Michael Curtiz (1886-1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Cathy
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

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Without Reservations est tout de même sympathique en plus Claudette Colbert, Reunion en France est une vision assez spéciale de la France résistante, surtout Joan Crawford en résistante française vaut son pesant de cacahuètes. Visiblement Trouble along the way est pas mal, donc tout considéré, le coffret s'avère intéressant et pas très cher, bref j'hésite :) !
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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

Cathy wrote:Without Reservations est tout de même sympathique en plus Claudette Colbert, Reunion en France est une vision assez spéciale de la France résistante, surtout Joan Crawford en résistante française vaut son pesant de cacahuètes. Il me semble que Julien Leonard a réhabilité d'une certaine manière Big Jim McLain, il y a peu ! Visiblement Trouble along the way est pas mal, donc tout considéré, le coffret s'avère intéressant et pas très cher, bref j'hésite :) !
Tu as raison car si je n'en possédais pas déjà deux, j'aurais probablement craqué :mrgreen:
Cathy
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Cathy »

J'ai relu entre temps la critique de Julien sur Big Jim McLain, c'est vrai que ça refroidit ! Mais bon, je n'en ai aucun hormis en enregistrement télé, et pour Trouble along the way, j'ai eu un problème de format ! Bref, j'hésite !
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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

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IL Y A DE L'AMOUR DANS L'AIR (My Dream is Yours)

Réalisation : Michael Curtiz
Avec Doris Day, Jack Carson, Lee Bowman, Adolphe Menjou, Eve Arden, S. Z. Sakall
Scénario : Harry Kurnitz & Dane Lussier
Photographie : Wilfred M. Cline & Ernest Haller
Musique : Harry Warren
Une production Warner Bros.
USA - 101 mn - 1949




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Faisant entièrement confiance à sa toute jeune découverte à qui il prédit un avenir brillant dans le cinéma, au vu uniquement des rushes qu’il amasse lors du tournage de son film Romance on the High Seas (Romance à Rio), Michael Curtiz n’attend pas la sortie de ce dernier pour mettre immédiatement en pré-production My Dream is Yours dans lequel il offre à Doris Day la possibilité d’agrandir sa palette de jeu. En effet, si le précédent était une pure comédie, un vaudeville loufoque dans lequel la débutante avait à interpréter un rôle à la Betty Hutton ou Judy Holiday, My Dream is Yours lui permet de s’essayer à des scènes poignantes et dramatiques telles que la séparation d’avec son jeune fils dans un hall d’aéroport, la découverte de la muflerie et de l’égoïsme de son amant, ou à quelques séquences sensibles et touchantes comme par exemple la déclaration de "non amour" à son soupirant le plus entiché lors d’un petit déjeuner.


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C’est à partir de ce film que l’on découvre la déconcertante facilité de cette ex-chanteuse de Big Bang à passer de la comédie au drame, n’ayant jamais à forcer la note pour arriver à simultanément nous faire rire ou pleurer. Pour l’y aider, sa voix suave fait une fois encore des miracles et, dès sa première apparition dans le désormais célèbre et swinguant Canadian Capers, elle met tout le monde d’accord : dans son registre, aidée par ses sobres déhanchements, ses mouvements de mains et son regard à la fois pétillant et attendrissant, elle est unique ! S’ensuivront les magnifiques ballades que constituent My Dream is Yours, I’ll String Along With You ou les morceaux plus "remuants" tel le pétillant Tic, Tic, Tic ou le swinguant et jazzy Someone Like You. Le public ne s’y trompera pas et, non content de voir se confirmer le talent d’une chanteuse inimitable, tombera amoureux de cette actrice aussi naturelle, enjouée, chaleureuse et sympathique : il lui fera une véritable ovation et le succès sera au rendez-vous une deuxième fois.


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My Dream is Yours est le remake de Twenty Million Sweethearts (1934) de Ray Enright avec Dick Powell en tête d'affiche. Le film, qui raconte l’histoire d’une modeste vendeuse de disques (Doris Day) chez qui le "chasseur de têtes" d'une célèbre radio (Jack Carson) a décelé de réelles aptitudes de chanteuse et qui va tenter de lui faire remplacer la star actuelle (Lee Bowman) de son émission souhaitant le quitter faute d’un contrat pas assez juteux à son goût, reflète quelques éléments biographiques de l’actrice. Si son parcours professionnel avait été moins laborieux que dans le film, sa vie privée avait été sacrément mouvementée et ses problèmes de couple, assez violents (dans un accès de folie, son époux la menace d’un pistolet alors qu’elle était enceinte…), inspireront même le New York, New York de Scorsese ; ce dernier avouera dans une interview donnée en 1995 pour la BBC que ce deuxième film de Michael Curtiz avec Doris Day aura été une des influences principales pour son film. Doris Day avait à l'époque déjà été mariée deux fois et avait eu un fils à 17 ans dont elle s’occupait sans l’aide de personne. Dans le film, elle est veuve de guerre et doit s’occuper seule de son petit garçon qu’elle doit provisoirement "abandonner" pour tenter de trouver pour eux deux une meilleure vie ailleurs. L’on trouve aussi un petit côté A Star is Born dans l’ascension de cette femme, parallèlement au déclin du chanteur qu’elle aime mais dont elle doit prendre la place, ce dernier sombrant dans l’alcoolisme.


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Cependant attention, My Dream is Yours est bien plus frivole et, hormis les quelques passages émouvants déjà cités, se révèle une comédie musicale légère et sans prétentions contrairement au chef-d’œuvre de Cukor. Autour de Doris Day gravite un casting des plus sympathiques : un Jack Carson plein de bonhomie, une Eve Arden réjouissante et bougrement attachante, un S.Z. Zakall fournissant la touche comique, un élégant Adolphe Menjou en fin de carrière et un Lee Bowmn jouant parfaitement l’hypocrisie, l’arrogance, l’ingratitude et l’égoïsme. Michael Curtiz dirige parfaitement ses comédiens, signe une mise en scène sans génie mais très carrée, les décors et costumes sont magnifiés par un formidable Technicolor, et la musique est excellente. Après, pour pleinement apprécier le spectacle, il faut ne pas être trop exigeant envers une intrigue conventionnelle et bourrée de clichés, pardonner le coup de mou du scénario dans son dernier quart, et pouvoir supporter Freddy Get Ready, un numéro de Fritz Freleng plutôt moyen mélangeant animation (Bugs Bunny et Titi) et personnages réels et dans lequel la transcription de la deuxième rhapsodie hongroise de Liszt devrait agacer les oreilles de certains mélomanes. Les fans de Doris Day, en revanche, apprécieront d'autant que, contrairement à son premier film, la beauté naturelle de son visage est bien mieux mise en valeur ici. Michael Curtiz la dirigera une troisième fois, aux côtés de Kirk Douglas et de Lauren Bacall, dans Young Man with a Horn l’année suivante… La Warner avait, au bout de tant d'années de recherche, trouvé sa star maison en ce qui concerne le film musical et pouvait désormais rivaliser avec la RKO (Ginger Rogers), la MGM (Judy Garland, Jane Powell...) ou la Fox (Betty Grable, Alice Faye...). Contrairement à ce que certaines mauvaises langues avaient annoncés, le succès de l'actrice dans son premier film n'aura pas été un One Shot : A Star is Born.

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ROMANCE A RIO (Romance on the High Seas)

Réalisation : Michael Curtiz
Avec Doris Day, Jack Carson, Janis Paige, Don DeFore, Oscar Levant, S. Z. Sakall, Eric Blore
Scénario : Julius J. Epstein, Philip G. Epstein & I.A.L. Diamond
Photographie : Elwood Bredell
Musique : Ray Heindorf & Oscar Levant

Une production Warner Bros.
USA - 98 mn - 1948



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Un couple de riches américains. La femme (Janis Paige) soupçonne son mari (Don DeFore) de la tromper avec sa nouvelle secrétaire (qui ne sait taper à la machine qu'avec un seul doigt) ! Elle décide de faire croire à son époux qu'elle part en voyage pour mieux pouvoir le surveiller alors qu'il se croira libre et seul. De son côté, le mari émet des doutes quant à la fidélité de sa femme, ayant du mal à croire qu'elle part en croisière sans se faire accompagner. Il engage un détective (Jack Carson) pour la surveiller à bord du paquebot. Mais ce n'est évidemment pas cette dernière qui va partir mais une chanteuse (Doris Day) à qui elle a demandé contre rétribution financière de prendre sa place et d'endosser son identité au cas où son mari demanderait de ses nouvelles. Le détective va tomber amoureux de celle qu'il est chargé d'espionner. A bord du bateau, on croisera un médecin hypocondriaque, l'amoureux éperdu de la chanteuse (Oscar Levant) jaloux du détective...


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Un sacré imbroglio qui amène son lot de quiproquos et se terminant dans un hôtel à Rio où tous les personnages se retrouvent mais n'y comprennent rien au sac de nœuds qu'ils ont mis en place sans le savoir. Un vaudeville romanesque bougrement amusant pour les spectateurs et sacrément plaisant notamment pour tous les amoureux de Doris Day qui pouvaient à cette occasion la découvrir pour la première fois à l'écran. Comme elle l'avouait elle-même, la naturel lui allant mieux que n'importe quel maquillage, elle ne s'appréciait guère dans ses premiers films, trop fardée et affublée de coiffures qui ne la mettaient pas franchement en valeur ("I looked pancaked with makeup and had horrendous hair"). Mais ce petit bout de femme démontrait dès son entrée dans le monde du cinéma un enthousiasme débordant, une vitalité étonnante et un naturel confondant. Dans le rôle de cette chanteuse au langage peu châtiée mais qui doit pourtant se faire passer pour une bourgeoise, elle s'avère épatante.


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En 1947, la Warner réussit à obtenir l’accord de la MGM de pouvoir lui "emprunter" Judy Garland pour jouer dans la comédie musicale qu’elle met en chantier et qui sera dirigée par Michael Curtiz. Mais l’actrice, pour raisons personnelles, ne peut se rendre libre. Betty Hutton, qui doit alors la remplacer, tombe enceinte. Grâce à ces deux désistements de dernière minute, Doris Day peut ainsi à 23 ans, alors qu’elle n’y croyait plus, entamer une carrière au cinéma. A cette époque, déjà célèbre dans le domaine musical avec un succès comme Sentimental Journey, ayant déjà travaillé avec non moins que Bob Hope ou Frank Sinatra, sa vie privée mouvementée va en périclitant, s'apprêtant à divorcer pour la deuxième fois. Elle se prépare à retourner à Cincinatti, sa ville natale, quand on la persuade de faire des essais pour le rôle de Georgia Garrett dans le nouveau film de l’auteur de Captain Blood,Robin Hood et Casablanca. Ce sont les compositeurs des chansons de Romance à Rio, Jules Styne et Sammy Cahn, qui lui demandent de venir passer une audition devant lui après l’avoir entendue chanter lors d’une soirée à Hollywood. Le réalisateur hongrois tombe immédiatement sous le charme ; au final, pour sa première apparition au cinéma, elle se retrouve immédiatement en haut de l’affiche avec le rôle principal ! Premier essai transformé et même plébiscité puisqu’elle ne déçoit ni ses fans, ni les critiques pour la plupart enthousiastes, ni les spectateurs qui ne la connaissaient pas, se révélant au contraire, sans avoir l’air de se forcer, être d’un naturel confondant derrière la caméra. Le célèbre réalisateur la rassura d’ailleurs à ce propos, après qu’elle eut demandé à avoir une formation d’art dramatique, n’ayant que peu confiance en elle, en lui rétorquant : « No, no. You're a natural just as you are - if you learn how to act, you'll ruin everything. You have a natural thing there in you, should no one ever disturb. You listen to me Doris. Is very rare thing. Do not disturb. » Et effectivement, même si elle demeure relativement mésestimée en France, son talent de chanteuse et d’actrice saute aux yeux dans chacun de ses films, même mineurs, et ce dès Romance on the High Seas. Instantanément, elle devint une star du grand écran tout en continuant sa carrière de chanteuse aux multiples hits (la chanson It’s Magic tiré du film sera un succès sans précédent).


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Le scénario de ce Musical n’a pour but que de divertir ; il se rapproche des intrigues vaudevillesques que l’on donnait déjà au duo Astaire-Rogers pour la RKO. Mais là où ces dernières ne brillaient pas particulièrement par leur drôlerie, celui de Romance à Rio n’en est pas dépourvue. Il faut dire que le trio de scénaristes est composé des frères Epstein, déjà à l’origine du fameux Casablanca et de I.A.L. Diamond, auteur de Chérie, je me sens rajeunir de Hawks puis comparse attitré de Billy Wilder dès la fin des années 50 et pour qui il a écrit, excusez du peu, Certains l’aiment chaud, La Garçonnière, Un, deux, trois, Irma la Douce, Embrasse-moi idiot, La Grande combine, La Vie privée de Sherlock Holmes… Bref, inutile de vous faire un dessin ; vous devriez me croire sans peine si je vous dis que les dialogues du film sont pétillants et que les quiproquos sont croustillants. Ponctué de numéros musicaux, la plupart d’entre eux chantés merveilleusement bien par Doris Day (le magnifique It's You or No One, le swinguant Put 'Em in a Box qu’elle interprète avec Le Page Cavanaugh Trio, sans oublier le ‘tubesque’ It’s Magic qui a rendu jalouse Judy Garland, et bien d’autres), l’intrigue n’en est pas moins sans réelles surprises mais remarquablement bien menée… Et surtout, Michael Curtiz n’avait pas encore à l’époque perdu la main et sa mise en scène se révèle ici toujours aussi élégante, ses mouvements de caméra toujours aussi fluides : il n’y a qu’à admirer les plans séquences du passage cubain The Tourist Trade ou le final "des ballons" (réglé par l’immense Busby Berkeley) pour s’en rendre compte. Le Technicolor est rutilant, les costumes sont splendides et les seconds rôles s’en donnent à cœur joie, mention spéciale à l’apparition d’Eric Blore (déjà faire valoir de Fred Astaire à la RKO) en médecin hypocondriaque, se sentant devenir malade à chaque auscultation d’un nouveau client. Le partenaire de Doris Day est Jack Carson qui sera surtout connu pour son rôle ingrat dans A Star is Born de Cukor. Ils formeront un couple encore à plusieurs reprises. Mais évidemment, le clou du film est la toute jeune actrice, amoureusement filmée par son "découvreur" et qui dévore littéralement l’écran. Fraîche, charmante, dynamique, délicieuse et pétillante dès son entrée dans le septième art, elle nous révèle par la même occasion un sacré tempérament comique. Romance à Rio, une comédie franchement amusante.
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feb
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by feb »

Cathy wrote:Without Reservations est tout de même sympathique en plus Claudette Colbert, Reunion en France est une vision assez spéciale de la France résistante, surtout Joan Crawford en résistante française vaut son pesant de cacahuètes. Visiblement Trouble along the way est pas mal, donc tout considéré, le coffret s'avère intéressant et pas très cher, bref j'hésite :) !
L'intégrale TCM m'avait permis d'enregistrer ces 3 films :
J'avais été un peu déçu par Without Reservations que j'avais trouvé un peu mou et un peu long à se mettre en route et ceux malgré une Claudette Colbert et un John Wayne très à l'aise.
Concernant Reunion in France, comme tu le dis Cathy la vision de la France résistante est très hollywoodienne mais bon Joan Crawford quoi :oops: (2-3 close-up sur elle et avec moi c'est réglé :mrgreen: ). Le couple Crawford/Wayne fonctionne assez bien et le film se laisse regarder sans trop de déplaisir.
Enfin je te conseille de jeter un oeil à Trouble along the way qui s'est avéré une très bonne surprise pour moi avec un John Wayne très bon en papa célibataire qui éduque du mieux qu'il peut (et avec ses moyens) sa fille.
Pardon pour le HS :oops:, décidément je suis le spécialiste...
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by allen john »

The Egyptian (Michael Curtiz, 1954)

Situé au tout début de l'aventure du Cinémascope, The Egyptian a tout d'un film sacrifié. Sacrifié sur l'autel de sa propre légende, colportée d'abord par l'un de ses protagonistes, l'acteur Peter Ustinov, dont l'humour est bien connu. Il a propagé l'idée que le film était un monument de kitsch, et de fait cette impression a fini par devenir quasi officielle... Ensuite, sacrifié par rapport à la carrière de Michael Curtiz, dont tous les films réalisés après Mildred Pierce sont considérés avec suspicion, à plus forte raison ceux qui ont été fait en dehors de la Warner, ou il avait passé il est vrai 28 ans. Et s'il avait eu, après 28 ans, l'envie de voir ailleurs, tout simplement? L'offre de la Fox était alléchante, et peut-être que les films familiaux et commémoratifs dans lesquels il était cantonné lui donnaient un gout de trop peu. Peut-être enfin avait-il envie de retourner au genre qui l'avait révélé dans les années 20, en Autriche comme aux Etats-Unis?

The Egyptian conte l'histoire de Sinhoué, un homme né dans le mystère et recueilli, c'est une manie, sur les eaux du Nil, par un homme sage et bon, médecin de son état. une fois devenu adulte, Sinhoué envisage de donner son temps aux pauvres, à la suite de son père adoptif, mais les circonstances vont le précipiter au palais, chez un pharaon bien inattendu, monothéïste militant, et comme de juste menacé par tous: ses soldats, sa famille, ses prêtres. de son coté, Sinhoué passe son temps à questionner sa propre place dans le monde, ne comprenant pas ce qu'il est venu faire sur terre...

Un peplum philosophique et religieux, rien d'étonnant... quoique le parcours de Sinhoué, anti-héros et instrument du destin soit particulièrement original. face à l'émergence d'une religion monothéiste, un aspect rarement relaté sur l'Egypte, Sinhoué doit lui aussi choisir son camp, se frayer un chemin et donner corps à ses idéaux... mais Curtiz ne fait évidemment pas Casablanca avec ce film. Toutefois il n'a aucune raison d'avoir honte, il a fait du très bon travail, réussissant à donner une vérité à cette antiquité, plutôt bien jouée si on excepte la contre-performance d'Edmund Purdom (Si on en croit Patrick Brion, il remplaçait Marlon Brando...) en Sinhoué, et l'abominable Bella Darvi, dont on espère sincèrement qu'elle a été fusillée sur place à la fin du tournage. Zanuck partageait en effet avec Curtiz un penchant pour les jeunes starlettes, mais Curtiz n'avait pas pour habitude de les faire jouer, Zanuck si! On appréciera les thèmes sous-jacents du réalisateur, incorrigible pessimiste, qui met en avant chauqe aspect de ce film comme si c'était la fin d'un monde, et qui s'attache à montrer avec méthode les pires comploteurs en architectes du crime, comme il l'a toujours fait. Sinon, on notera dans ce qui est inexplicablement présenté systématiquement comme un ratage un sens toujous aussi aigu de la composition dopé par le Scope, et une belle tendance, une fois de plus grâce à l'écran large, à utiliser le plan-séquence. Sinon, en 1954, Curtiz n'est plus le maitre qu'il a été, ce n'est pas nouveau; il sait malgré tout rendre un film intéressant, et celui-ci est peu banal.

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Jeremy Fox
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Jeremy Fox »

En ce qui me concerne, un des meilleurs péplums que j'ai pu voir
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by allen john »

Jeremy Fox wrote:En ce qui me concerne, un des meilleurs péplums que j'ai pu voir
C'ets curieux, car le film est considéré par les Anglo-Saxons comme un tas de boue gluant (Bella Darvi? :twisted: ), et par les Européens, les Français en tête, comme un film très décent. Brion parle d'une réussite, tout en déplorant le jeu terne de Purdom, et les Espagnols ont été jusqu'à sorti le film en dévédé!
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by allen john »

The comancheros (Michael Curtiz, 1961)

Le dernier film de Michael Curtiz est donc un Western, dominé par un John Wayne en forme ! C’est si je ne dis pas de bêtise le septième western d’un auteur touche-à-tout, qui a su trouver dans les paysages du sud Texan (et les contreforts magnifiques de Monument Valley) un décor lyrique à souhait. Chez lui, le western a toujours été plus le théâtre des passions (Santa Fe trail, Virginia City, Bright Leaf, Proud Rebel...) que le conte de civilisation... En coulisses, un étrange ballet a eu lieu. John Wayne, qui n’allait pas tarder à se laisser rattraper par le cancer, a remplacé au pied levé un Curtiz qui souffrait de plus en plus, et qui allait décéder à la fin du tournage. Cet échange venait en plus d’une longue période de préparation qui avait vu le film et les rôles principaux passer de main en main. Ni Wayne ni Curtiz n’étaient présents sur le projet à la base, ils vont toutefois marquer le film tous les deux…

1843, Galveston Bay, Texas. Le Texas Ranger Jake Cutter arrête un homme, Paul regret : il a tué un homme, le fils d’un notable, au cours d’un duel en Louisiane. Cutter tente de ramener le jeune homme, avec lequel il sympathise, mais il s’évade. Quelque temps après, alors que Cutter tente d’infiltrer une bande de Comancheros, des bandits ayant fait alliance avec les Comanches, il tombe de nouveau sur son prisonnier. Il va désormais s’allier avec lui afin de mener à bien sa mission…

Bien sur, John Wayne tire la couverture à lui. Texan jusqu’au bout des ongles, il est présenté comme un homme déjà acquis à la cause de l’union (Le Texas n’en fait pas encore partie à cette époque, et est une république indépendante) ; il est patriote, le dit, et a à cœur de respecter et faire respecter la loi avec droiture, quitte à faire de petits arrangements le cas échéant, mais tout cela reste bon enfant. Wayne est déjà en train de peaufiner ses futurs rôles de patriarche bourru, même si une idylle enfouie semble surgir à la faveur d’une pause, ce que ne manque pas de relever Regret. Le film anticipe donc sur les productions de McLaglen…

…mais il reste un film de Curtiz, même si celui-ci a sans doute eu des difficultés bien compréhensibles sur ce tournage. Si le Texas romantique est bien celui de Wayne, si le décor magnifique renvoie à Ford (Bien que Monument Valley soit vu souvent d’un autre angle, des collines environnantes notamment, avec de la pelouse !!), et si une scène d’approche renvoie encore plus directement à The searchers, Curtiz a fait du parcours de Paul Regret l’itinéraire d’un dandy, un gentleman, qui a tué un homme, parce qu’il était provoqué en duel, mais avoue qu’il a mal visé! Un gentleman Sudiste, pris malgré lui dans une lutte qui ne le concerne pas, et qui le moment venu fera les bons choix, c’est bien du Curtiz. Du reste, avec un Texas ranger qui accepte de le laisser filer à la fin, la cavale de regret n’est pas finie, loin de là… Le choix d'ouvrir en Louisiane donne d'ailleurs un relief qu'il n'aurait pas eu à regret si le film avait commencé à Galveston Bay, et une fois de plus renvoie au propre exil de Curtiz, qui a marqué tout son cinéma. on remarquera aussi la présence de Guinn Williams, qui a joué dans plusieurs de ses westerns, ainsi que chez Borzage et Ford à la fin du muet.

Bien qu’il soit violent, et qu’on touche avec les "Comancheros" à des tortures graphiques (ils adorent laisser rôtir leurs prisonniers au soleil…), le film est totalement distrayant, plein de péripéties. Wayne doit se déguiser, mais oui, et l’épisode avec Lee Marvin en matamore brutal et alcoolique est un mélange de suspense et de picaresque qui bénéficie d’une mise en scène brillante : à une table de poker, magnifiquement éclairée, Cutter va de nouveau rencontrer son prisonnier évadé. A coté, les scènes d’action pêchent un peu par leur mollesse et le fait qu’on en voit un peu trop les coutures, sans parler de ses gens qui tombent de cheval de façon un peu trop chorégraphiée. Même s’il faut être indulgent avec le capitaine du navire, on se dit quand même qu’on est clairement à la fin d’une carrière. Ces scènes sont l’œuvre de metteurs en scène de seconde équipe, Pas de Curtiz ni de Wayne. Un autre problème est que le film est marqué par les anachronismes: Les armes utilisées n'existaient pas en 1843, et les costumes du western traditionnel renvoient plutôt à 1885. La première scène sise en Louisiane détonne, tout comme Wayne fait tâche dans le bateau à aubes... Mais une fois qu'on est dans l'Ouest, on se laisse aller, tant pis pour les dates...

Néanmoins, le film a l’étoffe d’un petit classique, ce qui n’est pas rien, compte tenu de la fin de carrière souvent problématique de l’immortel auteur de Casablanca… il peut donc rejoindre le cercle fermé des autres réussites de Curtiz dernière manière, auprès de King Creole: un autre film Fox! Wayne a refusé d'être crédité au générique pour sa contribution, afin de rendre hommage au grand réalisateur, un geste fort, qui scelle la réussite d'un film qui ne bouleverse rien, mais qui est un plaisir qui n'a rien de coupable.

http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 53245.html
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by someone1600 »

Un bon petit western en effet. J'ignorais que c'etait Wayne qui avait terminé le film par contre...
allen john
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by allen john »

A breath of scandal (Michael Curtiz, 1960)

Un film qui tente de renouer avec l'esprit des films de Lubitsch, situé en Autriche à la veille de la grande guerre, avec de jeunes vedettes prometteuses (Sophia Loren, et John Gavin), des valeurs sures légendaires (Maurice Chevalier, Angela Lansbury), un scénario propice à délicieux sous-entendus, et le tout luxueusement décoré, situé dans les alpes, les vraies, avec des costumes idoines, et la cerise sur le gateau, une réalisation de Michael Curtiz!!

Mais bon, il faut raison garder: Curtiz est vieux, malade, et revenu de tout depuis qu'il a quitté la Warner en 1954. Ce film, qui nous conte la valse-hésitation de la princesse Olympia (Loren) devant son destin (Epouser un moustachu à l'esprit obtus) ou son désir (Epouser un jeune ingénieur Américain de passage), est poussif, mou, une fois passée la charmante scène d'introduction. Seul personnage digne en théorie du réalisateur, Angela Lansbury est malgré tout une bien piètre manipulatrice, et Chevalier, pas dirigé, est insupportable, réussissant après tant d'efforts dans ce sens à faire à la langue de Shakespeare ce que Hitler a fait à la Pologne. Bref, passez votre chemin.

http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 95868.html
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by riqueuniee »

allen john wrote:
Jeremy Fox wrote:En ce qui me concerne, un des meilleurs péplums que j'ai pu voir
C'ets curieux, car le film est considéré par les Anglo-Saxons comme un tas de boue gluant (Bella Darvi? :twisted: ), et par les Européens, les Français en tête, comme un film très décent. Brion parle d'une réussite, tout en déplorant le jeu terne de Purdom, et les Espagnols ont été jusqu'à sorti le film en dévédé!
Un bon film, qui m'a donné envie de lire le roman adapté ,Sinoué l'Egyptien (Mika Waltari), à l'histoire tout de même plus riche que le scenario du film. Meilleur peplum ? Je n'irais pas jusque-là, mais il se situe dans une bonne moyenne.
Cathy
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Cathy »

allen john wrote:A breath of scandal (Michael Curtiz, 1960)

Un film qui tente de renouer avec l'esprit des films de Lubitsch, situé en Autriche à la veille de la grande guerre, avec de jeunes vedettes prometteuses (Sophia Loren, et John Gavin), des valeurs sures légendaires (Maurice Chevalier, Angela Lansbury), un scénario propice à délicieux sous-entendus, et le tout luxueusement décoré, situé dans les alpes, les vraies, avec des costumes idoines, et la cerise sur le gateau, une réalisation de Michael Curtiz!!

Mais bon, il faut raison garder: Curtiz est vieux, malade, et revenu de tout depuis qu'il a quitté la Warner en 1954. Ce film, qui nous conte la valse-hésitation de la princesse Olympia (Loren) devant son destin (Epouser un moustachu à l'esprit obtus) ou son désir (Epouser un jeune ingénieur Américain de passage), est poussif, mou, une fois passée la charmante scène d'introduction. Seul personnage digne en théorie du réalisateur, Angela Lansbury est malgré tout une bien piètre manipulatrice, et Chevalier, pas dirigé, est insupportable, réussissant après tant d'efforts dans ce sens à faire à la langue de Shakespeare ce que Hitler a fait à la Pologne. Bref, passez votre chemin.

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Je l'ai vu il y a quelques semaines et je confirme ton avis. Dommage que le film ne soit pas dans l'esprit de la première scène avec cette femme qui tire sur tout ce qui bouge. Je ne serai pas aussi dure que toi sur Chevalier qui justement fait peut-être du Chevalier, mais a quand même son charme, je te rejoins aussi sur Angela Lansbury, sous-employée. Bref un gros mais gros ratage, qui semble en plus lorgner du côté du téléfilm que du véritable film de cinéma !
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by 1kult »

Trafic en haute mer, relativement rare (il n'existe qu'un DVDOD VO chez Warner US à l'heure actuelle), a été diffusé lors du cycle perles noires à la Cinémathèque Française.

Voilà notre critique de ce film assez mineur dans la carrière de Curtiz, mais qui porte tout de même la patte de son cinéaste :

http://www.1kult.com/2011/07/08/trafic- ... el-curtiz/

:wink:
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Ann Harding
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Re: Michael Curtiz (1886-1962)

Post by Ann Harding »

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(Tournage de The Breaking Point avec John Garfield et Patricia Neal)

The Breaking Point (Trafic en haute mer, 1950) de Michael Curtiz avec John Garfield, Phyllis Thaxter, Patricia Neal et Wallace Ford

A Newport (CA), Harry Morgan (J. Garfield) gagne difficilement sa vie en emmenant de riches touristes pêcher en haute mer. Il se retrouve dans un port mexicain sans argent à cause d'un client indélicat. Il accepte de prendre un transport de migrants chinois clandestins que lui propose un avocat marron, Duncan (W. Ford)...

Ce film de Michael Curtiz est une autre version du roman d'Ernest Hemingway, To Have and Have Not. Selon Patricia Neal, le scénario du film d'Howard Hawks de 1944 (écrit par William Faulkner) s'éloignait considérablement du roman original. Par contre, le scénario de Ranald MacDougall se veut plus fidèle. Patricia Neal eut d'ailleurs la satisfaction de recevoir des compliments sur ce film de la bouche même du romancier. The Breaking Point était l'adaptation cinématographique préférée d'Hemingway. Il faut reconnaître que le film de Curtiz est terriblement différent de celui de Hawks. Le personnage d'Harry Morgan, tel qu'il est interprété par John Garfield, est à l'opposé de celui de Bogart. Alors que Bogart est un héros solitaire bourru et sûr de lui, Garfield est un père de famille attentif et qui doute de lui-même. L'ambiance générale du film est également fort différente. Nous sommes en extérieurs à Newport (Californie) au lieu d'un tournage en studios à Burbank. Le film a presque un ton néo-réaliste italien comparé à l'atmosphère de film noir de la version de 1944. Alors que le film de Hawks restait enjoué et léger, celui de Curtiz n'offre pas une vision optimiste de la vie. On y trouve aussi des aspects sociologiques inattentus. Le partenaire d'Harry Morgan, Wesley Park (Juano Hernandez) est noir et semble être considéré comme un ami de la famille. Son fils va à l'école avec les filles d'Harry. Morgan est présenté comme un ancien officier de marine qui refuse de quitter son bateau pour prendre un métier à terre. Son épouse Lucy (P. Thaxter) l'exhorte à renoncer et à aller travailler avec son père, un maraîcher, une suggestion dégradante aux yeux d'Harry. Il s'accroche donc au point d'accepter les trafics de Duncan, un individu très louche. Harry n'est pas doué pour les affaires louches et il se fait avoir immédiatement par ces trafiquants de chair humaine. Il tue même un homme durant une bagarre. Bien que le dialogue contienne des expressions imagées réjouissantes, il ressort du film une profonde amertume. Peut-être est-ce cet aspect qui plut à Hemingway ? Toujours est-il que les deux personnages féminins offrent un contraste fort intéressant. D'un côté Phyllis Thaxter, la bonne épouse assez terne aux cheveux châtain qui n'a pas le temps -ni les moyens- de se pomponner et de l'autre Patricia Neal en blonde platine à l'allure conquérante. Harry ne succombera pas au charme de cette blonde, mais, par ricochet, elle aura une influence sur la femme d'Harry. Elle décide de se teindre les cheveux en blond, certainement pour retenir son époux dont elle a remarqué l'attirance pour Leona (P. Neal). Le personnage de Neal n'a finalement qu'assez peu d'importance par rapport à celui de la femme de Morgan. Le final à bord du bateau est extrêmement tendu et violent. Si au total le film n'est pas tout à fait un film noir, il se révéle plutôt attachant, essentiellement à cause de l'excellente prestation de Garfield. Comme le dit Patricia Neal, il a ce charisme 'animal' qui emplit l'écran sans effort de sa part. Ce n'est peut-être pas un grand Curtiz des années 30-40, mais le film mérite d'être découvert.