Nagisa Oshima (1932-2013)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by bruce randylan »

Jeremy Fox wrote:Le Petit garçon (Shônen) - 1969

film formellement fabuleux : une mise en scène constamment inventive, un jeu sur les cadrages et les couleurs absolument extraordinaire, une photo à tomber
C'est amusant, je l'avais découvert après deux autres Oshima (L'obsédé en plein jour et la cérémonie) et ce petit garçon m'avait paru assez fade en comparaison :mrgreen:

Si celui-ci t'a plu, je te conseille l'enterrement du soleil et contes cruels de la jeunesse.
Après, les avis sont assez partagés, je trouve par exemple La pendaison, l'obsédé en plein jours et le retour des 3 saoulards extraordinnaires mais certains les trouvent trop absurdes ou expérimentaux... et vont conseiller Journal du voleur de Shinjuku que j'avais détesté (du mauvais Godard)

Pour rester dans la nouvelle vague, Imamura est fabuleux aussi. Je connais moins bien les 60's mais il y au moins un chef d'oeuvre Désir meurtrier (toujours inédit en France). Kiju Yoshida, mieux vaut commencer par la première moitié des années 60.

Malheureusement sorti de Oshima, Imamura et Yoshida (et Seijun Suzuki par extension), le reste n'est pas évident à trouver (Ko Nakahira, Masumura, Yuzo Kawashima, les oeuvres de jeunesse de Kihachi Okamoto, Susumu Hani ...). Celà dit il y a les coffrets Hiroshi Teshigahara et Masahiro Shinoda sortis chez nous (le premier n'est peut-être pas le plus facile d'accès.)
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Jeremy Fox
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

J'ai La cérémonie et La Pendaison à voir :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

La Cérémonie (Gishiki) - 1971


Film très exigeant, il le fut vraiment trop pour moi. Je n'ai à vrai dire pas compris grand chose à ce film qui a néanmoins retenu mon attention par la beauté plastique de certaines scènes (le départ de Mandchourie) et le fabuleux sens du cadrage d'Oshima. A part ça, ennui extrême. Alors que le Petit garçon m'avait fait forte impression, La cérémonie m'a laissé au bord du chemin.
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Jack Carter
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jack Carter »

Jeremy Fox wrote:La Cérémonie (Gishiki) - 1971


Film très exigeant, il le fut vraiment trop pour moi. Je n'ai à vrai dire pas compris grand chose à ce film qui a néanmoins retenu mon attention par la beauté plastique de certaines scènes (le départ de Mandchourie) et le fabuleux sens du cadrage d'Oshima. A part ça, ennui extrême. Alors que le Petit garçon m'afait fait forte impression, La cérémonie m'a laissé au bord du chemin.
je pense que tu peux laisser tomber La Pendaison :uhuh:
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Jeremy Fox
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

Jack Carter wrote:
Jeremy Fox wrote:La Cérémonie (Gishiki) - 1971


Film très exigeant, il le fut vraiment trop pour moi. Je n'ai à vrai dire pas compris grand chose à ce film qui a néanmoins retenu mon attention par la beauté plastique de certaines scènes (le départ de Mandchourie) et le fabuleux sens du cadrage d'Oshima. A part ça, ennui extrême. Alors que le Petit garçon m'afait fait forte impression, La cérémonie m'a laissé au bord du chemin.
je pense que tu peux laisser tomber La Pendaison :uhuh:
Je ne me laisserais pas décourager :mrgreen:
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Thaddeus
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Thaddeus »

Image



(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Contes cruels de la jeunesse
La caméra est fougueuse, mobile, le style sec et rythmé, en accord avec la nouveauté d’un sujet qui refuse de détourner le regard de la réalité urbaine et industrielle de son époque. Dans une palette de couleurs vives et tranchées, Ōshima exprime le désarroi d’une jeunesse qui, pour fuir les désillusions vécues par ceux qui ont seulement quelques années de plus, basculent dans la petite criminalité. La cruauté des rapports amoureux, souvent couvés par une tension sourde, la lucidité coléreuse d’un propos qui pousse le drame jusqu’à la tragédie n’empêchent pas l’humanité d’éclore, et une réelle émotion de poindre à travers le personnage de Mako, cette jeune fille fragile, désorientée, fatalement éprise d’un petit voyou capable, au-delà de sa muflerie brutale, de lui manifester une grande tendresse. 5/6

Nuit et brouillard du Japon
Lors du mariage entre deux militants d’un groupe d’étudiants communistes, les invités remuent leurs souvenirs et se livrent à un grand lavage de linge sale : l’occasion pour chacun de tenter d’éclaircir certaines zones d’ombre, d’exorciser de vieilles rancœurs, à défaut de solder les comptes. Construit sur de sinueux plans-séquences, le film analyse des attitudes contradictoires mais complémentaires (intellectuel-activiste, sceptique-fanatique, passionné-froid, conformiste-hérétique), mesure l’écart entre les positions dogmatiques et les exigences de l’engagement pour mieux refléter la conscience d’une génération en révolte. Aucun mouvement politique n’a de force s’il n’entraîne une subjectivité authentique : tel est le sens de cette réflexion amère et touffue sur le devenir de l’idéal révolutionnaire. 4/6

La pendaison
Au commencement est l’information sèche, précise, abondante, qui introduit dans un cadre propice au huis-clos. Puis vient une sorte de psycho-farce renvoyant les genres reçus dans un apparent fourre-tout, lié par une idée-directrice : dynamiter la notion d’État justicier. Dès lors que le rituel de l’exécution est sabordé, les engrenages du système se grippent et bourreau, huissier, médecin, prêtre, procureur renvoient l’image grinçante d’une humanité livrée à ses fantasmes inavouables. Par la pantomime, les mécanismes de l’imaginaire, les jeux de rôles et de miroirs entre illusion et réalité, vie et théâtre, le cinéaste confère à l’abjection une dimension fantastique et livre une parabole politique sur la coercition infligée par la société à l’individu. Son outrance et sa rigidité conceptuelle fatiguent quelque peu. 3/6

Le petit garçon
L’argument pourrait sortir d’une comédie italienne des années soixante, à la Monicelli ou à la Risi : une famille combine de faux accidents de voiture pour empocher l’argent des conducteurs escroqués. Sauf que le sourire ne fait ici guère plus qu’atténuer le désenchantement du constat. Par petites touches, sans jamais condamner personne, Ōshima montre la veulerie de parents fautifs presque malgré eux, reproduisant avec complaisance la dureté d’une société qui les a malmenés, et assassins inconscients de l’avenir de leurs enfants. Reste la dérisoire consolation apportée par les rêveries du garçonnet devenu prématurément adulte, qui sèche ses larmes en racontant à son petit frère des contes d’extraterrestres justiciers, inventés pour conjurer la tristesse du quotidien. 4/6

La cérémonie
4 Mariages et 1 Enterrement à la sauce Ōshima. Peu de place pour la cocasserie et la bagatelle, mais une dissection au scalpel des codes sociaux reconduits comme autant de rituels immuables, une peinture glacée des comportements soumis aux impératifs familiaux et des aspirations individuelles sacrifiées par le poids des traditions. Stylisée, peu amène, d’une beauté plastique à la lisière de l’abstraction, la mise en scène organise un jeu de flashbacks éclairant une poignée de destins individuels, et fait effleurer la violence muette des situations en analysant sur vingt-cinq ans, de la fin de la guerre et la reconstruction faisandée du Japon, la lente désagrégation d’une famille patricienne qui s’enlise peu à peu derrière une façade illusoire du progrès. Une chronique austère mais assez fascinante. 4/6

L’empire des sens
Découvrir l’objet du scandale quarante ans après sa sortie, c’est mesurer l’audace du réalisateur et la radicalité de son geste. Car à sa manière et avec sa culture Ōshima témoigne de cette aptitude à l’oubli que les lueurs du quotidien tamisent et rendent fragile, désespéré, sans issue. Il n’est nullement question ici d’amour fou, encore moins de son apologie, comme on a pu le lire, mais bien d’une pathologie obsessionnelle qui exclut les amants hors du monde réel et social, qui les isole dans un huis-clos dépassionné fondé sur la répétition du rituel érotique, la quête d’un absolu suicidaire, et qui s’achève en toute logique sur les rives de l’assouvissement. Une liturgie du sexe plus proche de l’holocauste que de la chronique galante, et dont la dimension morbide a quelque chose d’infernal. 4/6

L’empire de la passion
S’inspirant d’un fait divers du XIXè siècle, le réalisateur relate la passion dévastatrice d’un homme pour une femme mariée dans un petit village de montagne. Cet amour fou conduit le couple à assassiner l’époux encombrant, qui revient hanter les coupables sous la forme d’un fantôme obsédant. Les Amants Crucifiés meets L’Empire des Sens, la tradition du conte japonais croise celle du récit britannique à la Kipling : la mise en scène met à plat ce mélodrame à résonance fantastique, se détache de tout contexte, gomme les effets, dédramatise l’image, force l’esthétisme d’un jeu à plusieurs niveaux. Peu à peu, la nature – feuilles qui frémissent, arbres solitaires, pluies glaciales – prend sa revanche, s’instituant juge et partie, associant un panthéisme constamment perceptible à la pulsion de mort. 4/6

Furyo
Où Ōshima fait son Pont de la Rivière Kwaï. Tel un entomologiste distingué, il réunit dans un camp de prisonniers deux civilisations insulaires et finissantes et observe les réactions brutales dont accouche ce curieux face-à-face. Sa force est de transcender la signification habituelle du film de guerre pour atteindre à l’universalité d’une fable amère sur la culpabilité, l’honneur et la solitude : on s’y fait hara-kiri, on s’y tranche la langue, on s’y torture physiquement et mentalement dans des rituels de violence, d’amour et de mort. La sophistication de la mise en scène, la musique psychédélique de Sakamoto, les acteurs-pop stars, beaux et éthérés comme des dieux de tragédie antique, submergés par des passions équivoques et terrassés par le mal qui les ronge, tout participe d’une singulière fascination. 5/6

Max mon amour
Si l’ombre de Buñuel plane sur cette fable bourgeoise, où un singe perturbe l’ordre d’une société fatiguée qui ne croit plus à sa propre hypocrisie et remet les couples dans l’axe tel un fantôme de la liberté, c’est qu’elle est écrite par Jean-Claude Carrière. Son sujet n’est pas la relation entre le chimpanzé et l’épouse du diplomate, passion souterraine vécue et jouée comme allant de soi, mais le regard des autres sur elle. Lorsque l’adultère est valorisé, institué, théâtralisé comme une comédie de boulevard, lorsque les instincts sont réprimés sous le poids des conventions, de l’apparat, des cérémonials, l’animalité devient le refuge de l’amour fou. Ce que la mise en scène suggère en évitant le moindre détail scabreux pour favoriser un étrange climat fait de litote et d’ironie feutrée, où tout est insidieusement déplacé. 4/6

Tabou
Kyoto, 1865, une milice de samouraïs accueille un nouveau venu. Dans ce monde autarcique régi par des règles très strictes, l’éphèbe à la beauté irréelle et ambiguë vient semer trouble et désordre. Vacille alors un microcosme figé dans ses traditions millénaires, fondé sur la répression des désirs (qu’ils soient d’amour, de vie ou de mort) et sur la soumission aveugle à un système dépassé, dont la fin annonce la naissance de l’ère des yakuzas et du crime pour le crime. L’esthétique est fondée sur les costumes noirs, les nuits sombres et l’énigmatique blancheur des visages, créant une morbidité latente, un ressenti souterrain de perdition, favorisée par le culte de la jeunesse et de la pureté. Reste que l’on regarde cette œuvre glacée, d’une somptuosité beaucoup trop lisse, avec une admiration assez distante. 3/6


Mon top :

1. Furyo (1983)
2. Contes cruels de la jeunesse (1960)
3. L’empire de la passion (1978)
4. L’empire des sens (1976)
5. La cérémonie (1971)

Le cinéma d’Ōshima est celui de la peinture sociale, de la dénonciation du système, voire de la révolte formulée avec la jeunesse vigoureuse de ce qui pourrait être une Nouvelle vague japonaise.
Last edited by Thaddeus on 26 Jan 19, 18:27, edited 4 times in total.
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Jeremy Fox
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

Furyo - 1983

A l'exception du très émouvant épilogue, j'ai une fois encore été totalement hermétique à ce désormais classique d'Oshima. Incompréhension devant un scénario que je trouve non seulement peu intéressant mais pas du tout subtil, une utilisation de la très belle musique de Sakamoto à mon avis à côté de la plaque, une mise en scène qui m'a laissé de marbre et enfin une interprétation à demi convaincante, seuls Tom Conti et Takeshi Kitano m'ayant plutôt convaincus. Dans l'ensemble, profond ennui quasiment tout du long.

En tout cas, c'est bien la première fois qu'une fin me touche alors que je suis resté froid à tout ce qui a précédé.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Alexandre Angel »

Jeremy Fox wrote:En tout cas, c'est bien la première fois qu'une fin me touche alors que je suis resté froid à tout ce qui a précédé.
C'est peut-être que cela t'a plus remué en amont que tu ne le crois..
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Bogus »

Furyo (Merry Christmas mister Lawrence) - 1983

La confrontation entre deux civilisations, les tourments du capitaine Yonoi envoûté par le prisonnier Celliers, la superbe musique signée Ryuichi Sakamoto... pendant la première heure rien à dire c'est super et j'avais hâte de voir la tournure (forcément explosive) qu'allait prendre cette sorte de Pont de la rivière Kwaï crypto-gay.
C'est ensuite que ça se gâte, l'enchainement trop brusque et pas toujours compréhensible des évènement m'a vraiment frustré. Le flashback ne m'a pas semblé non plus très opportun.
David Bowie ne m'a pas vraiment convaincu et j'ai préféré Sakamoto qui arrivait bien à traduire le trouble ressenti par son personnage.
C'est surtout Takeshi Kitano qui sort du lot avec ce personnage drôle, violent et touchant. L'amitié qu'il noue avec Tom Conti m'a ému jusqu'au très beau final.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Kevin95 »

MAX MON AMOUR de Nagisa Ôshima (1986) découverte

Film chic et choc qui fit grand bruit en son temps (sweets 80's). Après Merry Christmas Mr. Lawrence, Nagisa Ôshima poursuit sa tournée mondiale par la France et décide à la douane de se grimer en Luis Buñuel. Même scénariste (Jean-Claude Carrière), même producteur (Serge Silberman) et même sens de la provocation feutrée. Mais si le maitre mexicain tourna chez nous ses films les plus magnifiquement étranges, le japonais a tendance à prendre la pose lors du diner chez l'ambassadeur. Glacé et glaçant, Max mon amour manque d'humour et de distance pour pleinement fasciner. Comme au zoo, on reste derrière la vitre, intrigué, à regarder Charlotte Rampling s’émoustiller avec son singe sans jamais qu'un véritable trouble ne s'installe. Le plus intéressant dans le film, n'est finalement pas tant ce qu'il montre, mais l'idée de ce qu'il montre. Reste donc une curiosité, parfaitement mis en musique par Michel Portal et pourvue de quelques idées amusantes comme Victoria Abril et ses allergies, Pierre Étaix et sa petite note ou la tentative de séduction de Sabine Haudepin.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

Furyo chroniqué par Christophe Buchet à l'occasion de sa sortie en Bluray chez Movinside.
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by Jeremy Fox »

Reprise en salles ce jour grâce au distributeur Tamasa de L'empire des sens, chroniqué par jean gavril Sluka.
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Re: Nagisa Oshima

Post by Demi-Lune »

bruce randylan wrote:La cérémonie. (1971)

Une charge assez incroyable sur le Japon des années 60-70 où les traditions archaïques et dépassées n’ont d’égales que la passivité et la lâcheté de la génération de l’après guerre.

Oshima se lance dans une satire où les valeurs familiales sont détruites à grand coup de scènes pesantes que composent une narration uniquement centrées sur les cérémonies, histoire d’en rajouter une couche sur une société coincée dans des rituels absurdes et hypocrites ( mariage, enterrements, fiançaille ). Les moments de malaise sont légion et évitent au film d’être ennuyeux alors que la mise en scène est lente et exigeante. Cela dit, l’humour n’est pas exclut à plusieurs reprises et on rit même franchement à plusieurs moments. Celui du mariage avec l’épouse fantomatique ( et la nuit de noce qui suit ) est particulièrement féroce en bifurquant dans la parabole décalée où se croise la politique, la mort, le sexe et la famille.

En tout cas, Oshima n’a pas peur de transformer ses compatriotes en aliénés qui ne connaissent que l’inceste, le mensonge, les apparences, le suicide ou la manipulation. Un portrait peu reluisant qui subit parfois quelques lourdeurs de style ( la musique en fait clairement trop ) ou d’interprétation qui peut manquer de nuance.

Mais ça reste un œuvre essentielle dont l’esthétisme virtuose ( quel scope ! quelles couleurs ! quel sens de l’espace ) participe au climat fascinant et dérangeant de ce film d’Oshima qui n'est pas, tout de fois, son film le plus accessible.
Vu hier à la Cinémathèque. Il est vrai que ce film est une véritable leçon de mise en scène en termes de composition et de gestion de l'espace. Ça rappelle parfois le perfectionnisme écrasant d'un Masaki Kobayashi, et il y a une forme de ritualisation de la lenteur des déplacements de caméra qui s'accorde complètement avec l'espèce de mystère ancestral dictant ces cérémonies japonaises. On pourrait se palucher pendant des heures sur la manière dont Oshima place ses personnages pour orchestrer la scénographie des intérieurs, le Scope devenant presque une grande scène de théâtre. Le jeu sur les couleurs et la lumière, la manière dont elles sont agencées, tout ça a une force presque surréelle qui dialogue avec ce qu'un esprit occidental peut trouver d'inquiétante (quoique fascinante) étrangeté dans la culture nippone.
Mais à côté de ça, on est pas loin du suppositoire, hein. Que le film soit hermétique, soit, je ne le retiens pas nécessairement à charge parce que ça touche à quelque chose de profondément culturel, y compris sur le plan psychologique et politique (les références passeront au-dessus de la tête de tout néophyte). Par contre, il y a une exagération franchement risible du drama, flirtant dangereusement avec la daube d'auteur, avec cette famille de pantins dégénérés qui enquille les postures et les réactions de plus en plus absconses (sur la fin, c'est un calvaire). Je criais intérieurement à plusieurs reprises pour qu'on vienne me sauver de cet autisme... La musique couineuse renforce l'impression de caricature de film art-house se voulant profond et exigeant, mais restant au final irritant dans son écriture paradoxalement démonstrative (voix-off, dialogues) et cryptique.
Cela ne me choque pas qu'on puisse y voir un grand film, parce qu'au-delà des qualités formelles évidentes, l'ensemble reste étrangement captivant, en tout cas résolument déroutant (il y a même une percée gore sortie tout droit d'un Lady Snowblood). Mais cet espèce de mariage entre styles expérimental et classique, qui faisait pourtant mouche sur Le petit garçon, reste bien trop pénible à suivre. A retenter un jour...
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zemat
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Re: Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by zemat »

Jeremy Fox wrote:Furyo chroniqué par Christophe Buchet à l'occasion de sa sortie en Bluray chez Movinside.
Pour info les liens vers les captures comparatives sont morts... :cry: