Francesco Rosi (1922-2015)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

homerwell
Assistant opérateur
Posts: 2502
Joined: 12 Mar 06, 09:57

Re: Francesco Rosi

Post by homerwell »

merci Kevin95 :D
bruce randylan
Mogul
Posts: 11511
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Francesco Rosi

Post by bruce randylan »

Kean ( Co-réalisé par Vittorio Gassman - 1956)

Sans aucun doute plus un film de Gassman que de Rosi (qui, j'imagine, a dû "servir" de technicien ; comme John Woo sur les Michael hui), Kean est une très bonne comédie prenant comme figure centrale l'acteur Shakespearien du 17ème siècle. L'acteur, roi de la comédie italienne, lorgne cependant pas mal du côté de Guitry avec ce marivaudage grivois se déroulant dans l'univers du théâtre. On retrouve un certain amour des planches, un personnage narcissique et Don Juan, une immoralité frivole ou des scènes de séduction aux sous-entendus sexuelles à peine masquées... On reste tout de même assez éloigné de Guitry sur la forme et on retrouve évidement une certaine méchanceté/cruauté typique de Gassman avec des reparties cinglantes et vachardes.
C'est en ce sens très bien écrit (là aussi par l'acteur, entre autres) avec des dialogues excellents, des personnages haut en couleurs et des situations truculentes.
On sent dans le film à vrai plaisir à jouer, à réciter, à mettre en scène une certaine idées de la culture populaire (les passages dans la taverne ne manque pas de panache et de vitalité).

Autant dire qu'on ne sent pas du tout la pâte de Rosi dans tout ça, si ce n'est en effet une réalisation solide avec plan-séquences et un bon sens de l'espace. Mais an final, on s'en moque un peu car c'est un film qui porte pleinement la pâte de son vrai auteur, Vittorio Gassman qui livre là l'un de ses films les plus personnel, enthousiasmant et drôle.
Un excellent moment.


Le moment de la vérité (1964)

Bon, là par contre, je n'ai pas trop compris l’intérêt de la chose. Le film semble totalement vain et inutile avec un histoire on ne peut pus classique et surtout prévisible. Au bout de 15 minutes on sait déjà ce qui va dérouler dans les 90 minutes qui reste... Ca importerait peu si le film offrait un point de vue et vrai regard sur son regard mais finalement le contexte historique est tout simplement absent (l'Espagne Franquiste) et l'arrière fond social se résume à 10 minutes et quelques plans à gauche à droite.

Tout le reste, c'est à facile 75% du film, ce n'est que tauromachie, arènes, mise à mort d'animaux et torrents de sang... :|
Bon, vous l'aurez surement compris, je ne suis vraiment pas fan des corrida... je n'ai jamais compris l'intérêt de la chose et ce n'est pas ce film qui va changer la chose (même si je lui reconnais de savoir à plusieurs moments de capter une certaine beauté des mouvements mais je ne comprends pas le principe de trucider le pauvre taureau)... en fait, dans ce genre d'événement, j'espère même que le gugusse se prenne un bon gros coup de corne :mrgreen:
Bref, le moment de la vérité, c'est 80 minutes de corrida et strictement rien de plus... C'est très rageant car quand le cinéaste se recentre sur la misère sociale, la condition des paysans, les difficultés à trouver un travail etc... le film est très bon avec une photo par ailleurs fantastiques (les passages dans les champs sont dignes de Malick)... loin des séquences avec les torero où le tournage documentaire/reporter est loin de déployer la même grâce et puissance.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
riqueuniee
Mogul
Posts: 10077
Joined: 15 Oct 10, 21:58

Re: Francesco Rosi

Post by riqueuniee »

Kean (qui a vraiment existé) était un acteur du début du XIXème siècle (époque bien décrite dans le film, d'ailleurs). J'ai apprécié ce film, en effet centré sur la personne de Gasman (crédité d'ailleurs comme co-réalisateur). Ce marivaudage entre un Don Juan et une ingénue qui ne l'est finalement pas vraiment m'a parfois rappelé (surtout dans sa conclusion) le Ariane de Wilder (j'imagine d'ailleurs très bien Audrey Hepburn dans le rôle de la jeune fille).
J'ai vu ce Moment de la vérité lors dune diffusion sur le câble .Ca ne m'avait pas vraiment passionnée (et pas parce que je n'apprécie pas la corrida). Il y avait là, pourtant, tous les éléments pour faire une grande chronique sociale . Ce n'est malheureusement pas (à mon avis) abouti.
bruce randylan
Mogul
Posts: 11511
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Les hommes contre (Francesco Rosi, 1970)

Post by bruce randylan »

On est plutôt d'accord donc



Le défi
(La sfida - 1958)

Première vraie réalisation de Rosi, cette fiction suit la vie d'un homme ambitieux qui cherche à rentrer dans le crime organisé pour obtenir richesse et pouvoir.

Moyennement emballé par cette histoire pourtant bien écrite et documentée mais l'interprétation plombe beaucoup le film avec un personnage central très mal desservi par José Suárez. La mise en scène manque aussi beaucoup de force, de concision et d'implication. Les sous-intrigues portent également préjudice à la narration car soit elles sont dispensables et trop longues (le voisinage qui critique le rapprochement entre le héros et une jeune femme) ou soit au contraire ne sont pas assez développées (le rôle féminin assez bâclée).
C'est, comme souvent, frustrant car le contexte social est plutôt bien retranscrit comme la description du mode opératoire de la mafia et du fonctionnement de son réseau et de sa hiérarchie.
On sent que Rosi a beaucoup de chose à dire mais que la démarche est encore un peu maladroite.

En fait il n'y a guère que les 15-20 dernières minutes à m'avoir emballé. A ce moment, Rosi fait preuve d'un vrai sens du cinéma avec suspens, accélération du rythme, un vrai lyrisme tragique et un souffle qui jusque là était absent.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11511
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Les hommes contre (Francesco Rosi - 1970)

Post by bruce randylan »

L’affaire Mattei (1972)

Un film passionnant qui n’a pas pris une ride. Au contraire. Son sujet demeure toujours aussi brulant avec un pétrole au cœur de tous les enjeux géo-politiques. Un or noir au centre des conflits entre pays développés et pays du tiers monde qui continuent d’être maintenus dans la misère malgré la richesse de leurs ressources naturelles. Quant à Mattei il demeure un personnage d’une étonnante modernité.

La force du récit et de la construction du film de Rosi est de se contenter des faits pour une reconstitution / enquête qui tient plus du travail de journaliste / documentaliste que du narrateur. Le cinéaste ne prend pas parti et se contente des événements connus ou rapportés par une tiers personne. D’ailleurs, on ne connaît finalement de Mattei que dans ses rapports avec les autres. On ne le verra jamais seul, dans on intimité. Avec cette méthode, Rosi n’a pas besoin de donner son point de vue et de paraphraser le discours de Mattei, le spectateur se fait lui-même sa version des faits et jugera ou non sur l’existence d’un complot pour attenter à sa vie. Cette thèse n’est jamais clairement confirmer mais on n’est pas dupe. Cela n’empêche tout de fois pas Rosi de livrer un portrait de son personnage titre complexe avec une personnalité ambiguë.

Doublé (ou triplé) d'une narration maitrisé et d'une interprétation formidable, voilà un film indispensable, l'une des grandes réussites de son auteur.



Cadavres exquis (1976)

Grosse déception pour voir que c'est peut-être le film le plus connu de son auteur.
Ce qui m'a profondément gêné c'est sa froideur, sa lenteur et la volonté du cinéaste de rester dans un flou assez général quant au contexte, à la situation politique, aux personnages etc...
Le film reste donc abstrait... trop abstrait car au final il est dur de s'accrocher à quelque chose.
La réalisation n'est d'ailleurs pas la plus incisive de Rosi et je suis vite devenu passif de cette histoire avec seulement quelques moments qui sortent du lot, quelque passages paranoïaques de la deuxième partie où Ventura se sent traqué et espionné.

Je n'en retiens donc très peu de chose au final tout en reconnaissant une démarche courageuse dans son histoire et son univers. A ce titre la dernière séquence est une d'une violence surprenante qui cloue littéralement sur son siège.

Je préfère de loin ce que Costa-Gavras pouvait faire à peu près au même moment.
Last edited by bruce randylan on 13 Jun 13, 13:16, edited 1 time in total.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
User avatar
Watkinssien
Etanche
Posts: 15198
Joined: 6 May 06, 12:53
Location: Xanadu

Re: Les hommes contre (Francesco Rosi - 1970)

Post by Watkinssien »

On devrait renommer le titre pour "Francesco Rosi" !
Image

Mother, I miss you :(
bruce randylan
Mogul
Posts: 11511
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Les hommes contre (Francesco Rosi - 1970)

Post by bruce randylan »

D'autant que c'est ce topic qui est indiqué dans l'index par réalisateurs :wink:
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
User avatar
Père Jules
Quizz à nos dépendances
Posts: 15916
Joined: 30 Mar 09, 20:11
Location: Avec mes chats sur l'Atalante

Re:

Post by Père Jules »

Blue wrote:J'ai justement découvert quelques films de Rosi ce mois-ci, et plus encore que le très bon "Salvatore Giuliano" ou "Main Basse sur la Ville" (auquel je suis resté carrément hermétique), c'est "Cadavres Exquis" et "Les Hommes Contre" qui m'ont vraiment impressionné. Le premier est un thriller politique avec un Lino Ventura au top dans le rôle du détective en charge de l'affaire. Peu à peu il sombre dans la paranoïa jusqu'à un final cinématographiquement hallucinant. Grosse claque.
Tu crois vraiment qu'il ne fait que "sombrer dans la paranoïa" ? Vu hier soir et j'ai du mal à penser que tout ce qui se passe autour de Ventura soit pure spéculation. Compte tenu du contexte politique italien de l'époque (années de plomb, loge P2 etc...) je doute que Rosi se soit contenté d'un film politique qui retombe comme un soufflé.
User avatar
Demi-Lune
Bronco Boulet
Posts: 14478
Joined: 20 Aug 09, 16:50
Location: Retraité de DvdClassik.

Re: Francesco Rosi

Post by Demi-Lune »

L'affaire Mattei (1971)

Palme d'Or ex æquo avec La classe ouvrière va au paradis, ce film-dossier est l'un des plus célèbres de son auteur. Rosi y confirme ses ambitions de cinéma d'investigation, politiquement très critique. Il retrace, dans une construction complexe, le parcours de l'homme d'affaires italien Enrico Mattei, directeur de l'entreprise pétrolière ENI et mort dans des conditions suspectes dans le crash de son avion. Entre flash-backs et ancrage contemporain au gré des recherches journalistiques (ou de Rosi dans son propre rôle, interrogeant des personnages-clés dans l'optique de la préparation de son film), c'est le portrait puissant d'un businessman du pétrole italien qui est soumis à notre jugement, entre stratégies opportunistes, patriotisme économique, rayonnement populaire et polémiques politiques. L'interprétation du toujours excellent Gian Maria Volontè est incandescente et restitue bien la complexité de ce personnage.

Ce qu'il y a de vraiment intéressant dans ce film, c'est l'évocation de la reconstruction économique de l'Italie post-1945. Mattei est nommé à la Libération à la tête de l'AGIP, qui est une entreprise pétrolière mussolinienne. Il est chargé de la liquider, mais en fait il va se servir de ce legs fasciste pour prospecter sur des gisements de méthane (substitut aux importations de charbon, indispensable à la reconstruction du pays) qu'il a découverts dans la vallée du Po. Ces gisements se relèveront faibles en pétrole, mais l'extraction de gaz naturel assurera à Mattei une publicité qu'il organise lui-même. Il acquiert une stature qui lui permet de se voir confier la direction d'ENI, qui englobe l'AGIP. Mattei est un patriote : il veut hisser l'Italie dans la cour des grands et se débarrasser de la tutelle des grands conglomérats pétroliers US, qui maintiennent l'Italie dans une servitude économique. Les firmes US ne voulant pas partager le gâteau, Mattei lance une grande stratégie tiers-mondiste pour briser ce monopole en s'efforçant de développer ENI dans des accords d'extraction auprès de pays orientaux et soviétiques. Rosi montre que cette stratégie dérange beaucoup d'intérêts dans un contexte de Guerre froide et de guerre d'Algérie (on soupçonne Mattei d'aider les nationalistes pour faciliter l'implantation d'ENI au Maghreb). Mattei, au fond, est le symbole d'une reconstruction nationale jetée sur des bases troubles. Ce self-made man, "homme italien le plus puissant depuis Jules César", pousse ses ambitions dans des rapprochements politiques ou diplomatiques fumeux, qui ne permettent pas vraiment de saisir ses convictions profondes.

Comme pour Main-basse sur la ville, la limite de L'affaire Mattei tient souvent dans son manque de pédagogie. La densité du propos n'est pas toujours synonyme de clarté. On est souvent largué car Rosi ne remet pas les noms ou les événements en contexte.

Image
User avatar
Père Jules
Quizz à nos dépendances
Posts: 15916
Joined: 30 Mar 09, 20:11
Location: Avec mes chats sur l'Atalante

Re: Francesco Rosi

Post by Père Jules »

User avatar
Rick Blaine
Charles Foster Kane
Posts: 20200
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Francesco Rosi

Post by Rick Blaine »

Migration du topic films du mois.
Rick Blaine wrote:
Demi-Lune wrote: Je te jure que je ne le fais pas exprès, hein... mais j'avoue avoir été un peu déçu par celui-ci. :oops: Réal' moyenne et le traitement du sujet m'a souvent semblé lourd pour ne pas dire caricatural. Les officiers, et particulièrement le général-boucher joué par Alain Cuny, sont exagérément salopards (Rosi conditionne tellement à le détester que la scène où il montre le bout de son nez et échappe au tir du sniper, qui s'abat sur le soldat suivant, provoque mécaniquement chez le spectateur une immense frustration : on aurait jubilé de le voir se faire dézinguer... le genre de procédé émotionnel que je déteste) si bien qu'on se retrouve, par contraste avec les soldats du peuple dignes, face à un pamphlet marxiste/anti-militariste assez primaire. Je ne pense pas que ce soit consubstantiel au thème de l'insubordination ou de la mutinerie car Les Sentiers de la gloire est édifiant, terrassant, sans céder à certaines facilités (notamment, la critique des officiers est inoubliablement cinglante sans pour autant en faire des monstres assoiffés de sang).
Je n'ai pas trouvé le traitement si exagéré que toi. Par contre il est vrai que Rosi, plus qu'un message ou une réflexion, présente une opinion, nette et tranchée. Et ça ne me dérange pas le moins du monde, d'autant que c'est fait sans lourdeur de discours, mais simplement pas la mise en scène, que je trouve très réussie. Et je trouve les officiers tout aussi monstrueux dans le Kubrick, peut-être même plus puisque ceux de Rosi ont le "mérite" d'être plus souvent au milieu de leurs hommes. C'est le procédé qui diffère, Kubrick est un peu plus dans le discours, Rosi un peu plus dans l'image. J'ai une petite préférence pour le Rosi, même si j'admire le Kubrick, un des deux seuls films que j'aime chez ce cinéaste, Les Hommes Contre prend plus aux tripes, est plus oppressant.
Demi-Lune wrote:
Rick Blaine wrote:Par contre il est vrai que Rosi, plus qu'un message ou une réflexion, présente une opinion, nette et tranchée.
Oui, j'avoue que je le préfère dans le registre du film à thèse politique, où son engagement me semble mieux canalisé par les nécessités de l'investigation. Attention, je n'ai pas détesté Les hommes contre, hein, je tiens à le préciser. Je salue le courage qui a permis à ce film de voir le jour, et certaines images sont marquantes (les casques et carapaces). Seulement, le Kubrick me semble effectivement infiniment plus puissant. :wink:

Edit: d'ailleurs, peut-être devrions-nous continuer cette conversation (si elle se poursuit) directement dans le topic de Rosi ?
Justement, pour moi c'est en oubliant en partie l'aspect investigation, en se positionnant plutôt sur le registre émotionnel que le film de Francesco Rosi gagne en force. Rosi fait passer son message par l'émotion, il engendre aussi la réflexion chez le spectateur par l'émotion, et par ses images, dont de nombreuses sont très frappantes, très marquantes.
Je comprends ce que tu dis par rapport au Kubrick, mais pour moi l'engagement des deux films est assez similaire, je pense que c'est une question de perception, la manière d'adresser cette position vers le public diffère. Selon que l'on soit sensible à une forme ou à une autre on préférera l'un ou l'autre. Pour moi les deux sont de très grands films, j'avoue une légère préférence pour ce que fait Rosi du point de vue de la mise en scène.
User avatar
Père Jules
Quizz à nos dépendances
Posts: 15916
Joined: 30 Mar 09, 20:11
Location: Avec mes chats sur l'Atalante

Re: Francesco Rosi

Post by Père Jules »

xave44
Machino
Posts: 1087
Joined: 20 Nov 11, 22:07

Re:

Post by xave44 »

Boubakar wrote:Incroyable qu'un film comme L'Affaire Mattei n'existe pas en DVD :evil:
Finalement les choses vont peut-être bouger (bon, l'info a presque 3 ans...) :

http://www.filmlinc.com/nyff2012/films/ ... tei-affair
xave44
Machino
Posts: 1087
Joined: 20 Nov 11, 22:07

Re: Francesco Rosi (1922-2015)

Post by xave44 »

User avatar
El Dadal
Réalisateur de seconde équipe
Posts: 5606
Joined: 13 Mar 10, 01:34
Location: Sur son trône de vainqueur du Quiz 2020

Re: Francesco Rosi (1922-2015)

Post by El Dadal »

J'entame enfin mon coffret Rosi - Gaumont avec Le Christ s'est arrêté à Éboli.
Quel étrange film. Construite en creux, sans véritable poussée narrative, cette adaptation du livre de Carlo Levi s'inscrit pleinement dans l'œuvre politisée de Rosi, démystificateur des arcanes de la société italienne. Et cette fois, c'est le fascisme qui est la cible du réalisateur. Sauf que, à quelques scènes près, tout est traité de manière périphérique. Levi est un observateur, un ethnologue avec un point de vue, qui rechigne à s'investir dans cette communauté pour laquelle il développe pourtant très vite une grande affection. Lui, l'homme du nord en exil, l'anarchiste privé des normes de confort et de culture jugées subversives par les pouvoirs en place, trouve dans cette communauté déchirée (par l'immigration, le matraquage fiscal, l'entrée en guerre, la modernité...), et plus particulièrement chez ses paysans, une grandeur morale qui n'est pas sans lui plaire. Rosi ne fait pourtant pas d’angélisme, montrant ce peuple dans sa nudité, pétri de contradictions, dominé par des superstitions d'un autre âge. La construction du film en tableaux, saynètes presque documentaires (Rosi n'utilisa de véritables acteurs que pour les rôles de bourgeois), met en valeur l'atmosphère immédiatement palpable de cette communauté pour laquelle le temps et les grâces semblent s'être arrêtés. La beauté picturale de l'ensemble est sacrément évocatrice, et le jeu de Volonté, résigné mais apaisé, presque entièrement basé sur l'écoute de ses partenaires, en renforce la minéralité. C'est peut-être parfois un peu déstabilisant et longuet, mais ça a son propre caractère.

Incidemment, on parle souvent de lien entre les œuvres de Michael Cimino et de Luchino Visconti. Avec ce film, (sans compter l'évidente parenté/dissemblance de traitement entre Salvatore Giuliano et Le Sicilien), je perçois également un fort rapport entre Rosi et son comparse américain. La construction en flashback, le tournage en décors réels, le rythme languissant, la place prépondérante des coutumes communautaires et de l'immigration, ainsi que les points de vue historiques fortement politisés rappellent fortement une certaine Porte du paradis, œuvre contemporaine sortie sur les écrans seulement quelques mois plus tard...