Ermanno Olmi (1931 - 2018)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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NotBillyTheKid
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Re: Ermanno Olmi

Post by NotBillyTheKid »

Jeremy Fox wrote:Tamasa réédite ce mercredi L'Emploi d'Ermanno Olmi, second long métrage de fiction du cinéaste italien qui s'était illustré pendant dix ans dans le documentaire.
Ah ! ? Espérons que ça augure la sortie de films encore inédits en dvd en France... (Le circonstanza, Les fiancés, Longue vie à la signora, etc)

J'en profite pour signaler que le dvd "Torneranno i prati", un de ses derniers films est dispo en import avec des stf. (Et le film est bien)
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Kevin95
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Re: Ermanno Olmi

Post by Kevin95 »

NotBillyTheKid wrote:
Jeremy Fox wrote:Tamasa réédite ce mercredi L'Emploi d'Ermanno Olmi, second long métrage de fiction du cinéaste italien qui s'était illustré pendant dix ans dans le documentaire.
Ah ! ? Espérons que ça augure la sortie de films encore inédits en dvd en France... (Le circonstanza, Les fiancés, Longue vie à la signora, etc)

J'en profite pour signaler que le dvd "Torneranno i prati", un de ses derniers films est dispo en import avec des stf. (Et le film est bien)
Ou même rééditer Il posto, uniquement dispo dans un coffret Carlotta coutant bonbon.
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Re: Ermanno Olmi

Post by NotBillyTheKid »

Kevin95 wrote:
NotBillyTheKid wrote: Ah ! ? Espérons que ça augure la sortie de films encore inédits en dvd en France... (Le circonstanza, Les fiancés, Longue vie à la signora, etc)

J'en profite pour signaler que le dvd "Torneranno i prati", un de ses derniers films est dispo en import avec des stf. (Et le film est bien)
Ou même rééditer Il posto, uniquement dispo dans un coffret Carlotta coutant bonbon.
Il Posto = L'emploi ;)
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Kevin95
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Re: Ermanno Olmi

Post by Kevin95 »

NotBillyTheKid wrote:
Kevin95 wrote:
Ou même rééditer Il posto, uniquement dispo dans un coffret Carlotta coutant bonbon.
Il Posto = L'emploi ;)
Vi vi, mais Tamasa ne le ressort qu'en salles non ?
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Re: Ermanno Olmi

Post by NotBillyTheKid »

Ah ? Aucun idée. Jérémy Fox parlait de "rééditer", j'ai cru que c'était en DVD. Mais effectivement, le lien évoque en fait une ressortie en salle. Désolé.
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Jeremy Fox
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Re: Ermanno Olmi

Post by Jeremy Fox »

NotBillyTheKid wrote:Ah ? Aucun idée. Jérémy Fox parlait de "rééditer", j'ai cru que c'était en DVD. Mais effectivement, le lien évoque en fait une ressortie en salle. Désolé.

Oops ; j'ai fait un copier/coller du texte de présentation dans la page ressortie ciné et n'ai pas fait attention que hors contexte ça pouvait effectivement porter à confusion.
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Jeremy Fox
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Re: Ermanno Olmi

Post by Jeremy Fox »

Je peux déjà vous dire que la copie restaurée des Fiancés qui ressort en fin de mois en salles et en novembre en DVD est splendide.
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Jeremy Fox
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Re: Ermanno Olmi

Post by Jeremy Fox »

Tamasa nous propose dès ce jour de redécouvrir Les Fiancés.
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Thaddeus
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L'Arbre aux Sabots (1978)

Post by Thaddeus »

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Les travaux et les jours



Ermanno Olmi a choisi de remonter le temps. Il trace la chronique de misérables paysans lombards, à la fin du XIXème siècle, une communauté que le labeur, la constante beauté des choses, une harmonie à la fois naturelle et savamment entretenue par le catholicisme, entre elle et son environnement immédiat, magnifient. Le monde s’apprête à changer, quelques idées, quelques révoltes ne parviennent qu’à peine aux villages isolés par le manque de transport et l’urgence des travaux. Le cinéaste dépouille la campagne et le travail rural, à la recherche d’un fermier aux mains nues ou dont les outils sont tellement polyvalents qu’ils restent aujourd’hui encore indispensables, et n’ont donc rien d’exotique. La justesse du film ne s’appuie jamais sur les choses mais toujours sur les gestes. La passion du réel n’entraîne pas Olmi à détailler les costumes et l’entourage. Si minutieuse qu’elle soit, la mise en scène ne va pas sans une certaine distance, mesurée moins par le respect que par le souci de donner du champ à l’action humaine. La trajectoire à rebours, vers les racines culturelles balayées par le prétendu progrès et plus ou moins effacées par l'histoire officielle, ne suit aucun chemin déjà tracé par le cinéma. D'abord parce que son auteur n'est pas intéressé par les grands symboles d'une époque (comme Bertolucci), ensuite parce qu'il ne veut ajouter aucun schéma visant à exhausser la haute bourgeoisie (comme Visconti). Ce qu'il recherche avec une ténacité pointilleuse, en puisant dans ses souvenirs familiaux, c'est la vie collective et le terroir de ses ancêtres, leurs rites, leurs mythes, leur piété, c’est une communion mystique avec eux. Dans ce retour aux sources, il trouve les éléments d’un panorama plus beau que tous ceux qui ont demandé à d’autres tant d’efforts d’imagination. À force de lucidité et d’humilité, il atteint l’épopée et offre au septième art une nouvelle noblesse. Tous les personnages, tous les sentiments sont vrais, mais cette vérité est transcendée par un lyrisme pudique qui atteint le cœur avant de réjouir l’intelligence.


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La valeur de L'Arbre aux Sabots tient à la contradiction, ou du moins à la tension, entre ses aspects véristes et son mouvement poétique. L'usage du parler bergamasque est évidemment dicté par la volonté de demeurer fidèle à la réalité. Mais Olmi ne tombe jamais dans le piège de la reconstitution, qui fait de l'artiste le serf de l'historien, puisque celui-ci veut à tout prix exhiber ce qu'il a eu tant de mal à retrouver. Aucun attendrissement suspect n'entoure ici les vieux pressoirs ou les manèges à battage ; le mobilier n'est même pas très rustique. Le seul archaïsme réside dans l’emploi d'une sorte d'araire pour un grand labour, alors que la charrue Brabant est apparue au début du XIXème siècle. Les mœurs paysannes donnent l’exemple d’une vision du monde lucide et sans complaisance, mais qui ne réduit jamais son objet à un instrument. La multiplication des points de vue renforce cette richesse de la perception. Ainsi la neige n’est-elle pas simplement un événement météorologique, mais aussi un spectacle et une misère, et même l’occasion rêvée d’une besogne. La poésie du genre géorgique repose en effet traditionnellement sur des couples sont les termes contrastent et se répondent : l’attente et la poussée, l’austérité métayère et la générosité de la nature. Cette parité, qu’exprime aussi celle des saisons, suggère qu’une équité fondamentale gouverne la vie des champs. La récolte n’est pas seulement le produit du travail, elle en est la rétribution. Ainsi se répartissent la peine et la joie, la vie et la mort. Or la partie de l’année qui manque dans L’Arbre aux Sabots est précisément celle des moissons. Au lieu de parcourir tout le cercle que représente cet équilibre du monde, le film commence avec le regain, et la dernière image du travail est celle de faucheurs qui font du vert au début du printemps. Pas de batifolante fenaison, la générosité de la terre que connotent habituellement l’élan d’une énumération et l’allégresse d’un tempo n’étant évoquée ici que d’une manière fermement retenue : c’est la satisfaction du grand-père devant ses tomates précoces, là où il n’y avait, remarque-t-il avec étonnement, que des herbes minuscules. Cette réserve marque le refus de faire l’éloge de la vie campagnarde afin de mieux la décrire ; elle constitue aussi un procédé du style employé. On connaît la tendance du naturalisme à donner une version sordide du mythe : peu soucieux de s’égarer dans l’idylle, le cinéaste n’est pourtant guère enclin à s’enfoncer dans la caricature. Sa manière consiste bien à reprendre les grandes figures d’un genre ou d’un folklore, mais il n’entend ni les faire revivre, ni ironiser sur elles, et encore moins les avilir. Il veut seulement en dévier. On a parfois défini le style comme une "attente déçue" : cette définition convient bien à l’art narratif d’Olmi.


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Nul besoin de partager les idées religieuses du cinéaste pour s'identifier avec sa spiritualité. Et d'une certaine manière, il n’est pas absurde de considérer l'attitude de l'Église dépeinte dans le film comme coercitive et paternaliste. La dimension politique de L’Arbre aux Sabots est claire bien que toujours implicite, jamais discutée mais toujours présente. Les fermiers ne semblent pas conscients de l'iniquité du contrôle cynique qu'exerce le bailleur agricole sur leur vie. Si l'œuvre ne s'intéresse guère à la lutte des classes, elle présente une critique du métayage, de nature idéologique et d'allure balzacienne, qui rend les paysans voleurs, méfiants et dissimulateurs, qui fait de leur existence une perpétuelle garde à vue, les maintient dans un état de dépendance insupportable, et est finalement plus favorable à la généralisation de la tricherie qu'à la progression des rendements. La subordination au patron, auquel on doit verser en tribut, selon un vieux privilège, deux tiers de la récolte, n'est pas contestée ; c'est une injustice "naturelle" parmi tant d'autres dans une condition apparemment éternelle. Chaque catastrophe privée ou publique déchaîne non la protestation ou la prise de conscience, mais le rosaire et la litanie. Tant de beauté outragée, d’innocence profanée pour le profit font de ce film tout de grâce un long cri de révolte que la nostalgie voile à grand peine. On comprend pourquoi Olmi n’a pas fait appel à des acteurs : la clarté que Rousseau avait remarquée dans l'élocution des agriculteurs, il l'a reconnue dans leurs gestes. La veillée où les lumineux épis de maïs volent à travers la pénombre, la façon dont un fermier laisse là l'épandage du fumier quand on lui annonce que sa femme est en couches, transmettent mieux la joie ou l'anxiété que ne le ferait une mimique. Parce que l'aire du faucheur n'est ni déterminée ni resserrée comme celle de l'électricien ou du mécano, la moindre modification du mouvement des paysans en accentue la forme et se charge de sens. Ainsi quand le vieux ladre suspend l’action de passer la sous-ventrière de son cheval, on sait qu'il a perdu son écu. Toute manifestation peut être considérée comme une mensongère hyperbole ; il convient donc de laisser les choses se déclarer, au lieu de les déclarer. Dans cette société, la naissance ne va pas de soi ("encore une bouche à nourrir", dit Battisti) car elle confronte de façon brutale à l'origine des hommes. C'est pourquoi les deux adolescents, qui doivent assurer l'avenir, la perpétuation de l'innocence du groupe, adoptent-ils un enfant qu'ils vont chercher, en péniche, au couvent de Santa Caterina à Milan, où attendent les petites créatures couchées dans des lits alignés, ou bien portées par des religieuses qui ne semblent faire que cela. Arrivent alors deux anges : Maddalena et Stefano. À cet instant, c’est comme si l’auteur retournait au merveilleux, là où les images n'ont ni origine ni fin.

Ermanno Olmi remet donc au présent de la vie agreste, une vie éprouvante, arbitraire, cruelle mais qui avait un sens, l’homme étant près de la nature, vivant avec elle, par elle, pour elle. À l’époque du bulldozer qui, en une journée, bouleverse un paysage, il montre le travail patient du cultivateur penché sur le sol pour sa peine mais aussi pour la joie incomparable d’en faire sortir une plante, belle et forte. Comme le vieil Anselmo qui se relève la nuit pour mettre de la fiente de poules à l’endroit où il a semé ses tomates et leur permettre ainsi de mûrir avant les autres. Comme la veuve qui demande une grâce pour sa vache malade, croit en l'intervention divine et l'obtient. Si le prêtre fournit dans ses sermons un système essentiel de valeurs et d'espoirs qui cimentent la communauté, par ailleurs l'orateur réformiste qui parle sur la place du village dans une langue apprêtée et lointaine est destiné à lui rester étranger. Le vrai miracle du film est la limpidité formelle des épisodes séparés, parfaitement intégrés à l'ensemble. Olmi se met dans la même position que ses concitoyens qui se retrouvent, le soir, pour raconter et entendre des histoires entre le fantastique et le vécu : il a le plaisir du conteur authentique, il respecte et aime tous ses personnages, depuis l'idiot en quête de charité jusqu'aux deux amoureux timides osant à peine s'approcher. La narration est comme soudée dans un souffle néo-classique, aux accents virgiliens. Mais le cinéaste n'a pas d'illusion sur le fait de s'isoler dans cette évocation du passé ; ce que l’on a perdu, on le retrouve seulement en creusant dans sa mémoire. Cette œuvre d’une admirable dignité enseigne ainsi avec quelle difficulté l’on peut connaître son héritage, et l’accepter pour prendre en main son avenir.


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Re: Ermanno Olmi

Post by Pomponazzo »

Bravo Thaddeus, bellissimo. Complimenti!
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Alexandre Angel
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Re: Ermanno Olmi

Post by Alexandre Angel »

Bravo, oui, car ce texte me fait retrouver la singularité de ce film que je n'ai vu qu'une fois, non pas à sa sortie, mais peu de temps après à la télé (il faudra que je me procure le dvd). Je me souviens d'un film aux antipodes du Novecento, de Bertolucci, d'un lyrisme blême, hivernal, humide, rigoureux dans tous les sens du terme.
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Jeremy Fox
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Re: Ermanno Olmi

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote:Bravo, oui, car ce texte me fait retrouver la singularité de ce film que je n'ai vu qu'une fois, non pas à sa sortie, mais peu de temps après à la télé (il faudra que je me procure le dvd). Je me souviens d'un film aux antipodes du Novecento, de Bertolucci, d'un lyrisme blême, hivernal, humide, rigoureux dans tous les sens du terme.

Voilà un film qui m'avait ennuyé à mourir lors de cette même diffusion télé mais qui m'a ébloui à sa revision en DVD.
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Alexandre Angel
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Re: Ermanno Olmi

Post by Alexandre Angel »

Jeremy Fox wrote:Voilà un film qui m'avait ennuyé à mourir lors de cette même diffusion télé
Je m'y étais un peu ennuyé aussi, je ne le cache pas mais c'était en 80 ou 81, quelque chose comme ça :fiou:
holst
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Re: Ermanno Olmi

Post by holst »

RIP
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Re: Ermanno Olmi (1931 - 2018)

Post by poet77 »

Certains films sont malheureusement toujours inédits en DVD, comme "Longue vie à la Signora" et "La légende du saint buveur", deux films dont je garde le meilleur souvenir.