Top 20 Shaw Brothers

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Top 20 Shaw Brothers

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The Fastest Sword (Pan Lei aka Poon Lui - 1969)

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Ding Menghao, un redoutable épéiste trop arrogant et belliqueux, perd un défi que lui lance un moine. Plutôt que lui prendre la vie, ce dernier impose à Ding Menghao d'être son assistant durant 3 années. Au début réticent à cette retraite, il finit par s'ouvrir à la philosophie et l'art. Mais quand il revient dans le monde, sa réputation n'a pas été oublié et de nombreux experts en quête de gloire le provoque en duel. Fatigué de devoir tuer, Ding Menghao se retire sous une fausse identité dans un petit village.

Pan Lei - cinéaste ayant fait sa carrière à Taïwan - n'est pas le cinéaste de la Shaw Brothers ayant le plus marqué les esprits, il semble pourtant avoir quelques pièces importantes à son actif. C'est le cas de ce formidable wu xia pian qui s'inspire de La Cible Humaine d'Henry King pour offrir une oeuvre passionnant, entre le film de sabre, le western, le drame et réflexion sur la condition humaine et la culpabilité. Son grand avantage est de ne pas être un simple décalque du classique de King mais d'apporter une sensibilité plus "asiatique" avec la dimension initiatique de la première partie. On pense ainsi à l'évolution de Miyamoto Musashi par exemple qui à l'instar de Ding Menghao ne cherche qu'à être un bretteur sans rival avant de s'ouvrir doucement à l'introspection pour mieux se remettre en question et gagner une maturité sur la vacuité de son propre passé.
Bien que fortement condensé ici à quelques dizaines de minutes, ce récit initiatique fonctionne parfaitement avec ce qu'il faut d’ellipses pour une narration tenue et dense, avec même des ruptures assez brutale qui accompagne parfaitement le traumatisme et la prise de conscience du héros. Les seconds rôles sont vivants et enrichissent le portrait du protagoniste. La seconde moitié perd un peu en originalité et profondeur pour se reposer sur un schéma plus traditionnel. Cependant les dilemmes et les relations de Menghao parviennent à dépasser ses conventions. De plus, le tournage à Taïwan est l'occasion de voir des décors plus sauvages et désolés que ceux des studios Hong-Kong de la Shaw Brothers, ce qui soulignent encore l'originalité du récit et la rigueur de sa mise en scène.

La mélancolie et l’atmosphère désenchantée ont traversé les décennies sans encombre et font oublier des chorégraphies loin des standards actuels. Elles demeurent cela dit solidement mise en scène malgré et donnent surtout une réelle intensité narrative et psychologique. Il faut croire que Pan Lei a retenu la leçon de Sergio Leone qui accordait autant d'importance aux scènes d'actions qu'à leur mise en place.

Par chance, ce titre existe encore en DVD via une édition taïwanaise en VOSTA mais malheureusement en letterbox. Il se trouve encore sur yesasia :wink:
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Post by bruce randylan »

Dream of the red chamber (Yuan Qiu-Feng - 1962)

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Suite à la mort de sa mère, la jeune fille Lin est recueillie par une grande tante vivant dans un vaste palais luxueux. Elle y fait la rencontre de son cousin Jia, d'un tempérament impulsif, sensible et immature. Un tendresse nait entre les deux jeunes gens mais leur famille ont d'autres plans pour eux.

Ayant fini les 3200 pages du roman classique chinois par excellence Le rêve du pavillon rouge (ça m'aura pris 1 an mine de rien :mrgreen: ), je me suis dit que c'était le bon moment pour tenter une de ses nombreuses adaptations cinématographique. Celle-ci date de 1962, produite par la Shaw Brothers, passe pour être une des meilleures, grâce à la présence de Betty Loh Ti dans le rôle de Soeurette Lin et une production s'étalant sur une année.

Mieux vaut en effet connaître au moins les grandes lignes de l'histoire : pour tenir en 101 minutes, ils ont sacrément taillé à la serpe, ce qui était nécessaire aussi étant donné les nombreux chapitres répétitifs du roman et des sous-intrigues (inégales) qui mériteraient autant de long-métrages.
Ca commence directement à l'arrivée de Lin dans sa nouvelle famille et ça se termine au mariage de Jia (sans évoquer la lente déchéance financière de la fratrie). On passe donc à la trappe toute la dimension de fable mystique et spirituelle ainsi que les événements surnaturels. La "morale" et la résonance bouddhique du roman ne sont évoquées que quelques secondes dans le générique de fin. La peinture des mœurs (corruption, approche socio-historique, description du quotidien, fonctionnement du système politique, place de la religion...) est également absente et les personnages sont inévitablement réduits au minimum : il ne reste que 3-4 servantes, tous les autres personnages masculins disparaissent à part le père qui n'a droit qu'à une scène. Enfin, hormis les quelques minutes du début et de la fin, tout le film se déroule dans le palais, où plutôt dans une poignée de décors. Ca donne une réalisation assez illustrative, académique mais chatoyante dans sa photographie, ses costumes et sa décoration.
Les relations entre les personnages sont très schématiques et ne fonctionnent que par l'ancrage dans la culture collective chinoise. Je ne suis pas sur qu'un novice comprenne aisément les raisons de l'attachement entre Jia et Lin, ou la symbolique du jade.
Pour autant le film se suit sans déplaisir par l'attention à la direction artistique et une narration assez dense mine. L'histoire évolue essentiellement par des chansons opératiques, qu'elles soient "off" pour condenser le récit ou scandées par les comédiens. Il va sans dire que les airs manquent de variété même si elles sont moins stridentes que chez d'autre opéra chinois. Et une fois de plus dans un opéra chinois, c'est une femme qui tient le rôle masculin.
Betty Loh Ti est impeccable et incarne idéalement son avatar entre grâce, pudeur, mélancolie et fragilité. Yam Kit s'en sort moins bien en tant que Frérot Jia, principalement car le personnage est plus difficile à saisir dans ses nombreuses sautes d'humeur et son instabilité psychologique.

Si on n'est pas réfractaire au genre (et aux chansons), le charme suranné fonctionne encore pas trop mal. Je suis curieux de découvrir la version de Li Han-Hsiang qui était tout désignée pour une adaptation. Elle date de 1977, toujours chez la Shaw Brothers avec Brigitte Lin et Sylvia Chang.



Le dvd HK zone 3 VOSTA semble encore se trouver, justement dans un coffret avec la version de 77 (je l'avais trouvé à l'unité). Copie propre mais la définition et la compression sont largement perfectibles. On croirait presque à du letterbox zoomé par moment.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
Addis-Abeba
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Re: Top 20 Shaw Brothers

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Shaw brothers mineur mais pas inintéressant.
Le début est vraiment laborieux avec des combats ultra mous et assez ridicules, une simple pichenette assomme les assaillants et surtout je donne un coup de poing, j’ai pas de garde, mais c'est pas grave, mon adversaire m'attend avant de frapper.
Je place mon corps n'importe comment par rapport à mon adversaire mais là encore c'est pas grave,bref difficile de ne pas lever les yeux au ciel, mais passons.
Plus le film avance plus les combats gagnent en intensité et en fantaisie, ca devient de suite plus fun, plus sec.
Le scénario est basique, complots et alliances entre chinois qui luttent contre l’ingérence Russe ou Japonaise ce qui donne droit à quelques confrontations plus pittoresques, et fait finir ce petit Shaw brothers sur une note plus positive niveau spectacle.
A voir une fois donc...

Pas assez calé pour connaitre le casting:

SHIH SZU


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Taiwannaise apparemment assez connue, d'ailleurs quand le réalisateur se décide à enfin bien filmé, on voit qu'elle s'en sort plutôt bien.




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Curieux thème pour un Shaw Brothers, mais pourquoi pas.Ti lung en toxicomane faillait osé.
Le sujet:Après une cure de désintoxication, un professeur de kung-fu (Ti Lung) est chargé par la police d’utiliser l’amitié qu’il porte à un mauvais garçon, pour faire tomber une organisation mafieuse.
Faut le dire la représentation du monde des drogués est assez caricaturale, la gestion du manque pour les toxico n'en parlons pas, même si j'aime bien la BO lors de ces scènes.
La partie drogue laisse vite la place à une intrigue policière pas des plus passionnantes,et on fini par un une scéne de Kung-fu à trois qui elle est bien une digne héritière du savoir faire de la Shaw.
Bref c'est assez moyen, mais ca montre un autre coté des productions de cette firme.Moins à l'aise ici.
"On va voir King-Kong au cinéma avec les collègues, tu viens avec nous ? Non j'aime pas les films Chinois..."
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"Finalement le gouvernement aura filé plus de PV que de masques..."
bruce randylan
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Post by bruce randylan »

Quelques titres découverts durant le confinement :

The blue and the black (Doe Chin - 1966)
Un classique du cinéma HK composé de 2 parties de 2h00, également célèbre pour constituer un des dernières apparitions de la vedette Linda Lin Dai qui se suicida avant la fin du tournage.
Si j'avais apprécié Love without end, ce diptyque m'a passablement ennuyé. Malgré une ponctuelle bonne appréhension des décors et de la couleur, la réalisation de Doe Chin est terriblement académique et manque cruellement d'ampleur pour porter ce qui devait être un Autant en emporte le vent hong-kongais. L'intrigue - sans doute pénalisée par la disparation de sa comédienne - n'est pas toujours limpide, surtout dans le second film. Il y a pourtant une réelle ambition de dépeindre une bonne dizaine de personnages pris dans le tumulte de l'histoire sans être trop manichéen - tout en restant dans la propagande patriotique - mais les acteurs sont bien trop vieux pour le rôle (prendre des comédiens trentenaires pour faire des étudiants), affaiblissant des enjeux de plus en plus artificiels. L'ensemble reste souvent étriqué, avec peu d'aération dans les décors et lieux de tournage.

J'ai enfin vu Seeding of a ghost (Richard Yeung - 1983) via le blu-ray anglais 88 films qui fait le bonheur des amateurs de films horrifiques barrées, dont pas mal de mes potes qui me le (sur)vendaient depuis pas mal de temps. Comme j'ai ai vu quelques-uns maintenant du même genre, sa fraîcheur et sa folie ne m'ont pas autant fait tripper que je le pensais, sans doute car la première partie est "assez sage" avec du cinéma d'exploitation lambda (érotisme gratuit, un peu de kung-fu urbain où un mari cherche à retrouver les violeurs et assassins de son épouse). Par contre la dernière demi-heure dégénère dans le pur bis out of this world avec une invention réjouissante dans le mauvais goût et des idées bien barrées qui s'enchaînent sans temps mort : différentes hallucinations où les sens des méchants sont malmenés et surtout un cadavre reprenant vie pour accoucher d'un monstre qui s'en va démembrer du bourgeois lors d'une soirée entre amis. Les séquences chocs et déviantes progressent avec générosité et semblent vouloir en rajouter toujours plus ; et tant pis pour les effets spéciaux bricolées qui possèdent cependant toujours cet indéniable charme rétro d'autant que la réalisation est étonnement fluide et dynamique.
A la vue de sa seconde moitié, Seeding of a ghost n'a pas volé sa réputation de classique du genre, il faut juste dépasser la longue mise en place pas franchement engageante.

Toujours chez 88 films, The ghost lovers (Shin Sang-ok -1974) est en revanche totalement soporifique, histoire d'amour où une femme décédée revient d'entre les morts pour retrouver son mari qui était en déplacement lors de sa longue agonie. Mise en scène plate, scénario arbitraire où l'on cherche désespérément la logique (comme le défilé de supposés maris qui doivent passer une nuit avec la morte), acteurs fades, rythme mollasson... Il ne reste que quelques effets de couleurs pour trouver quelque chose de positif à dire. Le film est une co-production entre la Corée du Sud et la Shaw Brothers mais il y a des infos contradictoires et je n'arrive pas à savoir si le film a été tourné en parallèle pour les deux marchés avec un casting différent ou pas.

The treasure hunters (Lau Kar Wing - 1981) s'impose comme une grande réussite signé par le frère de Liu Chia-Liang. On est dans la kung-fu comedy avec un scénario prétexte, pas forcément engageant (un trésor recherché par une multitude de personnes dont un duo contraint de s'associer). Si l'humour présent dans la première moitié est loin d'être du meilleur cru et où les acteurs cabotinent sans raison, dès qu'il s'agit des combats on atteint rapidement des cimes avec des chorégraphies aussi virtuoses que techniques pour des combats relativement longs offrant des passes d'armes avec le moins de coupes possibles. Gordon Liu n'a qu'un second rôle (et il est rapidement blessé pour agir pleinement) mais tous les autres s'en donnent à cœur joie et sans retenue : Alexander Fu Sheng qui forme un duo avec son propre frère Cheung Chin Pang face à différents adversaires dont Johnny Wang ainsi que Yeung Jing Jing qui aurait largement mérité une meilleure carrière. Elle est époustouflante dans les 2-3 combats qu'elle a au point de voler la vedette à ses opposants.
Les 30 dernières minutes enchaînent les morceaux de bravoure pour des chorégraphies affolantes.

(DVD zone 3 toujours disponible sur yesasia :wink: )

Duo mortel (Chang Cheh - 1971) avec son scénario inconsistant ne fait pas partie des œuvres ambitieuses ou personnelles du réalisateur. En revanche en pur divertissement qui s'assume comme tel en dépassant pas les 80 minutes. C'est ainsi particulièrement réjouissant ne laissant aucun moment de répit avec des combats qui ne manquent pas d'énergie ni de morts violentes. C'est particulièrement idiot avec des héros qui semblent toujours choisir l'option la plus suicidaire (la traversée du pont :lol: ) mais ça rajoute une dose de plaisir coupable. J'avais parfois l'impression d'être dans un sketch des Robins Des Bois où les personnages s'écrient tout le temps "Battons-nous !"
Les chorégraphies de Tang Chia et Liu Chia-Liang ont certes un peu vieillies, elles n'en demeurent pas moins efficaces et bouillonnantes par leur dimension "grosses mêlées sauvages".
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hellrick
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Re: Top 20 Shaw Brothers

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Addis-Abeba wrote:Image

Shaw brothers mineur mais pas inintéressant.
Le début est vraiment laborieux avec des combats ultra mous et assez ridicules, une simple pichenette assomme les assaillants et surtout je donne un coup de poing, j’ai pas de garde, mais c'est pas grave, mon adversaire m'attend avant de frapper.
Je place mon corps n'importe comment par rapport à mon adversaire mais là encore c'est pas grave,bref difficile de ne pas lever les yeux au ciel, mais passons.
Plus le film avance plus les combats gagnent en intensité et en fantaisie, ca devient de suite plus fun, plus sec.
Le scénario est basique, complots et alliances entre chinois qui luttent contre l’ingérence Russe ou Japonaise ce qui donne droit à quelques confrontations plus pittoresques, et fait finir ce petit Shaw brothers sur une note plus positive niveau spectacle.
A voir une fois donc...
Je viens de le voir et j'ai bien aimé, beaucoup de bastons malgré un côté un peu pauvre des décors, costumes et autres. Je l'ai vu sous le titre KARATE KING dans la collection SB de chez Koch Media (blu ray).
Critiques ciné bis http://bis.cinemaland.net et asiatiques http://asia.cinemaland.net

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