Nagisa Oshima (1932-2013)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Anorya
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Re: Nagisa Oshima

Post by Anorya »

Copié-collé de mon post aussi en topic naphtalinippon. :o


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Les plaisirs de la chair (Oshima - 1965).

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Devenu assassin pour venger Shoko, la femme qu'il aime en secret, Wakizaka doit accepter le marché que lui propose l'unique témoin du meurtre, un fonctionnaire coupable d'avoir détourné 30 millions de yen : garder le butin jusqu'à sa sortie de prison. Mais Shoko s'est mariée avec un autre, et Wakizaka décide de dépenser tout l'argent en un an, puis de se suicider...

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Décidément j'ai bien du mal avec le cinéma de Nagisa Oshima des 60's.

Après un premier essai surtout concluant essentiellement sur le plan esthétique (L'obsédé en plein jour), l'expérience prend à nouveau la même tournure : je n'accroche pas vraiment au film mais je lui reconnais des qualités techniques assez incroyables (et les captures vous donnent une idée). Et quand je compare avec des films plus tardifs du bonhomme que j'aime vraiment tels Furyo (1983) ou Tabou (1999), curieusement, je remarque que ce sont des films où la mise en scène se fait plus discrète (mais non moins maîtrisée) au profit d'une histoire souvent complexe mais passionnante où chacun des personnages est fouillé et mis en valeur. Ce qui me semble manquer ironiquement dans ce que j'ai vu de lui des 60's, ...cela manque de chair.

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Comme la dernière fois, un personnage principal tellement antipathique qu'on se désintéresse de lui dès le film commencé. Sa morale est tellement douteuse (avoir de l'argent et posséder alors n'importe quelle femme) que l'on a du mal à croire à ses rares remords dans un premier temps. Sur le plan psychologique, même si c'est bien amené d'un point de vue cinématographique (Wakizaka a des visions, soit de Shoko, comme si elle désapprouvait ses gestes et apparaissait pour le punir moralement à chaque fois; soit du fonctionnaire inquiétant qui rôderait près de lui, cela se traduit au montage par l'apparition desdit personnages à la jonction d'un arbre, lors d'un ralenti, lors d'un plan-séquence qui se trouve invalidé au plan d'après. D'un certain point de vue c'est presque sensitif), ça tombe à l'eau car disproportionné face au caractère irritant du personnage. Oshima semble critiquer ses congènères mais visiblement toute l'humanité est presque pourrie pour lui à ce stade.

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Et le comble, c'est que même les personnages les plus humains du film ne le sauveront pas forcément (le héros. Mais aussi le film cela dit). Mari, la petite prostituée muette au grand coeur s'est attachée à lui et lui sauve même la vie, mais notre grand couillon préfère revenir une dernière fois à son ancienne chambre d'étudiant. Pas de rédemption possible, donc. Quand à Shoko, c'est justement là bas dans un final presqu'en délivrance qu'il lui avouera tout avant qu'elle ne lui joue un dernier tour assez amer, bouclant le film sur un final qui se veut ironique mais qui à mes yeux le plombe finalement.

Shoko n'apparaissant qu'au début bien en chair, elle était d'emblée "éliminée" physiquement du récit dès qu'elle se mariait (validant en ça le triste constat d'une société japonaise encore bien machiste de l'époque où les femmes durent lentement gagner leurs droits --cf, lire à ce sujet l'intéressant livre "Japonaises, la révolution douce" d'Anne Garrigues). En revanche, sur le plan mental, ses apparitions comme métaphores du remords, même si elles n'apportaient pas grand chose par rapport au caractère du personnage, avaient le mérite d'être justifiable. Jusqu'a ce final, patatras, où Oshima se prend les pieds dans son film. Pas la première fois.

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Donc, la chair est triste.
En revanche, une fois de plus, Oshima fait des merveilles avec une caméra. Les cadrages, la composition et son degré d'agencement, tout fait penser à la peinture. Sans compter que le monsieur n'hésite pas à jouer aussi de multiples surimpressions pour renforcer la déchéance de son personnage vers une tournure presqu'onirique dans les scènes d'amour ou les souvenirs. Et là, j'applaudis vivement, c'est grandiose, soigné, incroyablement beau et les couleurs de ce cinémascope sont d'une richesse. Il est alors dommage que l'histoire ne suive pas tant que ça et si l'on arrive finalement un tant soit peu à s'intéresser au héros enfin vers la fin, le final plombe tout comme si Oshima nous faisait un doigt d'honneur en criant : tu les sens mes personnages, hein ? Tu les sens ? Vous n'avez pas idée mon cher Nagisa.

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Néanmoins avec le recul, j'avoue avoir préféré cette expérience Oshima à la précédente. Je n'excuse en rien les motivations du personnage principal, plus qu'antipathique, en revanche, les personnages féminins m'ont paru bien plus incarnés. Les actrices s'investissent à fond dans leurs rôles et on ne peut qu'avoir pitié des personnages qu'elles incarnent. Cet aspect là et la technique de mise en scène incroyable du bonhomme réhaussent le niveau d'un film somme toute assez banal quand on y pense.

3,5/6.
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gnome
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Re: Nagisa Oshima

Post by gnome »

Un peu triste que tu n'aimes pas le Oshima des années 60. C'est celui que je trouve personnellement le plus intéressant. Tous ses films de cette période m'ont fasciné, même si je dois bien avouer que ce Plaisir de a chair soit un des plus faibles du lot.
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Anorya
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Re: Nagisa Oshima

Post by Anorya »

gnome wrote:Un peu triste que tu n'aimes pas le Oshima des années 60. C'est celui que je trouve personnellement le plus intéressant. Tous ses films de cette période m'ont fasciné, même si je dois bien avouer que ce Plaisir de a chair soit un des plus faibles du lot.
Comme on dit, jamais deux sans trois, j'espère que la prochaine fois sera la bonne. :oops:
Mais je trouve ça formidable sur le plan esthétique quand même. C'est juste qu'il a une conception des japonais d'alors un brin radicale dans le sens où son discours est biaisé d'office et n'acceptera pas de possibles nuances à l'instar de ce personnage incapable d'évoluer ou d'éprouver suffisamment d'empathie pour ses congénères féminins comme masculins et ça c'est regrettable pour moi. Je crois que c'était toi qui disait beaucoup de bien de l'enterrement du soleil et/ou de la pendaison, j'espère pouvoir les voir et apprécier. ;)
Ils sont édités en dvd zone 2 chez Carlotta aussi ?
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gnome
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Re: Nagisa Oshima

Post by gnome »

L'enterrement du soleil, je ne l'ai pas encore vu, mais La pendaison, Il est mort après la guerre ou Journal d'un voleur de Shinjuku sont fantatsiques par exemple, mais ce sont les films réalisés au sein de l'ATG et ils ne sont pas édités par Carlotta... :|
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Re: Nagisa Oshima

Post by Mama Grande! »

J'avais bien aimé Les Plaisirs de la chair mais en lisant ta critique je m'aperçois que je n'en ai aucun souvenir :oops:
Si une ville d'amour et d'espoir et Contes cruels de la jeunesse ne cassent pas trois pates à un canard, j'ai un très bon souvenir de l'Enterrement du soleil, notamment pour sa description d'Osaka, une ville que j'aime beaucoup. Mais au-delà de ce critère très subjectif, c'est un bon film de yakuza.
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Re: Nagisa Oshima

Post by Shin Cyberlapinou »

Nagisa Oshima vient de mourir d'une infection pulmonaire à l'âge de 80 ans.

http://www.purepeople.com/article/nagis ... _a113607/1

On le connait forcément pour son scandaleux Empire des sens, mais j'avais adoré son Furyo avec David Bowie, Ryuichi Sakamoto et Takeshi Kitano. Il faudra que je creuse sa filmo...
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Re: Nagisa Oshima

Post by monk »

Shin Cyberlapinou wrote: On le connait forcément pour son scandaleux Empire des sens, mais j'avais adoré son Furyo avec David Bowie, Ryuichi Sakamoto et Takeshi Kitano. Il faudra que je creuse sa filmo...
Le reste de sa filmo est assez différente, même si ses obsessions résident tout au long. Mais il est passionnant.
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Re: Nagisa Oshima

Post by Anorya »

Shin Cyberlapinou wrote:Nagisa Oshima vient de mourir d'une infection pulmonaire à l'âge de 80 ans.

http://www.purepeople.com/article/nagis ... _a113607/1

On le connait forcément pour son scandaleux Empire des sens, mais j'avais adoré son Furyo avec David Bowie, Ryuichi Sakamoto et Takeshi Kitano. Il faudra que je creuse sa filmo...
J'en avais parlé en orbituaire ce matin justement.
Si tu n'es pas habitué au Oshima politique des 60's, tu pourrais toutefois apprécier Tabou. ;)
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Re: Nagisa Oshima

Post by Harkento »

Sans
Anorya wrote:
Shin Cyberlapinou wrote:Nagisa Oshima vient de mourir d'une infection pulmonaire à l'âge de 80 ans.

http://www.purepeople.com/article/nagis ... _a113607/1

On le connait forcément pour son scandaleux Empire des sens, mais j'avais adoré son Furyo avec David Bowie, Ryuichi Sakamoto et Takeshi Kitano. Il faudra que je creuse sa filmo...
J'en avais parlé en orbituaire ce matin justement.
Si tu n'es pas habitué au Oshima politique des 60's, tu pourrais toutefois apprécier Tabou. ;)
Perso, j'adore ce cinéaste et surtout sa période 60's : Nuit et brouillard au japon, Conte cruel de la jeunesse, Eté japonais : double suicide mais surtout Les plaisirs de la chair qui est mon préféré. Il est clairement mon réalisateur japonais préféré après Kurosawa, et même s'il était bien âgé, sa mort m'attriste vraiment !

RIP
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gnome
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Re: Nagisa Oshima

Post by gnome »

J'adore toute sa période année 60... Il y avait une liberté et une telle inventivité dans ses films... J'adore Furyo, par contre, j'ai un peu de difficultés avec L'empire des sens...
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Blue
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Re: Nagisa Oshima

Post by Blue »

RIP
Encore un grand qui s'en va.
Et dire qu'encore de nos jours certains de ses meilleurs films sont encore très difficiles à voir en occident... (je pense à "La Cérémonie" en premier lieu, pour moi sa masterpiece).
Mon top éditeurs : 1/Carlotta 2/Gaumont 3/Studiocanal 4/Le Chat 5/Potemkine 6/Pathé 7/L'Atelier 8/Esc 9/Elephant 10/Rimini 11/Coin De Mire 12/Spectrum 13/Wildside 14/La Rabbia-Jokers 15/Sidonis 16/Artus 17/BQHL 18/Bach
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Re: Nagisa Oshima

Post by locktal »

Et La pendaison aussi, que je n'ai jamais vu et qui ne semble disponible nulle part...
"Vouloir le bonheur, c’est déjà un peu le bonheur"
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gnome
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Re: Nagisa Oshima

Post by gnome »

locktal wrote:Et La pendaison aussi, que je n'ai jamais vu et qui ne semble disponible nulle part...
Oui,La pendaison est génial... J'adore tous ses films pour l'ATG.
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Tommy Udo
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Re: Nagisa Oshima

Post by Tommy Udo »

ARTE rend hommage au cinéaste japonais disparu cette semaine en rediffusant "L'empire des sens" et le documentaire "Il était une fois... L'empire des sens", lundi 28 janvier à partir de 22.40.
ballantrae
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le cinéma cruel de Nagisa Oshima

Post by ballantrae »

Nagisa Oshima (1932-2013)
N'ayant pas su trouver le topic Oshima ici, je suppose qu'il n'existe pas mais, comme je suis une buse question navigation c'est peut-être un doublon.
En tout cas, il me semble intéressant de revenir sur ce grand cinéaste en colère des 60' qui sut transformer sa manière dans les 70' en associant une tranquille forme classique qui exhalait de forts parfums de soufre à la surprise de ses spectateurs dont il savait déjouer les attentes:
-d'abord L'empire des sens qui sait tellement bien allier l'excès et la tristesse au point que ses scènes pornographiques n'engendrent aucune satisfaction voyeuriste mais un malaise croissant
-L'empire de la passion malgré son titre n'était pas un surgeon de L'empire des sens mais un film à l'imagerie fantastique théâtralisée faisant parfois songer à Kwaidan
-Furyo transformait un sujet du type Grande illusion en affrontement ambigu tout en non dit et regards dérobés, sans scènes vraiment choquantes
-Max mon amour encore une fois se refusait à refaire L'empire des sens et avnçait sur un territoire qui présentait de nombreuses analogies avec les Bunuel français , JCl Carrière aidant
-enfin Tabou ne refaisait pas Furyo et proposait d'abord une subversion du roman de sabre, puis un retour faussement tranquille vers le système des studios qu'il avait combattu; sa beauté tranquille et épurée, avec des lumières très factices et picturales le rapprochait sur le tard d'un Mizoguchi dont il n'avait pas été proche , plus jeune...c'est un euphémisme
Je connais mal ses films de jeunesse en dehors de Contes cruels de la jeunesse ( 1960) ou L'enterrement du soleil voire un peu plus tard La pendaison.
Il parait que ses écrits sont passionnants.
Cette génération passionnante perd epu à peu tous ses représentants: Imamura, shindo, Wakamatsu et maintenant Oshima.Ne reste que Yoshida né en 1933 qui nous avait donné en 2003 un magnifique Femmes en miroir.