Nagisa Oshima (1932-2013)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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-Kaonashi Yupa-
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by -Kaonashi Yupa- »

gnome wrote:
-Kaonashi Yupa- wrote: Zut, finalement je ne vais pas pouvoir y aller. :|
Dommage parce qu'il en vaut la peine.
Ouais, je regrette beaucoup, mais une grosse journée de boulot vient de tomber pour ce jour, je finirai vers 23h en banlieue parisienne... :|
bruce randylan
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

Bon alors tâche de te rattraper avec le double programme de moyen-métrages : Me voici, Bellett et première aventure d'un petit enfant diffusé hier soir et qui repassera le jeudi 9 avril à 21h30. :D

Ce sont deux téléfilms réalisés par Oshima après l'échec du Révolté alors qu'il est tenu éloigné des plateaux de cinéma.

Me voici, Bellett (1964) est une drôle de curiosité, il s'agit d'un film de 27 minutes composés de 3 sketch mettant en scène la voiture "Bellett". Pourtant rien de publicitaires ou commerciales dans ces histoires qui tiennent surtout de la comédie de mœurs évoquant le ton doux-amer (et parfois caustique) des comédies italiennes de la même époque.
Le premier segment met en scène un jeune homme qui embarque dans sa Bellett flambant neuve sa copine en week-end (avec comme idée de consommer leur liaison pour la première fois). Mais sa maniaquerie à vouloir la garder propre va poser quelques problèmes. Dans le second un obscur assistant d'une télévision achète l'automobile pour attirer l'attention d'une productrice dont il est secrètement amoureux. Enfin, dans le dernier, un homme marié s'est offerte la fameuse voiture afin de mettre ses finances à plat, ce qui lui permet d'être sûr de ne pas vouloir fuir avec sa maîtresse !
3 petites histoires ne manquant pas d'humour, de tendresse grinçante, de personnages pathétiques et d'une certaine mélancolie avec une très belle utilisation du scope et de la couleur.
Le film a l'air d'avoir été étroitement supervisé par Yasujiro Ozu (qui serait à la base des scénarios même si Oshima a écrit les versions définitives) :o Encore plus surprenant on trouve aux postes de "creative consultant" une longue liste de réalisateurs connus voire prestigieux : Heinosuke Gosho, Ko Nakahira, Yoshitarô Nomura, Kajirô Yamamoto, Hideo Sekigawa etc... :shock:
Était-ce pour surveiller que le jeune rebelle ne détourne pas le projet vers l'expérimental ou au contraire pour soutenir son retour à la réalisation ?

Première aventure d'un petit enfant (1964) est une incroyable merveille d'une heure qui décrit la journée d'un enfant de 3-4 ans qui décide de s'échapper du parc de son immeuble pour découvrir la ville.
Totalement dénué de dialogues (si ce n'est un court jeux avec une petite fille), cette oeuvre surprend par la simplicité de son récit, la limpidité de sa narration et la lisibilité des péripéties. Mais c'est surtout l'incroyable prestation du petit garçon qui surprend. Ce que parvient à en tirer Oshima est miraculeux. L'enfant est d'un naturel, d'une aisance et d'une justesse de tout les instants et pourtant le registre de ses émotions est très larges et il n'a jamais l'air de jouer. On le voit d'ailleurs souvent jeter des coups d’œil vers la caméra. Ca ne dérange jamais car son "personnage" dans le film passe son temps à scruter l'espace environnement.
Et malgré la tendresse, le charme presque Tatiesque, l'humour et les aventures à regard d'enfant qui dédramatise les situations, Oshima n'oublie pas d’égratigner la société japonaise qui apparaît quand même incroyablement égoïste : personne ne cherche à aider cet enfant vraisemblablement perdu. On veut bien jouer avec lui (comme faire secouer des arbres pour faire tomber des feuilles), lui offrir un hotdog ou le trimbaler en bus et en voiture mais rien de plus ! Tout le monde finit par l'abandonner sans scrupule pour le laisser livrer à lui-même. L'enfant bien-sûr ne s'en rend pas compte puisque tout, ou presque, l'émerveille ou devient poétique (un immense et inquiétant embouteillage se transforme en un jeu musical fascinant qui disparaît quand il se bouche les oreilles). Seul un séjour rallongé dans un immeuble en travaux ne manquera pas de le terrifié pour un cauchemar où Oshima peut se laisser aller à quelques effets avant-gardistes très bien conçus. Ce moment sera d'ailleurs précédé d'un épisode très étonnant avec un ouvrier se mettant à chanter de l'opéra !

Le film aurait sans doute gagné à être raccourci de 10-15 minutes en évacuant quelques "aventures" pour rendre l'histoire plus crédible (on a du mal à croire que cela se déroule en quelques heures) mais c'est vraiment chipoter pour pas grand chose. :D
Dommage par contre que la copie soit totalement vire presque dans le noir et blanc car le film avait l'air très soigner sur son utilisation des couleurs (notamment le bleu qui est la seule qui ressort vaguement à quelques moments). Il faudra sans doute se contenter de ça puisque c'est déjà bien que ce téléfilm existe encore.

Une séance à ne pas rater donc !
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bruce randylan
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

Petit détour par Oshima scénariste avec

à la tombée de la nuit (Akio Jissogi) que j'avais déjà découvert en juin 2011 (mince le temps passe vite :? )
Le résultat est un peu moins viscéral que dans mon souvenir. Celà dit la copie de ce soir m'avait l'air bien plus sombre que celle découverte à la MCJP.


le profond gouffre de la jeunesse /Seishun no Fukaki fuchi Yori (Yasuo Hori - 1960)

Deux amis fraîchement diplômés postulent tous deux pour le même poste. Lors de l'entretien l'un d'eux évoque, sans en mesurer les conséquences, que son comparse fait parti d'un mouvement politique universitaire... Ce qui l'écarte du poste.

Voici un téléfilm produit par la NHK Kansai qui ressemble fortement à une production tournée en direct (ou dans les mêmes conditions). L'histoire se déroule dans un nombre de décors réduits, la photographie manque évidement de relief sans parler d'un transfert vidéo de mauvaise qualité. Pas les meilleures conditions pour découvrir ce script d'Oshima qui semble avoir été écrit en 1954. Ceci pourrait expliquer une histoire qui reste assez superficielle même si les thèmes du cinéaste qui semblaient répondre à l'appel. Malgré donc un postulat savoureux, le traitement ne va pas jusqu'au bout de son sujet, des tensions et de sa description de la jeunesse, de la famille et du monde de l'entreprise.
Cependant, le film est plutôt bien écrit, assez rythmé avec un découpage en différents actes (de manière un peu scolaire il faut reconnaître) qui viennent relancer le scénario pour l'ouvrir sur une nouvel axe de lecture socio-politique à chaque fois.
Et malgré le manque de budget, quelques décors parviennent à posséder un atmosphère abstraite en raccord avec les thématiques du film comme la cage d'escalier, tout en lignes brisées, ou la chambre de l'étudiant plutôt oppressante.
Comme cette oeuvre ne dure qu'une heure, on ne sent pas de baisse de régime tout en regrettant tout de même qu'elle ne possède pas une "vraie" mise en scène qui aurait pu donner plus d'impact à ces face à face qui mettent à mal l'esprit de compétition, la pression sociale ou un univers salarial cynique et sans pitié.


Une belle plante (Kimio Iwaki - 1959)

Un adolescent commence à s'attacher à la fiancée de son frère qui vient de partir pour faire de longues études.

Une sacrée rareté que voici puisque je ne trouve nulle trace du film et de son réalisateur sur imdb ! :o
La seul info que j'ai glané sur le cinéaste est une vague fiche sur le site de la BFI qui ne le crédite que pour ce seul titre.

Cette modeste production Shochiku tente de surfer sur les films de "la génération du soleil" sur un registre plus mélodramatique que d'habitude. C'est d'ailleurs cette dimension qui surprend : il s'agit d'une histoire vraiment émouvante avec ces deux adolescents qui tombent amoureux l'un de l'autre mais qui n'osent se l'avouer à cause de leurs familles respectives : du côté du garçon, il y a la culpabilité de voler la fiancée de son frère et du côté de la fille, il y a la responsabilité vis à vis de ses parents qui veulent la marier à un bon parti. Contrairement à ce qu'on pourrait craindre, le drame ne naît pas vraiment de ses facteurs qui restent discrètement ténues et jamais appuyés mais vraiment des dilemmes des deux amoureux. Ceux-ci sont immédiatement touchant, grâce en partie aux maladresses et aux limites de leur jeux d'acteurs qui leurs confèrent plus de fragilité.
Il y a une tout cas un délicieux romantisme naïf et désuet avec par exemple ces éléments récurrents que sont le mouchoir oublié et surtout le vinyl que mette l'un ou l'autre des jeunes : leurs famille étant voisine, cela sert de signal "secret" pour se donner rendez-vous (même si leur proches ne restent pas dupe sur ce code, c'est juste qu'ils portent sur eux un regard bienveillant).
La mise en scène ne brille par sa virtuosité ou son originalité mais possède un classicisme et une élégance entièrement consacrés à son duo de jeunes acteurs. Quelques moments s'avèrent à ce titre très jolis, avec un petit lyrisme discret.

Difficile de reconnaître la pâte d'Oshima dans tout ça (qui se ressent surtout dans le portrait du grand frère égoïste et dans une conclusion pessimiste) et ce n'est pas plus mal puisqu'on y gagne un court film de 70 minutes sobre, modeste mais bel et bien poignant (et pas nécessairement inoubliable)
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Jeremy Fox
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

Suite de défrichage du coffret Carlotta par Christophe Buchet avec Il est mort après la guerre et Une petite sœur pour l'été.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

Hier, j'ai tenté 3 documentaires réalisé entre 1975 et 1976 centrés sur la marine en temps de guerre :
Graves at Sea (25 minutes) évoquent l'une des plus cinglantes défaites de l'armée japonaise durant la seconde Guerre Mondiale qui perdit une flotte entière lors d'un raid aérien des USA (qui sonne comme une revanche de Pearl Harbour). Oshima parcourt les fonds marins pour retrouver les navires coulés ou les carcasses d'avions tout en interviewant les rescapés (qui ne sont plus très nombreux). ils font longtemps allusion d'un événement tragique où un sous-marin s'échoua au fond de la mer et dont les membres de l'équipage ne purent jamais être sauvé malgré tout les efforts faits.
La forme n'est pas très existante entre quelques images sous-marines, 2-3 archives et des interview plans-plans ; malgré un intérêt historique certain, ce n'est très stimulant à suivre, en partie à cause d'une narration brouillonne et mal construite. Ce style de mise en scène sera identique pour les 2 autres documentaires avec les mêmes défauts (des conclusion particulièrement ratées et abrutes, comme si Oshima ne savait pas quoi évoquer).

The Battle of Tsushima (50 minutes) évoque des événements qui m'étaient inconnus : la guerre contre la Russie en 1904-1905 dont certaines échauffourées se sont déroulées dans la mer baltique :o
En 1975, il restait encore quelques survivants qui racontent leur fuite de l'Europe avant de se retrouver près une Japon pour une furieuse bataille navale qu'ils parvinrent à remporter. Ca pourrait être très bien mais le manque de rigueur plombe régulièrement la compréhension (bon, je me remettais de vilains microbes, pas en grande forme donc).

The Island of the Final Battle (25 minutes) est centré sur l'île de Saipan et s'avère le plus réussi des trois puisqu'ils donnent aussi la parole cette fois à des civils pour des anecdotiques forcément plus douloureuses et horribles. Les intervenants parlent beaucoup par exemple des suicides collectifs entre pathétisme sordide (le père de famille à moitié déchiqueté par une grenade parce qu'il a pris peur au moment de se tuer) et passages vraiment poignants (les familles sautant des falaises). Dans celui-ci, même si la conclusion est toujours aussi ratée, Oshima possède un bon dosage entre l'aspect purement historico-militaire et la dimension humaine (qui est vraiment ce qui manque aux deux précédents).
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

A visit to Ogawa Productions (1981)

Nagisa Oshima va interviewer l'équipe d'une société de production qui tourne un documentaire sur la culture du riz

Comme beaucoup d'autres documentaires signés Oshima, la forme est assez secondaire : trois lieux de tournages (un champ, un pont à proximité du village et la maison où vit le réalisateur et ses techniciens), quasiment pas de montage pour des plans très longs, caméra le plus souvent fixe, aucun plan d'illustration... En revanche, c'est plus agréable à regarder avec des cadrages plus larges qui aèrent l'image tout en rendant visible l'ensemble de l'équipe (même si ceux-ci n'interviennent pour ainsi dire pas). C'est donc plus vivant et chaleureux

Le sujet est vraiment intéressant et atypique puisque le réalisateur du documentaire fait preuve d'un vrai sens de l'intégrité intelluctuelle : pour mieux comprendre ce qu'il filme, il vit depuis 4 ans dans un petit village isolé en campagne et s'est mis à cultiver lui-même du riz (avec son équipe) afin de mieux savoir comprendre les conditions de vie des paysans, l'influence des saisons sur les cultures, la façon dont les rizières évoluent... Ses collaborateurs poussent leurs recherchent à étudier chimiquement et au microscope leur sujet, et ce sans aucune aide théorique : ils avaient interdiction de lire n'importe quel ouvrage ou traité sur le thème. :o
Ils sont donc partis de zéro, seulement guidé par une rigueur scientifique et des villageois qui les regardaient bizarrement au début. Mais pour reprendre les propos du cinéaste, cette démarche était nécessaire pour filmer "depuis les champs et non depuis les chemins en bordure". Il lui fallait s'approprier la philosophie, les gestes, le style de vie. D'ailleurs comme il n'a pas beaucoup d'argent, il récolte à l'ancienne, à la main (et sans machine). Ce qui lui donne un riz de meilleur qualité que le reste du village... Mais en plus petite quantité ; ce qui ne lui permet pas d'en vivre, ayant peu de surplus à vendre.

On sent qu'Oshima est passionné par leur démarche singulière et ne manque pas de questions et de relances pertinentes. Il a l'air en tout cas plus à l'aise que devant Kurosawa ou Hideo Oba. :mrgreen:

Le hic : on regrette profondément de ne pouvoir découvrir le documentaire de Shinsuke Ogawa (ou même des images de leur tournage fleuve) pour voir comment leur approche se traduit. Il sortira 3 ans plus tard (!) avec une durée 3h30.

Apparemment, on trouve ce documentaire en bonus d'un autre documentaire d'Ogawa :wink: :
http://www.amazon.com/Red-Persimmons-Pl ... Persimmons
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

Dernière découverte à cette rétrospective Oshima (il me reste à évoquer sa série télévision Dawn of asia mais ça sera pour plus tard)

The Life of Mao (1976)

Produit pour la télévision, ce documentaire de 66 minutes est vraiment décevant. Uniquement composé d'images d'archives et entièrement narré par Oshima en voix-off, on se demande perpétuellement quel est le point de vue de l'auteur sur le leader communiste. Pour tout dire, on sent le cinéaste presque gêné de traiter son sujet, comme s'il se refusait à aborder vraiment le sujet pour se contenter majoritairement de faits historiques. J'ai eut l'impression que des producteurs l'ont mis sur le projet en lui lançant "tiens, toi qui connait bien lcommunisme, pourquoi tu ne ferais pas un documentaire sur Mao Zedong". Cela dit, Oshima avait déjà réalisé un autre portrait de Mao pour le petit écran en 1969 (Mao et la révolution culturelle) donc peut-être que le sujet lui tenait à coeur ?

Mais ce documentaire n'est jamais vraiment intéressant, sans être ennuyeux même si on est parfois noyé dans les informations très denses et parfois trop rapidement éludées (les luttes internes dans le parti, la longue marche...). Il en ressort un sentiment brouillon et très mal équilibré puisque les 10 dernières minutes se contentent de montrer Mao serrer les mains des représentants politiques étrangers en visites officielles.
Et donc surtout, le film n'aborde jamais frontalement les polémiques derrières l'homme. A quelques reprises seulement, Oshima lance timidement "c'est son choix, c'est sa politique" comme il tente une vague et courte explication aux épurations de la révolution culturelle, trop superficielle pour satisfaire.
Je n'arrive pas à savoir si c'est de l'auto-censure, un ordre des producteurs ne pas vouloir faire de remou diplomatique ou il s'agit d'une certaine hypocrisie intellectuelle. On est bien loin en tout cas de la sincérité qui émanait de ses 2 documentaires sur le Bangladesh.
Difficile de croire que ce projet lisse et creux soit du cinéaste contestataire emblématique de la nouvelle vague.
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Jeremy Fox
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

Une nouvelle plume vient collaborer au site, celle d'Anthony Plu, ex-membre de la rédaction du défunt 1Kult. Pour son premier papier, il nous parle d'une curiosité, Dawn of Asia, série réalisée par Oshima.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Federico »

France Culture a ressorti une archive de 1986 : un numéro du Bon plaisir consacré au producteur Serge Silberman et auquel participa entre autres Oshima (dont Silberman venait de produire Max mon amour).
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Demi-Lune »

Toutes mes tentatives avec le cinéma d'Oshima s'étant pour l'instant soldées par des échecs, quelle n'est pas ma satisfaction d'avoir enfin découvert un film qui me paraisse correspondre à la stature critique du cinéaste. Je parle du Petit garçon (1969). J'ignorais que le film était inspiré d'un réel fait divers : celui d'une famille qui a sillonné le Japon dans les années 60 pour simuler des accidents de la circulation et escroquer les conducteurs en transactions à l'amiable. Les deux parents utilisaient leur enfant aîné, âgé de 10 ans, pour le pousser pratiquement sous les roues des voitures, et ramassaient le pognon des automobilistes terrifiés. La mère faisait également de même. Derrière l'évocation de cette histoire sordide, Oshima nous dresse autant un tableau de l'envers de la résurrection économique du Japon, que le portrait d'une enfance gâchée et corrompue par l'irresponsabilité de deux parents minables. Oshima raconte ça de façon très extérieure, sans pathos ni recherche de donner plus de clés de compréhension psychologique qu'il n'en faut. Cela donne un côté épuré et froid qui est à la fois une qualité (le regard marque) et une limite (l'empathie pour le gosse n'est pas facilitée). La lenteur du film constituera peut-être un frein pour de nombreux spectateurs, mais outre la valeur sociologique du document, Le petit garçon a une réelle valeur cinématographique grâce au travail de mise en scène d'Oshima. Les cadres réglés au poil de cul s'enchaînent et rappellent que le cinéma japonais de cette époque était décidément l'un des plus aboutis et ambitieux formellement.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

Le Petit garçon (Shônen) - 1969

L'histoire d'une famille dans le Japon des années 60 qui ne vit que par des escroqueries aux faux accident de voiture, les parents faisant croire que leur fils de 10 ans a été blessé lors de l'accrochage et récupérant des sommes à "l'amiable".

L'intrigue n'a en fait pas qu'assez peu d'importance pour Oshima qui de plus ne joue absolument pas de la corde sensible qu'aurait pu apporter la présence des deux jeunes enfants (même si la réunion des deux lors de quelques séquences est assez émouvante ; celle dans la neige). Non, son film est impitoyable et sans concessions sur le Japon de l'époque, le père étant un monstre d'égoïsme absolu, un salaud intégral. Pas réellement d'intrigue ni de recherches psychologiques mais un film formellement fabuleux : une mise en scène constamment inventive, un jeu sur les cadrages et les couleurs absolument extraordinaire, une photo à tomber et une musique contemporaine et atonale qui finit de rendre le film assez hypnotique. Au vu de ce film, la Nouvelle Vague japonaise s'avérait tout aussi passionnante que la française. Je vais poursuivre un peu la découverte de ce pan du cinéma que je ne connaissais absolument pas.

EDIT : tiens je constate que Demi-Lune avait ressenti en gros la même chose juste avant.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:Au vu de ce film, la Nouvelle Vague japonaise s'avérait tout aussi passionnante que la française. Je vais poursuivre un peu la découverte de ce pan du cinéma que je ne connaissais absolument pas.
Si tu peux mettre la main sur un ou deux films de Yoshida, je suis prêt à parier que tu ferais de la Source Thermale d'Akitsu un film du mois.

Et moi il faudra que je regarde ce film là. Finalement hormis avoir aperçu - et trouvé navrante - une partie de l'Empire des Sens, je n'ai jamais vu de Oshima.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

C'est noté pour Yoshida. En revanche j'aime beaucoup L'Empire des sens.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:C'est noté pour Yoshida. En revanche j'aime beaucoup L'Empire des sens.
Ca doit bien faire 10 ans que j'ai vu ça, il est tout à fait possible que mon goût ait changé depuis. :D
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:
Jeremy Fox wrote:C'est noté pour Yoshida. En revanche j'aime beaucoup L'Empire des sens.
Ca doit bien faire 10 ans que j'ai vu ça, il est tout à fait possible que mon goût ait changé depuis. :D

De même ; ça se pourrait que je trouve ça navrant aujourd'hui :mrgreen:

En revanche, autre film de Oshima que j'aimais beaucoup, son dernier, Tabou.