Sacha Guitry (1885-1957)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Nestor Almendros
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Sacha Guitry (1885-1957)

Post by Nestor Almendros »

Je me permets d’ouvrir un topic spécial sur le grand Sacha Guitry, déjà parce qu’il n’en existait aucun, et puis parce que j’en avais un peu marre de poster dans des topics oubliettes alors qu’il vaut mieux que ça.
De plus, à la fin de l’année sort un joli et gros coffret chez Gaumont (sûrement hors de prix, par contre), ce qui risque peut-être d’alimenter certaines conversations ici-même…


LA VIE D’UN HONNÊTE HOMME (1953)
C’est toujours un plaisir de retrouver Sacha Guitry. Ici, il commente son film et, comme à son habitude, introduit son œuvre avec un générique désormais traditionnel.
Même si je n’ai pas boudé mon plaisir, je suis resté sur ma faim. Je trouve que le sujet n’est pas assez exploité, pas assez creusé. Le film se termine un peu facilement. Facile, aussi, est le revirement radical du frère riche que j’ai trouvé bien trop vite amené. Par contre la réflexion est intéressante, les deux frères antagonistes sont des personnages bien croqués et assez passionnants.
Reste que c’est parfois un peu bavard, normal pour un Guitry mais j’ai trouvé que l’action faisait parfois un peu trop de surplace au profit d’éternels champs/contre-champs.

Très content de l’avoir vu, impatient de le redécouvrir dans quelques temps également.
A noter la participation de Louis de Funès et Claude Gensac (respectivement valet de chambre et bonne de Michel Simon) bien avant de former un couple de cinéma à maintes reprises (dans LES GENDARMES, HIBERNATUS, etc.).


LES TROIS FONT LA PAIRE (1957) vu le 21 juillet 2007
Que c'est dur de se contenter de quelques films mineurs disponibles en dvd, en attendant la fin de l'année et le coffret Guitry attendu chez Gaumont. Ce LES TROIS FONT LA PAIRE, édité avec un master de grande qualité chez René Chateau, ne fait certainement pas partie des trésors de l'auteur. Le style d'écriture n'apparait que très rarement dans un scénario poussif, qui met d'ailleurs une grosse demi-heure à démarrer. Entre temps on aura savouré l'excellent numéro de Darry Cowl en réalisateur au taquet. C'est à peu près tout ce qu'il y a à sauver ici. Même Michel Simon fait ce qu'il peut.
A noter l'apparition du maître Guitry en début et fin de film. Il était visiblement bien vieux et presque affaibli. C'est l'avant dernier film qu'il réalisera, avant ASSASSINS ET VOLEURS (également édité chez René Chateau) qui m'avait laissé un meilleur souvenir.


LE COMEDIEN (1948) vu le 6 août 2006
Très bel hommage d'un fils à son père, avec toujours le phrasé particulier de l'auteur, qui n'hésite pas à jouer plusieurs rôles en portant postiches et déguisements (il refera cela dans d'autres films, comme LE ROMAN D'UN TRICHEUR je crois bien). Pas mal de belles répliques aussi, qui permettent à l'auteur de lancer plusieurs réflexions sur l'art du théatre, l'art du comédien, le public et les relations qu'ils partagent, etc... Assez savoureux, même si je suis un peu resté à l'écart (fatigue oblige?)


LE ROMAN D'UN TRICHEUR (1936) vu le 11 avril 2006
Je revois petit à petit plusieurs Guitry depuis quelques mois. Celui est sans aucun doute mon préféré jusqu'à présent. Comme dans LE TRESOR DE CANTENAC, tout le film est raconté par l'auteur (dialogues inclus). On peut donc profiter de son phrasé et de sa voix si particulière. Ca peut agacer, moi j'adore. Rythmé par ce texte ludique, le film est assez passionnant, regroupant plein de petites histoires. Le flot incessant de paroles ne laisse pas un moment de répis et ce concept très littéraire est ici savamment utilisé. La dernière demi-heure est peut-être un poil moins passionnante, ça ne m'a pas gaché mon plaisir...

Brion a l'habitude diffuser des films récemment restaurés (je pense entre autres aux MISERABLES). J'aurais aimé dire que l'image proposée ici était prometteuse pour une sortie en dvd. Malheureusement je crains qu'il ne nous faille attendre encore un peu: le master est vieux et très poussièreux.


ASSASSINS ET VOLEURS (1957) vu le 26 mars 2006
Ma foi tout ça est assez sympathique, le style a un peu vieilli mais il reste heureusement les dialogues. Quelques répliques fusent de ci de là, dans un ton très coquin comme souvent chez Guitry. J'ai parfois pensé que ça allait quand même bien loin dans les allusions, pour l'époque...

Master René Chateau quasi parfait. Oui oui vous ne rêvez pas. Après SI PARIS NOUS ETAIT CONTE, l'éditeur a visiblement investi dans la restauration de ses Guitry. Image stable, copie chimique très propre, télécinéma très récent et impeccable. Belle définition. Par contre gros bémol sur le son, certaines prises en son direct semblent avoir été tournées dans un hangar, avec des machinos qui font tomber des trucs à coté.
Johnny Doe ([i]7 mai 2005[/i]) wrote:Assassins et voleurs
Un petit Sacha Guitry avant de commencer la journée. Dommage que l'apparent brio du début du film (dialogues et personnages drôle voir même jouissifs), se perde à force d'un récit trop écrit avec bien trop de scènes de remplissage (mention spécial à la ridicule scène aveec Darry Cowl). Pas chiant ni mauvais, bien campé et drôle, mais un peu convenu avec une fin rigolote (qui enfonce encore les pics de Guitry contre la haute) mais aux apparences un peu bâclé. Un dernier film gentillet quoi.

SI PARIS NOUS ETAIT CONTE (1956) vu le 10 janvier 2006
Hommage de l'auteur à cette si jolie ville, à travers plein de figures qui ont traversé l'Histoire. Toujours agrémenté de bons mots, d'humour et de rimes, on passe d'une époque à une autre, au gré d'apparitions d'acteurs connus (le générique fait 5mn, mais quel casting). Sympathique.

Master du dvd René Château ma foi d'excellente facture, c'est une surprise. La copie chimique est très propre, très peu abimée. Le télécinéma est très bon, offrant une colorimétrie riche, des contrastes soignés et une définition honorable. Ca fait très bizarre de voir un film de Guitry qui ressemble un peu (avec son master) aux films américains en technicolor des 40's...


Voici d’autres avis de forumeurs glânés au hasard de la fonction « recherche »…
Bruce Randylan ([i]29 mars 2007[/i]) wrote:REMONTONS LES CHAMPS ELYSEES (1938)
1ère vrai découverte du cinéaste ( J'avais du voir Si Versaille m'étais compté quand j'avais 8-10 ans ), et je suis vraiment trés étonné par la mise en scène complétement deconnécté de tout ce que j'ai pu voir de la même époque ( et même après ).
C'est d'une invention, d'une créativité, d'une liberté sans équivalent et il faudra bien attendre le Ophuls seconde période française pour retrouver la même originalité.
Guitry se permet plein de dissgressions qui continuent de me faire penser que Godard n'étais pas allez cherché trés loin ses "innovations" : ellipse temporelle dans le même plan, champ contre-champ en 180 degré, liberté de ton étonnante, (faux)raccord parfois étonnant, jeux sur le son et la voix-off et plein d'autres trucs bluffant etc...
C'est un aussi extrement ludique sur l'histoire de france où l'auteur imaginent des scènes truculentes qui sont souvent autant de clin aux spectateurs. Sans oublier bien sûr des dialogues extraordinnaires même si certains heurtent l'oreille ( "la france à ce problème de garder des étrangers qui ne lui sont pas utiles" )
Le revers de la médaille, c'est que sur près de 2 heures tout n'est pas réussi du début à la fin et que certains passages se regardent avec un ennui poli mais souvent amusé.
L'autre soucis vient du fait que tout ses allez et venu dans l'histoire et ses histoires se met au détriment de l'émotion d'autant que la morale "vive la france" fait un peu vieillote ( enfin pas tant que ça vu les présidentielles )

Enfin, ça fait une trés chouette découverte qui me donne envie d'en voir plus.

Spideroman59 ([i]30 septembre 2006[/i]) wrote: LA POISON (1951)
Guitry commence par présenter son équipe, acteurs et techniciens dans un générique filmé, met en valeur un esprit de troupe qu'on ressent dans le film.
Il a recours à une mise en scène plutôt simple (montage parallèle, pas d'effets de caméras compliqués), il fait confiance à ses solides comédiens , Michel Simon en tête(d'abord dégoûté, écrasé puis vif et enjoué),à l'histoire (faune d'un village de campagne, malaise de la justice et du rôle des avocats) et à ses répliques spirituelles.La visite des villageois chez l'abbé, l'interview de l'avocat à la radio, la rencontre de Braconnier (Michel Simon) et l'avocat, la scène du tribunal où tous les rôles sont inversés sont vraiment délectables. On peut s'étonner de voir l'éloquence et l'aisance du personnage de Michel Simon, un paysan, mais "le meurtre rend intelligent".
Le film a été tourné en 11 jours et avec une seule prise par plan, vu le résultat ça relève de l'exploit!
Simplement réjouissant.
16.5/20
Bartlebooth ([i]3 novembre 2005[/i]) wrote: Tu m'as sauvé la vie (1951)
Un Guitry très inégal.
Le premier acte est magistral : un télescopage parfaitement orchestré de diverses actions parallèles : coup de fil d'un baron dur de la feuille à sa voisine du dessus (grand monologe misanthrope qui est du meilleur Guitry), ballet des domestiques, arrivée impromptue d'un clochard demandant du travail, polémique gastronomique sur la recette du veau Rossini... En passant, le premier plan frontal sur les domestiques est presque straubien - où il se confirme que l'antimodernisme de Guitry produit souvent des effets très modernes, d'autant plus étranges qu'ils sont involontaires.
Après... Il y aura encore quelques bons moments, mais ça devient laborieux, ça tourne à vide et ça part dans tous les sens. On a le sentiment que Guitry lui-même ne sait pas trop où il veut en venir et s'est mis sur pilote automatique. Dommage : les meilleures scènes tournant autour de dialogues de sourds téléphoniques (et le dernier plan en tirant les conséquences qui s'imposent), on se dit qu'il tenait un sujet en or qu'il ne fait qu'effleurer - les infortunes de la communication moderne -, préférant s'en remettre à des ficelles fatiguées de boulevard. Et sa confrontation avec Fernandel, a priori alléchante, ne donne pas les résultats espérés.
Grevisse ([i]7 mars 2004[/i]) wrote:DEBURAU (1951)
En 1951, Guitry reprend au théâtre une pièce déjà ancienne, Deburau, qu'il avait écrite en 1918 en hommage au célèbre mime du boulevard du Temple. La maladie l'oblige à interrompre les représentations et il décide séance tenante de la filmer. Le tournage durera douze jours.
Le résultat est fort étrange, en premier lieu parce que la pièce est écrite en vers : d'où un caractère déclamatoire qui se révèle, passé un premier temps d'accoutumance, réellement captivant. En optant, probablement par nécessité, pour une mise en scène minimaliste et dépouillée à l'extrême, Guitry rejoint sans l'avoir cherché certains exercices radicaux de théâtre filmé, tels que le pratiqueront Dreyer (dans Gertrud), Rossellini dans la dernière partie de sa carrière (La Prise de pouvoir par Louis XIV), voire même Straub et Huillet.
En outre, la gravité inattendue de la pièce se charge d'accents autobiographiques. Deburau parle du spectacle, de l'amour, de la maladie et de la mort, de la transmission du savoir de comédien, que Guitry avait hérité de son père Lucien (auquel il avait rendu hommage dans Le Comédien) et qu'ici Deburau transmet à son fils avant de quitter la scène. Cette dernière séquence a une résonance presque testamentaire. Et s'il reste à Guitry six ans à vivre, au cours desquels il tournera huit films, Deburau sera le dernier dont il tiendra le rôle principal.
Lien vers le topic dédié à ILS ETAIENT NEUF CELIBATAIRES
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... try#601011
Abronsius
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Post by Abronsius »

Très bonne idée Nestor ...

des news plus précises en ce qui concerne ce coffret ? (A noter que j'ai bien lu l'annonce sur dvdclassik :

"Enfin, toujours à la même date chez Gaumont, un Coffret Sacha Guitry L'âge d'or 36 - 38 de 8 DVD comprenant :
Faisons un rêve (1936) - Mon Père avait raison (1936) - Le Roman d’un tricheur (1936) - Le Nouveau testament (1936) - Le Mot de Cambronne (1936) - Les Perles de la Couronne (1937) - Désiré (1937) - Quadrille (1937) - Remontons les Champs-Elysées (1938)."
)
tootpadu
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Post by tootpadu »

Il y aura également la grande rétrospective (+ exposition) à la Cinémathèque française, à partir du 17 octobre.
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cinephage
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Post by cinephage »

tootpadu wrote:Il y aura également la grande rétrospective (+ exposition) à la Cinémathèque française, à partir du 17 octobre.
Sur son catalogue, la Cinémathèque annonce un coffret 3 films à partir du 8 octobre. A priori, il ne s'agit pas des 8 films du coffret Carlotta : Ils étaient 9 célibataires, Donne-moi tes yeux, et Toâ.

Soit 11 nouveaux films en dvd... 8)
Derniers visionnages...
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Randolph Carter
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Post by Randolph Carter »

Bravo Nestor d'avoir exhumé Sacha Guitry,bien qu'il n'ait jamais été enterré dans la mémoire des amateurs.Il fut le fleuron de ce cinéma d'auteurs dont le secret s'est à jamais perdu au fil des années.Je regrette simplement qu'il se soit enlisé dans les grosses pâtisseries historiques qui n'ajoutent rien à sa gloire.Mieux vaut se souvenir du Diable boîteux et de son incarnation de Talleyrand,de sa fantaisiste évocation de Remontons les Champs-Elysées ou des Perles de la couronne (Arletty était hilarante en reine d'Abyssinie),sans oublier bien sûr La poison et un film moins connu mais aussi savoureux Le trésor de Cantenac.Et le coffret prévu pour la fin de l'année sera pour moi. :D
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andrino
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Post by andrino »

Ne pas qubler QUADRILLE,et cette scène de 15 mns environ, ou Sacha vient dans la chambre d'hotel chercher son amie ( Gaby Morley), qui vient de l'y cocufier ,mais qui, innocemment lui dit qu'en fait, c'est une victime, qu'elle ne pouvait faire autrement, qu'elle est à plaindre, et Sacha , grand signeur consentant à tout; cette scène est un veritable feu d'artifice au point de vue dialogue, un quart d'heure à conserver pour l'eternité!!!; A ne pas oublier aussi LE MOT DE CAMBRONE, petit bijou de 50mn à peu près, la aussi ,dialogue brillantissime!
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Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

Randolph Carter wrote:et un film moins connu mais aussi savoureux Le trésor de Cantenac
Il y a quinze ans, Canal+ vidéo avait sorti en vhs une collection Guitry. En même temps, Canal+ diffusait régulièrement des Guitry (les temps ont bien changé :roll: ). A l'époque cela ne m'intéressait pas du tout, et pourtant, complètement par hasard, en pleine nuit, pendant les grandes vacances il me semble, j'étais tombé sur LE TRESOR DE CANTENAC. Ce fut le premier Guitry que j'ai vu et, même aujourd'hui, son souvenir est assez marquant. J'avais déjà été étonné par la forme (un film presque sans dialogues directs, où Guitry raconte l'histoire et double les personnages. Incroyable!). Et déjà j'étais charmé par cette voix et ce phrasé unique. J'aimerais beaucoup le revoir aujourd'hui...
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AtCloseRange
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Post by AtCloseRange »

Nestor Almendros wrote:
Randolph Carter wrote:et un film moins connu mais aussi savoureux Le trésor de Cantenac
Il y a quinze ans, Canal+ vidéo avait sorti en vhs une collection Guitry. En même temps, Canal+ diffusait régulièrement des Guitry (les temps ont bien changé :roll: ). A l'époque cela ne m'intéressait pas du tout, et pourtant, complètement par hasard, en pleine nuit, pendant les grandes vacances il me semble, j'étais tombé sur LE TRESOR DE CANTENAC. Ce fut le premier Guitry que j'ai vu et, même aujourd'hui, son souvenir est assez marquant. J'avais déjà été étonné par la forme (un film presque sans dialogues directs, où Guitry raconte l'histoire et double les personnages. Incroyable!). Et déjà j'étais charmé par cette voix et ce phrasé unique. J'aimerais beaucoup le revoir aujourd'hui...
J'avais beaucoup aimé aussi presque autant que le génial Roman d'Un Tricheur.
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Watkinssien
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Post by Watkinssien »

C'est un des maîtres du cinéma français, paradoxe pour quelqu'un qui détestait le cinéma, au profit du théâtre, son art primordial !

Et pourtant, c'est bien par ses films que Guitry continue à rester la postérité, affichant une vraie maîtrise dans l'écriture cinématographique !

J'ai découvert Guitry avec son chef-d'oeuvre Le Roman d'un Tricheur (1936).

J'adore la plupart de ses films, mais je ne me lasserais jamais des films tels que La Poison (1951) et La vie d'un honnête homme (1952) !
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joe-ernst
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Post by joe-ernst »

Merci d'avoir créé ce topic, c'est vraiment une excellente idée ! :D

A noter un article de plusieurs pages sur Sacha Guitry dans le Figaro Magazine du 25 août, assez intéressant et qui met en avant aussi bien les forces que les faiblesses de son oeuvre.
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We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars. Oscar Wilde.
L'hyperréalisme à la Kechiche, ce n'est pas du tout mon truc. Alain Guiraudie
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Post by Tom Peeping »

J'ai vu récemment La Vie d'un Honnête Homme (DVD René Château, très bon) qui m'intriguait depuis des lustres à cause de la phrase d'intro exaltée de la critique de Lourcelles, dans son dico. Je cite :

N'aurait-il réalisé que cet unique film, Sacha Guitry serait déjà, dans le domaine de la création cinématographique, l'égal des plus grands, et l'on ne voit pas, dans l'histoire du cinéma français, de film qui soit supérieur à celui-ci.

Bref, d'après Lourcelles, c'est le meilleur film français de tous les temps. Il argumente ensuite, très bien d'ailleurs, pourquoi il pense tant de bien du film.

Pour ma part, j'ai trouvé que c'était un excellent petit film, plein d'idées et d'une noirceur assez remarquable. Formidable interprétation de tous les comédiens, Michel Simon en (double) tête. De là à en faire le sommet du ciné français, c'est un pas que je ne franchirai quand même pas. Sacré Lourcelles !

J'aime presque tout ce que j'ai vu de Guitry mais souvent ses films, quand je les regarde, me procurent un sentiment mêlé de plaisir et d'agacement. C'est le seul cinéaste que me fait cet effet. Dans ses chefs-d'oeuvre, Le Roman d'un Tricheur arrive peut-être en premier, suivi de près par le court Le Mot de Cambronne, une vraie pépite.
... and Barbara Stanwyck feels the same way !

Pour continuer sur le cinéma de genre, visitez mon blog : http://sniffandpuff.blogspot.com/
Tuesday
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Re: Sacha Guitry

Post by Tuesday »

Nestor Almendros wrote:LE ROMAN D'UN TRICHEUR (1936) vu le 11 avril 2006
Je revois petit à petit plusieurs Guitry depuis quelques mois. Celui est sans aucun doute mon préféré jusqu'à présent. Comme dans LE TRESOR DE CANTENAC, tout le film est raconté par l'auteur (dialogues inclus). On peut donc profiter de son phrasé et de sa voix si particulière. Ca peut agacer, moi j'adore. Rythmé par ce texte ludique, le film est assez passionnant, regroupant plein de petites histoires. Le flot incessant de paroles ne laisse pas un moment de répis et ce concept très littéraire est ici savamment utilisé. La dernière demi-heure est peut-être un poil moins passionnante, ça ne m'a pas gaché mon plaisir...
Tiens! jolie coincidence, j'ai justement lu le roman "Memoires d'un Tricheur" (1935) dont le film est tiréle film cet été.

Guitry accompagne son recit de croquis, leger et delicieux, tres pressé de decouvrir son cinema, en fait :D
Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

LE DIABLE BOITEUX (1948)

C'est toujours un grand plaisir de retrouver Guitry, dont ce film m'amène toujours les mêmes remarques, à savoir que c'est (pour moi) un film qui s'écoute davantage qu'il ne se suit comme un film classique. Ici, le scénario ne m'a pas capté autant que les dialogues, même si l'histoire est intéressante. Dans le bonus intéressant (au début) de Jean Douchet, celui-ci fait des remarques extrêmement importantes et que j'ignorais.
Après la guerre, Guitry est mis en prison pour ses relations apparemment sans équivoque avec les allemands pendant l'Occupation. Sa réputation est au plus bas, et il décide quelques années après, de revenir sur le devant de la scène avec une sorte de biopic historique prenant pour sujet un homme conspué à son époque mais qui était en fait un vrai stratège diplomatique au service, d'abord, de son pays. Un personnage dont l'analogie avec Guitry lui-même, et ses mésaventures, sont effectivement évidentes (pour qui était au courant).

Si les dialogues m'enchantent, en revanche j'ai un peu de mal à m'intéresser au scénario sur toute la longueur. J'ai trouvé, par exemple, que le film manquait de plus en plus de rythme au fur et à mesure de sa progression (je ne parle que de la 2e heure).
Mais il est vrai, comme le précise Douchet, que Guitry faisait du cinéma théatralisé. D'où, parfois, un certain sentiment ambigu face à un récit délibérément appuyé, au jeu insistant, aux décors et costumes ouvertement factices. Peut-être est-ce cela qui m'a un peu lassé. Je ne sais pas... En tout cas, si le film n'est pas mon Guitry préféré, je n'ai pas pour autant boudé mon plaisir...

Master Mk2 non restauré (pourquoi ne suis-je pas surpris?). Le télécinéma date visiblement, les poussières, points blancs, etc. sont légion. les blancs sont brûlés, et la copie n'est pas spécialement stable. Mais enfin, c'est déjà pas mal que le film soit dispo en dvd.
bruce randylan
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Post by bruce randylan »

En attendant de recevoir le coffret Studio Canal ( :) ), petit tour à la cinémathèque pour le comédien ( 1948 ) qui est une vraie merveille.

C'est un hommage au père du cinéaste qui fut l'un des plus grands comédien de la belle époque ce qui permet à Guitry de faire tant une déclaration d'amour à ce dernier qu'au théatre en général. Passé une introduction un peu trop longue qui prend son temps à présenter le personnage, le film commence vraiment au bout de vingt minute lors de la dernière représentation d'une pièce quand un ami d'enfance de Lucien Guitry lui présente sa fille.
Ce passage surement romancé ( ou imaginaire ) dans la vie de l'artiste est en tout cas brillant et truffé de bons mots qui ne cessent de fuser à chaques répliques à un point que ça en devient vertigineux. La dernière partie centré sur la relation entre le père et fils via les pièces que Sacha écrivait pour Lucien. C'est tout autant réussi et même émouvant car on sent que les anecdotes sont ici véridiques. La lettre écrite durant la représentation Pasteur et la mort de Lucien Guitry sont ainsi 2 moments forts qui disent beaucoup sur sa vision du théatre, art noble qu'il plaçait au dessus de tout.

Ce double hommage permet aussi à Sacha Guitry de faire une autre déclaration d'amour : celle du cinéma.
Il y a ici un tel plaisir à réaliser et à mettre en scène qu'il ne faut pas longtemps pour tomber sous le charme de ce comédien. Pour voir que près de la moitié du film se déroule dans la loge de Lucien, à aucun moment, on l'impression d'assister à film théatral. Le rythme de la caméra, la gestion de l'espace et le sens des déplacement delivrent un chorégraphie plus virtuose qu'elle n'y parait. C'est encore plus fragrant dans les ellipses narratives qui nous font faire des bons prodigieux dans le temps sans heurter la continuité narrative.
Quant aux moments où Guitry interprêtre à la fois son père et lui-même, le plaisir devient jubilation avec quelques clins savoureux au spectateur ( le jeu sur les trucages et les effets du montage ).

Une ode à la vie, au théatre, à l'art, au respect du spectateur doublé d'un vrai film de cinéaste. Impossible de ne pas crier au génie.


En comparaison Assassins et voleurs ( 1957 ) apparait bien faible malgré une introduction brillante qui ne comble pas toutes les attentes mises en place. La rencontre donc de Poiret et Serrault est donc un joli moment bien truculent où la aussi les dialogues font souvent mouches.
Puis quand le flash-back s'installe, l'interet baisse au fur et à mesure qu'on sent qu'il manque le contrepoint de Serraut pour dynamiser le récit. Encore plus déconcertant, les grandes parenthèses inutiles du récit sur le séjour de Poiret dans un hospice et celle plus amusante de Darry Cowl au tribunal. Il faut attendre la fin pour renouer avec l'ironie cinglante initiale pour cette fable dont l'immoralité évidente ( et la frivolité surprenante pour l'époque ) demeure le principal interet.
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Ann Harding
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Post by Ann Harding »

Je viens moi aussi de faire quelques révisions sur le Maître Sacha!
Tout d'abord, je vous recommande chaudement l'exposition qui a lieu en ce moment à la cinémathèque. Vous pourrez y voir de nombreux documents, lettres, costumes, objets, tableaux qui lui ont appartenu. La scénographie est très bien faite avec de grands rideaux rouges qui rappellent le théâtre.

j'ai acheté le DVD de Bonne Chance (1935) à la boutique de la cinémathèque (qui vend les DVDs René Chateau moins cher que la FNAC! :mrgreen: ).
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Voilà un film dont je ne me souvenais pratiquement plus après une vision ancienne au Ciné-Club de C.-J. Philippe il y a qq lustres. Ce fut une superbe redécouverte. Le film m'a rappelé l'univers de Lubitsch dans sa période 'pre-code'. D'ailleurs, même dans cette période de censure allégée, je ne suis pas sûre que le scénario aurait été approuvé... :lol:
Marie (Jacqueline Delubac), une petite lingère, rencontre par hasard un artiste, Claude (Sacha Guitry) qui lui souhaite bonne chance. Effectivement la chance lui sourit et elle gagne 2 millions à la Loterie. Bien qu'elle soit fiancée à un petit fonctionnaire emprunté, elle part pour un voyage 'platonique' pré-nuptial avec Claude...Evidemment, en chemin, la partie platonique du marché va s'effriter quelque peu.... :lol:
Sur cette trame ultra-légère Guitry brosse une délicieuse comédie extrèmement bien jouée par son épouse du moment, Jacqueline Delubac.

La Malibran (1943)
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Cette biographie de Maria Malibran, l'idole des romantiques passe rarement sur les écrans et la rétro de la cinémathèque est une bonne occasion de découvrir le film. Le scénario est extrèmement fidèle à la vie de la vraie Maria Malibran. Pour interpréter le rôle de la cantatrice, il utilisa une chenteuse de l'Opéra de paris: Géori Boué. Elle a le physique du rôle: un long visage mince avec de grands yeux sombres. Vocalement, elle est malheureusement typique des chanteurs français de l'entre-deux guerres, très portée sur une diction ouverte avec une connaissance imprécise du Bel Canto Italien. Comme actrice, elle se débrouille plutôt bien dans ce rôle très difficile. On peut repérer un autre grand chanteur français: Jacques Jansen (ce baryton fût l'un des plus grands Pelléas du XXè ) dans le rôle du violoniste Charles de Beriot, le deuxième époux de Maria.
Sacha se réserve le rôle d'Eugène Malibran, un individu particulièrement antipathique qui épousa Maria pour éponger ses dettes grâce à ses cachets de chanteuse. Il est absolument hilarant dans l'ignominie! :D

Faisons un rêve (1936)
Un vrai petit bijou d'humour et d'élégance. Le prologue du film permet de voir défiler: Michel Simon, Arletty, Claude Dauphin, Marguerite Moreno, etc...avec des mots d'anthologie! ('Elle s'est fait tiré la peau du visage tant de fois qu'elle a dû être décoré de l'ordre des grands blessés de la face!' :lol: ) le reste du film à trois personnages est interprété à la perfection par Raimu, en époux infidèle cocufié guère doué pour le mensonge, Jacqueline Delubac, en épouse infidèle et Sacha dans le rôle de l'amant impatient.