David Lean (1908-1991)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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moonfleet
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Re: David Lean (1908-1991)

Post by moonfleet »

Commissaire Juve wrote:
moonfleet wrote: Drame romantique si tu veux :mrgreen:
UP !

J'ai découvert La Route des Indes hier soir et j'avoue être resté sur ma faim.

Pas déplaisant, mais je me suis dit que c'était du Lean -- et du Maurice Jarre -- en petite forme (assez téléfilm... même pas de luxe). J'en retiens uniquement la scène de la balade au milieu des statues olé-olé !

Quant à Alec Guiness grimé en Indien ; je n'ai toujours pas compris.
Revu hier soir aussi, la seule transgression révélatrice et psychanalytique pour moi est que la femme anglaise a fantasmé de s'être faite violée par le médecin indien, la chaleur n'est pas sa seule excuse :mrgreen: , sinon le racisme de supériorité (morale, technique...) qui justifie pour les anglais l'appropriation de ce pays est quand même bien démontré dans sa réalité quotidienne, d'accord avec le commissaire : Alec Guiness en indien aux yeux bleus ça le fait pas.
Evidemment qu'il y a un "choc de cultures", les anglais n'avaient rien à foutre là bas si ce n'est pour profit commercial, ce n'est pas pour y établir des relations culturelles et apaisées !! Mais ils prévoyaient aussi la révolte inéluctable des indigènes.
Last edited by moonfleet on 15 Aug 17, 14:09, edited 2 times in total.
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Thaddeus
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Re: David Lean (1908-1991)

Post by Thaddeus »

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Brève rencontre
Une gare enfumée et son petit restaurant, quelques rues pluvieuses et nocturnes, le foyer familial à la fois rassurant et source d’intarissables regrets. Autour de ces quelques lieux, Lean raconte l’idylle banale et magnifique d’une madame Tout-le-monde à laquelle Celia Johnson prête son désarroi fragile et d’un médecin sensible qui possède l’intelligence de Trevor Howard. Chargé d’une profonde mélancolie, exaltant le coup de foudre tout en soulignant la permanence de la compréhension conjugale (la conclusion et l’ultime réplique), cet ancêtre intimiste de Sur la Route de Madison dit le déchirement des cœurs, la difficulté du choix et du renoncement, le dilemme tragique de la fidélité et du bonheur fugace entraperçu, la grande passion rêvée par tous ceux qui mènent une existence monotone. Un classique du cinéma britannique et un film superbe. 5/6

Les grandes espérances
Cimetière perdu dans la lande et baigné de brume, escalier labyrinthique conduisant à une salle à manger envahi par les souvenirs fantomatiques, refuge dans une maison abandonnée au bord de la mer… Pour sa première adaptation de Dickens, Lean maîtrise une imagerie soignée mais un peu trop attendue, et décline un goût prononcé pour un romantisme ténébreux, un rien obsessionnel, qui sacrifie volontiers le réalisme psychologique à l’impact du plan ou de la séquence. Son traditionalisme constitue un véhicule approprié à notre propre nostalgie des vertus indissociables d’un monde disparu. D’où le sentiment quelque peu frustrant qui émerge de cette œuvre au romanesque endigué, peinant à offrir autre chose qu’une illustration sage et appliquée des enjeux initiatiques de son récit. 3/6

Oliver Twist
C’est sans doute l’adaptation de référence du classique de Dickens, un modèle de transcription littéraire qui reste fidèle aux illustrations de l’enfance, sombres et menaçantes, parvient à extraire la substantifique moelle d’origine sans la démanteler, et donne vie à des personnages déjà façonnés par l’imagination collective. Dénuée d’académisme et sans récuser le pittoresque des ambiances, la fantasmagorie déformée des bas-fonds de la société industrielle, le mélange de bouffonnerie et de pathétique à l’œuvre dans le roman d’origine, l’inspiration classique de Lean reconstitue une Angleterre victorienne charbonneuse, grouillante d’ombres et de présences inquiétantes, et est servie par la performance spectaculaire d’Alec Guinness, qui se livre à un fort réjouissant numéro d’acteur en Fagin. 4/6

Les amants passionnés
Tout, dans le registre du mélodrame retenu, la remarquable modération du style, l’intelligence sans faille avec laquelle il traite son sujet (l’idylle avortée, l’adultère euphorique mais culpabilisant, l’écartèlement presque cornélien entre vertige passionnel et raison, le travail souterrain de la soumission et de la résignation), contribue à faire de cette romance poignante un petit frère de Brève Rencontre. Une fois encore, la finesse de touche dont témoigne Lean garantit une subtilité psychologique qui n’a d’égale que le sens de la litote et la pleine sensibilité. Superbement interprété par Ann Todd, Claude Rains et Trevor Howard, le film dit l’enserrement des cœurs, la douleur des élans contrariés, le transfert d’un amour à l’autre avec cette perspicacité invisible que l’on nomme le raffinement. 5/6

Madeleine
En adaptant une pièce qui relate un cas judiciaire célèbre (celui de Madeleine Smith, accusée en 1957 à Glasgow d’avoir empoisonné son amant français), l’auteur se plaît subtilement à établir un doute sur l’authenticité de la fiction. Ce qu’il montre ne sont jamais les faits tels qu’ils seront examinés au tribunal ; patiemment, il déplie toutes les pièces à conviction, tous les mobiles apparents et indices attestés, en prend soin de ne jamais faire accéder à l’intériorité de son personnage ni au secret de son crime. Si le piège des conventions rigides propres à sa situation inspire à l’égard de celle-ci compréhension et empathie, il poursuit toutefois en sens inverse les ambigüités de Brève Rencontre : la vérité d’un être n’est jamais révélée que par ses manifestations sociales, l’essence est condamnée à rester apparence. 4/6

Vacances à Venise
Il paraît que le globe-trotter David Lean considérait cette œuvre comme sa préférée, celle dans laquelle il avait mis le plus de lui-même. En jouant du contraste entre l’austère Katharine Hepburn, vivant un amour éphémère avec un latin lover archétypal, et une Venise luxuriante photographiée dans une palette à la Canaletto, en déployant autour des boutiques, des grandes places et des gondoles un brillant de carte postale, il cherche à construire une sorte d’evergreen britannique où le romantisme est indissociable d’une certaine amertume. Boom naissant du tourisme de masse, détérioration conséquente de la beauté de la Sérénissime sont dépeints avec un joyeux pessimisme qui évoquent, contre toute attente, le Tati de M. Hulot. Mais les conventions alourdissent l’entreprise. 4/6

Le pont de la rivière Kwaï
Beauté majestueuse des décors naturels, rigueur de la reconstitution, perfection d’une technique entièrement au service de l’efficacité narrative et du développement des personnages… Le film est l’un des premiers à faire évoluer l’antagonisme entre forces occidentales et japonaises. Nicholson et Saito forment les deux faces d’une même médaille : l’un est poussé à la trahison par sa foi en la discipline britannique et la supériorité civilisatrice, l’autre est à prêt réparer son honneur en se faisant hara-kiri. Ce n’est pas la guerre, somme toute lointaine, mais le principe militaire du devoir absolu qui les fait glisser tous deux dans une folie absurde. Une réflexion aigüe sur le rapport de l’intégrité à l’héroïsme, les ambiguïtés de la soumission à l’ordre et à la loi, qui ne cède jamais le pas à l’ampleur du spectacle. 5/6

Lawrence d’Arabie
Une infime tache noire sur la ligne d’un horizon cuisant, qui fait divaguer le regard. Une contre-plongée découpant la silhouette d’un homme sur le disque solaire. Un navire semblant glisser sur les dunes de sable. Un prodigieux enchaînement visuel entre la flamme d’une allumette et une aube rougeoyante... Autant de fulgurances plastiques, incrustées dans une ample, amère et tumultueuse épopée. Lean souligne les contradictions et les ambigüités d’un être insaisissable, tout à la fois ange et démon, et exalte la majesté du désert avec une matérialité qui fascine l’œil et stimule l’esprit. Sur les accents célèbres de Maurice Jarre, rivée au regard bleu azur de Peter O’Toole, l’œuvre caresse le rêve d’indépendance panarabe, ausculte le courage et l’aveuglement, la générosité et l’opportunisme, la folie et la volonté de puissance. Somptueux. 6/6
Top 10 Année 1962

Le docteur Jivago
Autre film extrêmement célèbre élevé au rang de grand classique populaire, mais avec lequel je me trouve moins d’affinités. La grandeur épique et le souffle romanesque sont bien là, en un livre d’images très travaillées dans la grande tradition leanienne, ménageant de très beaux moments de ce lyrisme intimiste que le cinéaste maîtrise comme personne. Mais je ne peux m’empêcher d’y déceler comme un figement académique, une certaine glaciation émotionnelle, sans que jamais ne baisse la fascination ressentie face au ton anti-héroïque adopté (le héros y est un naïf emporté par des événements sur lesquels il ne peut influencer), à l’acuité de la vision historico-politique, au foisonnement de personnages nuancés, complexes, ambigus. 4/6

La fille de Ryan
Une œuvre d’une audace et d’une beauté folles. Lean engage tous ses moyens dans l’attention aux choses, la méticulosité des comportements, les variations de la lumière, les caprices du temps, les fluctuations de la mer – a-t-on jamais filmé ainsi, de façon aussi magnifiquement picturale, la côte et les paysages irlandais ? Plus que jamais, il se fait le cinéaste de la révélation des hommes par leur contact avec la nature (ainsi de la superbe scène d’amour en forêt ou de l’extraordinaire séquence de tempête), et le peintre de l’ambivalence communautaire, montrant à la fois ce que le groupe social recèle de grandeur (le mouvement solidaire du sauvetage) et de cruauté empoisonnée ; le mouvement final, terriblement poignant, dévoile à cet égard une incroyable amertume. Magistral. 5/6
Top 10 Année 1970

La route des Indes
Images splendides d’un train glissant la nuit au-dessus du Gange, d’un sanctuaire indien dont le calme fantomatique et millénaire tranche avec l’atmosphère anglaise du club situé juste à côté, où les sahibs de sa Majesté se font servir par des Indiens portant des costumes folkloriques chamarrés. Le propos se situe précisément là, dans cette rencontre impossible, ce choc des cultures, dans l’espace qui sépare l’arrogance coloniale d’une politique épuisée et l’identité d’un peuple écartelé entre le désir d’intégrer la caste des nantis et ses revendications culturelles. Expérience mystique à l’ambivalente sensualité, peinture de caractères complexes, belle histoire d’amitié entre un universitaire britannique et un médecin indien… : le dernier film de l’auteur est tout cela à la fois, et il est superbe. 5/6


Mon top :

1. Lawrence d’Arabie (1962)
2. La fille de Ryan (1970)
3. Brève rencontre (1945)
4. La route des Indes (1984)
5. Le pont de la rivière Kwaï (1957)

Objet d’un de ces mouvements de balancier qu’opèrent les écoles critiques au fil des époques, ce grand cinéaste britannique fut d’abord très admiré par ses pairs, puis pointé comme le représentant d’un classicisme vilipendé par les courants moderniste, et enfin définitivement réhabilité à la place qui lui revient. Je trouve la majestueuse grandeur de son cinéma très précieuse : ses films traitent rien moins de l’intolérable terreur d’être vivant, de la destinée humaine, du sentiment de perte et de vertige des hommes face à des éléments qui les écrasent tout en les magnifiant.
Last edited by Thaddeus on 22 Nov 19, 19:12, edited 2 times in total.
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Re: David Lean (1908-1991)

Post by zigfrid »

Vu pour la première fois "la route des indes": que c'est nunuche et gnangnan! cette dégoulinade de bons sentiments...franchement en dehors de la scène où la femme est troublée par les statues, il n'y avait pas grand chose à se mettre sous la dent....et cette vieille qui s'extasie d'abondance devant tout ce qui n'est pas "elle": l'extase obligée devant la différence ca m'a toujours horripilé. Reste quelques images...
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Jeremy Fox
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Re: David Lean (1908-1991)

Post by Jeremy Fox »

Visuellement passe partout... téléfilm...nunuche...gnangnan...

:cry:

Vous m'attristez à propos de La route des indes qui est un film -et un roman- que j'ai toujours trouvé magnifique, aussi bien au niveau du scénario que de la mise en scène. Un des très grands Lean pour ma part et l'un des plus beaux testaments cinématographiques.


Merci Rick.... Et j'aime assez la note globale de la rédac 8)
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Jeremy Fox
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Re: David Lean (1908-1991)

Post by Jeremy Fox »

Voici d'ailleurs ce que j'écrivais à son propos :

1970 : La Fille de Ryan est un échec public et critique cinglant. La non-reconnaissance de ce somptueux film romantique déprime David Lean qui décide alors de s’arrêter de tourner. 14 ans après, les fans se réjouissent avec quand même un peu d’appréhension : leur cinéaste fétiche s’est remis au travail et s’apprête à sortir son nouveau film, une adaptation d’un magnifique mais difficile roman du grand écrivain anglais E.M. Forster. David Lean allait-il retrouver le souffle et le lyrisme qu’il savait insuffler à ses plus belles oeuvres les décennies précédentes ? Le romancier anglais eut finalement de la chance puisque le réalisateur n’avait rien perdu de son talent et de plus, ses autres grands romans furent ensuite tout aussi bien mis en images par l’américain James Ivory (Chambre avec vue ; Maurice ; Retour à Howards End).

La Route des Indes se déroule à Chandrapore dans les années 20. Adela, en provenance de Londres et accompagnée de sa future belle-mère, Mrs Moore, arrive dans cette vaste possession de l’Empire Britannique pour y épouser son fiancé, un jeune magistrat. Arrivé en Inde, Adela est irrésistiblement attirée par cet univers nouveau et troublant, non pas la société dans laquelle elle doit évoluer, proche de la Vieille Angleterre, mais par la population locale, sa réalité et ses centres d’intérêts. Malgré les réticences et préjugés de son fiancé, elle s’y plonge corps et âme et se lie d’amitié avec un jeune médecin indien et un vieux Brahmane…

N’ayant rien perdu de ce qui représentait sa ‘marque de fabrique’, à savoir un harmonieux mélange du souffle de l’épopée et de l’intimisme le plus pur, David Lean brosse avec intelligence et subtilité le portrait tout en nuances d’une jeune anglaise à la fois émerveillée et apeurée par ce nouveau pays qu’elle découvre. Avec une grande acuité dans la critique sociale, Lean nous parle du choc des cultures à travers une œuvre somptueusement photographiée, scénarisée et dialoguée, non dépourvue d’émotion, de tendre ironie et d’humour. Des plans d’ensemble grandioses dignes de ceux d’un Lawrence d’Arabie, un Maurice Jarre toujours aussi inspiré et quelques séquences inoubliables comme celle des grottes de Marabar finissent de rendre poignant ce qui restera comme le testament de David Lean, celui-ci n’ayant malheureusement pas eu le temps de réaliser un de ses plus vieux rêves, mettre en scène une adaptation du plus beau roman de Joseph Conrad : Nostromo. On se consolera en ayant la preuve sous les yeux qu’il aura néanmoins fini sa carrière par un film magnifique.
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Re: David Lean (1908-1991)

Post by A serious man »

Heureusement qu'il y a encore des êtres civilisés comme Jeremy Fox et Thaddeus a intervenir ici :mrgreen:
Thaddeus wrote: 1. Lawrence d’Arabie (1962)
2. La fille de Ryan (1970)
3. Brève rencontre (1945)
4. La route des Indes (1984)
5. Le pont de la rivière Kwaï (1957)

Beau top mais personnellement ça serait plutôt:

1) La Fille de Ryan
2) Lawrence d'Arabie
3) Oliver Twist : la meilleurs transposition de Dickens a l'écran, pas forcément la plus original, mais réussit au delà du possible dans son partie pris de fidélité, et puis c'est un grand film visionnaire au sens ou il générent des visions puissantes et inoubliables. Bien d'accord pour le trouver supérieur aux Grandes Espérances, même si ce dernier mérite peut être plus de crédit que tu ne lui en accorde)
4) Brève Rencontre
5) La Route des Indes

Et pour le reste parce qu'il n'y a pas lieu de se limiter a 5 films:

6) Le Pont de la rivière Kwai
7) Les Amants Passionnés
8) Madeleine : un beau film souvent sous estimé, sa construction toute entière autour de l’ambiguïté du personnage est peut être un peu ingrate, mais la réalisation est superbe et David Lean encore une fois son intérêt pour les "madames Bovary" avec un regard acerbe et sans complaisance sur la place des femmes a l’époque victorienne)
9) Vacance à Venise: (j'ai hésité a le mettre plus haut, mais je pense que j'ai une plus grande tendresse pour les amants passionnés et Madeleine, néanmoins c'est un fort beau film qui utilise une fois de plus les clichés de manière réflexive, sans jamais considérer ses personnages de haut ou avec mépris, sans doute parce que comme on le lui a souvent reproché, et même si il prend de la distance, Lean aussi était par certains aspect une veille fille sentimentale :mrgreen: )
10) Heureux Mortels : c'est mineur au regard de ce qu'il a pu faire par la suite et le patriotisme de ce film de l'effort de guerre peut agacer, mais c'est tout de même une belle chronique familiale et historique qui exprime très bien ce qui a pu longtemps être considérer comme "l'esprit anglais', avec tout ce que ça implique de réducteur bien sur (ce qui ne veut pas dire que c'est sans intérêt) et qui par conséquent ne peut que susciter la sympathie de tout ceux qui ont comme moi une certaine affection pour nos voisins d'outre-manche et anciens "ennemis héréditaires".
11) Hobson's choice: une belle comédie, peu connus ici mais c'est un classique en Angleterre (et a juste titre), adapté d'un classique de la scène anglaise (toujours repris aujourd'hui), Laughton est fantastique et la réalisation de David Lean est elle même très ludique (l'ouverture, et la géniale séquence ou Laughton ivre poursuit les reflets de la lune dans les flaques d'eau). Clairement pas majeur mais très sympathique.
12) Docteur Jivago: Une place aussi basse ça va sans doute faire grincer des dents, le film est beau bien sur, il a de très très grand moment, on y retrouve toute la richesse thématique et le regard ambigu de Lean sur les héros (Jivago qui est essentiellement un être passif, un regardeur, spectateur qui passe a travers les événements sans parvenir a protéger ceux qu'il aime) Strelnikov (le révolutionnaire pur et idéaliste, transformé en tyran froid et implacable au nom de ces même idéaux il n'est pas si éloigné du Lawrence dépeint par Lean, Bolt et O Toole), mais curieusement alors qu'il a toujours été un grand portraitiste de femme j'ai du mal a m’intéresser a Lara ou a Tonnia malgré les excellentes interprétation de Julie Christie et Géraldine Chaplin. La Russie fait vraiment un peu cheap (on sent que contrairement a ses autres films internationaux il n'a pas pu tourner sur place) et la narration parait curieusement expédiés par la voix off de Guinness (toujours excellent, et dont le personnage aurait du être plus développé) Bref je trouve que sur pas mal d'aspect ça a vieillis (je ne ressent sur aucun autre de ses epics) et que le romanesque y est curieusement boiteux, ça manque d'ampleur et ça sent un peu le renfermé quoi (reste je l'ai dit de très grands moments!)
13) L'esprit s'amuse: le film est bon parce que la piéce de Noël Coward est bonne, parce que Rex Harrisson, parce que Margaret Rutherford, mais le travail de Lean est juste celui d'un excellent professionnel et pas d'un artiste inspiré, de fait de son propre aveu il n'était pas interessé par cette histoire et il n'aimait pas la comédie sophistiqué. Hobson's choice lui offrait la possibilité de séquences burlesques parlant a son sens visuel, et un comique de caractère qui lui permettait une gravité que le "wit" de Coward ne saurait accepter. Reste quand même que c'est trés plaisant et que Lean apporte une fluidité a l'ensemble qui fait presque oublier la structure théâtrale de l'ensemble.
14) Ceux qui servent en mer: c'est pas que c'est pas bon ou que j'aime pas, mais il y a mieux dans le cinéma de guerre britannique a cette époque (les "documentaires" d'Humphrey Jennings, les films de Michael Powell...) reste quand même qu'on trouve déjà l’intérêt de Lean pour le flashback, son sens visuel, et que la narration chorale n’empêche pas de rendre attachant chaque personnage (n'est-ce pas Dunkerke?)
15) Le mur du son: peut être le seul film de Lean que je n'aime pas, c'est pas que c'est mauvais mais j'aurais presque préféré que ça le soit. C'est typiquement le genre de films qui paraissent justifier les commentaires idiots de Truffaut sur le cinéma britannique (une contradiction dans les termes), c'est bien équilibré, les personnages souffrent en silence, se détestent poliment et même ronger par leurs passions ne semblent jamais perdre le sens de la mesure. C'est propre, élégant mais pas trop, presque tragique mais la tragédie manque trop de modération. C'est tiéde quoi, désespérément terne ça se suit avec un ennui (ou un intéret si on est bien disposé) polie et ça s'oublie aussitôt. Pourtant il y a des bonnes idées avec le personnage de Ralph Richardson en Prométhée moderne porté par le désir de repousser les limites naturelle, une trés belle scéne de crash ou pour une fois cette réserve britannique ne bloque pas l'émotion mais au contraire lui permet de se déployer avec d'autant plus de puissance, mais tout ça est applatie par la platitude quasi délibéré de l'ensemble, ce n'est pas du noir et blanc c'est du gris.
"Il ne faut pas être timide avec la caméra. Il faut lui faire violence, la pousser jusque dans ses derniers retranchements, parce qu'elle est une vile mécanique. Ce qui compte, c'est la poésie."

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Re: David Lean (1908-1991)

Post by villag »

LA ROUTE DES INDES : voila un film que je revois ( très souvent ) et toujours avec le même plaisir...parmi les scènes déjà citées, celle que je retiendrais - avec celle des statues dans la brousse-, la rencontre de la vieille dame et du docteur indien dans la mosquée ....un très beau film vraiment !
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Re: David Lean (1908-1991)

Post by Roilo Pintu »

Nostromo, le rêve impossible de David Lean - Documentaire de Pedro Gonzales Bermudez (2017)

Actuellement sur TCM, documentaire sur le dernier film avorté de David Lean, qui devait être tiré d'un roman de Conrad.

À la fois passionnant et frustrant, passionnant car le projet au travers des interviews des proches du cinéaste, du film ou spécialiste sur Lean ou Conrad, laisse entrevoir la encore le film magnifique qu'il aurait pu être. Frustrant car désormais ce film de Lean ne pourra se faire que dans la tête et les fantasmes des cinéphiles.

Le documentaire est généreux en interviews dont sa dernière femme, ce qui permet d'avoir un portrait plus intime de Lean, mais aussi sur sa manière de travailler. J'avoue ne connaître Lean qu'au travers de ses films, je vais essayer de voir si il existe des ouvrages intéressant. Je suis preneur de vos avis.
Les interviews peuvent être parfois entrecoupées de stock shots d'interviews de Lean qui semble répondre ou prolonger l'entretient. Ce qui donne un côté assez dynamique. De nombreuses illustrations - magnifiques croquis préparatoires qui feraient un superbe livre - permettent de mettre des images aux mots et remet en avant la volonté d'un cinéaste obsédé par la qualité de l'image qu'il saura imprimer au spectateur.

Les rebondissements sur un tournage maintes fois repoussé sont également largement évoqué , manque à l'appel un entretien de Spielberg qui comme à l'accoutumé se fait discret sur son travail passé. Le dépassement de budget de l'Empire du soleil scellant le destin de Nostromo et mettant à l'arrêt le film. Au moins dans un premier temps.

Le documentaire est même parfois émouvant lorsque l'on voit quelle a été l'implication, les sacrifices de son acteur principal Georges Corraface (on y voit d'ailleurs son screen test) qui aura été défendu jusqu'au bout par David Lean. L'acteur en parle encore avec émotion, peine, mais sans amertume, ce que l'on peut partager sans probleme. Nul doute que sa carrière cinématographique aurait été différente.

Présence également dans le doc de l'un des derniers discours de Lean - à l'occasion du prix Thalberg qu'il a reçu il me semble - son discours est également un triste constat de ce que le cinema hollywoodien est devenu dans sa non prise de risque.

Le film dure 90 min, personnellement j'en aurai bien pris 1 heure de plus. :D
À voir!!!