Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Strum
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Strum »

cinephage wrote:Mais enfin, un homme qui se damne par arrivisme, ça ne te touche pas ?? Son parcours n'allie-t-il pas, justement, le paradoxe entre une réussite extérieure croissante, et une déchéance intérieure ? Cette cruelle ironie, n'est pas, sinon poignante, du moins édifiante ?
Il faudrait que je revoie ce film pour mieux le défendre, mais je trouve dommage de laisser une certaine froideur formelle masquer la richesse des émotions sous-tendues par le récit, et qui en sont, à mon point de vue également l'enjeu.
J'aurais bien aimé être touché par le film, mais je dois répondre honnêtement : L'homme ne m'a pas beaucoup touché (le film insiste sur sa volonté de réussite mais ne s'étend guère sur le reste de son caractère qui n'a pas l'air très étendu), et ne m'ayant pas beaucoup touché, je n'ai pas pleuré sur sa déchéance et son sort. Il n'y a d'ailleurs pour moi pas de paradoxe entre une réussite extérieure croissante et une déchéance intérieure, mais parfois au contraire une accointance, puisque ce cas de figure se rencontre assez facilement dans la vraie vie (sauf que dans la vraie vie, moins simple que celle décrite dans Barry Lyndon, la déchéance intérieure n'emporte en général aucune déchéance matérielle ; il n'y a pas de sanction morale ou cinématographique comme dans Barry Lyndon).

Mais je parle au présent alors que je devrais peut-être parler au passé, puisque je me fie à mes souvenirs de ce film, vu il y a maintenant assez longtemps. Si l'occasion se présente, je le reverrai. On verra bien si mon opinion s'en trouvera changée.
Wagner
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Wagner »

Strum wrote:Bien sûr. J'ai repris le terme émotion utilisé par Wagner (même s'il fait maintenant semblant de ne pas le comprendre) parce qu'il est très large, mais le mot "empathie", plus précis, est souvent préférable. En l'occurence, je ressens des émotions (négatives) dans Blow Up, qui me sont fournies par la lâcheté du personnage principal dont j'ai envie de botter l'arrière-train, et je peine à avoir de l'empathie pour le personnage de Barry Lyndon.
J'ai réagi à la base parce que j'ai relevé une opposition froideur/ émotion dans un post que je trouvais gênante, voilà tout: dans ce contexte, émotion ne pouvait pas signifier empathie. Après je ne vois pas trop à quoi cette pique peut renvoyer.
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Ego sum qui sum
bruce randylan
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by bruce randylan »

Tout comme Strum :)
Rien mais absolument rien dans cette histoire et ce personnage ne m'a touché. Le film a beau être une spendeur pictural de tous les instants, au bout d'un moment, il m'en faut plus.

Et ce n'est pas une question de froideur puisque je peux marcher pour d'autres films
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Strum
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Strum »

Wagner wrote:Après je ne vois pas trop à quoi cette pique peut renvoyer.
Cela renvoyait à ton association indirecte de "mise en avant émotion" et "impression qu'art affaire de pleureuses", mais n'y attache pas d'importance. :wink:
makaveli
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by makaveli »

bruce randylan wrote:Tout comme Strum :)
Rien mais absolument rien dans cette histoire et ce personnage ne m'a touché. Le film a beau être une spendeur pictural de tous les instants, au bout d'un moment, il m'en faut plus.

Et ce n'est pas une question de froideur puisque je peux marcher pour d'autres films
+1
Wagner
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Wagner »

Le film n'est rien d'autre que ce que sa mise en scène exprime, je ne vois pas comment on peut dissocier les deux.
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Ego sum qui sum
someone1600
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by someone1600 »

Pas encore vu ce film, mais je serais intéressé, faudra que je le trouve quelque part.
Nomorereasons
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Nomorereasons »

+1. Ca fait envie :D
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Alphonse Tram »

yaplusdsaisons wrote:+1. Ca fait envie :D
Tu as oublié la cédille.
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Tom Peeping »

Après n'avoir jamais vraiment été tenté par ce film, j'ai finalement découvert Barry Lyndon ce soir en DVD et j'ai adoré. En plus de tout ce qui a été dit dans ce topic par ceux qui aiment le film, j'ai aussi été très surpris par son sens de l'humour flegmatique (british, quoi) : j'ai ri plusieurs fois, je ne m'y attendais pas. Et si je n'ai pas compris en le regardant le sens du film (je me disais que c'était seulement la forme qui avait du interesser Kubrick), la lecture du carton final qui dit quelque chose comme
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Les personnages qu'on vous a présentés vivaient, aimaient, se battaient, s'occupaient de leurs petites affaires au 18e siècle. Ils en sont tous au même point maintenant
m'a tout fait piger. Vanitas, vanitatis, etc... Ca structure et conclue le film d'une manière sublime et là encore, avec un sourire entendu. Une perfection.
... and Barbara Stanwyck feels the same way !

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Truffaut Chocolat
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Truffaut Chocolat »

Question spoilers
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A votre avis que ressent Lady Lyndon lorsqu'elle signe le chèque à la fin ?
Est-ce qu'elle aime toujours Barry ?
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Demi-Lune
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Demi-Lune »

Truffaut Chocolat wrote:Question spoilers
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A votre avis que ressent Lady Lyndon lorsqu'elle signe le chèque à la fin ?
Est-ce qu'elle aime toujours Barry ?
Pour ce que ça vaut, mon interprétation personnelle est : oui. Cette conclusion paraîtrait bien moins belle, bien moins douloureuse, si ce regard vague et mélancolique, et cette hésitation, ce geste suspendu, n'étaient pas à ce moment précis le miroir d'une flamme amoureuse toujours pérenne. Accessoirement, c'est pour une de ces scènes que la dimension émotionnelle chez Kubrick me semble toujours primordiale dans son œuvre. Voici un cas de scène silencieuse, toute en retenue, mais qui est pourtant le théâtre de quelque chose de parfaitement dévastateur puisque pour Lady Lyndon, signer ce chèque, cela revient autant à accepter, en connaissance de cause (puisqu'elle voit bien que c'est à Barry que se destine ce chèque) d'être désormais soumise à l'autorité de son poltron de fils Bulligdon, que de jeter définitivement le voile sur l'union avec un homme pour qui son amour avait déjà résisté face aux tromperies et, il est légitime de le penser, face au deuil parental. Je trouve son regard perdu dans le vide, ce moment où on ne sait pas encore si elle va signer, bouleversant parce qu'on mesure, avec toute la délicatesse et la sensibilité propres à Kubrick, que cette femme que l'histoire nous présentait, dans les derniers moments, comme un spectre complètement déconnecté des choses de ce monde, est bel et bien , consciente des choses et des enjeux. Ce regard, pour moi, c'est justement sa dernière étincelle d'émotion avant sa claustration mentale : si cette scène aussi terrible, c'est parce qu'en quittant le gros plan de son visage et en recadrant l'immensité de ce salon, Kubrick nous laisse cette femme à jamais perdue dans sa douleur et son mutisme. En signant ce chèque qui l'éloigne à jamais de son mari, elle scelle quelque part sa propre mort. On sent toutes ces choses en l'espace de quelques secondes, c'est extraordinaire. C'est vraiment l'une des plus belles, des plus fortes conclusions du Cinéma.
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Truffaut Chocolat
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Truffaut Chocolat »

Je suis en tous points d'accord avec ton interprétation.
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Demi-Lune
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Demi-Lune »



Grandiose.
Je ne me souvenais pas que les plans sur Bullingdon observant sa mère étaient aussi insistants. Sa réaction est aussi émouvante que celle de Lady Lyndon. Au départ il glisse le chèque l'air de rien puis on sent quand même sa pitié et sa compassion pour sa souffrance. Peut-être éprouve-t-il même d'ailleurs à cet instant un semblant de remords au sujet de l'exil qu'il a imposé à Barry. Les regards des deux acteurs sont très intenses dans cette scène, pour une conjonction d'émotions et de non-dits assez vertigineuse.
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Major Tom
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Major Tom »

Demi-Lune wrote:


Grandiose.
Je ne me souvenais pas que les plans sur Bullingdon observant sa mère étaient aussi insistants. Sa réaction est aussi émouvante que celle de Lady Lyndon. Au départ il glisse le chèque l'air de rien puis on sent quand même sa pitié et sa compassion pour sa souffrance.
Je crois tout le contraire. Je croyais me souvenir qu'il mettait sa main sur celle de sa mère comme pour dire: "Allez, c'est fini". Ça ne va pas jusque là mais je ne trouve pas que le plan aille dans ton sens, même lorsqu'il la regarde.
Après, l'interprétation est plutôt libre, hein. Si tu veux, ça se passe même en rêve. :mrgreen:
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