Nagisa Oshima (1932-2013)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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El Dadal
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Re: Nagisa Oshima

Post by El Dadal »

-Kaonashi Yupa- wrote:Ses trois premiers films sont à découvrir : Une ville d'amour et d'espoir pour voir les prémices des thèmes d'Oshima dans un emballage assez classique ; Contes cruels de la jeunesse pour ce qu'il apportait de nouveau, de fort, et même si je le trouve un peu fastidieux ; et L'Enterrement du soleil, film étrange, et gros coup de poing.
Je trouve effectivement ses premiers films assez faciles à suivre, entre humilité et désir de briser barrières et tabous. Un beau début de carrière que je préfère aux œuvres-phare de la fin de carrière, excepté Furyo (pour des raisons musicales principalement).
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-Kaonashi Yupa-
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Re: Nagisa Oshima

Post by -Kaonashi Yupa- »

Père Jules wrote:
-Kaonashi Yupa- wrote: C'est dans la dernière demi-heure, ça ? Mon souvenir du film est lointain.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Je faisais plutôt référence au mec qui se fait couper la bite. Mais on est dans le même esprit...
Il y a quand-même un océan entre couper un membre et insérer un oeuf dur, non ? L'un des deux est réversible. :!:
wontolla
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Re: Nagisa Oshima

Post by wontolla »

-Kaonashi Yupa- wrote:
Père Jules wrote:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Je faisais plutôt référence au mec qui se fait couper la bite. Mais on est dans le même esprit...
Il y a quand-même un océan entre couper un membre et insérer un oeuf dur, non ? L'un des deux est réversible. :!:
Sauf quand l'oeuf a été mangé ou enfoncé de force dans la gorge par l'amante. :fiou:

Ceci écrit, film (re)vu hier soir à la cure avec quelques amis cinéphiles (ou pas !).
Du coup (pas de couteau :mrgreen: ), certains de mes amis aimeraient (re)voir Furyo.
Quel DVD me conseillez-vous au plan de la qualité technique ? Merci.
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gnome
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by gnome »

Ben on est limité. J'ai le DVD TF1 qui n'est pas terrible. Il existe un DVD anglais chez Optimum qui est très bon mas sous-titres anglais. Sinon, il y a Criterion en BR où il y a pas photo ( :fiou: 8) ) mais également sous-titres anglais. Je ne connais pas l'édition Films de ma vie, mais il y a fort à parier qu'elle ne soit pa smeilleure que l'édition TF1. C'est tout ce que je peux te dire. :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

Alors que débute aujourd'hui à la Cinémathèque Française une rétrospective consacrée à Nagisa Ôshima, Carlotta se joint à l'évènement en proposant la réédition en salle de trois films dans des versions numériques restaurées : Le Petit garçon qui sort ce mercredi, La Pendaison et La Cérémonie qui eux sortiront le 18 mars. Dans l'intervalle, le 11 mars, sera édité un coffret DVD & Blu-ray regroupant neuf films inédits du cinéaste japonais. Nous reviendrons la semaine prochaine sur cet imposant coffret et nous vous proposons aujourd'hui la chronique du Petit garçon qui ouvre le bal.
La news

La chronique signée Jean-Gavril Sluka
bruce randylan
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

Le piège / Une bête à tuer (1961).

Je n'ai pas encore vu la totalité de l'oeuvre d'Oshima mais je peux m'avancer sans crainte pour dire qu'il s'agit d'un de ses titres les plus faibles. Après son licenciement pour Nuit et brouillard au Japon, il s'agit d'une commande pour une petite société de production et on voit très rapidement que le cinéaste ne s'y intéresse pas du tout. C'est d'ailleurs l'un des rares qu'il ne (co-)écrit pas. Il semble s'être seulement intéressé par la technique qui demeure encore efficace avec un recours fréquent au plan-séquences ; certains d'ailleurs sont assez épatants, remplis d'acteurs, de mouvements et d'informations.
Mais à part ça, on voit qu'il se soucie jamais de l'intrigue. D'ailleurs demander à un cinéaste contestataire et anti-américain de réaliser un film sur des paysans qui capturent un soldat noir US, c'était présager un contenu fortement misanthrope... Et ça ne rate pas. Sauf que n'abouti sur pas grand chose, les personnages sont tous antipathiques, la charge au vitriole plaquée sans recherche, la dimension sociale mal gérée même si on reconnait des traces politiques et des "figures" récurrentes (pas toujours bien intégrée). C'est surtout qu'on ne comprend jamais les motivations de nombreux personnages ; surtout les plus jeunes.

C'est donc très rapidement fatigant avec un sentiment de surplace plombant même le dernier tiers relance un peu la machine. Reste tout de même quelques images marquantes (l'enterrement final), voire de séquences réussies (la ville en flamme derrière une montagne dont on devine qu'elle vient d'être pulvériser par une bombe atomique - ce que les personnages ne peuvent imaginer bien sûr).

En tout cas, la mise en scène d'Oshima ne permet pas de faire oublier cette histoire méprisante et au cynique grossier.
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gnome
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by gnome »

bruce randylan wrote:Le piège / Une bête à tuer (1961).
C'est surtout qu'on ne comprend jamais les motivations de nombreux personnages ; surtout les plus jeunes.
Le livre prend le point de vue des enfants. Sur ce point Oshima rate ne effet le coche. On ne comprend en effet pas toujours bien leurs motivations. Je suis d'accord avec toi.
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bruce randylan
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

gnome wrote:
bruce randylan wrote:Le piège / Une bête à tuer (1961).
C'est surtout qu'on ne comprend jamais les motivations de nombreux personnages ; surtout les plus jeunes.
Le livre prend le point de vue des enfants. Sur ce point Oshima rate ne effet le coche. On ne comprend en effet pas toujours bien leurs motivations. Je suis d'accord avec toi.
il est sorti en France ce livre ?
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gnome
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by gnome »

bruce randylan wrote:
gnome wrote: Le livre prend le point de vue des enfants. Sur ce point Oshima rate ne effet le coche. On ne comprend en effet pas toujours bien leurs motivations. Je suis d'accord avec toi.
il est sorti en France ce livre ?
Oui :wink:
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bruce randylan
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

Merci, je vais essayer de me trouver ça d'autant que je connais pas du tout l'auteur.

Nuit et brouillard au Japon (1960)

Voilà bien un film qui pousse jusqu'à son point de rupture le plus absurde sa démarche de rendre abstraites et déconnectées de la réalité les interminables joutes verbales des révolutionnaires.
Ils finissent par devenir inaudible (très explicite dans l'ultime plan), à la fois par leurs incapacité à se mettre d'accord et par la cruelle désillusion de leur mouvement... Un mouvement politique qui comprenait autant des activistes sincères, des ados sans repères, des arrivistes et des jeunes en quête de sensation fortes.
Oshima représente un engagement stérile et joue volontaire avec la patience de spectateurs, pour littéralement les noyer dans un flux ininterrompu de discours, d'accusations et d'affrontements oraux.
Pour mieux rendre visible la tension entre les différents membres, le cinéaste mise sur une claustrophobie permanente : énormément de scènes en intérieur, cadre surchargés d'acteurs qui viennent créer une deuxième « prison » dans le décor déjà fermé. Même chose avec l'emploi des longues focales qui viennent encore plus aplatir la profondeur de champ sans oublier l'omniprésence des séquences nocturnes et des basculements vers une obscurité étouffante très théâtrale... Le plus visible demeure évidemment la systématisation du plan séquence qui fait du public un spectateur captif des échanges entre les personnages, ballotté d'un bout du décor à l'autre, jusqu'à en avoir le mal de mer
Nuit et brouillard au Japonn'est vraiment pas un film confortable ; tout en reconnaissant son brio formel, l'intelligence du propos et la lucidité de sa vision des luttes internes politiques, il y a forcément un moment où l'on décroche. D'un autre côté, même sans suivre le échanges et l'évolution du scénario, la forme conserve un pouvoir de fascination qui tient presque de l'installation d'art contemporaine.

Difficile de dire cependant si j'ai aimé le film et si je l'ai aimé pour ce qu'il est ou pour ce qu'il « impose » au spectateur. En tout cas, une œuvre sans concession et jusqu'au boutiste qui rappelle pêle-même Marie-octobre de Duvivier, une narration à la Rashomon et le cinéaste Nobuo Nakagawa pour les effets de lumières, l'utilisation des plan-séquences avec caméra mobile et l'ambiance fantastiques (brouillard inclus).
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

Eté japonais : double suicide (1967)

Plutôt beaucoup aimé celui-ci malgré un tiers central qui tire un peu en longueur, tourne en rond et manque de surprise.
Le reste en revanche est assez génial avec une présentation doucement décalée et intrigante qui n'est pas loin de l'absurde et du surréalisme. Mais derrière cet humour caustique et une galerie de personnages gratinés qui caractérisent tous les travers de la jeunesse japonaise, il y a un vrai désespoir, un mal-être à trouver sa place. Les personnages de ce film possèdent tous en eux une sorte de rage, de cri et de révolte mais dont ils ne savent exprimer la cause et encore moins en trouver la solution.
Il y a donc la nymphomane, le jeune obsédé par la mort ou encore celui fasciné par les armes à feu.
On ne peut pas dire qu'on comprend vraiment toujours leurs comportements et leurs actions mais on saisit ce qu'ils caractérisent et symbolisent. Celà permet à Oshima de contourner la simple comédie de moeurs, la radiographie sociale ou le film à thèse pour embrasser quelque chose de beaucoup plus large, complexe et profond qui va du traumatisme d'Hiroshima (ces traces d'ombres au mur), le pouvoir des médias, le rejet des représentants de l'autorité, l'arrivisme chevronné, le capitalisme, la sexualité ou la place des USA). D'où une fable existentialiste qui n'est peut-être pas ce que Oshima a fait de plus abordable mais qui est loin d'être son plus hardcore d'ailleurs. J'ai presque envie de dire que c'est le genre de film où il ne vaut mieux pas tout décortiquer et accepter les problèmes de compréhension comme faisant parti de l'équation dont les personnages cherchent l'inconnu. C'est aussi le meilleur moyen de profiter de l'aspect ludique du film grâce justement à son humour (noir), son ambiance irréelle et un dernier tiers entre action et mélodrame tragico-lyrique.

Sinon, la mise en scène et un régal de maîtrise avec une réalisation brillante d'inventions (sans être expérimental comme l'obsédé en plein jour) avec le noir et blanc qui claque, le scope virtuose, les idées de cadrages permanentes, les trouvailles de montage et les ruptures de tons/mélange de genres.
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Jeremy Fox
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

On commence doucement le test du coffret Oshima de chez Carlotta (il sera complété par Jean-Marc Oudry au fur et à mesure des nouvelles critiques des films étalées durant 4 semaines suivant leur ordre chronologique) avec, chroniqués par Christophe Buchet : Carnets secrets des Ninjas ainsi que Le journal de Yunbogi.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Helena »

Si vous voulez réécouter l'émission Projection privée sur France Culture consacrée à Oshima, avec Stéphane du Mesnildot, c'est par ici:

http://www.franceculture.fr/emission-pr ... 2015-03-07

:)
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

Le révolté (Amakusa shiro tokisada - 1962)

En 1637, les chrétiens sont de plus persécuté par le seigneurs locaux. Malgré une religion qui prône la non-violence, un vent de révolte commence à monter.

Après un piège décevant, voilà un retour éclatant pour le cinéaste qui signe cette fois la toei un chambara historique avec un budget plus confortable, ce qui lui permet de continuer ses recherches formelles, tout en déclinant sa vision du Japon à une époque plus lointaine.
Les conflits internes au sein d'une formation politique, l’oppression d'un partie du peuple, la cynisme des autorités, le sentiment d'injustice, le désir de revanche etc... Tout celà est cristallisé dans cette oppression des chrétiens avec un très beau travail d'adaptation qui donne un scénario très tendu et jamais une simple transposition de thèmes d'Oshima.
Tous les éléments sont parfaitement intégrés à l'époque où se déroule ce drame. Et c'est justement la mise en scène qui les enracine avec de nouveau un emploi récurent du plan-séquence. C'est la longueur des prises et la relative immobilité de la caméra qui rendent lieu de la réalité historique, en enregistrant en temps réel et généralement en plan large. Ce choix de mise en scène permet de rendre toute la tension de chaque moment : les rapports de force, les confrontations verbales, les oppositions d'opinion en même temps que le grans nombre d'acteurs/figurants dans le scène donne une vie interne à chaque plan. A ce titre la gestion de la foule est époustouflante et les répétitions devaient être incroyables à suivre. L’émulsion qu'Oshima arrive à imprimer est ainsi l'une des reconstituons les plus puissantes qu'il m'ait été donné de voir au cinéma.
De plus la photographie, extrêmement contrasté et souvent très sombre enrichi également la dureté des séquences avec un sentiment étouffant pour ne pas dire claustrophobique, d'autant que l'ensemble des séquences sont nocturnes.

Le révolté est ainsi parcouru par un souffle et une ambition du début à la fin et certains moments sont d'une beauté plastique et d'une complexité impressionnantes (le brouillard envahissant doucement le plateau, les plans avec l'incendie se propageant dans le château, les batailles quasi organique...).
Malheureusement la séance fut gâchée par des problèmes de sous-titres qui furent absents pendant 10 minutes dont des séquences importances
(le peintre et sa fille dont on comprend pas le conflit). Même chose pour le carton final qui n'a pas été traduit.

Le film a été produit par la Toei, le seul de la carrière d'Oshima, ce qui explique le peu de visibilité de cette oeuvre pourtant passionnante et virtuose, à la fois accessible, intense et avant-gardiste (les moments en forme d'auto-critique plongé dans un éclairage théatral) pour une totale adéquation entre le fond et la forme. Le film étant toujours inédit en France, je vous recommande chaudement la deuxième diffusion le 1er avril à 19h30.



Ps : Il est très intéressant de comparer ce film avec les films deTai Kato, spécialiste du chambara plus commercial, mais qui faisait le même genre de recherche dans les longs plan-séquence fixe avec de nombreux personnages dans le cadre. Oshima appréciait d'ailleurs beaucoup son cinéma.
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-Kaonashi Yupa-
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by -Kaonashi Yupa- »

Wow merci pour cette critique, je crois que je vais aller à la seconde projection. Le sujet m'intéresse : j'ai trouvé passionnant le roman Silence, bien plus que l'adaptation ciné plate que Shinoa en a tiré (j'espère que le Scorsese sera à la hauteur !). Là apparemment on est plus autour du personnage de Amakusa Shirô (le titre original cite directement ce nom), un des évangelisateurs japonais au XVIIème siècle. Et visuellement ça a l'air superbe.
Je note le 1er avril !

Et d'ailleurs j'ai vu dans Positif que trois films d'Oshima ressortent au ciné ces jours-ci : La Cérémonie, La Pendaison et Le Petit garçon. ce serait l'occasion pour moi de revoir le premier. Pas spécialement envie de revoir le second, en tout cas au ciné. et jamais vu le troisième, ce serait l'occasion aussi.