Michael Curtiz (1886-1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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Le Fier Rebel (The Proud Rebel - 1958) de Michael Curtiz
SAMUEL GOLDWYN JR.


Avec Alan Ladd, David Ladd, Olivia de Havilland, Dean Jagger, Harry Dean Stanton
Scénario : Lillie Hayward et Joseph Petraca
Musique : Jerome Moross
Photographie : Ted D. McCord (Technicolor 1.37)
Un film produit par Samuel Goldwyn Jr pour la Formosa


Sortie USA : 28 mai 1958


L’ancien soldat confédéré John Chandler (Alan Ladd) traverse les États-Unis accompagné de David (David Ladd), son fils âgé de 10 ans. Il erre de ville en ville et consulte tous les médecins sur son passage espérant que l’un d'entre eux arrivera à soigner son rejeton devenu muet suite au traumatisme lié au drame auquel il a assisté durant la Guerre de Sécession, ayant été témoin du pillage de sa demeure et de la mort de sa mère brûlée vive dans l’incendie qui s’est ensuivi. Dans l’Illinois, un docteur parle à John d’un confrère du Minnesota étant arrivé à soigner ce type de ‘lésion psychologique’. Alors que le père et son fils s’approvisionnent pour continuer leur voyage, on tente de leur voler leur chien. Les fautifs sont les frères Burleigh, des bergers ayant remarqué quelques minutes avant la capacité de la bête à s’occuper à la perfection du rapatriement des moutons. Une violente bagarre oppose alors John et les trois frères ; elle est stoppée net par Linnett Moore (Olivia de Havilland), une femme d’une quarantaine d’année qui a été alertée par David. Accusé d’avoir ouvert les hostilités, John est conduit au tribunal où il est jugé coupable, devant choisir entre 30 jours de prison ou 30 dollars d’amendes. N’ayant pas d’argent sur lui, Linnett se porte garante, décide de payer la caution et d’offrir du travail à John le temps qu’il lui rembourse sa dette. La veuve qui assure désormais seule la bonne marche de sa petite ferme les accueille donc avec plaisir et soulagement ; elle leur apprend néanmoins le harcèlement que lui font subir ses voisins, ces mêmes Burleigh, qui essayent vainement de s’approprier ses terres pour étendre leur domaine. Les semaines passent ; John et David sont ravis de travailler pour la douce Linnett qui n’est pas insensible au charme du père et qui s’attache fortement au fils…

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Un homme accompagné par son fils devenu muet suite à un traumatisme et qui cherche à lui faire retrouver la parole. Un chien fidèle non seulement brave et affectueux mais également très habile dans le ‘maniement’ des ovins. Une veuve belle, douce et attendrissante. Un conflit pour un petit lopin de terre. Le film de Michael Curtiz ne tient que sur ces quelques éléments assez peu originaux et l’histoire reste effectivement tout du long très simple mais jamais simpliste ; le résultat se révèle bigrement attachant. Sorti en 1954, L’homme des plaines (The Boy from Oklahoma), le précédent western de Michael Curtiz, bénéficiait d’une histoire à priori cocasse, celle d’un cow-boy sachant parfaitement maîtriser le lasso alors qu’il était incapable de tenir un revolver, ayant préféré étudier le droit par correspondance plutôt que le maniement des armes et se retrouvant néanmoins nommé shérif d’une petite bourgade du Nouveau Mexique alors qu’il n’avait rien demandé. Seulement, le résultat assez terne n’était guère enthousiasmant et ne nous avait pas laissé d’impérissables souvenirs ; il apportait de l’eau au moulin de ceux qui décrétaient que Michael Curtiz avait perdu son savoir-faire dès les années 50. S’il est évident que ce qu’a réalisé le cinéaste d’origine hongroise durant cette décennie ne saurait rivaliser avec sa production des deux précédentes, aucune honte à avoir cependant : des films tels que le célèbre et jubilatoire Noël Blanc (White Christmas), L’Égyptien, l’un des péplums hollywoodiens les plus intelligents qui ait été, ou encore ce Fier rebelle, sont là pour nous le prouver même si la critique française fut également impitoyable à leur encontre, reprochant les bons sentiments mis en avant ici et là, confondant souvent charme et guimauve, ces trois films, tout comme ses comédies musicales avec Doris Day en toute fin des 40's, étant à mon avis au contraire dépourvus de mièvrerie. En effet, il n'existe aucune règle qui avance que parce que l’on se trouve devant une histoire toute simple avec beaux sentiments et nobles personnages l'on devrait lui accoler automatiquement ce qualificatif péjoratif. Le Fier Rebelle en est une jolie démonstration, espèce de croisement réussi entre L’homme des vallées perdues (Shane) de George Stevens et Jody et le faon (The Yearling) de Clarence Brown, un film qui pour ma part se suit sans ennui et qui pourrait plaire à toutes les générations confondues ainsi qu'à ceux qui n’apprécient guère de prime abord le western.

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Malgré le titre (‘le rebelle’ étant synonyme, durant la période à laquelle se déroule l’intrigue du film, de Sudiste), le scénariste, intelligemment, décide de ne pas trop s’appesantir sur le fait que le personnage principal soit un ex-confédéré et n’en profite pas pour faire de la propagande idéologique décrivant les vilains profiteurs nordistes contre les pauvres sudistes ruinés. Certains diront que c’était pour rendre le film inoffensif et les critiques de l’époque ne se sont pas gênés pour y aller de leurs piques acerbes à ce propos ; je pense au contraire que c’était pour éviter un manichéisme déjà jusque là bien trop souvent présent au sein de ce genre d’histoire. Car rappelons que la période de l’après guerre de Sécession avec la difficile réintégration des vaincus fit les choux gras du western pendant presque une quinzaine d’années, le thème ayant été peut-être celui le plus souvent traité du genre avec celui des conflits éleveurs/fermiers. Toujours en ne s’en arrêtant qu’au titre, John Chandler est un homme droit et fier mais parfois aussi dans le mauvais sens du terme, bêtement entêté. Tout ça pour dire que, par ce simple petit exemple, la preuve est faite que les protagonistes ne sont pas tout d’un bloc et sont même assez richement décrits malgré le fait qu’il s’agisse avant tout d’un spectacle familial et qu’il est effectivement aisé d’éprouver de l’empathie pour les ‘gentils’ et de la haine pour les ‘méchants’ dont le chef n’est autre que l’excellent Dean Jagger que nous n’avions pas l’habitude de trouver dans ce camp, habituellement dévolu à interpréter les personnages honorables y compris hors western : pour en rester avec Michael Curtiz, c’est déjà lui qui jouait le touchant vieux militaire reconverti dans l’hôtellerie dans le superbe Noël Blanc déjà de Curtiz.

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Rien de spécialement remarquable ni de nouveau dans ce western familial mais un charme indéfinissable qui nous cueille dès le départ et qui ne nous lâche plus jusqu’au duel final, un happy-end aussi attendu que le reste. Pour que la réussite soit au rendez-vous avec une intrigue aussi banale, il fallait tout le talent de conteur de James Edward Grant, scénariste surtout associé à John Wayne (avec l’acteur, il se trouvera même d’ailleurs une fois derrière la caméra pour le tendre L’Ange et le mauvais garçon), et l’efficacité toujours d’actualité de Michael Curtiz qui prouvait à l’occasion, contrairement aux mauvaises langues, n’avoir pas perdu la main, son film étant très bien filmé, cadré, monté et photographié. Le grand chef-opérateur Ted D. McCord nous offre des images de toutes beautés et nous démontrait en pleine période de l’écran large, comme John Ford quelques années plus tôt, que l’on pouvait donner de la grandeur aux paysages même par l’intermédiaire du format ‘carré’ dont Michael Curtiz a du se contenter au vu du faible budget alloué à son film. La science du cadrage du cinéaste ainsi que sa capacité à sublimer les paysages, mixés avec le talent de McCord font que The Proud Rebel est déjà un régal pour les yeux, jouant également avec une étonnante apparente facilité sur les éclairages parfois expressionnistes qui rappellent l’époque muette du cinéaste, sur les ombres et les reflets (splendide plan du couple se promenant au dessus d’un ruisseau avec leurs ombres se reflétant dans l’eau ; tout aussi beau plan du même couple dans les champs au coucher de soleil). Du très beau travail esthétiquement parlant, rehaussé par le fait qu’il soit accompagné d’une musique constamment inspirée et pleine de panache du compositeur Jerome Moross qui signera quelques semaines plus tard une partition non moins réussie pour Les Grands espaces (The Big Country) de William Wyler.

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Pour son 165ème film (sic !), Michael Curtiz nous offrait alors, à défaut d’un chef-d’oeuvre, une jolie histoire efficacement mise en image mais également très bien interprétée. Outre Dean Jagger déjà évoqué plus haut, on ne saurait passer sous silence la prestation d’Olivia de Havilland qui retrouvait pour l’occasion celui qui fut son réalisateur de prédilection durant les années 30/40 à la Warner lorsqu’elle avait pour partenaire Errol Flynn. Dans la peau d’une veuve d’âge mur, elle trouve peut-être ici l’un de ses rôles les plus touchants et attire tous les regards vers son irradiante et douce beauté d’âme et de visage. A ses côtés un Alan Ladd peu surprenant mais égal à lui-même et surtout son jeune fils David qui s’avère ici excellent au point de se demander durant tout le film s’il n’était pas réellement muet ; un peu comme lorsque nous nous nous posions la question de savoir lors de la sortie de Gilbert Grape de Lasse Hallstrom si le jeune et alors inconnu Leonardo Di Caprio n’était pas un véritable malade mental. Une belle performance de la part de David Ladd qui, contrairement à ce qui est annoncé au générique, était déjà présent aux côtés de son père dans le très beau Les Loups dans la vallée (The Big Land) de Gordon Douglas l’année précédente ; il ne continuera cependant pas dans cette voie, préférant se lancer dans la production. Quoiqu’il en soit, l’amour que se portent le père et le fils dans la vraie vie est un atout supplémentaire pour le film de Michael Curtiz puisqu’il se ressent tout du long et rend leurs relations d’autant plus convaincantes. Toujours au sein de cette belle distribution, un jeune Harry Dean Stanton (futur acteur principal dans le Paris Texas de Wim Wenders), Henry Hull (le journaliste ronchon du dytique Jesse James réalisé par Henry King et Fritz Lang), le jeune Thomas Pittman trop tôt décédé ou encore, pour de brèves apparitions, les toujours sympathiques Cecil Kellaway et John Carradine.

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Sans rebondissements spectaculaires ni forts enjeux dramatiques, un western familial mélodramatique très classique, tendre et émouvant, qui fait primer les sentiments et les rapports humains sur la violence et l’action sans que ces dernières soient délaissées pour autant, témoin le pugilat du début et le duel final, usant malheureusement un peu trop souvent de transparences et de plans en studio mal intégrés, faute à de trop faibles moyens financiers. Le savoir-faire du cinéaste étant intact, le casting étant de première qualité, l’histoire étant susceptible de toucher des familles entières, ce film aux personnages bien caractérisés baignant dans une ambiance sacrément séduisante obtint un beau succès mondial. Un divertissement de qualité à défaut d'être un western mémorable.

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Pat Wheeler
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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Jeremy Fox wrote:Merci à Artus pour avoir sorti ce très beau film qu'est Le Fier Rebelle : encore un bon choix de western de la part d'Alan Ladd. Une histoire toute simple mais très belle avec beaux sentiments et nobles personnages. Très belle partition de Jerome Moross, magnifiques cadrages et une Olivia de Havilland aussi touchante que le jeune David Ladd, le jeune garçon du célèbre comédien qui joue le rôle d'un enfant devenu muet suite à un traumatisme et dont le père va tout tenter pour lui faire retrouver la parole. L'histoire ne tient que sur ça et le film se suit sans ennui ; même si on pouvait craindre le pire dans le domaine de la mièvrerie (car on trouve aussi un chien en tant que protagoniste principal), il n'en est à mon avis rien.
Bien que fan ET de Curtiz ET de Ladd ET de western classique, j'avoue ne jamais avoir entendu parler de ce film. :oops:
Ton commentaire donne envie en tout cas. Et un de plus à la liste, un. :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

Pat Wheeler wrote:
Jeremy Fox wrote:Merci à Artus pour avoir sorti ce très beau film qu'est Le Fier Rebelle : encore un bon choix de western de la part d'Alan Ladd. Une histoire toute simple mais très belle avec beaux sentiments et nobles personnages. Très belle partition de Jerome Moross, magnifiques cadrages et une Olivia de Havilland aussi touchante que le jeune David Ladd, le jeune garçon du célèbre comédien qui joue le rôle d'un enfant devenu muet suite à un traumatisme et dont le père va tout tenter pour lui faire retrouver la parole. L'histoire ne tient que sur ça et le film se suit sans ennui ; même si on pouvait craindre le pire dans le domaine de la mièvrerie (car on trouve aussi un chien en tant que protagoniste principal), il n'en est à mon avis rien.
Bien que fan ET de Curtiz ET de Ladd ET de western classique, j'avoue ne jamais avoir entendu parler de ce film. :oops:
Ton commentaire donne envie en tout cas. Et un de plus à la liste, un. :mrgreen:

Ma femme qui vient de le voir suite à mes conseils a littéralement adoré. 8)


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Pat Wheeler
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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Jeremy Fox wrote:Ma femme qui vient de le voir suite à mes conseils a littéralement adoré. 8)


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Commandé !
J'en dirai quelques mots sitôt vu. :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

Pat Wheeler wrote:
Jeremy Fox wrote:Ma femme qui vient de le voir suite à mes conseils a littéralement adoré. 8)


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Commandé !
J'en dirai quelques mots sitôt vu. :wink:

Il faut avoir en tête que la copie est moyenne, que c'est un western familial et qu'il ne faut pas avoir peur des bons sentiments. Ca lui a souvent été reproché. En tout cas le personnage d'Olivia de Havilland est magnifique. Je rapprocherais un peu ce film de The Yearling de Clarence Brown
Pat Wheeler
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Pat Wheeler »

Jeremy Fox wrote:Il faut avoir en tête que la copie est moyenne, que c'est un western familial et qu'il ne faut pas avoir peur des bons sentiments. Ca lui a souvent été reproché. En tout cas le personnage d'Olivia de Havilland est magnifique. Je rapprocherais un peu ce film de The Yearling de Clarence Brown
Ça ne devrait pas trop me rebuter: je suis en général assez client de westerns comme L'Homme des Vallées Perdues auxquels on reproche le côté familial et le soi-disant excès de bons sentiments. Et puis Olivia de Havilland est une de mes actrices préférées. 8)
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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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Pat Wheeler wrote:
Jeremy Fox wrote:Il faut avoir en tête que la copie est moyenne, que c'est un western familial et qu'il ne faut pas avoir peur des bons sentiments. Ca lui a souvent été reproché. En tout cas le personnage d'Olivia de Havilland est magnifique. Je rapprocherais un peu ce film de The Yearling de Clarence Brown
Ça ne devrait pas trop me rebuter: je suis en général assez client de westerns comme L'Homme des Vallées Perdues auxquels on reproche le côté familial et le soi-disant excès de bons sentiments. Et puis Olivia de Havilland est une de mes actrices préférées. 8)

Voilà, Le fier rebelle, en le voyant, m'a fait penser à un mélange entre Shane et The yearling
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Pat Wheeler »

Jeremy Fox wrote:la copie est moyenne
Pas recadrée au moins j'espère ?
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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

Pat Wheeler wrote:
Jeremy Fox wrote:la copie est moyenne
Pas recadrée au moins j'espère ?

Pas évident à dire. Imdb indique 1.85 ; la copie est en 1.33 mais me parait au bon format. Toujours le problème des films de ces années là. Comme pour les films de Mann. Mais vu certains cadrages, je pense que le format est respecté.
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Pat Wheeler »

Jeremy Fox wrote:Pas évident à dire. Imdb indique 1.85 ; la copie est en 1.33 mais me parait au bon format. Toujours le problème des films de ces années là. Comme pour les films de Mann. Mais vu certains cadrages, je pense que le format est respecté.
Du 1.33 d'origine pour un western tourné en 58 ça me semble curieux. Mais comme ça n'a pas trop l'air flagrant...
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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

Pat Wheeler wrote:
Jeremy Fox wrote:Pas évident à dire. Imdb indique 1.85 ; la copie est en 1.33 mais me parait au bon format. Toujours le problème des films de ces années là. Comme pour les films de Mann. Mais vu certains cadrages, je pense que le format est respecté.
Du 1.33 d'origine pour un western tourné en 58 ça me semble curieux. Mais comme ça n'a pas trop l'air flagrant...

Le film est en tout cas toujours présenté dans ce format sur Youtube. Si vous trouvez des infos à ce sujet, je suis preneur. C'est une production semble t-il mineure de Samuel Goldwyn
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onvaalapub
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by onvaalapub »

Jeremy Fox wrote:
Pat Wheeler wrote: Ça ne devrait pas trop me rebuter: je suis en général assez client de westerns comme L'Homme des Vallées Perdues auxquels on reproche le côté familial et le soi-disant excès de bons sentiments. Et puis Olivia de Havilland est une de mes actrices préférées. 8)

Voilà, Le fier rebelle, en le voyant, m'a fait penser à un mélange entre Shane et The yearling
Commandé aussi. De toute façon, quand Olivia paraît, je ne réfléchis pas, j'achète :D
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Joe Wilson
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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L'Egyptien

Un film au charme étrange, porté par un protagoniste ballotté par les évènements et qui semble subir le poids de chaque décision. L'équilibre est fragile, les seconds rôles ont du mal à s'affirmer mais l'évocation de l'Egypte ancienne fascine. Le faste des décors est au service d'un récit (tirant profit de la richesse du roman de Waltari) qui explore des illusions, interroge une posture contemplative face aux tourments d'une histoire en marche.
Si 'ensemble manque parfois de souffle, de clarté et de personnalité, L'Egyptien marque par son refus de céder à la facilité d'une dimension spectaculaire et parvient à provoquer la curiosité, voire l'enthousiasme.
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Alligator
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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http://alligatographe.blogspot.fr/2013/ ... tinov.html

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The egyptian (L'égyptien) (Michael Curtiz, 1954)

Grosse déception! Dieu sait que j'aime mon Curtiz, mais là, foutre que c'est lent et emmerdant! Essayons d'être le plus clair et commençons par le commencement.

D'abord, on assiste à la présentation classique d'un péplum. On a l'impression de revoir "Les dix commandements", le héros ayant un destin qu'on songe calqué sur celui de Moïse (avec le berceau en rosier sur le Nil, l'enfance modeste et la grimpette sociale suivante). Le film est assez long (autour de 2h15) et ce développement initial est laborieux.

Il faut quand même se taper les fanfaronnades de Victor Mature! Et puis cet Edmund Purdom est d'un lénifiant! Un ersatz de Rock Hudson qui aurait oublié de boire, un imberbe du jeu, de ces médiocres comédiens qui vous chatouillent la zappette du côté du fast forward.

Quand le générique annonce Gene Tierney, Jean Simmons et Peter Ustinov, on s'attend à les siroter, à en profiter au maximum, or ils n'apparaissent qu'avec une cruelle parcimonie, dans des seconds rôles anecdotiques si tenus qu'ils semblent presque transparents. Leur temps de jeu est minime, quant aux cadrages, ils sont rarement proches. C'est incompréhensible de la part de Michael Curtiz : pourquoi se priver de la beauté de ces deux admirables créatures que sont la Tierney et la Simmons, et même des mimiques, des clins d’œil d'un acteur aussi juteux que l'Ustinov? Ça n'a pas de sens! Quel gâchis, pas un gros plan!

Jean Simmons, délicate et belle, joue le rôle d'une fanatique (on apprend à la fin qu'il s'agit d'une parabole sur le christianisme ou plus largement sur la vérité du monothéisme, mais j'y reviens plus loin). Elle est presque lumineuse. Elle joue si bien cette subtilité qu'on espère qu'elle reste à l'écran pour nous donner une bonne raison de regarder ce film, mais le scénario revient à sa logorrhée biographico-mystique, d'un si violent ennui.

Gene Tierney, c'est bien simple, c'est la vipère. Son personnage est donc inintéressant au possible, un cliché massif. De plus, cette femme, l'une des plus incroyables inventions de dame nature que la pellicule ait pu porter est si maquillée qu'on peine à la deviner sous ses apparats. Terrible frustration garantie!

Peter Ustinov se voit affublé d'un personnage à l'exposition tout aussi merdique. On sent bien qu'il s'emmerde grave avec ce personnage falot et insipide. Comme nous.

Il y a le cas Bella Darvi, toute pâle, sans saveur, alors qu'elle est censée jouer les épices sur belles gambettes. Même Bernard Borderie a su la rendre plus sexy! La honte pour Curtiz quand même! Il y a un personnage sensuel de tout son film et... rien... pas une mise en forme élaborée sur ce chapitre!

Peut-être qu'il faut aller chercher une explication dans la lourdeur du scénario de Philip Dunne et de Casey Robinson tiré d'un roman de Mika Waltari, romancier finlandais, éduqué strictement dans la religion protestante et allant jusqu'à faire des études de théologie. Le scénario est un fatras assez confus qui entend démontrer dans la mystique d'Aton sous l’Égypte ancienne le substrat philosophique et religieux du monothéisme, une sorte de communauté d'espérance, de grandeur, signe du divin en chaque être, comme une inspiration à travers les âges. Même 3000 ans avant JC, le dieu unique accorde sa miséricorde à celui qui tend la joue. Il se cachait donc sous le masque d'Aton, attendant sagement son heure. Je schématise mais le discours religieux plein d'ampoules que ce scénario nous réserve m'a très vite pété les cacahuètes.

D'autant plus que le chef-opérateur Leon Shamroy (pas du tout la dernière des truffes pourtant) préfigure Russell Metty sans maitriser les couleurs et essaie de mélodramatiser son image. On a donc un film très riche en crachats chromatiques assez laids.

Ajoutez à cela une narration très lente, d'une solennité très empesée qui frise le ridicule. Cela anesthésie du même coup tous les enjeux comme les acteurs.

Ennui ferme et définitif pour ma part. J'aurai du mal à récidiver et retenter ce film un jour...