Michael Curtiz (1886-1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Julien Léonard
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Julien Léonard »

The sea wolf (Le vaisseau fantôme) - Réalisé par Michael Curtiz / 1941 :

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Un choc esthétique et émotionnel, tout bonnement. Voir Michael Curtiz s'épanouir sur certains films possède une saveur particulière, unique, et The sea wolf se paye le luxe d'être la représentation parfaite du plus haut degré de perfection du travail de Curtiz. Certes, sa filmographie regorge de grands films, mais certains (plus que d'autres) donnent la preuve de son immense talent. Un auteur à part entière, je rejoins une fois de plus allen john, et qui, comme le souligne Pierre Berthomieu dans son exceptionnel article consacré au cinéaste (dans le livre Hollywood classique : Le temps des géants), était un artiste à l'univers fort ambigu. L'enfer et les cieux, le bien et le mal, les contradictions d'une existence humaine dédiée à la réussite, le courage (ou la barbarie) d'affirmer ses besoins en dépit de ses envies, voilà tout ce dont l'oeuvre de Curtiz est si souvent remplie.

The sea wolf, c'est un film incroyable, porté par un casting extraordinaire, filmé avec la grâce et l'intensité d'une ambition artistique terriblement efficace. Un film personnel pour le cinéaste, parmi les grands classiques de commande qu'il signe à l'époque. A cette époque, Curtiz est à son zenith : Les anges aux figures sales, Virginia city, La piste de Santa Fe... Ses héros s'assombrissent, brisent leur idéal dans une étreinte maudite et involontaire, tournent le dos à leur destin personnel pour embrasser celui du folklore. Le héros le plus sombre de cette période, c'est Edward G. Robinson dans The sea wolf, un homme cruel, antipathique, tourmenté par un passé terrifiant et menacé par lui-même, le personnage curtizien type poussé à son paroxysme, au point de non retour. Face à lui, John Garfield, Ida Lupino, Alexander Knox sont tous splendides et embrassent une part du meilleur de leurs carrières. Ce capitaine dirigeant un bateau de repris de justice, maudit jusqu'à la cale, pourri jusqu'au sommet du mat principal, ne cesse de hanter les mers, fuyant son frère, poursuivant son avènement.

Je ne compte plus les scènes d'anthologie, de furie, de suspense, aux relents tragiques, encerclant les personnages jusqu'au cou, c'est fabuleux ! Pour le moment, je reste pris par ce film, tant et si bien que je n'en dirais que peu de choses et m'en tiendrais là pour le moment. Robinson, cet acteur hors norme, aura pourtant été rarement meilleur qu'ici, c'est dire le niveau de sa prestation. Rarement j'aurais autant senti la putréfaction, la mort, l'enfer au sens littéral du terme (avec toutes les métaphores que cela engage) et la détresse-cruauté mêlée. Ajoutez à cela une gestion des noirs profonds et charbonneux comme rarement vous en aurez vu, un éclairage subtil et une façon de filmer les visages qui confine au génie, et vous aurez une petite idée du film.

Michael Curtiz signe ici ni plus ni moins qu'un très grand chef-d'oeuvre, l'un des plus grands films de sa riche carrière. Cela fait bien 6 ans que j'attendais de le découvrir, c'est chose faite, ce fut merveilleux.
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Jack Carter
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jack Carter »

peut-etre mon Curtiz préféré, content que tu sois aussi enthousiaste :D
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Rick Blaine
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Rick Blaine »

Ce film fait terriblement à l'admirateur de Curtiz que je suis!
Link Jones
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Link Jones »

"The Sea Wolf" est-il disponible sur DVD (je n'ai rien trouvé :( ) ; ou bien est-il diffusé de temps en temps sur une chaine cinéma ?
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Rick Blaine
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Rick Blaine »

Il n'est pas disponible en DVD a priori. :(
someone1600
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by someone1600 »

Il faudra que je le vois moi aussi... je vais fouiller dans mes enregistrements TCM... dans lesquelles il y a vraiment beaucoup de Curtiz.
allen john
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by allen john »

La carrière de Curtiz en images:



Ca a l'air bien, je ferais bien de m'intéresser à ce cinéaste à l'occasion. :uhuh:
Last edited by allen john on 16 Aug 11, 12:37, edited 1 time in total.
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Watkinssien
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Watkinssien »

allen john wrote:La carrière de Curtiz en images:



Ca a l'air bien, je ferais bien de m'intéresser à ce cinésate à l'occasion. :uhuh:
Je ne sais pas ce qu'est un cinésate, mais je suis d'accord avec toi... :wink:
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allen john
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by allen john »

Watkinssien wrote:
allen john wrote:La carrière de Curtiz en images:



Ca a l'air bien, je ferais bien de m'intéresser à ce cinésate à l'occasion. :uhuh:
Je ne sais pas ce qu'est un cinésate, mais je suis d'accord avec toi... :wink:
Je crois que c'est un saifeur de milfs.
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Flol
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Flol »

allen john wrote:Je crois que c'est un saifeur de milfs.
Voilà qui m'intéresse.
allen john
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by allen john »

The adventures of Robin Hood (Michael Curtiz & William Keighley, 1938)

Quelle que soit l'importance de l'histoire de Robin des Bois en tant qu'image d'Epinal, et ce n'est pas rien, quelles qu'aient été les tentatives nombreuses pour renouveler, voire parodier le mythe, on revient toujours à ce film comme à une référence absolue. Le tournage de The adventures of Robin hood a commencé sous la direction de William Keighley, qui venait avec Flynn de réaliser The prince and the pauper, un excellent divertissement. La Warner étant déterminée à retenter l'aventure de la couleur (le contrat d'exclusivité de la compagnie Technicolor avec Disney pour l'utilisation du Technicolor trois bandes ayant pris fin en 1935), le film allait pouvoir bénéficier d'une avantageuse palette. Mais Keighley ne satisfaisait pas le studio, et il a été décidé de le remplacer (Après environ un tiers du tournage, mais selon toute vraisemblance, des scènes seront retournées par le nouveau metteur en scène) par rien moins que Michael Curtiz: celui-ci a pratiquement inventé Errol Flynn, il est d'une efficacité légendaire, et il a une habitude enviable de la couleur, qu'il utilisait dès 1930, et du Technicolor trois bandes, qu'il vient d'utiliser pour Gold is where you find it... A partir du moment ou Curtiz était à bord, Robin Hood est devenu un film mythique. Il l'est toujours.

Le film, contrairement au précédent Robin (Celui de Dwan et fairbanks, en 1922), commence dans le vif du sujet, avec une série de scène d'exposition d'une incriyable efficacité. En particulier, la présentation des protagonistes en situation permet à Flynn de donner la pleine mesure de son talent bondissant dès la fin du premier quart d'heure... Le film expose non seulement la traitrise du Prince Jean, comme le précédent, mais il la place dans un contexte politique plus affirmé, avec la rivalité entre les Saxons (Loyaux au Roi Richard, derrière Robin de Locksley) et les Normands qui souhaitent avec Jean prendre le contrôle: on est donc devant le même contexte politique que dans Ivanhoe, de Walter Scott. Une autre marque de cette contextualisation politique est la référence à l'enlèvement du Roi Richard, contrairement une fois de plus au film de Dwan dans lequel Wallace Beery, en roi au coeur de lion, revient victorieux d'une croisade...

Aux cotés d'Errol Flynn, on trouve parmi les Saxons Alan Hale (En Little John, qu'il jouait déja dans le film de Dwan en 1922), Patric Knowles en Will Scarlett, un personnage purement décoratif, et Eugene Palette en Frère Tuck, le redoutable religieux querelleur; après le film de Dwan dans lequel Jean était le traitre en chef, sir Guy son exécuteur des basses-oeuvres, et le Shériff de Nottingham une silhouette, ce film divise le camp des félons en quatre personnages de premier plan, parfaitement campés: Claude Rains est un prince John admirablement retors, Basil Rathbone un admirable Sir Guy, véritable âme damnée, Melville Cooper un Shériff couard et un peu ventripotent, et enfin le vétéran Monatgu Love un évèque Normand sur de son bon droit et de ses privilèges. Parmi les Normands, donc les "méchants" du film, Lady Marian Fitzwalter(Olivia de havilland) joue un rôle particulier. Loyale à Richard, elle découvre au fur et à mesure de l'intrigue que Robin n'est pas un brigand, et que Jean manigance des conchonneries avec son âme damnée Guy de Gisbourne. Son cheminement permet au film de mettre en avant le choix personnel de l'héroïne de se mettre aux côtés de Robin, et de participer à sa façon à la résistance; de fait, cela donne au film un personnage féminin intéressant, un suspense final tangible (Elle est emprisonnée, et Robin n'est pas content), un enjeu qui va donner à Gisbourne et Robin une raison d'être rivaux au-delà de la politique, et au cinéphile une occasion supplémentaire de se prosterner aux pieds de la grande Olivia de Havilland... Face à un Robin engagé dès le départ aux cotés de Richard, contre Jean et ses politiques iniques, elle humanise sérieusement l'intrigue, et l'actualise même. Comme toujours, le film est typique de la Warner de l'époque et de sa politique humaniste...

Il peut s'avérer épineux de déterminer la paternité d'un tel film, comme cela l'est devant Spartacus, par exemple, ou encore Gone with the wind. Avec celui-ci, on a peu de scrupules à l'attribuer au seul Curtiz. Bien sur, Keighley est mentionné au générique, une façon de rappeler qu'il n'est pas resté les bras croisés... Mais ici, on n'a aucune peine à voir que c'est bien Curtiz qui a signé ce film, depuis le rythme très enlevé de l'action, au luxe de détails utilisés pour peupler le chateau, avec ces plans d'exposition qui commence par montrer les mitrons qui s'emparent des plats, avec rathboe et rains au fond du champ, et qui finissent... sur les chiens qui se disputent les carcasses! Et puis il y a le duel final, qui oppose bien sur Flynn et Rathbone, et qui a pour objet non pas le futur de l'Angleterre, mais bien la main de marian. Curtiz les filme dans une confrontation effrenée, à travers escaliers et donjons, et les perd un moment pour mieux cadrer leurs ombres qui se battent à leur place, comme deux immenses titans. l'ombre de ce film n'a pas fini de se faire sentir, admirable film d'aventures universel, parfait, un film qui rend toujours aussi heureux celui qui a le bonheur de le voir. C'est tout.

http://allenjohn.over-blog.com/
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by someone1600 »

Un pur chef d'oeuvre du film de cape et d'épée pour ma part. :D
hansolo
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by hansolo »

Merci allen john pour cette chronique passionnante.
The Adventures of Robin Hood est un des tous premiers films que j'ai découvert môme sur VHS; mon père m'a ainsi transmis le "virus" du film de cape et d'épée en me faisant découvrir ensuite des classiques avec Jean Marais :D

Mais je suis surpris que tu ne mentionne pas le score inoubliable de Korngold qui a hérité de cette composition - au début à son corps défendant (Max Steiner avait d'abord été presenti) - et qui a finalement accepté peu de temps avant Anschluss qui - de facto - le fera demeurer aux Etats Unis pour le bonheur de tous les amoureux de musique de film :D
(sur ce point et bien d'autres, les bonus de l'edition 2 Dvd sont passionnants; sont ils tous repris sur le BluRay?)
- What do you do if the envelope is too big for the slot?
- Well, if you fold 'em, they fire you. I usually throw 'em out.

Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)
allen john
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by allen john »

hansolo wrote:Merci allen john pour cette chronique passionnante.
The Adventures of Robin Hood est un des tous premiers films que j'ai découvert môme sur VHS; mon père m'a ainsi transmis le "virus" du film de cape et d'épée en me faisant découvrir ensuite des classiques avec Jean Marais :D

Mais je suis surpris que tu ne mentionne pas le score inoubliable de Korngold qui a hérité de cette composition - au début à son corps défendant (Max Steiner avait d'abord été presenti) - et qui a finalement accepté peu de temps avant Anschluss qui - de facto - le fera demeurer aux Etats Unis pour le bonheur de tous les amoureux de musique de film :D
(sur ce point et bien d'autres, les bonus de l'edition 2 Dvd sont passionnants; sont ils tous repris sur le BluRay?)
Mea culpa, de même que le travail de Gaudio et Polito: dans ce film tout est beau... Quant au Blu-ray, eh bien... c'est quoi, un blu-ray?
Julien Léonard
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Julien Léonard »

hansolo wrote:(sur ce point et bien d'autres, les bonus de l'edition 2 Dvd sont passionnants; sont ils tous repris sur le BluRay?)
Oui, j'ai le blu-ray et il reprend bien tous les bonus de l'édition collector 2 DVD, plus quelques autres si je ne m'abuse (pour ce dernier cas, je n'en suis pas sûr par contre). :wink:
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