Nagisa Oshima (1932-2013)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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rotko
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Nagisa Oshima (1932-2013)

Post by rotko »

EDIT DE LA MODERATION:

Vous pouvez aussi consulter les topics de La véritable histoire d'Abe Sada - L'Empire des sens et Max mon amour (1986)



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Titre original : Taiyo no hakaba
Japon - 1960 -
Un film de Nagisa Oshima, avec Fumio Watanabe.

Ce film qui ressort en novembre 2007 met en scène un Japon d'après guerre, en ruines. Dans l'univers des taudis règne le vol, le crime, et les commerces clandestins : celui du sang revendu à des fabriques de cosmétique, celui des fiches d'état civil revendues à des étrangers en situation irrégulière.

Les déshérités sont exploités par des voyous qui se livrent à une guerre des clans, avec trahisons et règlements de compte.
En contrepoint viennent s'intercaler des images ponctuelles du "Japon d'avant", sous la forme d'un portique ou d'un paysage au coucher de soleil.
Un film très sombre qui impressionne le spectateur par une mise en scène rigoureuse et des personnages décidés à survivre par tous les moyens.
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-Kaonashi Yupa-
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Re: l'enterrement du soleil

Post by -Kaonashi Yupa- »

rotko wrote:Ce film qui ressort en novembre 2007
La ressortie date de cette été, le 18 juillet en même temps que les deux premiers films d'Oshima, Une ville d'amour et d'espoir (inédit en France) et Contes cruels de la jeunesse, formant la "Trilogie de la jeunesse". Un bel ensemble, qui place en retrait le film le plus connu des trois (Contes cruels...), à mes yeux le plus maladroit, le moins abouti.
Deux autres films du réalisateur, Nuit et brouillard du Japon et Les Plaisirs de la chair, sont également ressortis dans les semaines suivantes. Mais malheureusement je n'ai pas pu voir ces deux-là.

Avec le forumeur 2501 nous en avons un peu discuté dans le Topic naphtalinippon. ;)
bruce randylan
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Nagisa Oshima

Post by bruce randylan »

Avec la sortie des prochains DVD chez Carlotta, ça peut utile...
En attendant, je me suis plaisir à la cinémathèque avec la Rétro sur Kawashita :)

La cérémonie. ( 1971 )

Une charge assez incroyable sur le Japon des années 60-70 où les traditions archaïques et dépassées n’ont d’égales que la passivité et la lâcheté de la génération de l’après guerre.

Oshima se lance dans une satire où les valeurs familiales sont détruites à grand coup de scènes pesantes que composent une narration uniquement centrées sur les cérémonies, histoire d’en rajouter une couche sur une société coincée dans des rituels absurdes et hypocrites ( mariage, enterrements, fiançaille ). Les moments de malaise sont légion et évitent au film d’être ennuyeux alors que la mise en scène est lente et exigeante. Cela dit, l’humour n’est pas exclut à plusieurs reprises et on rit même franchement à plusieurs moments. Celui du mariage avec l’épouse fantomatique ( et la nuit de noce qui suit ) est particulièrement féroce en bifurquant dans la parabole décalée où se croise la politique, la mort, le sexe et la famille.

En tout cas, Oshima n’a pas peur de transformer ses compatriotes en aliénés qui ne connaissent que l’inceste, le mensonge, les apparences, le suicide ou la manipulation. Un portrait peu reluisant qui subit parfois quelques lourdeurs de style ( la musique en fait clairement trop ) ou d’interprétation qui peut manquer de nuance.

Mais ça reste un œuvre essentielle dont l’esthétisme virtuose ( quel scope ! quelles couleurs ! quel sens de l’espace ) participe au climat fascinant et dérangeant de ce film d’Oshima qui n'est pas, tout de fois, son film le plus accessible.


Le petit garçon ( 1969 )

Pour une raison particulière le film m'a fait penser à une œuvre de transition bien que je connaisse pas encore ses première réalisations. Mais on sent que le film a le cul entre 2 chaises. Oshima est partagé entre ses aspirations formelles passées et une volonté d'être plus posé, plus mature, plus tendre aussi.

L'histoire part donc d'une fait divers : un père et sa deuxième femme utilisant leur garçon de 10 pour des arnaques où il simule des accidents de voitures.
Les personnages sont bien écrit, assez fouillés et principalement le jeune héros complexe et intriguant. De ce coté là, l'acteur est excellent et apporte toute les nuances nécessaires et difficiles pour faire vivre le personnage ( les autres acteurs sont très bien aussi au passage ).

Oshima continue de dresser en tout cas une nouvelle fois le portrait de la famille japonaise en marge et particulièrement ici de la réussite économique de l'époque. Le ton est plus léger ( et donc subtil ) que l'accoutumée mais il y a toujours une certaine violence dans les propos surtout encore une fois contre l'hypocrisie et la lâcheté des adultes. Le réalisateur reprend d'ailleurs une scène clé du Chant du Missouri de Minnelli pour traduire le dégout de l'enfant envers les grandes personnes.

Seulement comme je le disais la mise en scène et le point de vue de Oshima est trop hésitante et le film laisse au final trop indifférent sans vraiment ennuyer mais sans passionner non plus tandis que certains effets de stylisation de l'image ne m'ont pas paru tout le temps justifié ( des passages en noir et blanc principalement ).

Une demi réussite donc.


L'obsédé en plein jour ( 1966 )

La grosse claque !!!

Une monstruosité formelle jamais avare en audaces et expérimentations qui stupéfient encore aujourd'hui. Mais à l'inverse d'un Godard qui ne sait rarement que faire de ses nombreuses idées, Oshima parvient parfaitement à les intégrer au récit.

Et justement l'histoire est là aussi d'une grande violence psychologique qui évolue de plus en plus vers une ambiguïté morale qui donne lieu à une tension palpable dans les relations entre les personnages féminins digne des meilleurs Bergman.
Il y aurait beaucoup à dire sur ce film à commencer par ses procédés filmiques et sa narration qui prennent à malin plaisir à brouiller les pistes alors qu'on pensait commencer à comprendre le fonctionnement de sa réalisation. L'utilisation virtuose, par exemple, de la lumière ( soit très sombre soit complètement surexposée ) se contredit régulièrement avec pour résultat de laisser encore plus le spectateur dans une impasse qui le pousse à revoir les limites entre le blanc et le noir, bien et le mal, la vérité ou le mensonge. Tout le discours final dans le train avec la caméra tremblante et panotante ( ça existe comme mot ? ) entre les visages, les sources de lumières extérieurs et le noir des banquettes est d'une force exemplaire.

C'est en grand film déstabilisant dont la richesse n'en finit plus d'étonner y compris après le visionnage quand on essaye de décortiquer le film. Je pense notamment aux flash-backs introduits par certains personnages mais qui sont en fait raconté par d'autre.

Celà n'exclut pas quelque fausse note avec un symbolisme un peu forcé ( dont une idée reprise à M le maudit ), une interprétation inégale et surtout un contexte sociale et politique à peine esquisser alors qu'il y avait un gros potentiel.
Ça ne reste que quelques réserves car encore une fois, le film est une véritable bombe plastique, narrative et morale.
Si le reste de sa première période est de ce niveau, ça risque d'être de grands moments de cinéma.
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-Kaonashi Yupa-
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Re: Nagisa Oshima

Post by -Kaonashi Yupa- »

Zut, les films n'étaient projetés qu'une seule fois. :? J'aurais bien revu La Cérémonie sur grand écran (découvert au Forum des Images, j'étais un peu fatigué ce jour-là :oops: ), et ton avis sur L'Obsédé en plein jour me fait regretter d'avoir raté la séance.
Du coup je suis curieux de voir ce que tu penseras de la "trilogie de la jeunesse". 2501 et d'autres en avaient bien parlé dans le topic naphtanippon, j'y avais donné mon humble avis également.
Alligator
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Re: Nagisa Oshima

Post by Alligator »

Amakusa shiro tokisada (Le révolté) (Nagisa Oshima, 1962) :

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Etrange sujet et thématique pour Oshima : les persécutions des chrétiens par les samouraï du Shogun au XVIIe engendrent la révolte menée par un certain Shiro Amakusa dans la région de Shimabara.
Le film est une longue réflexion sur le pacifisme, le difficile dilemne chrétien de la non violence, de sa pertinence, le conflit intérieur entre le principe et la réalité ou comment parvenir à tendre la joue gauche, quand la droite commence à être dissoute à force de prendre des coups. Etude philosophique qui ne me touche que modérément.

Le film imprégné par des plans presque continuellement dans les noirs essaie de marquer son propos par un style froid, lent et austère. De nombreux travellings montrent les horreurs de la persécution, la souffrance endurée; ils soulignent la stupeur et la douleur exprimées sur les visages des paysans chrétiens devant la barbarie du pouvoir aristocrate.
Oshima s'attarde sur les plaies, les tortures.
La musique lancinante prend une place démesurée et lassante. Au final, le film pèche par la lourdeur du dispositif, la mise en scène est plutôt lourde malgré l'épure des scènes de combat. Ca ne m'a particulièrement plu. Sauf à quelques rares exceptions près, quelques belles séquences ici ou là.

Un chemin de croix pour Oshima qui mettra 3 ans à se remettre de l'échec populaire de ce film.
Last edited by Alligator on 8 Jun 08, 14:01, edited 1 time in total.
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Re: Nagisa Oshima

Post by Alligator »

Ai to kibo no machi (Une ville d'amour et d'espoir) (Nagisa Oshima, 1959) :

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Premier film de la trilogie de la jeunesse. Plus que la jeunesse, j'aurais envie de souligner l'aspect résolumment et violemment politique du film.

Oshima concocte un scénario massue, une histoire au message social sans équivoque sur le Japon d'après-guerre, le Japon en construction, celui de la grande croissance, celle qui s'habille de la morale très stricte et très violente, laissant sur le chemin un enfant laissé pour compte et sa famille pour un menu larçin, commis par nécessité. Le prétexte pour ne pas embaucher ce gamin est d'un cynisme capitaliste et moraliste effroyable. Les mots employés par le jeune employé de l'entreprise pour expliquer son refus, cette enquête sociale de pré-embauche, ce discours axé sur le bénéfice de l'entreprise, les risques qu'elle court à embaucher des gens "tordus", toute cette machinerie moralo-sociale qui va jusqu'à écraser les relations humaines et amoureuses, les anéantir, tout cet enchaînement au matérialisme du profit, à l'entreprise est d'une acuité et d'une force terrifiante encore aujourd'hui d'une actualité insupportable.

Oshima réussit parfaitement avec un scénario ciselé et millimétré, qui coule de source, de scènes en scènes à décrire les poids monstrueux qui ont permis au Japon de devenir une des premières puissances mondiales et le prix fort que le pays a dû payer en retour, une déshumanisation que l'industrialisation forcée et rapide n'a pas manqué d'imprimer à une société très tardivement entrée dans l'ère moderne. Un choc terriblement inhumain.

La mise en scène est au diapason, enfermant ses personnages dans un cinémascope noir&blanc implacable, les ombres mangent souvent les corps, seuls les visages et leurs expressions achevées émergent à peine de l'ombre pour exprimer leur souffrance de subir un tel choc social, culturel, économique... politique en un mot.

Dommage que le jeune comédien Hiroshi Fujikawa soit aussi monolithique.
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Commissaire Juve
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Re: Nagisa Oshima

Post by Commissaire Juve »

Je viens tout juste de le visionner (je n'ai pas trouvé l'image si sombre)... Sympa comme tout. Et étonnament court (1h02 ; mais ce n'est pas plus mal).

Là, je suis en train de mater le doc 100 ans de cinéma japonais. Enfin, un supplément qui dit quelque chose. 8)
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Re: Nagisa Oshima

Post by Alligator »

Commissaire Juve wrote:(je n'ai pas trouvé l'image si sombre)
moi non plus. Je soulignais juste la manière qu'Oshima a d'enfermer - sur certaines scènes comme celle de la capture - ses personnages dans l'ombre pour mettre en exergue leur expression sous la lumière. Il y a également quelques autres scènes de nuit où les personnages traînent leur désarroi.
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Re: Nagisa Oshima

Post by Alligator »

Seishun zankoku monogatari (Conte cruel de la jeunesse) (Nagisa Oshima, 1960) :

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Conte cruel de la jeunesse, rarement un titre n'a aussi bien été porté. C'est l'histoire de deux paumés, jeunes mais perdus dans leur existence et ce qu'ils vont en faire. En révolte adolescente, chacun à sa façon tente de forger sa vie en opposition avec la génération précédente. Le père et surtout la grande soeur de Makoto le soulignent dans le film de manière assez épisodique, en rappel régulier, comme une constante à ne pas oublier, un rappel à l'ordre continuel, une règle qui pèse et qui est là, tapie dans le fond du décor.
Elle, perd ses illusions, sa virginité dans les bras de son homme, malgré sa brutalité, ses violences un peu trop répétées. Elle tente de fuir. Mais à peine esquisse-t-il un mot d'amour qu'elle désarme et aveuglée par les feux de l'amour elle rentre dans le rang. Opposée à la vie du commun, elle n'en demeure pas moins esclave de ses sentiments.
Lui, est bouffé de l'intérieur par la violence qui est en lui. Il ne trouve pas de moyens d'exprimer la violence intérieure qu'en la détournant sur Makoto ou sur d'autres. Fils à Papa, l'étudiant cherche à fuir cette dépendance familiale en se maquant avec sa belle-mère contre argent sonnant et trébuchant.
Il est vite évident que ces deux-là se sont trouvés. Deux plaies. Deux destinées qui sentent le roussi. Sorte de relation dépendance qui se soutient pour mieux se détruire.
La fin est très étrangement dérangeante. On peine à penser qu'Oshima ait pu se commettre à une fin aussi moraliste et démonstrative. Le dernier plan nous dit bien : "regardez bien ce qui vous arrivera si vous n'êtes pas sage!" Du moins est-ce l'impression que j'en ai eu. Sans doute qu'il s'agit là d'un plan caution en quelque sorte, permettant à Oshima de faire valoir ses thématiques.
Les comédiens sont excellents. L'aventure que traversent les personnages qu'ils incarnent ne m'a pas plus ému que cela. Cependant leurs compositions m'ont impressionné. Je réaliste maintenant que l'histoire est d'une modernité étonnante et que le Japon sur bien des points est beaucoup plus précoce en ce début des années 60 que le frileux Occident (avortement, prostitution, émancipation, etc.). Les thématiques abordées sont courageuses et traitées comme il se doit avec tout à la fois élégance et sincérité.
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Re: Nagisa Oshima

Post by -Kaonashi Yupa- »

Alligator wrote:La fin est très étrangement dérangeante. On peine à penser qu'Oshima ait pu se commettre à une fin aussi moraliste et démonstrative. Le dernier plan nous dit bien : "regardez bien ce qui vous arrivera si vous n'êtes pas sage!" Du moins est-ce l'impression que j'en ai eu. Sans doute qu'il s'agit là d'un plan caution en quelque sorte, permettant à Oshima de faire valoir ses thématiques.
Je ne suis pas du tout d'accord avec ton interprétation de la fin, car j'y vois plus un dénouement tout ce qu'il y a de plus violent contre le Japon contemporain du film, les conséquences de cette société qui semble se foutre de ses jeunes, laissés pour eux même. Pour moi il n'y a rien de moraliste, mais plus une fin en parfaite relation avec ce que le film dit (maladroitement, cf. mon avis sur le film).
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Re: Nagisa Oshima

Post by gnome »

Commissaire Juve wrote:Là, je suis en train de mater le doc 100 ans de cinéma japonais. Enfin, un supplément qui dit quelque chose. 8)
Ouais... :? Mis à part citer un de ses film toutes les 5 minutes... C'est des lieux communs... On n'apprend pas grand chose si je me souvient bien...
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Commissaire Juve
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Re: Nagisa Oshima

Post by Commissaire Juve »

C'te râleur ! :mrgreen:

Oui, mais pour moi qui n'ai vu que 39 films japonais à tout casser, eh bien, ça dit des choses.
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Re: Nagisa Oshima

Post by Alligator »

Merry Christmas Mr. Lawrence (Furyo) (Nagisa Oshima, 1983) :

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Je n'ai pas accroché. J'ai longtemps cru à un remake du pont de la rivière Kwaï. La confrontation occident/orient, philosophiquement parlant y est peut-être un peu plus poussée... disons surtout entre deux orgueils, deux impérialismes. Or, il m'a paru que l'arrogance britannique et l'ethnocentrisme nippon dans un dialogue de sourds incessant ne reflètent qu'une infime part de vérité. Et à la longue, je me suis plus diverti, ou intéressé, aux réflexions chromatiques du chef-op qu'à l'histoire et ses personnages. Pas emballé non plus d'ailleurs par les performances de Bowie mais bien pire encore celle de Sakamoto dès lors qu'il s'essaye à baragouiner la langue de Shakespeare. Sur ce plan Kitano et Conti relèvent le gant avec plus de classe et de brio.
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Re: Nagisa Oshima

Post by Alligator »

Taiyo no hakaba (L'enterrement du soleil) (Nagisa Oshima, 1960) :

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Un Oshima qui me laisse en grande partie sur ma faim. Longtemps le film cumule les portraits, les illustrations de la décadence humaine, les tares approchant puis dépassant les limites de l'inacceptable. Oshima jette pêle mêle toutes les violences, les trahisons, qu'un être humain puisse infliger aux autres ainsi qu'à lui même. Il y a là un aspect récitatif, bien trop sage à mon goût. Comme un travail d'écolier, le cinéaste donne l'impression d'avoir collé bout à bout tous les éléments qu'il a pu pointer sur une liste. Rien n'y échappe, l'adultère et l'alcoolisme étant les moindres. Du viol au pillage de cadavre, tout ce qu'il y a de plus ignoble dans la nature humaine est décrit à un moment ou un autre. A tel point que l'on pourrait facilement proposer ce film pour représenter la violence à l'écran.

Je suppose que le cinéaste a voulu montrer par là l'horrible état dans lequel la jeunesse s'est retrouvée à la sortie de la guerre, confrontée à l'anéantissement des illusions nationalistes (le personnage du belliciste martèle sans cesse son obsession revancharde et paranoïaque promettant le passé et l'illusion, se trompant d'avenir). D'avenir il semble qu'il n'y en ai plus. C'est le film de la violence et du désespoir les plus complets. Et pire que tout, c'est sur la jeunesse démunie (dans tous les sens du terme) que la caméra d'Oshima décortique, ses espoirs fous, sa désillusion douloureuse, surtout les conséquences : sa perte de repères (Takeshi balloté monstrueusement entre son amour pour Hanako et sa fidélité masochiste à Shin).

Je ne pense pas que ce soit la brutalité du nihilisme d'Oshima qui m'a un peu ennuyé, mais plutôt sa sécheresse, née de l'accumulation. Peut-être aussi sent-on que le cinéaste jusqu'au boutiste, ne donne pas une seule chance, une seule note d'espoir, dénotant une sorte d'intransigeance que je n'étais pas prêt à entendre. C'est sans doute plus une question d'humeur qu'autre chose.

N'empêche que c'est bien filmé, c'est à dire que le cadre et les mouvements de caméra font sens, la photo est assez sage.
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Re: Nagisa Oshima

Post by Commissaire Juve »

- Le Retour des trois soûlards
- L'Obsédé en plein jour
- Été japonais : double suicide
- À propos des chansons paillardes au Japon

Les acheteurs des quatre nouveaux titres pourront-ils faire le point... notamment sur la compatibilité 16.9 (ou pas) des masters. Paskeu : les captures de Rama laissent planer un doute pour au moins un film (un titre en noir & blanc).

Merci d'avance...
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