Michael Curtiz (1886-1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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Female (1933)

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Alison Drake dirige d'une main de fer une grande entreprise automobile, la Drake General Motors, qu'elle a héritée de son père. Lassée d'être sans cesse courtisée pour son argent et non sa personne, elle s'amuse à inviter des employés de l'entreprise à diner en tête à tête, puis dans son lit, avant de les rejeter le lendemain. À la suite d'une soirée mondaine où elle est une fois de plus courtisée par tous, elle décide de sortir incognito et de se fondre dans la masse d'une fête foraine. Elle y rencontre un homme très séduisant Jim Thorne, qu'elle retrouve dans son usine le lendemain et qui n'est autre que l'ingénieur qui doit sauver l'entreprise de la faillite.

Hormis une conclusion expédiée faisant sans y croire rentrer la situation dans la "norme", Female est une œuvre emblématique d'une certaine vision de la femme dans ce cinéma Pré Code des années 30. Les figures féminines s'y élèvent à la force du poignet en se montrant aussi impitoyable que les hommes, tout en ne pouvant totalement s'empêcher d'être rattrapée par leurs émotions. Le schéma prend généralement un tour social, cette élévation marquée par la Grande Dépression servant autant à sortir de la fange qu'à triompher du machisme dominant telle la Barbara Stanwyck de Baby Face (1933). Ruth Chatterton incarne un autre versant de cette thématique, symbolisant à la fois cette élévation sociale mais également une femme de pouvoir glaciale en mère maquerelle dans Frisco Jenny (1932). Son humanité ressurgissait par la maternité dans ce film quand ce sera les tourments inattendus de l'amour qui la feront vaciller dans ce Female. Elle y incarne Alison Drake, l'héritière d'une grande entreprise automobile qu'elle dirige d'une main de fer. Une position qui l'isole dans ses émotions contenues et son rapport aux autres complexes. La scène d'ouverture nous plaçant dans une grande réunion de comité d'entreprise exprime bien cela, faisant surgir Alison presque par surprise dans ce monde d'homme où elle s'imposera par une volonté de fer en rabrouant brutalement un employé. Elle n'en reste pas moins une femme avec ces désirs mais ceux-ci s'exécutent avec la même rapidité et autorité que celle exigées par les grandes décisions industrielles de son quotidien professionnel. Un regard bref et concupiscent vers un employé bien de sa personne, une invitation à dîner tout autant dénué de spontanéité dans son déroulement (les appels codés d'Alison à ses majordomes) et une nuit dont il ne devra plus rien subsister de retour à l'entreprise. Les amants d'un soir trop insistants seront expédiés dans une obscure succursale canadienne.

Les personnages masculins du film ne semblent guère mériter mieux d'ailleurs. Le machisme latent et le sentiment de possession (la désinvolture d'un amant s'asseyant sur le bureau d'Alison après une première nuit) et la déférence plus ou moins intéressée (le jeune amant bellâtre, un autre voyant dans l'union une fusion industrielle) semblent faire du pouvoir d'Alison un obstacle insurmontable dans son rapport aux hommes. En séduisant incognito un homme qui ne sait rien d'elle, Alison découvre le plaisir d'être aimée pour elle-même mais finalement la frustration aussi de ne pouvoir faire plier à ses volontés l'objet de son affection. Cet homme c'est Jim Thorne (George Brent) une sorte de mâle alpha guère impressionné même quand il découvrira qu'Alison est sa patronne. Notre héroïne découvre donc tardivement les vertus de la séduction, de la minauderie et d'une partie du renoncement à soi-même que suppose le lien à l'autre. C'est un aspect des plus amusants du film, offrant de superbes scènes romantique. Le scénario est malheureusement assez maladroit, ce chemin nécessaire d'Alison devenant un retour pur et simple à l'image de femme au foyer ménagère et génitrice avant tout. Pas de juste milieu dans une conclusion trop précipitée qui gâche toutes les audaces du film. Cela passait sans doute mieux dans le contexte de sortie du film mais a du mal à passer pour un spectateur contemporain. L'esthétique fouillée du film rattrape un peu cet écueil. William Dieterle débuta le tournage (l'audace des rapports amoureux rappelle bien l'auteur de Jewell Robbery (1933)) que malade il abandonna à William A. Wellman qui filma quelques scènes avant de rejoindre une autre production (College Coach (1933)) et laisser Michael Curtiz tourner l'essentiel du film. C'est vraiment la patte de ce dernier que l'on ressent le plus à travers la stylisation des décors reflets des personnalités d'Alison : froidement géométriques, oppressant et industriels pour le monde de l'entreprise et aérien, chatoyant et Art déco pour son antre de séduction. Une dualité qui se ressent également dans les robes et négligés élégants se disputant aux tailleurs monochrome et stricts, appelant tour à tour au rapprochement ou à une intimidante distance. Passionnant donc si ce n'était cette fin discutable. 4,5/6
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by bruce randylan »

Profondo Rosso wrote:Female (1933)
William Dieterle débuta le tournage (l'audace des rapports amoureux rappelle bien l'auteur de Jewell Robbery (1933)) que malade il abandonna à William A. Wellman qui filma quelques scènes avant de rejoindre une autre production (College Coach (1933)) et laisser Michael Curtiz tourner l'essentiel du film. C'est vraiment la patte de ce dernier que l'on ressent le plus à travers la stylisation des décors reflets des personnalités d'Alison : froidement géométriques, oppressant et industriels pour le monde de l'entreprise et aérien, chatoyant et Art déco pour son antre de séduction. Une dualité qui se ressent également dans les robes et négligés élégants se disputant aux tailleurs monochrome et stricts, appelant tour à tour au rapprochement ou à une intimidante distance. Passionnant donc si ce n'était cette fin discutable. 4,5/6
Tu as trouvé ces informations où ?
Selon imdb, c'est Wellman qui aurait filmé la grande majorité du film et Curtiz n'aurait seulement retourné que des scènes avec un second rôle que le producteur n'appréciait pas.
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Profondo Rosso »

bruce randylan wrote: Tu as trouvé ces informations où ?
Selon imdb, c'est Wellman qui aurait filmé la grande majorité du film et Curtiz n'aurait seulement retourné que des scènes avec un second rôle que le producteur n'appréciait pas.

C'est dans l'analyse d'Hélène Frappat sur le livret du dvd. A voir où elle a eu ses informations de son côté...
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by bruce randylan »

Mais il semble en effet que Wellman était était indisponible pour les re-shoot à cause de College coach.
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Profondo Rosso »

Passage pour Marseille (1944)

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Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le capitaine Freycinet (!) raconte l'histoire de Jean Matrac à un correspondant de guerre intrigué par le comportement de cet homme taciturne. Matrac, journaliste français opposant aux accords de Munich, a été condamné au bagne et déporté à l'Île du Diable. Il s’évade avec quatre autres prisonniers qui s'enfuient dans une barque et sont recueillis en plein océan Atlantique par le navire du capitaine Freycinet voguant vers Marseille. C’est à son bord qu’ils apprennent par la radio que la France a capitulé et demandé l’armistice. Et la création du Gouvernement de Vichy, ouvertement collaborationniste.

A première vue avec son dépaysement et son patriotisme exacerbé, Passage to Marseille semble être une tentative de redite du classique Casablanca dont on retrouve nombre de participants devant (Humphrey Bogart, Peter Lorre, Claude Rains) et derrière (Michael Curtiz of course !) la caméra. Même s'il ne retrouve pas tout à fait la puissance romanesque de Casablanca, le film s'avère captivant et trouve sa propre identité. Cela se ressent par sa narration alambiquée qu'on imagine plutôt dans un film noir avec ces flashbacks s'emboitant dans d'autres flashbacks (un film comme Le Médaillon (1946) de John Brahm utilisera le procédé de manière vertigineuse). Curtiz introduit cette idée d'enchâssement révélant une vérité de manière visuelle au début du film. Un correspondant de guerre ((John Loder) vient réaliser un reportage dans une campagne anglaise paisible qu'en apparence puisque de nuit elle se transforme en aérodrome de l'aviation française de Résistance où les écuries deviennent hangar d'avion et les meules de foin des tours de contrôle. Fasciné par la détermination du taciturne mitrailleur Jean Matrac (Humphrey Bogart) le journaliste va donc se faire conter son histoire, ce dernier s'entremêlant à celle des compagnons de route.

Le film respecte ainsi la structure du roman Men Without Country de Charles Nordhoff ici adapté. On passera ainsi d'une impressionnante ouverture en pleine bataille aérienne à un haletant huis-clos en pleine mer puis un oppressant passage dans l'humidité poisseuse de la prison à ciel ouvert de l'île de Cayenne. Cette progression dramatique maintient l'attention par ses révélations sur le background des personnages mais aussi la thématique autour de l'essence de l'identité française et du patriotisme. Les plus exaltés seront des parias condamnés qui voient dans cet amour du drapeau une chance de rédemption. La caractérisation des protagonistes par Curtiz est limpide, sommaire (la brute épaisse, le bonimenteur roublard joué par Peter Lorre) mais s'appuyant plus sur le contexte que l'exploration trop fouillée de chacun, ce qui fonctionne parfaitement tout en dressant certaines personnalité attachantes comme Grand-père (Vladimir Sokoloff ) le condamné tragique et héroïque de Cayenne. Le personnage d'Humphrey Bogart effectue un parcours inverse, passant du patriote exalté mais brisé par un régime français tournant mal et désormais individualiste face à cette France qui l'a tant déçu. Les aléas de tournages (Bogart qui faillit céder sa place à Jean Gabin à cause d'un différend avec Jack Warner puis englué durant tout le tournage par son divorce et son remariage avec Lauren Bacall) ce qui ne permet pas suffisamment de définir le revirement de son personnage, tout comme sa relation avec son épouse jouée par Michelle Morgan (castée en compensation justement du rôle manqué de Casablanca finalement interprété par Ingrid Bergman). Néanmoins le patriotisme frontal fonctionne très bien dans le huis-clos, les parias revanchards s'opposant à une aristocratie militaire plus malléable et toute prête à se ranger derrière les allemands et le Régime de Vichy. La narration alambiquée compense les aspects qui aurait pu paraître simpliste avec une progression linéaire et propose un haletant suspense qui culmine dans un spectaculaire final où par un acte discutable Bogart ranime l'ambiguïté qui manquait précédemment à son personnage. Le drapeau tricolore dressé bien haut et la Marseillaise puissamment entonnée parvient même à se mêler à une émotion plus intime dans la très belle scène finale.

Un spectacle rondement mené par un Curtiz signant un produit soigné et teinté de fulgurances visuelles dont il a le secret (l'évasion dans les ténèbres du dortoir baigné dans la photo de James Wong Howe est un modèle du genre), pas Casablanca certes mais une belle réussite. 4,5/6
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Profondo Rosso »

Le Mystère de la chambre close ou Meurtre au chenil (1933)

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Le corps d'un riche collectionneur d'objets d'art chinois est retrouvé dans sa propre chambre, une balle dans la tête. La police conclut à un suicide. La présence de l'arme dans sa main confirme cette thèse. Le détective Philo Vance est persuadé que le collectionneur a été victime d'un assassinat. Avec l'aide d'un policier et du procureur, il décide de mener l'enquête. Peu à peu, il reconstitue les faits.

Michael Curtiz signe un captivant whodunitavec The Kennel Murder Case qui s'inscrit dans une riche année 1933 où on lui doit également Masques de cire et Female. Le film adapte le roman éponyme de S.S. Van Dine, spécialiste du roman policier à mystère où son héros récurrent Philo Vance résout les crimes les plus insolubles au sein de la haute société. Il semble (si l'on en croit le spécialiste du polar Stéphane Bourgoin en bonus du dvd) que Curtiz ait transcendé la médiocrité du matériau original assez statique et aux relents de racisme (dont il reste des traces dans le film avec un personnage asiatique) par l'énergie qu'il apporte à son adaptation. L'histoire reprend un motif classique du roman policier à savoir la résolution d'un crime insoluble en lieu clos maquillé en suicide. Il s'agit du riche collectionneur Archer Coe (Robert Barrat) dont la première partie du film s'applique à démontrer comment, de sa nièce à son frère en passant par son cuisinier chinois, tout son entourage éprouve de sérieux motifs d'en finir avec celui qui se comporte en odieux tyran.

Pour qui s'étonnera de l'introduction décontractée de du détective Philo Vance à l'enquête (la police le laisse tranquillement s'introduire sur la scène de crime et interroger tout le monde), il faut savoir que c'est la quatrième fois que William Powell interprète le personnage après The Canary Murder Case (1929) The Greene Murder Case (1929) et The Benson Murder Case (1930). Nous sommes donc dans une logique de série où même sans avoir vu les films précédents la complicité se ressent aisément entre les personnages (le sidekick truculent joué par Eugene Pallette) tout comme certains running gag qui sentent la redite amusée (le médecin légiste interrompu à chaque repas par la découverte d'un nouveau cadavre). Cet aspect évite toute introduction fastidieuse et nous amène immédiatement dans le vif du sujet. Michael Curtiz se repose à la fois sur la vivacité et le flegme de William Powell et sur une mise en scène inventive. Tout ce qui concerne l'enquête en elle-même sera l'affaire de William Powell, sourire en coin, regard perçant et adepte du bon mot qui sait déstabiliser ses interlocuteurs, repérer l'élément dissonant dans le décor et tirer les conclusions les plus improbables. Curtiz déploie sa maîtrise dans les différentes situations criminelles. Un mouvement de grue nous fait arpenter l'extérieur de l'impressionnant décor de la maison se rapprochant d'une fenêtre pour nous faire voir puis entendre le bruit et les éclats du coup de feu meurtrier. Plus tard Philo Vance reconstituera le déroulement du crime que Curtiz film en caméra subjective inquiétante et en rendant d'autant plus brutale l'exécution, le tout remarquablement éclairé par William Rees qui traduit bien la bascule du point de vue. La direction artistique de Jack Okey contribue aussi à l'atmosphère avec ces deux maisons avoisinante que des panoramiques nous font observer de l'extérieur et certains décors ajoutant à la tonalité mystérieuse comme la salle d'objets d'arts chinois du disparu. Le scénario nous mène sacrément en bateau, donnant assez vite les clés pour mieux nous perdre dans les circonvolutions dues à la nature plus tordue qu'il n'y parait du meurtre mais aussi les états d'âmes des différents suspects caractérisés avec un brio narratif rare. Détendu et inquiétant à la fois, un divertissement rondement mené. 4,5/6
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

Pas d'actualité particulière mais aujourd'hui la chronique de La Femme aux chimères.
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Ouf Je Respire »

Bravo pour cette chronique, bien que je n'en partage pas la totalité de l'avis. De mon côté, j'avais été emporté par le mood de ce film. Et l'arrivée de Lauren Bacall apporte à mon sens une thématique qui me parle beaucoup: se consacrer à une passion unique, ou bien s'intéresser à tout, mais sans savoir se poser sur l'un de ses centres d'intérêt? En tout cas, moi, ça m'a parlé.
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

Ce n'est à mon avis pas parce qu'une thématique "nous parle" qu'elle est forcément intéressante au sein de n'importe quel film ; tout dépend du scénario, de la mise en scène et de bien d'autres paramètres. Après, qu'elle t'ait touché dans ce film, tant mieux pour toi :wink:
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Ouf Je Respire »

Jeremy Fox wrote:Ce n'est à mon avis pas parce qu'une thématique "nous parle" qu'elle est forcément intéressante au sein de n'importe quel film
Oh ben si. :(

Dans mes bras quand même. :D
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by villag »

Mon Curtiz préféré : VIRGINIA CITY avec un trio choc : Errol Flynn , Randolph Scott et un très insolite Humphrey Bogart ....
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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

Un film très peu connu du cinéaste : La Femme de mes rêves
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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The scarlet hour- Michael Curtiz (1956)

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Voilà un film rare de Michael Curtiz qui prouve de façon relative que le réalisateur n'était pas complètement éteint dans les années 50.
On n'est pas au niveau de The breaking point, mais ce petit thriller, s'il ne brille pas par son originalité (on pense à Double indemnity de Billy Wilder) est malgré tout suffisamment entraînant avec un sens de la narration toujours aussi rigoureux et dense qu'on en vient à regretter son manque de moyens. Je pense qu'avec une distribution moins neutre, le film aurait pu atteindre des sommets.
En tout cas une restauration ne serait pas du luxe.
aelita
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by aelita »

Ressortie chez Clavis fillm (spécialiste du cinéma hongrois) de L'indésirable (A tolonc) un film muet tourné par Curtiz en 1914/1915, sous le nom de Mihaly Kertesz (ou, mieux, pour suivre l'usage local, Kertesz Mihaly) dans ce qui était encore 'l'empire austro-hongrois (même si pour ce qui est de la production ciné, la Hongrie fonctionnait de façon autonome-vu dans l'expo sur les frères Lumière)
Le film était passé sur Arte ou F3 (cycle "raretés" ?) : il s'agit d'un mélo comme on devait en tourner par dizaines à cette époque. Le film se distingue surtout par ses extérieurs, dans les scènes se passant à la campagne, qui donnent une petite idée de la vie dans les Carpates hongroises il y a plus de 100 ans (région se trouvant maintenant en partie en Roumanie -Transylvanie) - l'histoire se passe à la fin du XIXème siècle.
La copie proposée par Clavis est la même que celle diffusée à la télévision, avec des intertitres (peut-être une reconstitution ?) et un générique (récent, celui-là, puisqu'il concerne aussi la restauration et les auteurs de la BO) en français.
Clavis film précise que la restauration a été faite à partir d'une copie retrouvée à New York en 2008. C'est sans doute ce qui explique que, avant le générique de fin, on a droit à un inattendu "the End" pour conclure l'histoire.
Si on a évoqué page précédente des films autrichiens du cinéaste ( NB Les Aventuriers du fleuve , film de fin de carrière, a été présenté dans la rétrospective Keaton, celui-ci interprétant un dompteur dans la séquence du cirque), il semble que fort peu de ses films "hongrois" aient survécu.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? (pensée shadok)
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Roilo Pintu
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Roilo Pintu »

L'Egyptien (1954)
Wow!
Belle surprise, merci Arte, le nom m'était bien sûr familier, mais mes visionnages de péplums sont "trustés" par les plus connus. Parcours initiatique, amour, sensualité, trahison, complots, spiritualité, martyrs, sacré, l'Egyptien c'est tout ça à la fois et même beaucoup plus. Si dans un premier temps j'ai été peu emballé par le choix de l'acteur principal au détriment d'un Victor Mature attaché à un rôle plus secondaire, je trouve que le personnage de Sinouhe ne méritait pas forcément une star type Charlton Heston qui aurait pu écraser un personnage qui subit souvent.

Des couleurs chatoyantes pour la rétine, une mise en scène sans surprise superbe, les intérieurs du palais sont judicieusement mis en valeur, avec toujours chez Curtiz cette volonté d'intégrer un élément de décor dans un premier plan, ce qui nous offre des plans dignes de tableaux.

Après recherche je constate que le film est sorti en blu ray (avec une affiche horrible) des classikiens ont-il eu l'occasion de le tester?