, elle ne débrouille pas trop mal et est quand même intelligible... si on tend toutefois un peu l'oreille. En tout cas, elle n'est pas la plus mauvaise comédienne du film...
Car.. je l'ai dit plus haut, Demy voulait Bowie. Il ne l'a pas eu. Et à la place il a choisi Francis Huster! :shock: Et là on peut vraiment se demander quelle mouche a piqué le réalisateur. Huster est peut être un excellent acteur de théâtre mais il a souvent été la preuve qu'un grand comédien sur les planches n'est pas forcément aussi bon devant une caméra. En plus, il est aussi crédible en rock Star et à l'aise sur une scène de concert que Depardieu en Ballerine. Si on ajoute qu'il chante vraiment comme une patate (et que les chansons de Legrand sont vraiment des fonds de cataloques qui n'ont rien à voir avec le rock, la pop ou même la bonne variété), on s'aperçoit en regardant le film que ça va être très difficile d'être indulgent et de trouver des choses positives durant la vision. Et je ne parle pas du look méga 80s avec le bandeau constamment fixé que la tête! Qu'on puisse imaginer qu'il enchaine les Bercy à guichet fermé comme c'est montré dans le film avec des hordes de fans (joués par des figurants pas convaincus) à sa poursuite, fait basculer doucement mais rapidement le film vers la grosse rigolade. On ne peut pas être une rock star ainsi. Ou alors il fallait abondonner le côté rock star et en faire un artiste de variété à la Balavoine. Mais même là on en est très loin.
Le reste du casting n'est pas franchement à l'aise non plus, mais il faut dire que les comédiens ne sont pas du tout aidés par une mise en scène de Demy qui est vraiment inerte et qui bizarrement donne l'impression que le metteur en scène s'est désintéressé du projet. Les seuls acteurs à réellement s'en sortir à apporter de la vie (alors qu'ils jouent des dirigeants du royaume des morts) sont Jean Marais et Marie-France Pisier, cette dernière étant vraiment exquise.
Sans parler des dialogues qui sont vraiment plats et surtout, et franchement c'est très embêtant, du manque total d'émotion dans tout le film. Non seulement on ne croit pas un seul instant à l'amour fou entre les deux personnages principaux, mais en plus on se fou totalement de ce qui peut leur arriver. D'ailleurs la mort d'Eurydice est traité avec je m'en foutisme qui touche presque le grandiose.
Le film a toutefois qq bonnes idées : Le parking comme purgatoire, le fait que la rock star habite dans un chateau rustique en pleine campagne (comme Lennon je crois), la bisexualité du héros (malheureusement très mal traitée)... et... ben on a du mal à trouver autre chose.
Le film s'est fait démonter à sa sortie. Je l'avais vu à l'époque, j'étais tout jeune, j'avais trouvé ça pas terrible. Je me disais que le temps avait peut être joué en sa faveur. Hou-lààààà... pas du tout... mais alors pas du tout. Bien au contraire.
Certains disent que Lady Oscar est le plus mauvais film de Demy, si ce dernier n'est pas terrible en effet, sans être toutefois un nanar, il est tout petit à côté de ce Parking qui descend très bas dans les sous sols.
1,5/6
Je viens de voir le film. Je suis globalement d'accord avec cette analyse. En effet, seuls Marais et Pisier apportent un peu de vie et d'émotion à ce film. La Japonaise n'est pas si mal, mais le fait qu'elle joue phonétiquement n'aide pas. L'idée générale n'est pas mauvaise, mais elle est très mal exploitée. On notera quand même un beau traitement des couleurs dans les scènes fantastiques. Les dialogues ne sont pas que plats, ils sont parfois ridicules , et certaines scènes ne valent guère mieux. (si l'idée du parking purgatoire est bonne, je n'en dirais pas autant du traitement). Même à l'époque , j'avais trouvé le look de Huster assez improbable (et encore, n'ayant pas vu le film dans son entier, je n'avais pas vraiment remarqué le bandeau clignotant qu'il porte lors des scènes de concert!). Même les figurants ne sont pas crédibles.
Bref, un beau (?) ratage.
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Jeremy Fox
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Jeremy Fox »

Ressortie en salles de Lola ; à l'occasion, François Giraud collabore pour la première fois à DVDclassik.
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by André Jurieux »

Jeremy Fox wrote:Ressortie en salles de Lola ; à l'occasion, François Giraud collabore pour la première fois à DVDclassik.
J'espère que le film va venir sinon jusqu'à mon patelin, au moins pas trop loin. La copie de ce Demy qui est un des films de lui que je préfère est parait-il splendide.
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Alligator »

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Lola (Jacques Demy, 1961)

Quelques souvenirs lointains de "Peau d’âne" et d'extraits de "demoiselles" ou de "parapluies" par-ci, par-là : voilà une connaissance bien fluette et parcellaire du cinéma de Jacques Demy. Aussi cette ressortie en salle, suite à la restauration du film, est-elle une occasion rêvée pour faire véritablement connaissance avec ce réalisateur. C'est en tout cas dans cet état d'esprit que je suis allé me réfugier dans la salle de l'Utopia de Montpellier (la canicule m'accule).

Et je crois bien que j'ai pris une claque. Je suis sorti abasourdi, ne sachant expliquer à ma femme tout ce qui se mélangeait dans ma tête, ces sensations, cette beauté, cette profondeur. Le sentiment général aurait pu être traduit par une phrase évoquant le trouble que l'on ressent devant une œuvre majeure pas digérée, trop grande pour soi. Il aurait été question de temps de réflexion, d'adaptation... je ne sais pas. Je crois que je lui ai bafouillé que j'étais sous le choc d'avoir vu un grand film sans savoir pourquoi encore.

Je suis entré dans le film avec beaucoup de facilité, tout de suite charmé par la thématique très "Nouvelle Vague" de l'ennui, de cette jeunesse qui s'emmerde, désœuvrée, sans ligne directrice bien établie. Cela correspond bien à cette France d'avant 68.

Pourtant un souffle de vie intense ne cesse d’ébouriffer le spectateur, pas uniquement grâce au personnage de Lola, très exubérante et prodigue en sourires, rires et joie communicatifs, mais bien par le ton que prend le film tout le long de son récit, un dynamisme, une ouverture vers les promesses du monde à portée de bateaux pour Amsterdam, Marseille, Johannesburg ou les îles lointaines. Le destin des personnages n'est pas fermé, toute sorte de solution s'offrant sans cesse avec une vivacité et une intensité qui transfigurent les aléas de la vie en autant de pages qui finissent toujours par se tourner.

La mélancolie, la tristesse de perdre un ami, un amour sont là bien présentes. Le désespoir de Lola, la peur d'oublier, la peur de rester seule ou celle de ne plus revoir un fils disparu ne sont pas réduits à d'innocents malentendus, ils expriment bel et bien des souffrances réelles et conscientes mais la foultitude d'opportunités et un indécrottable optimisme permettent aux personnages de tenir, d'attendre, de s'adapter, de trouver des échappatoires, en espérant que le destin devienne un peu plus clément. Lola fait un peu la pute avec Frankie qui lui rappelle son mari Michel, la mère de Michel peint des marines, Madame Desnoyers se laisse à envisager un nouvel amour, sa fille Cécile se découvre des sensations fortes à la fête foraine avec Frankie, chacun se démerde comme il peut pour que la vie lui sourit tout de même. Il est vrai qu'à l'époque on peut perdre son boulot et en avoir rien à foutre. Tranquille.

Jacques Demy pour mettre autant de vie utilise à la perfection le cinémascope avec le concours du chef opérateur Raoul Coutard. Je sais bien que ce terme de "perfection" peut apparaitre un brin galvaudé et utilisé à tort ou à travers mais ici, je suis très conscient du sens élevé que je donne au vocable. En effet, c'est peut-être même ce qui m'a le plus estomaqué, cette incroyable capacité à utiliser ce cadre, cet horizon. Surtout dans les intérieurs, Demy exploite à merveille toute l'étendue du cadre et parvient à faire bouger ses personnages dans cet espace restreint avec une délicatesse et peut-être même une certaine élégance qui laisse deviner son goût pour la chorégraphie.

A part un très court moment chanté, le film n'a rien à voir avec une comédie musicale, pourtant, de ces mouvements perpétuels auxquels se livrent les comédiens dans ce superbe cinémascope, semble se dessiner une farandole incessante, à la fois douce et sensuelle. Pas de doute, la vie insufflée vient de cette danse implicite. Magique.

Évidemment, il se dégage de cette mise en scène une grande force, comme si les comédiens n'étaient pas enfermés dans le cadre et pouvaient à tout instant se permettre d'élargir encore l'espace, d'en casser les limites. Leurs personnages en sortent grandioses, capables de briser les douleurs existentielles, de les apprivoiser, de les mater, comme on dompte des bêtes féroces, par la seule force de la volonté. Les personnages de Demy virevoltent entre bonheur et tristesse, entre euphorie et déprime, mais l'élan dans lequel ils sont tous pris est un courant tellement puissant qu'il parait impossible de les stopper. Rien n'apparait vraiment grave. Avec la légèreté d'un pas de danse, pas pour oublier mais pour la beauté du geste et la paix de l'âme.

Au milieu de tous ces personnages, Lola semble être a priori la pierre angulaire mais rien n'est moins sûr car tout repose en fait sur le retour hypothétique de Michel. Reste que Demy donne son prénom au titre, reste encore que les regards sont irrésistiblement attirés par ce soleil dévorant l'attention. Lola es une danseuse douce, riante, rêveuse et plutôt honnête. Malgré cette fidélité, au moins au souvenir de son mari, elle exprime une très grande liberté, avec ce qu'il faut de fierté bien placée. Voilà un personnage assez moderne finalement! Je pense tout de même que le côté frivole et un peu nunuche qu'elle arbore faussement par instants, dans sa façon de s'exprimer, mais tellement proche des attitudes très sexuelles de l'époque (type Brigitte Bardot ou Mireille Darc) pourrait irriter certains. A n'en point douter, c'est que le personnage de Lola sait qu'elle est belle, qu'elle irradie de sensualité. Elle joue un rôle qui lui plait, il lui permet de cacher à peu près la douleur que lui inflige l'absence de Michel. Cette posture lui assure aussi de garder la tête haute et l'espoir.

Film sur l'amour, film sur l'espérance, film sur la vie, j'ai bien peur de ne pas en avoir suffisamment dit pour donner réellement la mesure de ce qu'il raconte de profond et de précieux. Sans doute faut-il que je le laisse m'imprégner un peu plus, que je le revois pour bien en apprivoiser toutes les facettes?
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Federico »

Lecture de la critique de Peau d'âne extraite du journal de l'écrivain et cinéphile Jean-Patrick Manchette. :lol: :lol: :lol:
[à partir de 5'40]
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Miss Nobody »

Digne des plus grands classikiens! :mrgreen:
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Anorya »

Et hop, pour faire lien avec Lola qui a dorénavant son propre et beau topic. :)


===============


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Nantes, 1960. Lola, chanteuse de cabaret, élève un garçon dont le père, Michel, est parti depuis sept ans. Elle l'attend, elle chante, danse et aime éventuellement les marins qui passent. Roland Cassard, ami d'enfance retrouvé par hasard, devient très amoureux d'elle. Mais elle attend Michel...

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Lola s'ouvre sur l'image d'une cadillac se rangeant près d'une plage tandis que s'inscrit le titre et sa dédicace à Max Ophüls. Dès le début, Jacques Demy fait coïncider une image de l'Amérique, du voyage et du retour à l'élégance d'un maître du cinéma, ce qui annonce en partie non seulement le film mais aussi la carrière de Demy. En somme, toute l'oeuvre du cinéaste semble presqu'ici contenue en germe et ne demandant qu'à éclore. La référence à Ophüls est ici loin d'être vaine puisqu'en plus d'être une admiration commune au sein des amis critiques et cinéastes des Cahiers du Cinéma (Jacques Demy étant ami avec Godard, ce dernier lui présente son producteur Georges de Beauregard qui financera ce premier film (*)), elle se retrouve à la fois citée dans certains plans du film (des résurgences du Plaisir semblent revenir ça et là), mais c'est la mise en scène de Demy qui épate et renvoie discrètement à celle d'Ophüls. Sans jamais trop le montrer, elle fait pourtant montre d'un savoir faire à la fois subtil et épatant, toujours élégante donc. Aérienne presque, à l'image du film, mi-amusé, rêveur, amer et pourtant toujours tendre. Ce qu'on retrouve aussi dans la bande originale alternant entre la gravité et le sacré de Beethoven et Bach et la musique jazzy de Michel Legrand. Un Legrand qui continuera sa collaboration avec Demy sur toute sa filmographie quasiment (Une chambre en ville, c'est Michel Colombier et Le joueur de flûte, Donovan).


C'est un film de gens qui se croisent en retours cycliques le temps de quelques jours et surtout de beaux portraits de femmes à des âges et temps différents. Lola qui veut plaire mais sans jamais blesser a été inspirée des souvenirs du cinéaste alors enfant à Nantes.

"Je me souviens que celle qui était Lola et qui était une petite fille de dix ans qui habitait le même immeuble que moi prenait de l'argent dans le sac de sa mère pour m'emmener à la foire. J'avais neuf ans et après la classe on partait à la foire tous les deux. Ce sont des souvenirs impérissables. Et ça me plaisait beaucoup de faire quelque chose sur la fidélité à un souvenir, et d'y mêler ces souvenirs de Nantes, de l'époque où j'étais au collège et où je séchais les cours pour aller au cinéma... Le moment où l'on cherche sa vie, sa raison d'être. Et le film est fait d'un mélange, ainsi... (...)"

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Portraits de femmes et retours cycliques puisqu'à travers Lola, la jeune Cécile et sa mère se dessinnent des liens et thèmes voulus par un Demy qui multiplie les échos dans son propre film. Le vrai prénom de Lola est donc Cécile tout comme la jeune fille du film. Jeune héroïne qui veut devenir danseuse (le métier qu'exerce Lola), ce que lui interdit sa mère... qui l'a probablement été (une photo en portrait que regarde hâtivement Roland. Enfin Roland était tombé amoureux de Lola quand, plus jeune, il était déguisé à une fête foraine en marin... Ici la jeune Cécile devient amie avec un marin américain de passage, va avec lui à la fête foraine, fait de l'auto-tamponeuse, du manège... A cette séquence qui semble immortalisée à jamais par un Prélude n°1 en C mineur (BWV 846) du clavier bien tempéré de Bach, le temps semble ralentir, s'arrêter. Cécile sort avec le jeune Frankie du manège et quelque chose se passe alors, de magique. Quelque chose qui tient du temps suspendu, sans doute encore plus fort que le moment où le jeune Doinel s'amuse hors de la gravité dans la centrifugeuse de la fête dans les 400 coups.


La magie dans Lola, elle est aussi dans ce noir et blanc à couper au couteau de Raoul Coutard, cette démarche de Lola, ces personnages finement écrits à l'image des dialogues dont les répliques peuvent souvent devenir cultes ("touche mes cheveux, on dirait de la soie !") quand elles ne transparaissent pas d'une manière documentaire de filmer en cela limitée par le budget du film assez réduit (45 millions d'anciens francs soit 68602 euros et 6 centimes). Une réduction qui freine les ambitions de Demy qui voulait passer à la couleur dès ce film, mettre des numéros de comédie musicale et des acteurs connus. Il se rattrapera aisément par la suite comme l'Histoire l'a montré. Le plus étonnant c'est qu'à l'époque, si Lola séduit, c'est quand même globalement un four (43385 entrées sur les quelques semaines d'exploitations). Est-ce que le court-métrage de Godard et Truffaut, une histoire d'eau projeté en première partie n'aurait-il pas d'emblée énervé certains spectateurs n'en pouvant plus de voir encore les jeunes turcs de la Nouvelle Vague (plus qu'omniprésents de 59 à 63) et donc ensuite faussé leur jugement ? Est-ce que Lola n'était-il pas un peu trop en avance ? C'est sans doute ici qu'il faut chercher puisque les décennies suivantes, il fut redécouvert avec émerveillement par toutes les générations et dorénavant son éclat de diamant précieux n'en est que plus conservé jalousement par tous les cinéphiles comme un petit trésor, votre serviteur y compris.

5/6.






(*) A noter que Demy renvoie l'ascenseur à Godard avec humour puisque dans l'un des dialogues du film, Roland évoque qu'il avait un copain à Paris, un certain Michel Poiccard mais que "celui-ci a mal tourné et s'est fait descendre" ! :mrgreen:
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Supfiction »

Il faut sauver Les Parapluies de Cherbourg

http://www.kisskissbankbank.com/il-faut ... -cherbourg
Un appel est lancé aux cinéphiles désireux de souhaiter apporter leur soutien financier à la restauration des "Parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy, qui sera projeté lors du prochain Festival de Cannes.



Alors que le soleil fait son apparition dans l'Hexagone, c'est un appel aux amoureux des parapluies qui est lancé. Via le site participatif Kisskissbankbank, la société Ciné-Tamaris demande aux internautes de contribuer financièrement à la restauration des Parapluies de Cherbourg, en vue notamment de la projection du chef d'oeuvre de Jacques Demy au prochain Festival de Cannes. Nettoyage, étalonnage des couleurs, remixage du son : ce long et minutieux travail représente un coût de 115 000 euros. Des partenaires tels que le Festival de Cannes, LVMH ou la ville de Cherbourg ont mis la main à la poche, mais le financement n'est pas complet. Et même si Mme Emery acceptait de vendre tous ses bijoux (mais si, vous savez, la mère de Geneviève, qui dirige le magasin de parapluies !), il manquerait encore un peu d'argent. Agnès Varda et son équipe s'adressent donc aux Demyphiles, qui ne manqueront pas d'être remerciés de leur geste. Contre 10 euros, vous recevrez une carte postale personnalisée et aurez vos nom et photo sur le site de Ciné-Tamaris ; contre 25 euros, vous aurez droit à un morceau de 9 images d'une copie 35mm des "Parapluies " ; contre 60 euros, vous serez invité à une soirée avec projection et surprises (pour ne citer que les premières contreparties...). A ce jour, environ 3000 euros ont été collectés, l'objectif de Ciné-Tamaris étant d'atteindre les 25000 euros d'ici à la mi-avril. Alors, si ça vous chante...
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Commissaire Juve
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Re: Jacques Demy (1931-1990)

Post by Commissaire Juve »

supfiction wrote:Il faut sauver Les Parapluies de Cherbourg

http://www.kisskissbankbank.com/il-faut ... -cherbourg
Un appel est lancé aux cinéphiles désireux de souhaiter apporter leur soutien financier à la restauration des "Parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy, qui sera projeté lors du prochain Festival de Cannes.



Alors que le soleil fait son apparition dans l'Hexagone, c'est un appel aux amoureux des parapluies qui est lancé. Via le site participatif Kisskissbankbank, la société Ciné-Tamaris demande aux internautes de contribuer financièrement à la restauration des Parapluies de Cherbourg, en vue notamment de la projection du chef d'oeuvre de Jacques Demy au prochain Festival de Cannes. Nettoyage, étalonnage des couleurs, remixage du son : ce long et minutieux travail représente un coût de 115 000 euros. Des partenaires tels que le Festival de Cannes, LVMH ou la ville de Cherbourg ont mis la main à la poche, mais le financement n'est pas complet. Et même si Mme Emery acceptait de vendre tous ses bijoux (mais si, vous savez, la mère de Geneviève, qui dirige le magasin de parapluies !), il manquerait encore un peu d'argent. Agnès Varda et son équipe s'adressent donc aux Demyphiles, qui ne manqueront pas d'être remerciés de leur geste. Contre 10 euros, vous recevrez une carte postale personnalisée et aurez vos nom et photo sur le site de Ciné-Tamaris ; contre 25 euros, vous aurez droit à un morceau de 9 images d'une copie 35mm des "Parapluies " ; contre 60 euros, vous serez invité à une soirée avec projection et surprises (pour ne citer que les premières contreparties...). A ce jour, environ 3000 euros ont été collectés, l'objectif de Ciné-Tamaris étant d'atteindre les 25000 euros d'ici à la mi-avril. Alors, si ça vous chante...
Désolé de venir polluer... Bizarre, il me semblait que la restauration avait été faite. Le dernier master DVD ARTE était plutôt bien. Et les Japonais ont également sorti un BLU.

Perso, si ce n'est pas une arnaque, je veux bien filer un peu d'argent.

EDIT : a priori, ce n'est pas une arnaque http://www.cine-tamaris.com/actualites/ ... apluies-de
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...