Georges Lautner (1926-2013)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Kevin95
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Re: Notez les films naphtas - Mai 2009

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Le Pacha (Georges Lautner) Image

C'est toujours avec bonheur que je revis ce polar très froid et (c'est rare pour le réalisateur) très premier degrés de Lautner où notre Gabin national bouffe l'écran de sa présence aidé par son pote Audiard (après un légère brouille, Le Pacha permet la réunion des deux hommes) qui lui offre du caviar à débiter.
Le Pacha donc, peut être un des premiers polars à naviguer sur le thème du vigilante, car comme le dit l'accroche de l'affiche c'est le "Gabin de la vengeance" ce qui valut en son temps une petite polémique avec des journalistes bien pensants et une institution policière gênée par le final (ce qui l'ont vu comprendront) et qui deux mois après la sortie du film seront emmêlée par un certain mai 1968. Le film est doté d'une atmosphère fascinante, certaines idées et certains plans sont absolument géniaux et prouve à certains qu'en cette fin des années 60, Melville n'était pas le seul sur le terrain du polar tel l'explosion du fourgon dans la neige, où ce meurtre avec dans le fond la chanson de Brigitte Bardot... c'est culte !
Un classique.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Eusebio Cafarelli
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Re: Notez les films naphtas - Mai 2009

Post by Eusebio Cafarelli »

Kevin95 wrote:Image

Le Pacha (Georges Lautner) Image

C'est toujours avec bonheur que je revis ce polar très froid et (c'est rare pour le réalisateur) très premier degrés de Lautner où notre Gabin national bouffe l'écran de sa présence aidé par son pote Audiard (après un légère brouille, Le Pacha permet la réunion des deux hommes) qui lui offre du caviar à débiter.
Le Pacha donc, peut être un des premiers polars à naviguer sur le thème du vigilante, car comme le dit l'accroche de l'affiche c'est le "Gabin de la vengeance" ce qui valut en son temps une petite polémique avec des journalistes bien pensants et une institution policière gênée par le final (ce qui l'ont vu comprendront) et qui deux mois après la sortie du film seront emmêlée par un certain mai 1968. Le film est doté d'une atmosphère fascinante, certaines idées et certains plans sont absolument géniaux et prouve à certains qu'en cette fin des années 60, Melville n'était pas le seul sur le terrain du polar tel l'explosion du fourgon dans la neige, où ce meurtre avec dans le fond la chanson de Brigitte Bardot... c'est culte !
Un classique.
sans oublier le glaçant et excellent André Pousse... Il faut réévaluer Lautner et tous ces polars français des années 60-70, qui montraient bien du talent.
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Boubakar
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Re: Georges Lautner

Post by Boubakar »

Pas de problème ! (1975)

Tourné pour sa muse Miou-Miou, c'est une comédie très sympathique où, d'un homme qui meurt chez une femme, tout le film consiste à planquer ce cadavre gênant, mais rien ne se passe comme prévu...
Avec un casting de seconds couteaux (Bernard Menez, Henry Guybet, Jean Lefèvre...), Lautner réussit un film certes mineur, mais assez drôle (le voisin qui gueule à travers une poubelle ou une fille qui se fiche à poil dans la voiture de Lefèvre), où l'on ne s'ennuie jamais, le tout emmené par la charmante Miou-Miou. Et j'aime beaucoup la poursuite du début, où l'on voit une voiture coupée en deux s'assembler à nouveau comme si de rien n'était. :lol:
A noter une courte apparition de Patrick Dewaere dans le rôle d'un garçon de bar, époque où celui-ci vivait avec Miou-Miou.

Le dvd est de très bonne qualité, seul une présentation est incluse avec George Lautner et Jean-Marie Poiré.
S'il est drôle de voir les deux hommes se contredire sans arrêt (ils sont filmés séparément), ils ne sont pas avares en anecdotes de tournage (on apprend que le film est né en une journée, d'un simple pitch :shock: ), mais à la fin de ce bonus, le ton devient plus grave, avec un Lautner sous le ton de la nostalgie, le poids de l'âge qui passe... qui le rend très émouvant.
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Kevin95
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Re: Georges Lautner

Post by Kevin95 »

Boubakar wrote:[mais à la fin de ce bonus, le ton devient plus grave, avec un Lautner sous le ton de la nostalgie, le poids de l'âge qui passe... qui le rend très émouvant.
Sans vouloir dire par là que le monsieur se répète c'est souvent le cas avec Lautner, à chaque fois qu'il parle d'un de ses films il conclut souvent (après une dose d'anecdotes et quelques fous rires) avec une touche mélancolique. Quand il aborde La Valise, c'est pour dire qu'il s'agit d'une histoire d'amour et la scène de la cuisine dans Les Tontons Flingueurs, pour préciser que les comédiens parlent avec nostalgie de leurs souvenirs.
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Boubakar
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Re: Georges Lautner

Post by Boubakar »

Kevin95 wrote:Sans vouloir dire par là que le monsieur se répète c'est souvent le cas avec Lautner, à chaque fois qu'il parle d'un de ses films il conclut souvent (après une dose d'anecdotes et quelques fous rires) avec une touche mélancolique.
On retrouve un peu le même ton dans son (très bon) livre autobiographique.
Julien Léonard
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Re: Notez les films d'avril 2009

Post by Julien Léonard »

Kevin95 wrote:
Joyeuses Pâques (Georges Lautner) Image

Le film qui a toujours bénéficié d'un manque d'enthousiasme de beaucoup et est l'un des rares films avec Belmondo (fan boy inside) qui me manquait de découvrir.
Après un Professionnel fatiguant pour les deux hommes, Lautner et l'acteur se retrouve pour cette comédie de boulvard adapté (par l'auteur) d'une pièce de Jean Poiret (sachant que Belmondo c'était brouillé avec Audiard depuis Le Marginal) et autant dire qu'après deux minutes de film j'ai tout de suite compris pourquoi la critique a méprisé Joyeuses Pâques.
C'est simple, le film est un bon gros bras d'honneur de l'acteur et du réalisateur à une quelconque prétention intellectuel, dès le générique on comprend qu'ils sont là pour se marrer et donc faire rire ni plus ni moins. Ceux qui n'aiment pas le cabotinage made in Belmondo peuvent s'ennuyer devant (voir être en rage) mais perso, j'ai pris un panard coupable assez intense. C'est con, ça part dans tout les sens, s'en est même cartoonesque (avec bruitage à l'appuie), c'est de la comédie jouissive pour quiconque voulant se reposer le cerveau et le comédien est cabot mais alors cabot d'une force ! Moi j'adore.
Mauvais pour tous, Joyeuses Pâques fait partie maintenant de mon listing des métrages à voir en cas de cafard !
Perso, je suis assez d'accord avec ça, le film m'a amusé et parfois m'a fait rire de bon cœur. C'est énergique, c'est nerveux dans l'agencement général... Manque juste un peu de finesse et une évacuation de quelques cascades un peu trop gratuites à mon goût. Reste que le film, se jouant des règles de la comédie et de l'action, offre un Bébel fonceur et ultra gouailleur pour l'une des dernières fois. Mais franchement, ça se laisse voir ! Largement.
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O'Malley
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Re: Georges Lautner

Post by O'Malley »

Je fais aussi parti des aficionados de Joyeuses Paques. Je trouve déjà la pièce de Poiret réussi et j'avoue que le traitement belmondesque "infligé" par Lautner au matériel originel me plaît beacoup, quitte à le dénaturer totalement. Lautner faisait encore preuve d'un bon sens du rythme et la manière dont Belmondo s'enfonce pour faire croire à Marie Laforêt que Sophie Marceau est sa fille tient du cabotinage jouissif... Et puis la séquence de la réception chez Michel Beaune, point d'orgue du film, avec l'arrivée de Rosy Varte avec la blague détournée de La Fontaine racontée par Marceau, Belmondo se jetant sur le fauteuil du salon, Beaune le traitant de "minable" avec sa compagne, accrochée à lui presque dans un orgasme :lol: j'adore...
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Major Dundee
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Re: Georges Lautner

Post by Major Dundee »

La grande sauterelle (1967)
Je viens de revoir ce film que je n'avais pas revu depuis sa sortie.
J'avais trouvé cela assez mauvais à l'époque, mais je dois dire que la revision aujourdh'hui m'a parue carrément insupportable, tellement j'ai trouvé çà nul (hormis le pré-générique avec la tirade de georges Géret via Audiard), c'est le seul passage que je sauverais du film.
J'ai trouvé çà lent et ennuyeux au possible. Le couple Darc Kurger est complètement transparent.
De la 50e à la 70e minute (je suis revenu en arrière pour minuter tellement je trouvais cela interminable) :roll: , l'ennui et le ridicule l'emportent et finissent de plomber un scénario qui n'était déjà pas très subtil. On croirait 20 minutes d'un très mauvais Lelouch, (quoique finalement je n'ai pas souvenir de scènes aussi nunuches chez Lelouch :oops: ).
Les deux scènes avec Francis Blanche sont ratées aussi.
Je n'ai pas outre mesure été gêné par le côté daté du film (musique, danse etc ...) car c'est malheruesement inhérent à beaucoup de films de cette époque.
Seules choses à sauver donc, le pré-générique et les prestations de Georges Géret et Maurice Biraud.
0,5 sur 10.
Charles Boyer (faisant la cour) à Michèle Morgan dans Maxime.

- Ah, si j'avais trente ans de moins !
- J'aurais cinq ans... Ce serait du joli !


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Re: Georges Lautner

Post by Alligator »

Major Dundee wrote:La grande sauterelle (1967)
0,5 sur 10.
Ah oui quand même... :)
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Boubakar
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Re: Georges Lautner

Post by Boubakar »

Les seins de glace (1974)

Film qu'Alain Delon a "offert" à Mireille Darc, il est sans doute anecdotique, mais il est arrivé un petit souci ; mon dvd ne marche plus à 30 minutes de la fin, ce qui est un peu gênant pour savoir ce que va devenir le personnage de Mireille Darc. :?
Heureusement que dans l'entretien avec Lautner, j'ai pu voir des extraits de la fin, ainsi qu'un petit commentaire du réalisateur, mais ce bug me fait un peu enrager. :x
Mais, pour les 70 minutes que j'ai pu voir, c'est assez moyen, mais encore une fois, Mireille Darc y est sublime et mystérieuse à la fois. Et j'aime beaucoup la modestie de Delon, qui ne joue qu'un personnage secondaire, laissant à Claude Brasseur un joli rôle.
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Commissaire Juve
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Re: Georges Lautner

Post by Commissaire Juve »

Boubakar wrote:Les seins de glace (1974)

Film qu'Alain Delon a "offert" à Mireille Darc, il est sans doute anecdotique, mais il est arrivé un petit souci ; mon dvd ne marche plus à 30 minutes de la fin, ce qui est un peu gênant pour savoir ce que va devenir le personnage de Mireille Darc. :?
Heureusement que dans l'entretien avec Lautner, j'ai pu voir des extraits de la fin, ainsi qu'un petit commentaire du réalisateur, mais ce bug me fait un peu enrager. :x
Mais, pour les 70 minutes que j'ai pu voir, c'est assez moyen, mais encore une fois, Mireille Darc y est sublime et mystérieuse à la fois. Et j'aime beaucoup la modestie de Delon, qui ne joue qu'un personnage secondaire, laissant à Claude Brasseur un joli rôle.
J'ai failli l'acheter dernièrement, et puis... la jaquette était tellement moche que j'ai passé mon tour :x . Sinon, je vois que je l'ai échappé belle (mon disque aurait peut-être bloqué aussi :? ).
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Re: Georges Lautner

Post by Alligator »

Ils sont fous ces sorciers (Georges Lautner, 1978) :

http://alligatographe.blogspot.com/2009 ... ciers.html
_______________

Je n'ai pas sa filmographie dans la tête. Je ne sais plus s'il est situé avant ou après Pas de problème ou Est-ce bien raisonnable?, qui, de mémoire, n'étaient pas si mauvais. Les Lautner suivants sont fatigués, au régime sans sel. Quant à celui-là, il est franchement mauvais. Pourtant je l'aime bien. Si je laisse de côté l'aspect affectif, nostalgique et mon regard d'enfant biberonné aux navets de ce genre, je suis tout de même obligé de reconnaitre que le film est très laid et écrit à la va-vite.

A ce propos, on a rarement entendu répliques aussi minables : les tentatives pseudo-scientifiques d'expliquer les phénomènes paranormaux qui assaillent le quotidien de Guybet et Lefebvre sont un méli-mélo incohérent de termes plus ou moins ésotériques ou techniques dont le sens échappe complètement aux scénaristes-dialoguistes (Lautner, Carbonnaux, Kantof et Mulot). L'inculture crasse suinte à tout bout de champ : la représentation folklorique des cultures mauriciennes en est une illustration évidente. Un plan promotionnel sur une couverture de bouquin de Jean-Michel Pedrazzani, "Le temps des sorciers" en dit long des influences intellectuelles et scientifiques qui président à l'écriture du scénario. Amalgames, clichés, superstitions, méconnaissances grossières forment un encrier grotesque dans lequel sont venus s'abreuver le groupe de scénaristes en mal d'idées spectaculaires afin de trouver un prétexte pour aller tourner à l'île Maurice. Parce que le film n'a été pensé, écrit, produit que pour tourner un film au soleil. Ne nous leurrons pas. Après, sûrement que l'idée comique de transposer les déboires magiques des deux tartignolles en France a permis d'équilibrer un tantinet le film et qu'il n'apparaisse pas uniquement comme un dépliant touristique. Mais il faut avouer que l'accumulation de plans "placement de produits" sur la première partie du film tournée à l'île Maurice a des allures très mercantiles, profiteuses et que celle des séquences touristiques fait immanquablement penser à ces films documentaires touristiques que l'on diffusait jadis dans les ciné-clubs.

Quoiqu'il en soit, les préoccupations comiques paraissent en quelque sorte grignotées. L'humour de la première partie est d'une rare imbécillité. Sans doute les relents colonialistes qui s'en dégagent sont-ils pour beaucoup dans ma retenue. Les deux personnages de Lefebvre et Guybet ont bien du mal à s'imposer. Guybet hérite d'un rôle d'une bêtise sidérale, exceptionnelle. Lui trouver un quelconque attrait relève de l'exploit. Un imbécile gras. Il faudra attendre la partie parisienne pour qu'il se contente d'être juste un peu normal. Lefebvre ne fait pas du Lefebvre, chose extraordinaire, il joue un cadre. Hé oui. On a du mal à y croire, c'est le moins que l'on puisse dire. Il subit mais n'est pas aussi crétin que Guybet. Il est le seul à vraiment se mettre en colère face aux éléments contraires déchaînés. Guybet rouspète un peu quand le gibier "noble" qu'il a tiré à la chasse est transformé en un gibier moins noble. Me demandez pas je n'y connais rien mais c'est à peu près ce que j'ai compris de sa pseudo colère. Concernant ces deux personnages, vous voyez qu'il n'y a pas grand chose à dire. Les comédiens font ce qu'ils ont l'habitude de faire, rire grassement, prendre des airs ahuris etc, sans apporter une touche d'originalité ou réellement personnelle qui éveille l'intérêt du spectateur. Plus j'écris et plus je me demande pourquoi j'aime bien ce film (ça sent le nanar).

Il y a trois comédiens, secondaires certes, qui sont très bons dans ce film. D'abord l'immense Julien Guiomar que j'adule. Ce type est un acteur tout simplement génial. Dans sa démesure, il parvient toujours à garder de film en film une finesse et une maitrise qui lui permettent de toujours jouer juste, même sans direction d'acteur. Cabotineur en diable, son outrance est toujours impeccable. Sa diction n'est jamais prise en défaut. Le rythme, l'oeil, les ruptures de tons sont incroyablement maitrisés. L'écouter, le voir sautiller sur ces fils invisibles me procure un plaisir sans cesse renouvelé. Il se dégage de cet acteur une poésie gracile. Julien Guiomar est une libellule dans un corps de taureau. Je l'aime. On ne dira jamais assez qu'il était un très grand acteur. Fuoriclasse.

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Ce film donne également l'opportunité à une comédienne d'exprimer toute l'étrangeté et l'univers bizarroïde que sa manière de parler, de bouger, de jouer en somme, trimballe et expose. Catherine Lachens est une comédienne hors du commun. Ne l'ayant que peu vue jouer, j'ai bien du mal à savoir si elle est vraiment douée ou si elle n'a que le talent de vampiriser ses rôles. Peu m'importe. Sur ce film, elle avance seule, à contre-courant, à son rythme, sur son petit nuage et c'est formidable.

Et puis je pense à un autre hurluberlu, Michel Peyrelon, une trogne que vous devez au moins connaître si vous ne parvenez pas à lui coller un nom. Lui aussi a une voix et un ton bien à lui, qui lui donnent un air de malade mental, une sorte d'hystérique mâle, à la fois effrayant et ridicule. Il trimballe son monde avec lui et c'est tout aussi magnifique que saugrenu. Applaudissements.

Pour ces trois-là, le film vaut 100 000 fois d'être vu.
Oups, j'allais oublier un autre très grand, Daniel Ceccaldi. Je l'oubliai sans doute parce sa participation est légèrement décevante. L'espèce de duo de clowns qu'il forme avec Lefebvre à Maurice est presque pénible, trop enfantin, inerte. Par contre, je retrouve un peu de cette perfection dans la narration qu'il fait pendant le diner. Sa voix, son regard qui s'allument et son visage rayonne. Le Ceccaldi de "L'hotel de la plage" de Lang, celui de "Pleure pas la bouche pleine" ou "Le chaud lapin" ou "Celles qu'on n'a pas eues" de Pascal Thomas refait surface. C'est tout de même un acteur immense caché dans une multitude de petits rôles. Un type talentueux peu reconnu, un second rôleur exemplaire.

Faut-il évoquer Renée Saint-Cyr, qui a retrouvé grâce à son fiston (Lautner) quelques vagues rôles en fin de carrière? Je n'en suis pas persuadé, alors passons.

Pourquoi j'aime ce film alors? Il y a forcément un petit rapport affectif, une trace d'enfance, une sorte d'empreinte indélébile (en l'occurrence, d'aucuns diraient "débile") de ce passé de très jeune vorace cinéphagique qui'il ne me viendrait jamais à l'idée de renier tant il m'a permis de me constituer. Sans doute que le plaisir envieux, la joie galopine de suivre ces histoires de sortilèges a construit aussi mon juvénile enthousiasme. Je remarque d'ailleurs que la revoyure récente a complètement hypnotisé le marmot de la famille, qui invite depuis tous ses copains à venir voir le film à la maison le week-end. Les sorciers fascinent, ici d'autant plus qu'ils sont associés au rire ; esprits et sorciers farceurs.

Mais je crois que ce qui me plait plus encore est à rechercher dans l'espèce de bonheur qui émane du film, une nonchalance, une absence d'inquiétude, une béatitude satisfaite, une sérénité qui se dégage des personnages, bref la nostalgie d'un temps vraiment insouciant, bêtement sans doute car le monde n'était pas aussi tranquille que ces productions grand public voulaient bien nous le faire accroire, pas plus heureux que le nôtre, mais l'individu n'était pas encore totalement centré sur lui même (bien que les signes matérialistes bourgeois sont légions) et surtout les médias qui relaient les angoisses par leurs réseaux émotionnels n'avaient pas la place et l'omniprésence actuelle non plus. J'imagine que ce petit film et son humble ambition témoignent dans une certaine mesure de cette période encore "innocente". La sinistrose chronique n'a pas atteint toutes les aires sociétales. Je me branle sûrement un peu beaucoup à la folie la tête là, non? Doit bien y avoir d'autres raisons qu'un intérêt d'enfant et trois-quatre acteurs géniaux ou insolites pour expliquer la véritable affection qui peut me faire voir et revoir cette petite crotte.
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Re: Georges Lautner

Post by cinephage »

:D

Mais certainement, monsieur, j'ai toujours un citron dans mon porte-feuille...
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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Re: Georges Lautner

Post by Alligator »

Ma mémoire me joue des tours... c'est lors du diner où Guiomar déclare ouvertement les origines collaborationnistes de sa fortune?
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Re: Georges Lautner

Post by cinephage »

Alligator wrote:Ma mémoire me joue des tours... c'est lors du diner où Guiomar déclare ouvertement les origines collaborationnistes de sa fortune?
Mes souvenirs du film sont très lointains, j'espère ne pas confondre. A la reflexion, je crois que ma citation vient de Rendez-moi ma peau, de Patrick Schulman. :oops:
Ayant découvert les deux films à la même période, j'avoue les confondre un peu. :oops:

Navré...

Il est temps d'une sérieuse révision.

EDIT: en cherchant à m'en assurer, je découvre que j'ai déja fait le coup lorsque Atcloserange a visionné Rendez-moi ma peau... La honte... Je deviens totalement gateux... :oops: :oops: :oops:
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