Jacques Becker (1906-1960)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alexandre Angel
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Alexandre Angel »

Oh la vache
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Kevin95
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Kevin95 »

Alexandre Angel wrote:
Kevin95 wrote:OH LE GROS lapsus honteux.
Oh bah non, m'est avis que c'est pas la dernière fois et puis ils sont respectables les films du fiston même si bon, voilà quoi..
C'est un bien grand mot... :fiou:
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Alexandre Angel
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Alexandre Angel »

Kevin95 wrote:C'est un bien grand mot...
Oui, mais qu'est ce qu'il y aurait juste en dessous ? Respecter, c'est le service minimum.. Ce n'est pas un cinéma honteux non plus. (bon, en même temps, j'en ai pas vu des tonnes)
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Kevin95
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Kevin95 »

J'aurai dit lambda pour ne pas dire insignifiant (mais c'est cruel). :oops:
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Kevin95
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Kevin95 »

RENDEZ-VOUS DE JUILLET de Jacques Becker (1949) révision

LE film sur la jeunesse d'après-guerre zonant du coté de Saint-Germain-des-Prés, peuplade folklorique, exotique pour le djeunz d’aujourd’hui. Un petit milieu se nourrissant d'alcools forts, de jazz, de surplus de l'armée américaine et n'étant motivé que par l'envie de contrecarrer les plans de papa-maman (lesquels ont encore les genoux tremblants en repensant à l'Occupation). Après Antoine et Antoinette, Jacques Becker décale de quelques mètres sa caméra pour non plus filmer le populo au quotidien, mais des jeunes étudiants, parfois privilégiés (ça sent la haute éducation et le milieu aisé), quelquefois bohème, souvent fiévreux. Le réalisateur applique sa vision du monde, ne filme jamais au-dessus des personnages, ne les sublime pas bêtement (certains travers de cette génération sont épinglés comme l'arrivisme ou l’égoïsme) mais les filme en compagnon, non en vieux con. Certains personnages sont plus sympathiques que d'autres, certaines sous-intrigues paraissent donc moins inspirées que d'autres, mais Rendez-vous de juillet est un portrait swingue d'une époque, un portrait touchant et (aujourd'hui) terriblement documentaire. Les voir gesticuler dans des caves riquiquis et l'on comprend tout de suite combien ces gosses-là avaient envie de s'amuser, de partager et d'aller envoyer paitre l'esprit moribond de leurs ainés. Le speech de Daniel Gelin garde encore sa fraicheur et à en croire les commentaires des gamins en sortant de la salle, il n'a rien perdu de son actualité. Jean Renoir cinéaste du Front populaire, Becker cinéaste de l'après-guerre. Les dossiers sont dans l'ordre.
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Max Schreck »

Kevin95 wrote:Au fond, sans Touchez pas au grisbi, pas de Jean-Pierre Melville et pas de mythologie du film policier français.
Effectivement, quand je repense au film de Becker, le constat que c'est un des meilleurs polars français s'impose à moi. Et quand j'essaie de lui trouver des rivaux, j'ai Le Deuxième souffle qui me vient spontanément en tête. Deux chefs-d'œuvre, implacables, chacun dans sa décennie.

Après je pense aux Clouzot pour les 40's alors que je n'ai toujours pas vu Quai des orfèvres. Et c'est tout de suite moins évident pour les décennies suivantes (à moins de rejouer Melville pour les 70's).
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Kevin95
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Kevin95 »

LES AVENTURES D'ARSÈNE LUPIN de Jacques Becker (1957) découverte

Ce n'est pas la période la plus stimulante de Jacques Becker. Le réalisateur sort d'Ali Baba et les Quarante Voleurs (qu'on va gentiment qualifier d'impersonnel) et semble contractuellement lié aux co-productions technicolorisées européennes terriblement datées 50's. Si ses Aventures d'Arsène Lupin demeurent un divertissement honnête, il parait évident que le réalisateur tourne la chose en professionnel et non en artiste impliqué. Pas de réappropriation, le film narre poliment trois micro-aventures du célèbre personnage, charme par son décorum mais n'électrise jamais son sujet. Le choix du faux film à sketchs n'est d'ailleurs pas une super idée, pas de temps pour s'acclimater ou sympathiser avec les personnages, le métrage boucle ses intrigues en un rien de temps comme le futur feuilleton des 70's à la télé française. Comme le petit écran, Les Aventures d'Arsène Lupin ne vise qu'à divertir, qu'à offrir un terrain en or à son interprète Robert Lamoureux et à ramener toute la famille devant l'écran. J'ai l'air critique mais ce n'est qu'en jugeant le film depuis la filmo de son réalisateur qu'à en soit, le titre est loin d'être un ratage et une fois la déception de voir un Becker mineur passée, on peut s'installer tranquillement et prendre un petit plaisir innocent (comme pour Ali Baba finalement). Pas de quoi pleurer sur le sort du réalisateur, il reviendra en force l'année suivante avec Montparnasse 19.
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Rick Blaine
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Rick Blaine »

On est d'accord. D'ailleurs avec le Personnage d'Arsène Lupin, je trouve que Yves Robert fait mieux 3 ans plus tard, et on peut même avoir une petite préférence pour le Molinaro devant le Becker, ce dernier n'étant pas très à l'aise avec cet univers. (Même si Les aventures d'Arsène Lupin n'est franchement pas désagréable)
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Kevin95 »

RUE DE L'ESTRAPADE de Jacques Becker (1953) découverte

Comme pas mal de films de Jacques Becker de cette période, ce titre jouit d'une certaine cote donc autant l'avouer franchement, Rue de l'Estrapade est une petite déception. Pas forcément parce qu'on a affaire à un mauvais film (pour en trouver un dans la filmo de Becker, bonne chance !) mais qu'il s'avère inégal et très en deçà d'un Antoine et Antoinette ou bien encore d'un Rendez-vous de juillet. La raison tient sans doute dans le fait que le réalisateur pose sa caméra dans un milieu aisé, donc sans grandes préoccupations si ce n'est de savoir si untel couche avec untel. Les scènes de ménage du couple Anne Vernon/Louis Jourdan paraissent préfabriquées, très héritiers de la comédie de boulevard et vite lassantes. Vernon est pourtant parfaite seulement ses répliques manquent de mordant et en face d'elle, on trouve un Louis Jourdan mauvais comme un cochon, au jeu si vieillot qu'on s'étonne que Becker ait laissé passer la chose. On flirte avec le code rouge mais le film, de manière très étrange, revit d'un coup d'un seul lorsque madame Vernon quitte monsieur Jourdan pour un petit appart dans Paris. Le réalisateur ouvre les deux yeux et laisse parler sa légèreté, sa vitalité et son empathie. Décidément, après Édouard et Caroline, le couple Daniel Gélin/Anne Vernon c'est de la dynamite ! Leurs échanges sont une petite musique douce à l'oreille, la nonchalance de Gélin a quelque chose de très moderne et c'est avec tristesse qu'on quitte ce personnage de pique-assiette pour revenir à ce ballot de Louis Jourdan.
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Kevin95 »

MONTPARNASSE 19 de Jacques Becker (1958) découverte

Après avoir usé ses deux pantoufles (Ali Baba et les Quarante voleurs et Les Aventures d'Arsène Lupin), Jacques Becker revient à du solide en récupérant ce projet des mains de Max Ophüls (indisponible depuis son décès), en lui dédiant le film et en essayant d'être à la hauteur de cet illustre prédécesseur. Film fantasque autour de la vie de Modigliani, Montparnasse 19 est surtout le fantasme d'un artiste total, d'un génie incompris et sans compromis. Pour le réalisateur, sortant de deux commandes en surpoids, l'occasion est trop belle pour (s')affirmer, défendre la figure de l'artiste face aux corbeaux de la pire espère (commanditaire américains vus comme vulgaires, gout timoré de l'époque, figure diabolique interprétée par Lino Ventura de vautour attendant la mort du peintre pour lui acheter des toiles au prix le plus bas et les vendre au prix le plus haut) et ainsi parler (un peu) de lui-même. Becker assèche sa mise en scène, noircit le trait naturaliste qu'il avait sur Casque d'or, épure le récit, retient les chevaux de Gérard Philipe et formalise son noir et blanc donnant des allures de tragédie au film, même lorsqu'il essaye d'être léger. Froid mais terriblement beau, Montparnasse 19 montre combien la filmographie du réalisateur prenait un chemin audacieux et terriblement moderne. Pas de bol, le film fit un bide, ne donnant l'opportunité à Becker que de réaliser un dernier film (Le Trou) avant de tirer sa révérence. A la dur.
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Kevin95 »

CASQUE D'OR de Jacques Becker (1952) découverte

Gros mammouth des classiques français, qui mérite amplement son statut. Casque d'or, c'est à la fois Scarface et Une partie de campagne, Bonnie and Clyde et Émile Zola. Évocation des loulous du début du siècle, Jacques Becker ne prend jamais l'option de la carte postale ni celui de l'évocation nostalgique façon Les Brigades du tigre, mais en bon héritier de Jean Renoir, du naturalisme avec un rien d'épique. Drôle, touchant, fiévreux et finalement amoureux, le film vise juste devant toutes les cibles, laisse le couple Simone Signoret/Serge Reggiani s'inscrire dans la légende et s'impose comme l'un des meilleurs films français de la période. Pour la séquence finale, merci de me filer le paquet de mouchoirs et de m'aider à sortir de la salle, j'ai les jambes qui tremblent.
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by xave44 »

Visionné hier le dvd Pathé version restaurée de Goupi Mains Rouges
Et énorme coup de cœur !
Quel film ! Et surtout quelle galerie de personnages ! :D
L''interprétation est uniformément remarquable, avec un mention spéciale à Robert Le Vigan tout simplement prodigieux d'humanité dans le rôle de Tonkin.
Depuis quelques semaines je revisite le patrimoine classique français des années 30 et 40 et c'est ma 2e grosse découverte après le Volpone de Maurice Tourneur (Harry Baur, phénoménal, Charles Dullin, stratosphérique, et déjà avec Fernand Ledoux) et dans une moindre mesure le Colonel Chabert de René Le Henaff avec Raimu.

J'ai hâte de découvrir Antoine et Antoinette qui sera mon prochain achat Becker. :)
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Supfiction »

xave44 wrote:Visionné hier le dvd Pathé version restaurée de Goupi Mains Rouges
Et énorme coup de cœur !
Quel film ! Et surtout quelle galerie de personnages ! :D
L''interprétation est uniformément remarquable, avec un mention spéciale à Robert Le Vigan tout simplement prodigieux d'humanité dans le rôle de Tonkin.
Depuis quelques semaines je revisite le patrimoine classique français des années 30 et 40 et c'est ma 2e grosse découverte après le Volpone de Maurice Tourneur (Harry Baur, phénoménal, Charles Dullin, stratosphérique, et déjà avec Fernand Ledoux) et dans une moindre mesure le Colonel Chabert de René Le Henaff avec Raimu.

J'ai hâte de découvrir Antoine et Antoinette qui sera mon prochain achat Becker. :)
Pas de coup de cœur pour Blanchette Brunoy ?
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by xave44 »

Supfiction wrote:
xave44 wrote:Visionné hier le dvd Pathé version restaurée de Goupi Mains Rouges
Et énorme coup de cœur !
Quel film ! Et surtout quelle galerie de personnages ! :D
L''interprétation est uniformément remarquable, avec un mention spéciale à Robert Le Vigan tout simplement prodigieux d'humanité dans le rôle de Tonkin.
Depuis quelques semaines je revisite le patrimoine classique français des années 30 et 40 et c'est ma 2e grosse découverte après le Volpone de Maurice Tourneur (Harry Baur, phénoménal, Charles Dullin, stratosphérique, et déjà avec Fernand Ledoux) et dans une moindre mesure le Colonel Chabert de René Le Henaff avec Raimu.

J'ai hâte de découvrir Antoine et Antoinette qui sera mon prochain achat Becker. :)
Pas de coup de cœur pour Blanchette Brunoy ?
Heu... non désolé. :?
Cela dit, son jeu est au diapason du reste de la distribution et cela suffit à mon bonheur.
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Re: Jacques Becker (1906-1960)

Post by Sybille »

J'étais également tombée sous le charme de ce Goupi lorsque je l'avais découvert en 2011 ou 12, et je suis d'accord que Le Vigan s'y montre particulièrement savoureux. J'ai vraiment envie de le revoir dans la version restaurée.
Bons visionnages, c'est vrai que le cinéma français des années 30/40 recèle plein de belles et mystérieuses "pépites". :D