L'Année Dernière à Marienbad (Alain Resnais - 1961)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alexandre Angel
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Re: L'Année Dernière à Marienbad (Alain Resnais - 1961)

Post by Alexandre Angel »

Si l'on m'avait demandé ce que je pense de L'Année dernière à Marienbad, comme ça, à froid, j'aurais été obligé de dire la vérité : à savoir que c'est un film "très important", sorte de classique français, que je n'ai vu qu'une fois à la TV et deux fois en salle (la seconde étant la bonne), mais à propos duquel je serais incapable de donner une appréciation assurée, tranchée. En fait je me sens peu d'aptitude à aimer L'Année dernière à Marienbad sans me lover dans l'œuvre entière d'Alain Resnais. La cinéphilie peut passer par ce genre d'affres : ne pas forcément adouber un film célèbre, ne pas l'avoir obligatoirement intégré à sa vibration intime tout en jubilant de son inscription en une œuvre que l'on hume de tous ses pores. Voilà l'étrange paradoxe que le souvenir de Marienbad m'inspire. Le texte de Thaddeus ci-dessus exprime quelque chose de ce paradoxe et choisit son camp :celui du plaisir induit par le ludisme qui sous-tend toute l'œuvre d'Alain Resnais. L'idée que Marienbad puisse s'adresser à l'élite est une idée déprimante même si le film n'est indubitablement pas facile, tout comme La Guerre est finie, ou dans un autre registre Je t'aime, je t'aime autant que Providence. Je suis reconnaissant à Alain Resnais d'avoir eu la grande élégance de laisser le versant récent de son œuvre "éclairer" rétrospectivement le sérieux formel de la première moitié de sa filmo d'un éclat ludique qui mit du temps à se faire déceler. Comme si, avec le temps, le grand cinéaste français finissait par nous confier qu'il n'a jamais cessé de s'amuser et qu'il ne fallait peut-être pas se prendre autant la tête, malgré le sérieux, la gravité, la noirceur, l'amertume. Car Resnais a eu le génie et la prescience de traiter d'égal à égal l'intellect et le populaire, les faisant dialoguer. Plus encore qu'"arpenteur de l'imaginaire", Resnais était le cinéaste de la lisibilité, au sein d'un périmètre incluant généreusement BD, science-fiction, sérials, opérette autant que matériau littéraire d'apparence élitiste. Resnais n'était pas autre chose qu'un passeur offrant à ses passions, certes parfois particulières, la tribune du médium cinématographique. Jamais le sentiment de l'adaptation d'un matériau n'aura été aussi puissant que chez Alain Resnais. La légèreté assumée des derniers opus crève génialement l'abcès du ludisme parcourant l'œuvre entière. Il n'est pas jusqu'à Nuit et brouillard qui ne soit traversé, malgré l'incommensurable gravité du sujet, d'un frimas de jeu narratif, alors que défilent à l'image toutes sortes de miradors, allant du "style classique" au "style japonais", défilement de plans qui invite une manière de terrible ironie badine, sans que cela ne jette sur ce chef d'œuvre un quelconque discrédit. Nuit et brouillard, premier cri d'horreur cinématographique de l'après-guerre, donnant aussi à "lire" le texte de Jean Cayrol. Du coup, Marienbad en ressort enchanté, autant qu'un film de Jacques Demy (j'ai pensé à Peau d'Ane mais aussi, en fonction des plans, à La Baie des Anges en le revoyant) et autorise le matériau d' Alain Robbe Grilllet à sortir de sa chrysalide.
Toute l'œuvre d'Alain Resnais est une invitation à lire attentivement le matériau qu'elle adapte. Et cela vaut autant pour Alain Robbe Grillet, Marguerite Duras ou David Mercer que pour Alan Ayckbourn, Maurice Yvain/André Barde (Pas sur la bouche) ou Jaoui/Bacri (via Joséphine Baker ou Téléphone) pour On connaît la chanson.
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Jeremy Fox
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Re: L'Année Dernière à Marienbad (Alain Resnais - 1961)

Post by Jeremy Fox »

Justin Kwedi nous convie à un cycle Alain Resnais ; on débute ce jour avec ce grand classique du cinéma français.
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Jeremy Fox
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Re: L'Année Dernière à Marienbad (Alain Resnais - 1961)

Post by Jeremy Fox »

The Eye Of Doom
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Re: L'Année Dernière à Marienbad (Alain Resnais - 1961)

Post by The Eye Of Doom »

Après "La vie privé de Sherlocck" et "To live and Die in LA", troisième film de ma commande 4=50%:

L'année dernière à Marienbad".

Ouhlala...
J'avais envie d'écrire "grosse déception" mais je pense que c'est pas vraiment ca.
J'ai pas compris l'objectif et le propos du film. Cet un objet abscons où l'on oscille entre l'exaspération devant un formalisme lourdingue et prétentieux (j'ai failli arrêté au bout de cinq minutes) à la sidération devant certaines plans et scenes stupéfiantes (surtout sur la seconde moitié).
Tout est lent, lourd,appuyé, surjoué voire mal joué, répétitif, plastiquement magnifique mais profondément ennuyant, insignifiant dans son propos (mais de quoi ca parle vraiment ?).
Donc pourquoi regarder cet objet? Je ne sais pas... les plans sont avant tout de magnifiques photos "vivantes". Le film est comme un ruban de Moebius que l'on parcourrais 30 fois en 1h30 interminables.
Et puis comment s'intéresser à ces gens richissimes, oisifs, inexistants aussi désincarnés?
C'est certains qu'il y a des compositions magnifiques quasiment du début à la fin. On ne peut que se laisser prendre par une scène entre les deux protagonistes, envoûté par la beaute plastique et les voix magnifiques sussuranr un texte creux.
Comme indiqué, il y a déçi delà quelques moments de mise en scènes stupefiants, brulant la rétine: je me rappelle Delphine Seyrig sur son lit reculant devant la caméra, ou le plan où elle ouvre grand les bras ou encore quand elle apparaît de nuit drapée dans une robe noire à paillette ou encore tombée au sol dans son peignoir à plumes ou encore quand dans un mouvement continu elle change de tenue voire de lieu,... Le savoir faire de Resnais s'impose à chaque instant mais ne surprend que trop rarement.
Le vrai problème est pour moi la faiblesse des enjeux narratifs pour lesquels sont convoqués cette science plastique.
Vague triangle amoureux (si on veux...) ou rien ne se passe ou plutot ou la même chose se passe sans fin comme un disque rayé qui après un tour répète la même chose. C'est aussi creux et vain que prétentieux. Pour dire si je suis naïf je m'attendais à une révélation du style:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Le personnage masculin incarne la mort venue chercher la femme qui se dérobe.

Meme pas, ca se termine sans se résoudre.
On est pas chez Tarkovski ou Bunuel.

Scrupulement conçu et rigoureusement exécuté, le film est exactement tel que le rêvaient les auteurs.
C'est une sorte de manifeste d'une avant garde étrange qui vu d'aujourdhui succite le même sentiment de curiosité poli que certains films expressionnistes extrémiste comme "Du crépuscule à l'aube" ou meme Caligari.

Que ce film ai été un succès public laisse songeur autant sur l'époque que sur la notre.