Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Watkinssien
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Watkinssien »

Strum wrote:Un film sous la beauté glacée et figée duquel se cachent pour moi peu de charmes à part celui du picaresque, peu d'émotion (étouffée par l'ironie) et finalement peu d'épaisseur (un seul niveau de lecture, déjà vu, sur l'arriviste vaincu par un monde décadent).
Je rejoins cinephage. Barry Lyndon est probablement le film le plus épais de Kubrick. Il y a une ironie certaine, mais il y a quand même des moments où une véritable émotion émerge
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la mort de l'enfant jusqu'à son enterrement, le duel effectivement très trouble et troublant, l'attirance sublime de Barry avec Lady Lyndon lors de leur première rencontre
Les niveaux de lecture sont tellement multiples (à voir le nombre d'interprétations différentes que le film suscite chez les spectateurs) que je ne puisse pas comprendre le fait de le réduire en un seul.
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Akrocine
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Akrocine »

Boubakar wrote:Mais je lui redonnerais bien une chance, via une projection au cinéma (ce qui devrait arriver d'ici quelques semaines, via une rétro Kubrick prévue près de chez moi 8) ).
Dit moi ou??!! Je t'en suplie :!: :D
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Boubakar
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Boubakar »

Akrocine wrote:Dit moi ou??!! Je t'en suplie :!: :D
C'est au cinéma le Capitole, à Avignon, du 12 au 18 mai. Il y aura en plus :

- Full metal jacket
- Orange mécanique
- Shining
- 2001
- Eyes wide shut

le tout en Vostf et copies neuves. Inutile de dire que je serais au rendez-vous (même pour revoir Shining, que j'ai déjà revu au ciné il y a deux ans). :)
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Akrocine »

Boubakar wrote:
Akrocine wrote:Dit moi ou??!! Je t'en suplie :!: :D
C'est au cinéma le Capitole, à Avignon, du 12 au 18 mai. Il y aura en plus :

- Full metal jacket
- Orange mécanique
- Shining
- 2001
- Eyes wide shut

le tout en Vostf et copies neuves. Inutile de dire que je serais au rendez-vous (même pour revoir Shining, que j'ai déjà revu au ciné il y a deux ans). :)
Argh je vient de faire un arret cardiaque :!:

J'y serai! Même si je dois tuer mon patron pour ca :twisted:
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Demi-Lune
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Demi-Lune »

cinephage wrote:Heu... Quand même, là, je ne souscrit à rien de ce qui a été dit récemment : au delà de son extraordinaire beauté formelle, je trouve que Barry Lyndon résonne d'une profonde émotion. L'arrivisme de Lyndon ne se fait pas sans renoncement (j'aurais d'ailleurs tendance à penser que c'est un thème très Kubrickien, que celui de personnages qui doivent perdre une partie de leur âme pour parvenir à ce l'objectif qu'ils s'étaient fixé, entre Lolita et Full Metal Jacket, en passant par les singes de 2001, la "réussite" a toujours un prix en pesée d'âme).
Notamment ici, la séquence du duel m'apparait comme extrêmement troublante sur le plan émotif, et a le mérite de mettre Barry devant ses prises de parti.

Bref, je n'ai pas le temps ici de développer, mais je suis loin de trouver le cinéma de Kubrick aussi "froid" qu'on a tendance à l'affirmer.
Ton message m'avait échappé. J'y souscris entièrement. Quand j'ai découvert la filmographie de Kubrick il y a quelques années, je trouvais justement que son cinéma, tout virtuose et perfectionniste qu'il était, restait relativement froid, distant. Mais en revoyant ses films, en établissant un lien plus intime avec ces oeuvres, j'ai finalement reconsidéré mon sentiment : l'émotion est tout à fait présente dans les films de Kubrick, mais elle n'est pas surlignée à renforts de gros sabots. Chez Kubrick, un regard, une attitude, un simple geste, accompagné du morceau de musique parfaitement adéquat, peut être émotionnellement plus chargé et intense que bien des mélos. De la chanteuse des Sentiers de la gloire au final de Spartacus, de la peur de mourir de HAL 9000 dans 2001 à la détresse des Lyndon sur le lit de leur enfant agonisant en passant par l'exécution de la Vietnamienne dans FMJ, les films de Kubrick regorgent à mon sens de moments d'une profonde humanité. C'est une émotion souvent très digne, très retenue, qui peut en effet ressembler à une forme de froideur. La musique nous renseigne ainsi beaucoup sur ce que les personnages ressentent sur l'instant : voir à ce titre l'utilisation de la B.O. de Barry Lyndon, absolument magistrale. L'humanité - et la perte progressive de cette humanité - a toujours été au centre de l'oeuvre kubrickienne.
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Akrocine »

Demi-Lune wrote:'ai finalement reconsidéré mon sentiment : l'émotion est tout à fait présente dans les films de Kubrick, mais elle n'est pas surlignée à renforts de gros sabots. Chez Kubrick, un regard, une attitude, un simple geste, accompagné du morceau de musique parfaitement adéquat, peut être émotionnellement plus chargé et intense que bien des mélos. De la chanteuse des Sentiers de la gloire au final de Spartacus, de la peur de mourir de HAL 9000 dans 2001 à la détresse des Lyndon sur le lit de leur enfant agonisant en passant par l'exécution de la Vietnamienne dans FMJ, les films de Kubrick regorgent à mon sens de moments d'une profonde humanité. C'est une émotion souvent très digne, très retenue, qui peut en effet ressembler à une forme de froideur.
C'est là tout le maestra de Kubrick! Nul besoin de mot, le cinéma est un art visuel et auditif! Kubrick la utilisé en tant que tel pourquoi utilisé des mots quand une composition aussi belle que la 9 Symphonie de Beethoven et le danube bleu de Strauss remplacent toutes les paroles du monde!

Avec Kubrick ce sont les images qui me touches au plus profond, sont perfectionnisme jusqu'au moindre détails, l'utilisation de la caméra avec une telle virtuosité! Ces films vont bien au-delà des mots, 2001 A Space Odyssey et Barry London sont là pour le montrer :) Comment prétendre que ses films sont froid quand je pense à l'émotion qui me submerge dès le premier plan de Clockwork Orange, de la transition entre la préhistoire et le Futur avec l'os et le vaisseau spatiale!

D'ailleurs Taschen a sue parfaitement retranscrire ce sens visuel de Kubrick avec le livre Stanley Kubrick Archives, chacun de ses films se raconte rien qu'avec une poignée d'image :wink:
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Demi-Lune
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Demi-Lune »

Akrocine wrote:
Demi-Lune wrote:'ai finalement reconsidéré mon sentiment : l'émotion est tout à fait présente dans les films de Kubrick, mais elle n'est pas surlignée à renforts de gros sabots. Chez Kubrick, un regard, une attitude, un simple geste, accompagné du morceau de musique parfaitement adéquat, peut être émotionnellement plus chargé et intense que bien des mélos. De la chanteuse des Sentiers de la gloire au final de Spartacus, de la peur de mourir de HAL 9000 dans 2001 à la détresse des Lyndon sur le lit de leur enfant agonisant en passant par l'exécution de la Vietnamienne dans FMJ, les films de Kubrick regorgent à mon sens de moments d'une profonde humanité. C'est une émotion souvent très digne, très retenue, qui peut en effet ressembler à une forme de froideur.
C'est là tout le maestra de Kubrick! Nul besoin de mot, le cinéma est un art visuel et auditif! Kubrick la utilisé en tant que tel pourquoi utilisé des mots quand une composition aussi belle que la 9 Symphonie de Beethoven et le danube bleu de Strauss remplacent toutes les paroles du monde!

Avec Kubrick ce sont les images qui me touches au plus profond, sont perfectionnisme jusqu'au moindre détails, l'utilisation de la caméra avec une telle virtuosité! Ces films vont bien au-delà des mots, 2001 A Space Odyssey et Barry London sont là pour le montrer :) Comment prétendre que ses films sont froid quand je pense à l'émotion qui me submerge dès le premier plan de Clockwork Orange, de la transition entre la préhistoire et le Futur avec l'os et le vaisseau spatiale!
Voilà, c'est tout à fait ce que je ressens ! :)
J'ai des souvenirs lointains de ce film, mais je me demande si la plus belle preuve de l'humanité du cinéma de Kubrick n'est pas Lolita. Là encore, la musique (le doux thème au piano) évoque toute la délicatesse avec laquelle Kubrick aborde et filme cette histoire sordide.
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Wagner »

Par ailleurs le cinéma, ou l'art, ne sont pas spécialement des courses à l'émotion, positionner le débat en termes d'émotion/ froideur présente un intérêt relatif.
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Strum »

Wagner wrote:Par ailleurs le cinéma, ou l'art, ne sont pas spécialement des courses à l'émotion, positionner le débat en termes d'émotion/ froideur présente un intérêt relatif.
Sauf que l'émotion reste une condition sine qua non de l'intérêt que l'on peut porter à un film. Quand on n'investit aucune émotion dans un film, quand on le regarde d'un point de vue purement extérieur parce que le sort des personnages principaux nous est indifférent, il devient difficile d'en débattre, de s'intéresser à ses thèmes et à sa mise en scène.
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Wagner »

La froideur revendiquée est pourtant à l'origine d'oeuvres, comme Blow up et cie, qu'on ne va pas juger à l'aune de la pure émotion qu'elles suscitent. Même si aller contre l'émotion, c'est encore prendre cette dernière en considération. Il y a une autre issue encore, mais elle est réservée à pour ainsi dire personne.

Pour le coup Barry Lyndon n'a effectivement rien à voir avec ce courant là.
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Gounou »

Strum wrote:
Wagner wrote:Par ailleurs le cinéma, ou l'art, ne sont pas spécialement des courses à l'émotion, positionner le débat en termes d'émotion/ froideur présente un intérêt relatif.
Sauf que l'émotion reste une condition sine qua non de l'intérêt que l'on peut porter à un film. Quand on n'investit aucune émotion dans un film, quand on le regarde d'un point de vue purement extérieur parce que le sort des personnages principaux nous est indifférent, il devient difficile d'en débattre, de s'intéresser à ses thèmes et à sa mise en scène.
Il me semble que c'est un débat qui a déjà eu cours plus d'une fois... mais je pense qu'au cinéma, comme pour n'importe quel art, il est important de faire la distinction entre émotion (terme à la portée très large) et empathie !
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Wagner »

Ce qui peut effectivement gêner avec le mot émotion sans arrêt mis en avant, c'est qu'on a l'impression que l'art est finalement affaire de pleureuses.
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by cinephage »

Wagner wrote:Ce qui peut effectivement gêner avec le mot émotion sans arrêt mis en avant, c'est qu'on a l'impression que l'art est finalement affaire de pleureuses.
Il faut dire que tout est fait pour entretenir la confusion...
« Le cinéma, c’est comme un champ de bataille : l’amour, la haine, la violence, l’action, la mort … En un mot : l’émotion » - Sam Fuller
Si sur le fonds il n'y pas de vraie raison pour cela, en pratique le cinéma vise forcément le plus grand nombre (la recherche de la rentabilité fait partie du processus de fabrication du film, dans 90 % des cas, probablement plus). Ca passe très souvent par une recherche de l'émotion. La confusion entre émotion et empathie, que signale fort justement gounou, est donc assez logique, puisqu'une très grande quantité de films confondent les deux.
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by Strum »

Wagner wrote:La froideur revendiquée est pourtant à l'origine d'oeuvres, comme Blow up et cie, qu'on ne va pas juger à l'aune de la pure émotion qu'elles suscitent.
Je préfère encore Barry Lyndon à Blow Up (je suis notamment en désaccord frontal avec le propos de ce dernier film).
gounou wrote:Il me semble que c'est un débat qui a déjà eu cours plus d'une fois... mais je pense qu'au cinéma, comme pour n'importe quel art, il est important de faire la distinction entre émotion (terme à la portée très large) et empathie !
Bien sûr. J'ai repris le terme émotion utilisé par Wagner (même s'il fait maintenant semblant de ne pas le comprendre) parce qu'il est très large, mais le mot "empathie", plus précis (et qui est une condition de l'émotion), est souvent préférable. En l'occurence, je ressens des émotions (négatives) dans Blow Up, qui me sont fournies par la lâcheté du personnage principal dont j'ai envie de botter l'arrière-train, et je peine à avoir de l'empathie pour le personnage de Barry Lyndon (d'où ma difficulté à ressentir des émotions).
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Re: Barry Lyndon (Stanley Kubrick - 1975)

Post by cinephage »

Mais enfin, un homme qui se damne par arrivisme, ça ne te touche pas ?? Son parcours n'allie-t-il pas, justement, le paradoxe entre une réussite extérieure croissante, et une déchéance intérieure ? Cette cruelle ironie, n'est pas, sinon poignante, du moins édifiante ?
Il faudrait que je revoie ce film pour mieux le défendre, mais je trouve dommage de laisser une certaine froideur formelle masquer la richesse des émotions sous-tendues par le récit, et qui en sont, à mon point de vue également l'enjeu.
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