Jacques Demy (1931-1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

User avatar
odelay
Mogul
Posts: 11004
Joined: 19 Apr 03, 09:21
Location: A Fraggle Rock

Jacques Demy (1931-1990)

Post by odelay »

Je sais qu'il y a un topic sur le coffret DVD, mais je propose d'en ouvrir un autre où on ne parlera que de ses films et non des spécificités techniques des galettes qui viennent de sortir.


Une Chambre en ville (82)


Image

Demy avait écrit avec le compositeur Michel Colombier le "livret" de ce film en 1976. Il avait essayé de le monter avec Deneuve, Depardieu et Signoret. En vain. Il faut dire que l''échec de L'Evénement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune n'avait bien sûr pas aidé. Le film est sorti à l'automne 1982 sous les applaudissements de la critique, mais aussi sans la présence du public.

De ce film, je ne connaissais que la partition de Colombier. Quand je dis "connaissais', c'est vraiment "connaissais", c'est à dire le film en entier par coeur. J'avais tellement écouté le double album trouvé d'occasion quand j'étais gamin, qu'à force je m'étais fait le film dans ma tête. Aujourdhui', j'ai pu enfin le découvrir. J'avoue que j'avais un peu peur d'être déçu, surtout quand on n'est même plus certain de l'avoir vu ou non tellement on l'a imaginé. Et bien je peux dire que la déception n'a pas du tout été au RDV, bien au contraire. Le film a tenu toutes ses promesses, et même bien au-delà.
J'ai vraiment été épaté par toutes les idées de mises en scène de Demy, par sa façon totalement naturelle de faire évoluer ses comédiens à travers ses mots qu'il avait écrits plusieurs années auparavant et cette musique superbe de Colombier. Même s'ils sont doublés, les acteurs sont tous formidables, avec une mention spéciale à Danielle Darrieux qui n'avait pas volé sa nomination aux Césars à l'époque. Elle n'a beau faire que du play back (avec l'avantage d'être la seule avec Fabienne Guyon à avoir sa vraie voix), on oublie totalement qu'elle chante et tout coule le plus naturellement du monde; D'ailleurs c'est aussi vrai pour les autres comédiens qui sont complètement en phase avec le projet et la mise en scène de Demy (alors qu'il ne m'avait jamais vraiment étonné au début de sa carrière, j'ai trouvé que R. Berry été d'une justesse incroyable dans ses expressions alors qu'il a la voix de J. Revaux!).
Une Chambre en ville est un film qui reprend qq éléments des grands opéra ou des pièces du répertoire où souvent tout va très vite. Ici c'est le cas, mais jamais on n'est géné par la précipitation des événements ou des sentiments : Ca fait un mois que Berry est à Nantes, et déjà il semble être un habitué de l'usine avec un collègue qu'il est son meilleur ami, ça fait une nuit que Berry et Sanda sont tombés amoureux et déjà ils veulent tout quitter pour vivre l'un avec l'autre, ça fait un mois que Sanda et Piccoli sont mariés, et déjà il la bat et elle veut divorcer, ça fait une nuit que Sanda a quitté Piccoli et celui-ci ne peut plus vivre sans elle et il se tue.... bref, peu importe, cette précipitation sert le film et lui apporte une réelle émotion (Cette émotion, on la retrouvera notamment aussi quand Berry annoncera à F. Guyon qu'il la quitte).
Avec Une Chambre en ville, Demy réussit une histoire d'amour très forte ainsi qu'un film très pertinent sur les conflits sociaux et de classe. Un film très ambitieux donc, avec une musique à la hauteur de cette ambition.
Peut être son plus grand film.
6/6
User avatar
Kevin95
Footix Ier
Posts: 18189
Joined: 24 Oct 04, 16:51
Location: Devine !

Re: Les films de Jacques Demy

Post by Kevin95 »

odelay wrote:Une Chambre en ville (82)
Même si je n'ai jamais vu ce film, j'ai toujours trouvé hautement ridicule la guéguerre mise en scène par les critiques entre le film de Demy et L'As des as (sorties en même temps).
Spoiler (cliquez pour afficher)
Le succès de l'un étant la cause de l'echec le l'autre...
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
User avatar
odelay
Mogul
Posts: 11004
Joined: 19 Apr 03, 09:21
Location: A Fraggle Rock

Re: Les films de Jacques Demy

Post by odelay »

Parking (85)

Image

Parking est le film qui suit Une Chambre en Ville. L'échec de ce dernier a mis Demy en difficulté et en 1983, il accepte de tourner l'adaptation du best seller de Denuzière Lousiane, après qu'Etienne Perrier qui avait commencé le tournage se fâche avec les producteurs. Demy tourne quelques scènes et comme Perrier, plie bagage au bout de qq semaines pour laisser la place à De Broca qui finira le film et épousera la vedette Margot Kidder par la même occasion.
Demy veut rebondir rapidement. Il a en tête depuis longtemps de moderniser le mythe d'Orphée. Ca fait un moment qu'il imagine le film. Quand il avait commencé à l'écrire il avait John Lennon ou Jim Morrison (qu'il connaissait) en tête, et voulait David Bowie pour le rôle principal. Malheureusement, le réalisateur n'a plus trop la côte, et a du mal à trouver le financement. Il se souviendra qu'il avait eu une collaboration fructueuse avec les Japonais lors de Lady Oscar (qui avait été un succès là-bas) et donc ira sonner à leur porte pour les sous. Le film sera donc une co-production Franco-Japonaise. Demy pourra tourner en France avec le casting qu'il veut sauf pour le rôle d'Eurydice qui devra être joué par une Japonaise. Demy choisira "sur catalogue" Keiko Ito qui ne parle pas un mot de Français. Du coup, le tournage ne déroulera pas facilement car la comédienne est très difficilement compréhensible quand elle parle en Français appris phonétiquement. Malgré ça, même si elle manque de présence, elle ne débrouille pas trop mal et est quand même intelligible... si on tend toutefois un peu l'oreille. En tout cas, elle n'est pas la plus mauvaise comédienne du film...
Car.. je l'ai dit plus haut, Demy voulait Bowie. Il ne l'a pas eu. Et à la place il a choisi Francis Huster! :shock: Et là on peut vraiment se demander quelle mouche a piqué le réalisateur. Huster est peut être un excellent acteur de théâtre mais il a souvent été la preuve qu'un grand comédien sur les planches n'est pas forcément aussi bon devant une caméra. En plus, il est aussi crédible en rock Star et à l'aise sur une scène de concert que Depardieu en Ballerine. Si on ajoute qu'il chante vraiment comme une patate (et que les chansons de Legrand sont vraiment des fonds de cataloques qui n'ont rien à voir avec le rock, la pop ou même la bonne variété), on s'aperçoit en regardant le film que ça va être très difficile d'être indulgent et de trouver des choses positives durant la vision. Et je ne parle pas du look méga 80s avec le bandeau constamment fixé que la tête! Qu'on puisse imaginer qu'il enchaîne les Bercy à guichet fermé comme c'est montré dans le film avec des hordes de fans (joués par des figurants pas convaincus) à sa poursuite, fait basculer doucement mais rapidement le film vers la grosse rigolade. On ne peut pas être une rock star ainsi. Ou alors il fallait abandonner le côté rock star et en faire un artiste de variété à la Balavoine. Mais même là on en est très loin.
Le reste du casting n'est pas franchement à l'aise non plus, mais il faut dire que les comédiens ne sont pas du tout aidés par une mise en scène de Demy qui est vraiment inerte et qui bizarrement donne l'impression que le metteur en scène s'est désintéressé du projet. Les seuls acteurs à réellement s'en sortir à apporter de la vie (alors qu'ils jouent des dirigeants du royaume des morts) sont Jean Marais et Marie-France Pisier, cette dernière étant vraiment exquise.
Et puis c'est sans parler des dialogues qui sont vraiment plats et surtout, et franchement c'est très embêtant, du manque total d'émotion dans tout le film. Non seulement on ne croit pas un seul instant à l'amour fou entre les deux personnages principaux, mais en plus on se fout totalement de ce qui peut leur arriver. D'ailleurs la mort d'Eurydice est traité avec je m'en foutisme qui touche presque au grandiose.
Le film a toutefois qq bonnes idées : Le parking comme purgatoire, le fait que la rock star habite dans un château rustique en pleine campagne (comme Lennon je crois), la bisexualité du héros (malheureusement très mal traitée)... et... ben on a du mal à trouver autre chose.
Le film s'est fait démonter à sa sortie. Je l'avais vu à l'époque, j'étais tout jeune, j'avais trouvé ça pas terrible. Je me disais que le temps avait peut être joué en sa faveur. Hou-lààààà... pas du tout... mais alors pas du tout. Bien au contraire.
Certains disent que Lady Oscar est le plus mauvais film de Demy, si ce dernier n'est pas terrible en effet, sans être toutefois un nanar, il est tout petit à côté de ce Parking qui descend très bas dans les sous sols.
1,5/6
Last edited by odelay on 10 Nov 17, 23:30, edited 2 times in total.
User avatar
Boubakar
Mécène hobbit
Posts: 50002
Joined: 31 Jul 03, 11:50

Re: Les films de Jacques Demy

Post by Boubakar »

Merci pour ce topic odelay :wink:
User avatar
Phnom&Penh
Assistant opérateur
Posts: 2040
Joined: 28 Feb 08, 12:17
Location: Tengo un palacio en Granada

Re: Jacques Demy

Post by Phnom&Penh »

Kevin95 wrote:j'ai toujours trouvé hautement ridicule la guéguerre mise en scène par les critiques entre le film de Demy et L'As des as (sorties en même temps).
:wink: C'était pas vraiment une querelle de critiques même si la presse dans son ensemble a pris partie pour l'un ou pour l'autre.
On était en 1982, et c'était une offensive plus politique que critique, pour démontrer que le Ministère de la Culture claquait du fric pour subventionner des films ridicules que personne n'allait voir, alors que Gérard Oury et Belmondo, eux, savaient faire du cinéma populaire, le cinéma que le bon peuple souhaite voir.
Ca a recommencé l'année suivante avec L'Argent contre Le Marginal, sauf que là, en plus, il y avait un scandale supplémentaire :twisted: : la nièce de Jack Lang jouait dans le film de Bresson.

C'est l'époque ou Chirac aimait la musique militaire et nous emmerdait pas avec ses histoires de vases chinois et de combats de japonais obèses. :mrgreen:
"pour cet enfant devenu grand, le cinéma et la femme sont restés deux notions absolument inséparables", Chris Marker

Image
User avatar
odelay
Mogul
Posts: 11004
Joined: 19 Apr 03, 09:21
Location: A Fraggle Rock

Re: Jacques Demy

Post by odelay »

Sinon concrètement ça a pris la forme d'une page entière dans le Monde qui avait été achetée par un grand nombre de critiques et d'intellectuels avec leur signature en bas. Ca n'a pas aidé le film de Demy, ce dernier étant même plus gêné qu'autre chose au bout du compte vu l'ampleur que tout cela a pris.
User avatar
Kevin95
Footix Ier
Posts: 18189
Joined: 24 Oct 04, 16:51
Location: Devine !

Re: Jacques Demy

Post by Kevin95 »

Gérard Oury disait qu'il adorait le film de Demy qui plus est...

Sinon, Huster en rock star, je crève de découvrir cela (uniquement pour me fendre la poire) ! :mrgreen:
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
User avatar
Phnom&Penh
Assistant opérateur
Posts: 2040
Joined: 28 Feb 08, 12:17
Location: Tengo un palacio en Granada

Re: Jacques Demy

Post by Phnom&Penh »

Kevin95 wrote:Gérard Oury disait qu'il adorait le film de Demy qui plus est...
Tous les admirateurs de Gérard Oury ( 8) ...et d'ailleurs, sincérement, peut-on ne pas aimer Gérard Oury?) savent que ce grand monsieur avait bon goût, simplicité et élégance. Demy, en bouc émissaire, a probablement plus souffert que lui de ce délire journalistique, et surtout politique. Mais, du fait de son caractère comme de sa vie, on peut imaginer qu'Oury n'a que moyennement apprécié d'être pris ainsi en otage.
On a fait du réalisateur à succès des Parapluies de Cherbourg un représentant du cinéma "intellectuel" et, si l'affaire a été oubliée, elle a été tellement exploitée à l'époque que la césure entre le cinéma dit "intellectuel" et le cinéma dit "populaire" est encore sensible aujourd'hui. Comme si les films "exigeants" étaient obligatoirement des prises de têtes et les films "faciles d'accès" des pantalonnades.
Alors que le cinéma de Demy, justement, est une parfaite synthèse de l'exigence et de la facilité d'accès.
"pour cet enfant devenu grand, le cinéma et la femme sont restés deux notions absolument inséparables", Chris Marker

Image
User avatar
Roy Neary
Once upon a time...
Posts: 51391
Joined: 12 Apr 03, 01:42
Liste DVD

Re: Jacques Demy

Post by Roy Neary »

Phnom&Penh wrote:On a fait du réalisateur à succès des Parapluies de Cherbourg un représentant du cinéma "intellectuel" et, si l'affaire a été oubliée, elle a été tellement exploitée à l'époque que la césure entre le cinéma dit "intellectuel" et le cinéma dit "populaire" est encore sensible aujourd'hui. Comme si les films "exigeants" étaient obligatoirement des prises de têtes et les films "faciles d'accès" des pantalonnades.
Alors que le cinéma de Demy, justement, est une parfaite synthèse de l'exigence et de la facilité d'accès.
Ce que tu dis est très juste. Quand la politique se mêle de l'art à ce point, elle montre souvent son ignorance crasse. Demy a toujours été un "marginal", associé justement à La Nouvelle Vague avec Lola, mais qui a pris très vite ses distances. Ses films sont une preuve supplémentaire du décloisonnement que certains peinent à faire en France entre "cinéma d'auteur" et "cinéma commercial".

Merci Odelay pour ce topic, j'espère y participer quand papy Noël pensera à moi. :mrgreen:
Je me souviens d'être allé voir Parking au cinéma et j'en étais sorti atterré. En dehors du problème causé par le miscasting ridicule de Francis Huster (quoique le look "Staying Alive" de Huster n'était pas pour me déplaire :oops: ), il manque tout de même la magie, la fantaisie et l'intelligence qui caractérisent l'œuvre de Demy. Je n'ai pas voulu le revoir depuis, j'ai peur d'être encore plus gêné aujourd'hui.
Image
Max Schreck
David O. Selznick
Posts: 14811
Joined: 13 Aug 03, 12:52
Location: Hong Kong, California

Re: Jacques Demy

Post by Max Schreck »

Une chambre en ville m'avait plutôt déçu étant donné sa plus que flatteuse réputation critique.

Demy retente l'expérience du film entièrement chanté, projet qui apparaît aujourd'hui toujours aussi audacieux. Hélas, comme on est loin de la grâce de sa trilogie Deneuve/Legrand. Le travail n'a pourtant pas été bâclé. Le talent de coloriste du cinéaste éclate à chaque plan, la ville de Nantes est magnifiée, la musique de Michel Colombier réalise d'authentiques prouesses pour accompagner les tourments des personnages, et le casting est impeccable (Richard Berry, Dominique Sanda, Danielle Darrieux, Piccoli, JF Stevenin). Mais Demy échoue vraiment à nous rendre touchante son histoire d'amour. Le couple Berry/Sanda est quasiment le fruit du désoeuvrement : Sanda fait la pute en réaction à la jalousie maladive de son mari, Berry est un ouvrier en grève. Une nuit leur suffit pour vouloir tout sacrifier à leur passion. C'est d'un beau romantisme mais c'est un peu léger pour émouvoir.

Ajoutons à cela une embarrassante trivialité (nudité, grossiéreté du langage), une représentation du monde ouvrier un peu gadgeteuse. La conclusion est d'une noirceur rare et pourtant j'ai vraiment eu l'impression d'un triste ratage. Et ça me fait vraiment mal au coeur de le reconnaître, étant véritablement amoureux des premiers films de Demy, et tout curieux que j'étais de découvrir enfin ses oeuvres tardives.
« Vouloir le bonheur, c'est déjà un peu le bonheur. » (Roland Cassard)
Mes films du mois...
Mes extrospections...
Mon Top 100...
User avatar
odelay
Mogul
Posts: 11004
Joined: 19 Apr 03, 09:21
Location: A Fraggle Rock

Re: Jacques Demy

Post by odelay »

Les Parapluies de Cherbourg (64)

Image

J'ai trés très honte. Je n'avais jamais vu ce film. :oops:
Les Demoiselles... Peau d'âne, plein de fois. Celui-là, jamais. Ben, franchement ça a été un véritable plaisir de cinéma et musical comme on en recherche tout le temps.
Déjà, dès le générique, superbe, on s'aperçoit que ce film n'a pas usurpé sa réputation. J'avais un peu peur que le film ait vieilli et je m'aperçois qu'il s'agit-là d'une oeuvre intemporelle avec tous les gens impliqués au meilleur de leur forme. On peut ne pas accrocher avec ce "tout -chanté" qu'on retrouvera presque 20 ans plus tard dans Une Chambre en ville, mais comment ne pas reconnaître la modernité de la mise en scène de Demy, l'entrain de tous les interprètes, la fraicheur incroyable de Deneuve, la créativité de la partion de Legrand, et surtout l'ambition du projet. Je croyais en effet qu'il s'agissait d'une belle histoire d'amour un peu mélo, mais avec ce film, Demy est l'un des premiers à parler de la guerre d'Algérie et surtout à mettre en avant la détresse dans laquelle se sont retrouvés la plupart des soldats à leur retour en France. Si on ajoute un grand soin esthétique qui définira le style Demy par la suite, on se retrouve devant un grand film qui mérite sa réputation et ses différents prix.

5,5/6
User avatar
odelay
Mogul
Posts: 11004
Joined: 19 Apr 03, 09:21
Location: A Fraggle Rock

Re: Jacques Demy

Post by odelay »

The Pied Piper (71)

Image

Je pense qu'il s'agira là de LA révélation de ce coffret pour ceux qui sont familiers avec Demy mais qui n'avaient pas réussi à voir ses films obscurs.
C'est une adaptation très fidèle du "joueur de flûte de Hamlyn", produite par David Puttnam à son initiative avec John Hurt, Donald Pleasance et Donovan. Rappelons que ce dernier était une énorme star folk à l'époque (le fameux "season of the witch") , et en tant que star il avait des obligations comme celle de faire des tournées, donc il n'a été disponible que 3 semaines pour le film et du coup son rôle n'est pas aussi important qu'il aurait dû être au départ. Par conséquent, les personnages secondaires ont été étoffés et c'est entre autre une des forces du film. Celui-ci ne souffre pas du tout de la réduction du rôle de Donovan (disons qu'il a un grand second rôle) car il est vraiment riche.

A travers ce conte, Demy a voulu faire un film ambitieux sur l'obscurantisme triomphant contre l'avènement encore trop fragile de la connaissance et des sciences. On est au Moyen Age pendant la grande peste et les rats qui pullulent partout sont les pourvoyeurs de cette terrible maladie qui décima un tiers de l'Europe. L'église sous les ordres de la papauté d'Avignon (donc pas franchement dans un trip "pauvreté") est toute puissante et régit la vie de la population et des dirigeants. Evidemment elle va être responsable de toutes les mauvaises décisions qui seront prises et sera ici l'objet d'un portrait violent.
L'interprétation est absolument parfaite (mention spéciale bien sûr à Hurt et Pleasance), le choix de Donovan est une excellente idée (il chante et c'est tant mieux, et a composé un très beau score), la mise en scène de Demy formidable avec un grand nombre de très longs plans, la photo, notamment en intérieur, est très belle (faite par le futur opérateur de "l'Empire contre attaque", dont le nom m'échappe) et comme Puttnam a donné des moyens à Demy, le film ne fait jamais cheap, que ce soit au niveau des figurants ou même des rats ou des effets spéciaux, réussis, quand ils suivent le joueur.

Un très bon film a découvrir d'urgence!
4,5/6
User avatar
AtCloseRange
Mémé Lenchon
Posts: 23381
Joined: 21 Nov 05, 00:41

Re: Jacques Demy

Post by AtCloseRange »

Voilà qui fait envie.
Le film va-t-il sortir en édition individuelle?
User avatar
odelay
Mogul
Posts: 11004
Joined: 19 Apr 03, 09:21
Location: A Fraggle Rock

Re: Jacques Demy

Post by odelay »

Pour l'instant ce n'est pas prévu, mais espérons qu'ils feront un effort.
Tancrède
J'suis un rebelle, moi !
Posts: 1602
Joined: 18 Jan 07, 11:12

Re: Jacques Demy

Post by Tancrède »

en tant qu'admirateur de Demy déçu par ce Joueur de flûte, je me dois d'apporter un contre-champ:
j'ai trouvé ce film complètement ringard, dénué de rigueur dramatique et complètement toc. et donc franchement chiant.

voilà, j'ai pas spécialement envie d'en dire plus.