Hal Ashby (1929-1988)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Kevin95
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by Kevin95 »

Ratatouille wrote:Ok, t'as décidé de jamais être d'accord avec moi, quoi. :x
Promis, dès que l'occasion se présente je lui redonne une chance. :oops: :mrgreen:
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Profondo Rosso
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by Profondo Rosso »

Harold et Maude (1971)

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Un garçon âgé de vingt ans, Harold vit un amour pur et réciproque avec une femme qui a cinquante-neuf ans de plus que lui, Maude...

Un des films culte des 70's, typique de la liberté de cette décennie par son thème audacieux dont la recette teintée de mélancolie et d'insouciance reste unique. Le film dépeint la drôle de rencontre entre le jeune Harold (Burt Cort) et la bientôt octogénaire Maude (Ruth Gordon), aussi opposé par leur âge que par leur caractère. Harold est un post-adolescent dépressif et détaché de tout et fasciné par la mort, ses plus grands plaisirs étant d'horrifier sa mère à coup de faux suicide sanglants, fréquenter les enterrements et se balader dans le corbillard (forcément) qui lui sert de voiture. Burt Cort, masque de clown triste au teint blafard est épatant d'ironie contenue et exprime une dimension burlesque sobre à coup de gags ludique où il excelle dans l'humour morbide à froid (les prétendantes présentées par sa mère gardant un souvenir houleux de la rencontre). Cette attitude cache un mal être auxquelles les solutions réactionnaires ne peuvent rien, le script fustigeant au passage les conventions sociales, la psychanalyse abusive ou le militarisme à travers le personnage de l'oncle va t en guerre voyant l'armée comme la formation idéal du jeune homme égaré.

Pour aller mieux, Harold va devoir croiser la route de son pendant excentrique plus énergique et enjoué malgré son grand âge avec la pétillante Maude. Partageant son gout pour les enterrements, Maude voit toujours ce qu'il y a de meilleur dans le quotidien où elle promène sa doux-dinguerie par une géniale extravagance : chiper la moindre voiture trainant sous ses yeux et la conduire à tout berzingue, déraciner les arbres malade pour les planter ailleurs ou encore ridiculiser un malheureux policier. Harold se déride et dévoile ainsi progressivement ses fêlures grâce à la bienveillance de Maude (magnifique moment où il explique son obsession pour le suicide et qui lui valut son seul moment d'affection maternelle). Hal Hashby contrebalance constamment le ton plutôt léger avec l'atmosphère grisâtre et dépressive de l'environnement du duo, le sinistre ambiant menaçant constamment de les rattraper. La grande audace du film, c'est bien sûr de faire de cette relation une histoire d'amour. Tout en délicatesse et en tendresse, Hashby évite tout scabreux et provocations vaine pour amener la chose comme une évidence : Maude a l'attitude délurée d'une jeune fille en fleur quand Harold sous ses traits juvéniles semble porter toute la tristesse du monde comme s'il avait déjà vécu trop longtemps. Les vignettes romantiques et moments complices offrent de magnifiques scènes (ce feu d'artifice côte à côte) amenant la joie de vivre pour l'un sous la sinistrose et l'acceptation de la fin pour l'autre. Tout reste habilement suggéré et en surface (ce court insert qui révèle un passé plus douloureux pour Maude quand on verra ce tatouage sur son bras...) et passe par la bulle se créent Harold et Maude. Un film ancré de son époque (la bande originale belle mais un peu en envahissante de Cat Stevens) mais dont la leçon de vie demeure intemporelle. 5/6
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Jeremy Fox
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by Jeremy Fox »

OM77
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by OM77 »

Quelqu'un en saurait-il un peu plus sur ce projet de film-documentaire sur Hal Ashby ?
projet assurément récent, de 2014, intitulé "Once I was : the Hal Ashby Story"... :?:
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Flol
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by Flol »

Le projet avait besoin de 50 000$ avant le 19 juin pour avancer. Et les 50 000 sont déjà atteints (ils sont même dépassés) :
https://www.indiegogo.com/projects/once ... shby-story
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Boubakar
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by Boubakar »

Ratatouille wrote:Le projet avait besoin de 50 000$ avant le 19 juin pour avancer. Et les 50 000 sont déjà atteints (ils sont même dépassés) :
https://www.indiegogo.com/projects/once ... shby-story
Mais c'est énorme, ça ! :shock:
Du coup, j'ai backé aussi pour ma pierre à l'édifice (et 7swans va me suivre probablement :fiou: :mrgreen: ).
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7swans
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by 7swans »

Boubakar wrote:
Ratatouille wrote:Le projet avait besoin de 50 000$ avant le 19 juin pour avancer. Et les 50 000 sont déjà atteints (ils sont même dépassés) :
https://www.indiegogo.com/projects/once ... shby-story
Mais c'est énorme, ça ! :shock:
Du coup, j'ai backé aussi pour ma pierre à l'édifice (et 7swans va me suivre probablement :fiou: :mrgreen: ).
Oh, j'avais suivi le projet quand il s'est lancé. Mais j'ai décidé de ne plus participer à ce genre de financement.
C'est assez frustrant au final.
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El Dadal
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by El Dadal »

Shampoo - 1975

Une des œuvres du Nouvel Hollywood qui revient souvent, Shampoo restait pour moi le chaînon manquant dans les 70's d'Ashby. Déception.

Ayant accepté la "commande" sous l'insistance de Beatty après l'insuccès d'Harold & Maude et avant les résultats de La Dernière corvée, on sent bien que tout le monde a cherché le compromis, ce qui nuit beaucoup au résultat final. Pour être franchement honnête, j'ai trouvé qu'il y avait même peu de choses qui fonctionnent vraiment. La photo est plate, le production design morne, le montage et le rythme mous (pour un ancien monteur primé, ça fait bizarre)... et la plupart du cast est dans la lune. La mise en place est laborieuse, et tout le côté slapstick est une misère. Il faut attendre quasiment une heure (avec la scène du restaurant lors de l'élection présidentielle) pour que les véritables enjeux démarrent.

Alors qu'ai-je trouvé à ce film? Le scénario et le sous-texte. Le récent Inherent Vice en est assez proche sur ce point: en tant qu'étude déceptive de la fin d'une époque, où l'on ne dit pas le passage du temps, parce que ce dernier se fait toujours à notre insu, et que seul l'histoire nous permet de l'appréhender et de lui donner forme, Shampoo est plutôt réussi. Tout est faussement frivole et inconséquent, et les dialogues volontairement abscons ou banals. J'ai lu quelque part qu'on pouvait prendre le film comme une parabole de l'affaire Tate/Manson, en remplaçant le personnage de Goldie Hawn par Sharon Tate, celui du coiffeur interprété par Beatty par Jay Sebring, et celui du réalisateur de pubs joué par Tony Bill par Polanski. À l'évocation de cette grille de lecture, on peut volontiers froncer le sourcil, mais force est d'admettre que ça se tient, et que la dernière scène, Beatty seul sur sa colline dépeuplée, semble aller dans cette direction. La fête est finie. Bon, c'est dommage que rien dans ce film (réalisation, montage, jeu des acteurs) ne soit au diapason d'un scénario beaucoup plus riche qu'il n'y paraît.
OM77
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by OM77 »

Bonsoir à tous
Je fais remonter le topic sur Ashby
Quelqu'un aurait-il déjà vu sa première réalisation, The Landlord (le propriétaire), ou aurait un petit retour sur le zone 1 (seule disponibilité pour le moment...?)
Par ailleurs, quelqu'un aurait-il des renseignements récents sur l'avancée du documentaire "Once I Was"... il me semble ne trouver que des infos datant de mi-2015.
merci
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Père Jules
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by Père Jules »

L'un d'entre vous sait-il si la biographie consacrée à Ashby, Life of a Hollywood Rebel, va être traduite en français ?
Abronsius
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by Abronsius »

OM77 wrote:Bonsoir à tous
Je fais remonter le topic sur Ashby
Quelqu'un aurait-il déjà vu sa première réalisation, The Landlord (le propriétaire), ou aurait un petit retour sur le zone 1 (seule disponibilité pour le moment...?)
Par ailleurs, quelqu'un aurait-il des renseignements récents sur l'avancée du documentaire "Once I Was"... il me semble ne trouver que des infos datant de mi-2015.
merci
The Landlord, en bas de la page, vu en salle...

http://myimaginarylandscapes.blogspot.c ... shby%20Hal
mannhunter
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by mannhunter »

ça vient de sortir en Blu Ray chez Kino Lorber:

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Thaddeus
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by Thaddeus »

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Harold et Maude
Un garçon de bonne famille met un disque, allume des bougies, et se pend. Sa mère entre dans la chambre, l’aperçoit au bout de la corde puis, peu concernée, lui indique l’heure du dîner. Ces suicides burlesques épicent la tendresse d’une love story iconoclaste, seule thérapeutique possible là où les forces conjuguées de la nation américaine échouent. Car la rencontre avec la quasi-octogénaire dingue de chant de culture et de cabriole, qui considère chaque jour comme une nouvelle entreprise, témoigne d’un ton légèrement anarchiste, en rupture avec le courant dominant d’une société qui venait d’élire Nixon comme président. Harold et Maude, ce sont tous ceux qui se sentent à l’étroit dans le carcan des conventions héritées du passé – comme Cat Stevens le chante, If you want to be free, be free. 4/6

La dernière corvée
Visage poupin, air mutique et docile, nez baissé dans une peur permanente : pas possible de laisser ce jeune mataf de Norfolk purger huit ans à la prison navale de Portsmouth sans lui offrir auparavant quelques jours de bonheur et une meilleure confiance en lui. Voilà ce à quoi vont s’employer ses deux escorteurs, sous-officiers forts en gueule mais avec le cœur sur la main, qui dissimulent une générosité sans calcul derrière un langage de poète charretier. La dernière corvée devient alors l’ultime virée, la traversée d’une Amérique marginale, la nouba de la conjuration et de l’affranchissement pour ce trio, rétif à l’autorité et à la loi du plus fort. Pétri d’humour et d’humanité, le film fait acte de foi envers les vertus de l’amitié, exhalant un parfum poignant de revendication et d’affirmation de soi. 5/6

Shampoo
En racontant, la veille de l’élection de Nixon en 1968, les tribulations d’un grand saint-bernard du sexe qui accumule les conquêtes féminines, Ashby et son acteur-scénariste-producteur Warren Beatty visaient sans doute un portrait au vitriol d’une Californie argentée, une sorte de mini-Nashville explorant les liens érotiques et financiers, les alliances transitoires entre le monde de la politique et celui du glamour, les salons de coiffure de Beverly Hills jouant le rôle de plaques tournantes où les images se confortent, se vendent et s’achètent. Mais la satire sociale se perd dans les rouages un peu mous du vaudeville et, tel un simple effet de garniture, semble ménager un semblant de mondanité perverse sans renoncer aux ficelles du boulevard. En résulte un décevant sentiment de confusion et d’inachevé. 3/6

En route pour la gloire
On a tous, caché en notre for intérieur, un petit coin aux cieux, un lieu où l’on garde bien au chaud les "portiers du paradis", ces êtres qui nous font avancer dans une vie qu’on a parfois une envie folle de quitter. Le cinéaste dépeint l’itinéraire de l’un d’entre eux : Woody Guthrie, frère spirituel de London et de Kerouac qui dans les années trente parcourut les routes encombrées et poussiéreuses à pied, en car ou en train, et dont les chansons-brûlots révélèrent la face cachée de la Dépression, l’Amérique du hobo et du tramp. Or, pour susciter une franche adhésion, il aurait fallu ne pas rester à la surface des choses, ne pas hésiter entre le paysage d’une époque et les anecdotes de l’aventure, dépasser l’image léchée d’Épinal qui alourdit souvent ce film ni raté ni déshonorant, mais tissé de conventions. 3/6

Le retour
En 1978 le cinéma américain exhibe les cicatrices que le Vietnam a laissées sur les corps et les âmes désillusionnées de ceux qui y ont fait la guerre. Cimino en a tiré un chef-d’œuvre, et Ashby ce film en tout point remarquable, tant par sa manière de se détourner de la représentation directe du conflit que par son registre retenu, intériorisé, travaillé par les chansons des Stones, de Dylan, Joplin ou Jefferson Airplane. Profondément engagé dans son pacifisme protestataire, il éclaire la prise de conscience tardive d’une réalité où les mots patrie et honneur sont devenus vides de sens. Jon Voight et Jane Fonda mènent avec force le jeu de la révolte contre le désespoir, Bruce Dern s’engloutit dans le néant, et le cinéaste exprime leur désarroi avec une pudeur qui tempère la passion sans l’éteindre. 5/6

Bienvenue mister Chance
Dans un monde où la candeur passe pour de la sagesse, les simples d’esprit n’ont qu’à sourire pour que les puissants en fassent leurs nouveaux guides spirituels. Ce monde est celui des industriels et des politiques, des journalistes et des commentateurs publics, épinglés le long d’une satire lumineuse et élégante par un cinéaste qui emprunte à Capra l’humanisme sans calcul et la générosité piquante de la fable. Incapable de malice et de rancune sournoise, benêt infiniment candide soudain confronté à une réalité extérieure qu’il ne connaît que par le filtre de la télévision, mister Chance, l’idiot devenu prophète, cultive le calme et le stoïcisme comme un art de vivre. C’est un peu le défaut de ce périple sans illusion dans les arcanes du pouvoir, subtil mais bien trop consensuel pour pleinement convaincre. 3/6


Mon top :

1. La dernière corvée (1973)
2. Le retour (1978)
3. Harold et Maude (1971)
4. En route pour la gloire (1976)
5. Bienvenue mister Chance (1979)

Peintre d’une certaine Amérique faussement triomphante, satiriste tendre qui refuse de compromettre son éthique humaniste dans les enjolivements d’une mise en scène clinquante et sophistiquée, Hal Ashby, s’il est curieusement oublié lorsque l’on cite les représentants du Nouvel Hollywood, est pourtant un solide serviteur de cette mouvance apparue en marge du système dans les années 70.
Last edited by Thaddeus on 13 Jan 19, 10:39, edited 2 times in total.
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Jeremy Fox
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Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by Jeremy Fox »

Après l'avis dithyrambique de Rick, je constate qu'il faut absolument que je me procure La Dernière corvée.
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AtCloseRange
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Re: Hal Ashby (1929-1988)

Post by AtCloseRange »

Thaddeus wrote:
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Harold et Maude
Un garçon de bonne famille met un disque, allume des bougies, et se pend. Sa mère entre dans la chambre, l’aperçoit au bout de la corde puis, peu concernée, lui indique l’heure du dîner. Ces suicides burlesques épicent la tendresse d’une love story iconoclaste, seule thérapeutique possible là où les forces conjuguées de la nation américaine échouent. Car la rencontre avec la quasi-octogénaire dingue de chant de culture et de cabriole, qui considère chaque jour comme une nouvelle entreprise, témoigne d’un ton légèrement anarchiste, en rupture avec le courant dominant d’une société qui venait d’élire Nixon comme président. Harold et Maude, ce sont tous ceux qui se sentent à l’étroit dans le carcan des conventions héritées du passé – comme Cat Stevens le chante, If you want to be free, be free. 4/6

La dernière corvée
Visage poupin, air mutique et docile, nez baissé dans une peur permanente : pas possible de laisser ce jeune mataf de Norfolk purger huit ans à la prison navale de Portsmouth sans lui offrir auparavant quelques jours de bonheur et une meilleure confiance en lui. Voilà ce à quoi vont s’employer ses deux escorteurs, sous-officiers forts en gueule mais avec le cœur sur la main, qui dissimulent une générosité sans calcul derrière un langage de poète charretier. La dernière corvée devient alors l’ultime virée, la traversée d’une Amérique marginale, la nouba de la conjuration et de l’affranchissement pour ce trio, rétif à l’autorité et à la loi du plus fort. Pétri d’humour et d’humanité, le film fait acte de foi envers les vertus de l’amitié, exhalant un parfum poignant de revendication et d’affirmation de soi. 5/6

Shampoo
En racontant, la veille de l’élection de Nixon en 1968, les tribulations d’un grand saint-bernard du sexe qui accumule les conquêtes féminines, Ashby et son acteur-scénariste-producteur Warren Beatty visaient sans doute un portrait au vitriol d’une Californie argentée, une sorte de mini-Nashville explorant les liens érotiques et financiers, les alliances transitoires entre le monde de la politique et celui du glamour, les salons de coiffure de Beverly Hills jouant le rôle de plaques tournantes où les images se confortent, se vendent et s’achètent. Mais la satire sociale se perd dans les rouages un peu mous du vaudeville et, tel un simple effet de garniture, semble ménager un semblant de mondanité perverse sans renoncer aux ficelles du boulevard. En résulte un décevant sentiment de confusion et d’inachevé. 3/6

Le retour
En 1978 le cinéma américain exhibe les cicatrices que le Vietnam a laissées sur les corps et les âmes désillusionnées de ceux qui y ont fait la guerre. Cimino en a tiré un chef-d’œuvre, et Ashby ce film en tout point remarquable, tant par sa manière de se détourner de la représentation directe du conflit que par son registre retenu, intériorisé, travaillé par les chansons des Stones, de Dylan, Joplin ou Jefferson Airplane. Profondément engagé dans son pacifisme protestataire, il éclaire la prise de conscience tardive d’une réalité où les mots patrie et honneur sont devenus vides de sens. Jon Voight et Jane Fonda mènent avec force le jeu de la révolte contre le désespoir, Bruce Dern s’engloutit dans le néant, et le cinéaste exprime leur désarroi avec une pudeur qui tempère la passion sans l’éteindre. 5/6

Bienvenue mister Chance
Dans un monde où la candeur passe pour de la sagesse, les simples d’esprit n’ont qu’à sourire pour que les puissants en fassent leurs nouveaux guides spirituels. Ce monde est celui des industriels et des politiques, des journalistes et des commentateurs publics, épinglés le long d’une satire lumineuse et élégante par un cinéaste qui emprunte à Capra l’humanisme sans calcul et la générosité piquante de la fable. Incapable de malice et de rancune sournoise, benêt infiniment candide soudain confronté à une réalité extérieure qu’il ne connaît que par le filtre de la télévision, mister Chance, l’idiot devenu prophète, cultive le calme et le stoïcisme comme un art de vivre. C’est un peu le défaut de ce périple sans illusion dans les arcanes du pouvoir, subtil mais bien trop consensuel pour pleinement convaincre. 3/6


Mon top :

1. La dernière corvée (1973)
2. Le retour (1978)
3. Harold et Maude (1971)
4. Bienvenue mister Chance (1979)
5. Shampoo (1975)

Peintre d’une certaine Amérique faussement triomphante, satiriste tendre qui refuse de compromettre son éthique humaniste dans les enjolivements d’une mise en scène clinquante et sophistiquée, Hal Ashby, s’il est curieusement oublié lorsque l’on cite les représentants du Nouvel Hollywood, est pourtant un solide serviteur de cette mouvance apparue en marge du système dans les années 70.
Faut que tu voies En Route Pour la Gloire.
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