Top 20 Shaw Brothers

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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A deadly Secret (T. F. Mou Tun-Fei - 1980)

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Piégé par des frères d'armes qui courtisent la même femme, un jeune homme est jeté en prison injustement. Il partage sa cellule avec un expert en arts-martiaux, souvent torturé, qui refuse de confier à ses geôliers un intriguant secret que beaucoup convoitent. Craignant d'abord d'être face à un espion, il prend bientôt sous son aile son nouveau compagnon et lui enseigne ses techniques de combats.

J'ai lancé le film sans savoir qu'il s'agissait du sulfureux réalisateur de Men behind the sun et Black Sun : The Nanking Massacre et si ce n'est une séance de torture inaugurale où Jason Pai se fait violemment pénétrer par un manche en bois, le film est plutôt sobre et sans réelle effluve sanguinolente. Par contre, il est d'une incroyable misanthropie qui culmine dans une dernier tiers assez démente où les symboles de vertus, de morales, et piété sont malmenées. Ca va même très loin avec des élèves d'arts-martiaux assassinant leur maître, un père enterrant vivant sa fille et une foule hystérique détruisant une statue bouddhique tout en se trucidant les autres les autres.
La cause de ce déchaînement de passions sadiques ? Ce fameux secret, sensé conduire à un trésor inestimable, un parfait McGuffin intelligemment scénarisé qui se dévoile lui-même au fur et à mesure et dont chaque révélation conduit à des séquences qui augmentent la tension dramatique et la perversité. C'est Ni Kuang qui signe scénario, adaptant un roman de Chu Yu, à la fois bien construit dans sa progression générale et souvent totalement incohérent ou profondément idiot dans son premier tiers : quand il ne se fait pas torturer, le méchant envoie des hordes d'assassins pour le supprimer (qui se font zigouiller en quelques secondes), laissant ainsi les grilles des prisons grandes ouvertes. Mais Jason reste tranquillement en prison, sauf quand il s'évade de temps en temps pour aller voir sa copine qui habite en face, avant de revenir dans la foulée remettre ses fers. Sans parler de l'intérêt d’enterrer vivante le personnage féminin par exemple...
Beaucoup ont ainsi trouvé le résultat outrancier et grotesque. Pour ma part j'ai justement beaucoup apprécié cette montée en puissance dans la noirceur et j'ai adoré la dernière partie qui va assez loin dans sa capacité à maltraiter les codes.
C'est d'ailleurs l'ambiance électrique qui permet de transcender les chorégraphies qui sont sinon plutôt basiques et classiques.

Une bonne surprise solidement réalisé avec quelques moments bien découpés comme la traque dans la cour d'une maison abandonnée. Je l'avais acheté à l'aveuglette et j'en suis bien content.

DVD Celestial zone 3 16/9 et VOSTA que j'ai trouvé un peu terne. Pour une fois c'est toujours disponible (genre yesasia), sans doute car sa réputation est plutôt moyenne.
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Pursuit (Cheng Kang - 1972)

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Pour avoir corrigé un officiel corrompu qui voulait violer sa femme, un général tombe dans un piège et est envoyé en exil pour être juger. Ses gardes ont ordre de l'assassiner sur la route.

Une autre réussite à mettre au crédit de Cheng Kang qui signe ici un film d'arts-martiaux pessimiste à l'immoralité prononcée. Et donc, un peu réactionnaire sur les bords. En effet, le héros croit en la justice et à la rédemption de ses tortionnaires qu'il épargne à plusieurs reprises pour mieux se re-faire trahir la séquence suivante. La fin est à ce titre sans appel :
Spoiler (cliquez pour afficher)
Il se serait venger immédiatement du méchant, dès le début de l'histoire, sa famille et de nombreux innocents seraient toujours en vie !
Cette structure narrative assez répétitive pourrait rapidement tourner en rond mais la naïveté et la bonne foi du héros permet aussi de montrer d'un cran le sadisme et la noirceur du récit. L'intensité dramatique ne retombe jamais, condamnant Yueh Hua à une longue descente aux enfer. Il en ressort une hargne et une haine bien intégrées aux chorégraphies qui dégagent une réelle violence sans être forcément aussi sanguinolente que chez Chang Cheh. Un réel désespoir est palpable à l'image d'une survie précaire comme les combats où Yueh Hua doit se défendre malgré ses fers et sa cangue. On sent chez lui un dilemme entre se défendre et prendre la vie de quelqu'un, ce qui contraste avec la virulence de ses adversaires ou de son ancien frère d'arme, un redoutable ermite.
De plus la réalisation de Cheng Kang fait preuve d'une belle élégance avec un réel sens de l'espace et de l'environnement dans la conception de chaque scène avec pas mal de décors variés : parc, forêt, plaine enneigée, palais, maison isolée...

Ce titre très recommandable n'est disponible que via une édition taïwanaise en DVD VOSTA malheureusement letterbox. Mais le master est solide et la compression de qualité donc même en zoomant un peu dans l'image, ça reste largement décent.
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The magnificent concubine (Li Han-Hsiang - 1960)

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Délaissant les affaires intérieur à ses généraux, l'empereur Xuanzong a pour concubine favorite Yang Guifei dont le frère est justement est l'un nouveaux hommes influents à la cour.

Pur hasard des projections, après The eternal beauty Xi Shi il y a quelques semaines, j'ai découvert un autre film mettant en scène l'une des 4 beautées de la Chine Antique : Yang Guifei, plus connu sous le nom Yang Kwei-fei pour avoir été portéé au cinéma par Mizoguchi dans une co-production où l'on trouvé déjà la Shaw Brothers.
Je n'ai plus trop de souvenir de ce dernier mais j'ai l'impression que la structure est assez proche, avec la reprise de quelques scènes (la piscine de marbre) et bien-sur sa conclusion tragique.
Mais avec 71 minutes au compteur, ce remake va beaucoup plus vite et condense énormément la narration, au point qu'on sente à quelques reprises les coupes et de rendre un peu brouillon la sous-intrigue politique. Je précise quand même que Imdb ou wikipedia indiquent une durée de 105. Est-ce que des bobines auraient été perdues ?
Pourtant le film subjugue du début à la fin par une somptueux classicisme et une direction artistique époustouflante qui tient presque du fétichisme tant sa reconstitution est soigné. Li Han-Hsiang était réputé pour sa connaissance encyclopédique de l'histoire chinoise et il le prouve ici dans le soin maniaque à mettre en scène cette période. Même sans être expert dans le domaine, la véracité de sa re-création de la dynestie Tang transpire à chaque plan : costumes, mobiliers, œuvres d'arts, architectures, teinte, bijoux etc... la conception du film prit 2 ans, certains décors furent construit sur plusieurs mois, tandis que du vrai marbre fut utilisé. Et tout cela se ressent à l'écran.
C'est un pur éblouissement de chaque instant et la mise en scène en tire un iconisme érotique puis une intensité dramatique qui mue subtilement en un lyrisme vibrant pour la dernière partie (qui évite le décalque du Mizoguchi). Entre les scènes de foule, les décors majestueux et une photographie éblouissante, The magnificent concubine est un vrai accomplissement technique et formel, sachant que le cinéaste est parvenu à ne pas se faire submerger par son amour décoratif. Ca permet quand même de compenser une interprétation qui a un peu vieilli où Lily Hua ne fait pas dans la finesse. Heureusement, ça s'améliore au fur et à mesure et les comédiens sont autrement plus juste dans le dernier tiers.

Je ne fus pas le seul à être sous le charme de la mise en scène puisque lors de sa présentation à Cannes en 1962, il obtint le "Grand Prix de la Commission Supérieure Technique du cinéma français" bien justifié.

Du coup, j'ai commandé 3 autres films du cinéaste dont j'avais déjà fortement apprécié the Empress Dowager.. Malheureusement, les disques Celestial zone 3 se font rares et le choix est finalement réduit. Le blu-ray du célèbre The love eterne (tiré de la même légende que the Lovers de Tsui Hark) est épuisé par exemple. :cry:
Celui de The magnicent concubine est toujours disponible dans une excellente copie.

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The dragon missile (Ho Meng Hua - 1976)

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Victime d'une grave maladie, un empereur apprend d'un médecin qu'il n'a plus que quelques jours à vivre, sauf s'il se procure une plante rare. Il charge un homme de main de la récupérer. Expert dans le maniement de redoutable lames qui se manient comme des boomerangs, il a aussi la charge d'éliminer tout ceux qui pourraient être au courant de son état de santé.

Dans la prolongement des flying guillotine, Ho Meng Hua se voit confier les manettes d'une autre production où les décapitations sont légion. Pour cela, on lui octroie un scénario de Ni Kuang, ainsi que Tang Chia aux chorégraphies. Ce dernier peut ainsi concevoir quelques armes originales comme à son habitude (les "Dragon missile", la chaîne de bracelet) qui ne permettent cependant que peu de réelles passe d'armes. De plus les chorégraphies des combats à mains nues sont plutôt légères avec des acteurs qui sont loin d'être des experts martiaux, Lo Lieh en tête. De ce point de vue, l'action est un peu décevante même si le nombre de scènes d'actions est assez généreux et variées, en essayant d'innover un peu.
Par contre, le scénario est pus atypique en mettant en scène des personnages peu reluisants et dénués d'état d'âmes quand il s'agit d'accomplir froidement leurs ordres. Lo Lieh qui est le personnage central est ainsi davantage un méchant qu'un héros positif et valeureux, n'hésitant pas à assassiner des innocents. Les "gentils" n'apparaissent ainsi qu'au bout de 30-40 minutes et restent des personnages secondaires.
Cette structure est payante, offrant un univers plus complexe que d'habitude, moins manichéen. Ca permet aussi un rythme très soutenu, avec de nombreuses trahisons, guet-apens, duels, entre rebondissements et vengeances pour une dizaine de personnages récurrents.
Ho Meng Hua s'en sort très bien derrière la caméra, avec une bonne gestion de l'espace, et retrouve pratiquement la fluidité d'un Chu Yuan, en moins onirique. Sa mise en scène est davantage sèche dans une recherche de premier degré. Contrairement à ce que laisse penser les nombreuses décapitations, the dragon missile ne bascule jamais dans le pur bis pour des effusions sanguines assez sobre tout compte fait. On ne s'ennuie ainsi jamais, sans savoir anticiper les orientations du scénario.

Première découverte d'un blu-ray de l'éditeur anglais 88 films et il n'y a rien à redire sur la copie ou l'encodage. Et c'est donc en VOSTA.

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Re: Top 20 Shaw Brothers

Post by hellrick »

J'ai acheté aussi Dragon Missile avec une poignée d'autres chez 88films et en Allemagne, va falloir que je me fasse un petit cycle Shaw, jai revu 5 Element Ninja et je pense qu'il va entrer dans mon top100 :D
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Re: Top 20 Shaw Brothers

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hellrick wrote:J'ai acheté aussi Dragon Missile avec une poignée d'autres chez 88films et en Allemagne, va falloir que je me fasse un petit cycle Shaw, jai revu 5 Element Ninja et je pense qu'il va entrer dans mon top100 :D
Je l'ai reçu aussi celui-là (avec une dizaine d'autres). Jamais vu et je suis content de bazarder mon vieux DIVX en anglais :)
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Re: Top 20 Shaw Brothers

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King gambler (Cheng Kang - 1976)

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Aidé par sa famille et ses amis, un expert en jeux monte une série de stratagèmes pour venger son maître rendu aveugle par son ennemi, un tricheur qui a fait fortune dans les casinos.

Connu chez nous pour ses Wu Xia Pian comme les 14 amazones ou Les 12 Médaillons d'Or, Cheng Kang est sans doute aussi l'inventeur du "gambling movie" qui allait exploser quelques années plus tard à Hong-Kong grâce à Wong Jing.
Mais dès 1976, Cheng Kang posait déjà les bases, l'humour et l'action en moins, dans ce policier rondement mené entre twists, coups impossibles, partie de cartes fiévreuses, déguisements et un héros qui a toujours un coup d'avance.
Je ne sais pas si Cheng Kang s'est dit que filmer des partie de cartes et des lancers de dés n'étaient pas très cinématographique ou si les producteurs lui ont imposés de ne pas dépasser les deux heures à tout prix mais King gambler possède un montage ahurissant, d'une vitesse folle, rempli de coupes brutales, de mouvements de caméra déstructurés, de jump cuts et autres inserts fugaces. Le résultat est d'un dynamisme dingue qui maintient une tension permanente pour garder garder toute la concentration du spectateur : un regard à sa montre et on peut perdre 3 plans dont un primordial dans la compréhension de la mise en place des plans ingénieux du héros pour prendre à son propre le jeu ses adversaires.
Le film n'est pour ainsi dire que ça : une succession de pièges tous plus huilés les uns que les autres. L'histoire est ainsi découpée en différents chapitres/actes qui racontent chacun un coup redoutable pour user les nerfs du vilain.
Même sans rien comprendre aux différents jeux (majhong, différents jeux de cartes, dés), la construction des séquences fait que les enjeux sont rapidement clairs avec sa mise en scène fluide fusionnant les informations avec maestria. Et les ressorts sont suffisamment variés pour que les 2 heures ne se ressentent jamais : entre deux "chapitres" de pure gambling, il y aussi des arnaques savoureuses comme un faux couple princier étranger (mais vrais voleurs de diamants) et une truculente séquence immorale où le méchant vend sans le savoir sa femme à un magnat étranger le temps d'une nuit .
Alors certes, généralement les intrigues se déroulent sans accroc, laissant peu de place aux imprévus (à part sur la fin). Mais ça n'altère en rien les séquences réjouissantes au possible. Et quel montage sacrebleu !

Le dvd zone 3 est correct (16/9, copie propre) même si on compte pas mal de plans flous. Ca a l'air épuisé par contre.

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The enchanting ghost (Chow Yuk Kong - 1970)

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Ruiné par son oncle à la mort de son père, un jeune lettré est contraint de vivre dans une maison abandonné que les villageois disent hantée. Il héberge deux voyageuses de passage, une fille et sa mère. Après le décès de cette dernière, les deux jeunes gens tombent bientôt amoureux.

Médiocre et laborieux film fantastique entre mélodrame et fantôme, bien loin de pouvoir rivaliser avec les équivalents japonais de la même période. J'ai l'impression que le public visé est davantage celui féminin avec son héros masculin campé par une actrice comme c'était la mode quelques années plus tôt. Ce qui le date d'ailleurs fortement, peu aidé par une réalisation fade et académique. L'histoire est à peine présentée au début, témoignant un flagrant manque d'intérêt pour rendre l'histoire crédible, et on ne comprend pas vraiment pourquoi l'oncle du héros lui en veut autant, sachant qu'il lui a déjà pris tout son argent.
On attend donc, non sans impatience, le virage fantastique qui n'intervient qu'au bout d'une heure, lors des 20 dernières minutes, sous la forme d'une classique vengeance d'un spectre qui assassine les uns après les autres ceux qui causèrent sa mort. C'est un peu plus rythmé mais sans grande imagination pour des effets plaqués sans la moindre conviction comme si le cinéaste suivait un manuel sans le comprendre. Difficile de ne pas de pouffer devant la fantôme agiter inlassablement ses oncles factices devant sa future victime. Le manque de rigueur est flagrant lors de certains trucages (si on veut réussir une surimpression, c'est mieux d'éviter les travellings :mrgreen: )

C'est sorti en blu-ray chez 88 films dans un master de qualité. Ca change des kung-fu et des gros délires pré-cat III certes, mais on pouvait espérer plus de nerf ou d'intensité.

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Re: Top 20 Shaw Brothers

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Un mélo en noir et blanc pour changer

Love without end (Doe Chin - 1961)

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Arrivée à Hong-Kong après le décès de sa mère, la naïve QingQing se retrouve propulser chanteuse à succès dans un night club grâce au soutien d'un nouvel ami, Pengnan. Ils ne tardent pas à tomber amoureux mais le décès du père de Pengnan le confronte à des lourde dettes. Pour l'aider, QingQing se compromet avec un mafieux.

Mélodrame culte hong-kongais, Love without end est un parfait véhicule pour Linda Lin Dai qui y gagne un second prix d’interprétation et une chanson toujours populaire. Presque 60 ans après sa sortie, on comprend pourquoi le public s'y déplaça en masse pour pleurer devant cette histoire d'amour tragique qui fait penser (en l'anticipant) à Love Story.
Tout en restant dans les codes du genre, le scénario est plutôt bien construit en se recentrant exclusivement sur la relation entre les 2 amoureux en évacuant quasiment tout second rôle ou sous-intrigue : les origines de QinqQing, sa relation avec son oncle, le décès du père de Pengnan et même les 10 mois de séparation. Ca donne des ellipses plutôt inhabituelles pour le genre, et plutôt intelligentes, qui évitent en plus pas mal de passages obligés. Même sur le papier ou la table de montage, on dirait que le cinéaste n'ose pas séparer trop longtemps son couple.
Son histoire est presque découpé en deux actes : la première où ils rencontrent, se rapprochent et se séparèrent. La seconde est entièrement consacrée au drame quand QingQing est frappé par une maladie incurable sans qu'elle le sache. On pourrait se dire qu'une heure dédiée à cette section est disproportionnée mais l'intrigue parvient à se renouveler et à enrichir la relation entre les deux héros en faisant évoluer leur connaissance sur la maladie : il sait mais pas elle / Elle sait sans savoir si lui est au courant / les deux devinent que l'autre sait mais n'ose l'évoquer... Contrairement à ce qu'on pourrait craindre, ça fonctionne car le cinéaste fait durer les séquences pour que l'émotion et l'impuissance s'installent. Certaines scènes sont presque répéter à l'identique, mais les évolutions psychologiques bouleversent la dynamique du moment telle la chanson titre qui trouve une nouvelle résonance.
Par contre, la mise en scène manque de flamboyance et de lyrisme et demeure bien trop académique pour sublimer cette histoire d'amour qui m'a davantage touché qu'ému. Mais je veux bien croire que nombreux spectateurs feront davantage fonctionner les mouchoirs.



Classique hong-kongais oblige, Love without end est sorti en DVD de l'exploitation du catalogue Shaw Brothers par Celestial, à une époque où leur édition était en letterbox. De plus la définition et le piqué sont assez décevants. Il y a par contre une heure de bonus filmés avec 3 interviews.
Il se trouve pas contre toujours en DVD, soit à l'unité soit dans un coffret consacré à sa comédienne Linda Lin (avec 4 autres films)
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Re: Top 20 Shaw Brothers

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Deadly knives / fists of vengeance (Cheung Yat Woo – 1972)

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De retour dans sa ville d'enfance, un expert en art-martiaux doit affronter des japonais qui cherchent à mettre la main sur l'exploitation forestière de son père.

Réalisé par un cinéaste coréen qui a beaucoup tourné de co-productions entre son pays et la Shaw Brothers, ce Deadly knives est une excellente surprise. Le fond ouvertement raciste anti-japonais n'est pas franchement subtil mais les enjeux sont un peu plus originaux que la moyenne même si le cadre de l’abatage d'arbres n'est pas du tout exploité finalement.
En revanche, le scénario prend soin de développer un peu ses personnages, à savoir un quatuor dont les relations amoureuses et les tensions érotiques servent les plans des japonais, et des traîtres qui les aident. Il y a ainsi une scène assez étonnante où le camarade du héros fantasme sur la sœur adoptive de ce dernier pour une séquence érotique qui n'a rien de gratuite.
Plus loin, une scène de viol n'a rien de racoleuse non plus et conduit à de graves conséquences. Le ton général est d'ailleurs assez sombre, violent et pessimiste, sans réelle concession si ce n'est un side-kick humoristique qui parasite une séquence.
Ainsi Deadly knives possède une tension dramatique plutôt inhabituelle qui fonctionne d'autant mieux que la durée ne dépasse pas les 85 minutes, avec en particulier une narration serrée et dynamique, pour un montage nerveux en diable.

Comme on est quand même dans un film d'action, il faut tout de même évoquer les chorégraphies. Et pour une film de 1972, elles sont d'un très bon niveau. C'est Yuen Woo-ping et Yuen Cheung-Yan qui se sont partagés le travail mais on sent qu'il devait y avoir une réelle concertation entre eux et le réalisateur pour des combats tumultueux et intenses. On y trouve beaucoup de travellings qui mettent à l'image des douzaines d'adversaires en même temps qui s'affrontent sur différents niveaux de profondeur de champ. Le résultat déborde d'énergie et de fluidité qui compensent largement des échanges martiaux qui auraient pu paraître un peu daté à la base. Mais avec ce travail de mise en scène, on tient ainsi 2-3 séquences anthologiques qui en impose.



Le DVD Zone 3 celestial est impeccable... Si vous arrivez à mettre la main dessus.
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Re: Top 20 Shaw Brothers

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bruce randylan wrote:Empress Dowager (Li Han Hsiang - 1975)


Le film connu un grand succès et une suite l'année suivante avec la même équipe et d'une qualité égale parait-il : The last tempest. Va falloir que je me commande ça.
Et donc

The last tempest (Li Han-Hisang – 1978)

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Suite directe à Empress Dowager, ce second opus reste dans la même continuité, même si d'un point de vue narratif il s'éloigne un peu de l'ambiance « film de palais » avec moins de sous-intrigues (notamment sentimentales) et davantage de décors et de lieux de tournages. On reste très souvent en studios mais ils sont plus variés et semblent avoir bénéficié d'un budget plus conséquent avec par exemple une reproduction réussie de certains secteurs du Palais d'été comme le bateau en marbre de Cixi. Visuellement c'est en tout point exemplaire tant le soin accordé à la reconstitution (mobiliers, costumes, décors, figuration...) est une nouvelle fois saisissant sans pour autant prendre le pas sur l'histoire et les relations entre les personnages.
L'intrigue est cependant un peu moins prenante que Empress Dowager puisque cette fois les antagonismes sont bien définis et, de ce fait, la psychologie perd un peu en nuances ou ambiguïté. Fort heureusement les acteurs livrent un excellent travail, Ti Lung en tête, et Li Han-Hsiang échappe encore à l'académisme grâce à une réalisation pesante qui écrase nombres de protagonistes dans quelques échanges. La tension sourde a tout le temps de gronder lors de longues séquences qui développent les personnages pris dans des rouages politiques qui les dépassent. La seconde moitié possède à ce titre de nombreuses scènes remarquables et palpitantes qui sont quasiment des parties d'échec vocales.
Curieusement la conclusion met tout en place pour ouvrir sur un troisième épisode qui ne verra toutefois jamais le jour.



Le DVD est lui aussi tristement de la même qualité que son prédécesseur : en 4/3 pour une définition qui ne rend pas justice à la réalisation minutieuse de Li Han-Hsiang.
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Re: Top 20 Shaw Brothers

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Hex (Kuei Chih Hung - 1980)

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Humiliée, rabaissée et martyrisée, une femme en vient à assassiner son époux violent avec l'aide de sa servante qui ne supportait plus elle aussi cette situation. Elles font disparaître le corps mais bientôt le fantôme de se dernier semble venir harceler sa veuve, fragilisant sa santé que physique que mentale.

Pur film à effets dont on devine rapidement les références et donc les mécanismes
Spoiler (cliquez pour afficher)
de Diaboliques de Clouzot à certains Hammer façon Paranoiac
Niveau surprise et originalité, il ne faut donc pas s'attendre à grand chose ; par contre pour ce qui est du rythme et des séquences à sensation, le bilan est globalement positif, sans temps mort. Les idées qui parsèment les séquences sont inévitablement inégales, voire répétitives, alternant apparitions de spectres, cauchemars plus ou moins graphiques. La direction artistique est plutôt belle, avec une photographie colorée et vive, quelques plans très esthétiques et des décors soignés. C'est davantage la seconde moitié qui sort du lot en étant plus intense dont la traque assez physique du mari devenu fou envers un visiteur malchanceux. D'ailleurs, le film est très misanthrope, trop sans doute puisque les personnages sont inconsistants. On ne frissonne pas pour eux et on attend juste la prochaine scène où ils se feront malmenés. Finalement, on pourrait presque parler de comédie de mœurs très noir où tout le monde est immoral, égoïste, manipulateur ou hypocrite, y compris les représentants religieux.
Curieusement, alors que le film n'était pas "trop" bis, les 10 dernières minutes foncent tête baissée dans le racoleur bien gratuit quand un personnage féminin se fait peindre sur le corps des incantations avant de danser nue de longues minutes, filmée littéralement sous toute les coutures ! Le pire, c'est que visuellement, c'est de toute beauté !

C'est pas le plus déjanté ou le plus barré des films fantastiques hong-kongais de cette période, ni le plus indispensable donc, mais on ne s'y ennuie pas pour peu qu'on ne cherche pas de l'inédit... A part cette séquence de danse finale sortie de nulle part.



Blu-ray anglais sorti chez 88 films en VOSTA, la définition est plutôt douce (mais il y a pas mal de filtres). Quelques bonus sans qu'ils soient notables.
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Re: Top 20 Shaw Brothers

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Mercenaries from Hong-Kong (Wong Jing – 1983)

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Pour racheter sa dette après avoir assassiner le chef d'une triade, un tueur à gage – ancien militaire – se voit confier la mission d'aller faire une opération suicide en Thaïlande pour neutraliser un baron de la drogue. Il emmène avec lui d'ancien frères d'armes, tous experts dans des domaines spécifiques.

Avant d'être le roi du box-office avec ses comédies populaires et ses productions opportunistes, Wong Jing avait commencé sa carrière chez la Shaw Brothers où il fit ses début derrière la caméra en 1981. Ce mercenaries from Hong-Kong est son troisième film et puise son inspiration dans les 12 salopards... avant de servira à son tour de matrice aux nombreuses pellicules belliqueuses tournées à l'étranger, la Thaïlande étant une destination de choix. Peut-être pas totalement sûr de son approche, Wong Jing décompose sa structure en 3 actes classiques dont le premier et le dernier sont plus conventionnels pour un public hong-kongais avec combat à mains nues ou à l'arme blanche dans la grande lignée des mêlées rageuses ou désespérées. Ce n'est pas nécessairement très sophistiquées comme chorégraphies (Tang Chia innove moins que dans le wu xia pian) mais c'est teigneux et hargneux comme il faut.
Pour un titre « pionner », un film de début de carrière et une production Shaw Brothers sur le point de rendre les armes, Wong Jing est plutôt généreux et offre de nombreuses séquences d'action qui s'enchaînent sans réel temps mort ; pour ne pas dire frénétiquement. Le tout, saupoudré d'un peu de racolage (nudité, violence sadique, morts en pagaille).
Ça laisse peu de place aux personnages ou à l'histoire qui sont réduits à peau de chagrin.



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Trail of the broken blade (Chang Cheh – 1967)

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Bien que tourné la même année que le premier Sabreur manchot, ce film de « jeunesse » de Chang Cheh est encore sous influence d'un style plus classique avec notamment un sentimentalisme et romantisme fortement imprégné de l'opéra traditionnel. C'est également le cas dans son esthétisme, ses différents personnages féminins ou ses couleurs pastels.
Pour autant on voit aussi que Chang Cheh est déjà très porté sur une amitié masculine instinctive et immédiate (dans la lignée de la littérature chinoise classique), les effusions sanguinolentes et les morts violentes pour un body-count conséquents où les cadavres s'accumulent par vingtaines durant le final.
Aux chorégraphies, on trouve déja Liu Chia-Liang dont les combats sont forcément moins aboutis et virtuoses que lors de leur futurs collaboration. Ici, le rudimentaire côtoie l'approximatif et des tentatives plus élaborées et épiques.
C'est bien gentil de dire ça : et le film dans tout ça ? Et bien, il est d'un très bon niveau. Certes le cinéaste a un univers moins personnel et établi que par la suite mais ça n'empêche nullement son histoire d'être bien construite avec de nombreux personnages attachants et émouvants où les sentiments sont souvent à sens unique ou rendus impossibles par le destin. Malgré tout, les relations demeurent nobles, complexes et jamais dictés par l'égoïsme. La dimension tragique est ainsi bien retranscrite, accompagnée de nombreux combats – qui respectent la loi du crescendo - pour un rythme impeccable malgré ses presque 2 heures.

Toujours diso en DVD zone 3 Celestial (c'est aussi sorti en zone 1)
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Post by bruce randylan »

Lion Vs Lion / Roar of the lion (Hsu Hsia & Chin Yuet Sang – 1981)

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Un sympathique film d'arts-martiaux pour la Shaw Brothers qui essaie de récupérer l'engouement autour de la kung-fu comedy. Le studio, comme les artisans derrière la caméra, ne sont pas toujours aussi à l'aise que les Yuen Woo-Ping, Jackie Chan ou Sammo Hung et le film manque d'unité, de rythme et aussi de personnalité comme s'ils mélangeaient sans y croire la comédie potache, les combats très chorégraphié et le final désespéré à la Chang Cheh.
Plutôt bien produit, le film mérite surtout d'être vu pour ses nombreux combats, parfois virtuoses, qui souffrent toutefois d'être tous accélérés. Ce n'était pourtant pas franchement nécessaire étant donné des chorégraphies très travaillés - sous grosses influence de l'opéra de pékin - et des échanges millimétrés qui utilisent brillamment les accessoires et les décors. C'est le cas par exemple d'un remarquable combat dans la chambre de Johnny Wang Lung Wei. Ce dernier n'est pas toujours présent mais dès qu'il est à l'image, le film passe clairement au niveau supérieur alors qu'il était déjà d'un solide niveau. A noter aussi une longue séquence de défi autour de danse de lion (qui explique le titre). C'est loin d'être la plus sophistiquée du genre mais en revanche la « personnification » du lion manipulé par les deux héros est irrésistible et savoureuse au possible.
Un certain nombre de réserves mais les amateurs de kung-fu devraient y trouver leur compte.



Le DVD zone 3 celestial VOSTA a l'air toujours trouvable pour une fois.

The singing escort (Inoue Umetsugu – 1969)

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Un groupe pop commence à rencontrer le succès mais rêve de faire une tournée au Japon. Leur producteur est réfractaire à cette idée mais les envoie sur place pour retrouver sa fille qui ne donne plus de nouvelle.

Venu à la Shaw Brothers pour y tourner des comédies musicales, le cinéaste japonais reste une nouvelle fois dans le genre, tout en faisant un petit retour à la maison puisqu'une bonne partie de l'histoire de déroule au Japon.
Ca lui inspire quelques beaux plans du Mont Fuji et c'est à peu près tout. :|
C'est un divertissement formaté au scénario invraisemblable et insipide où le moindre personnage féminin minaude autour du chanteur du groupe qui croule rapidement sous les propositions. Les quelques quiproquos sont mollement illustrés et les acteurs cabotinent sans trop de retenu.
Autant dire que son espérance de vie dans la mémoire du spectateur est très éphémère.
Reste une bonne humeur, une certaine insouciance, des chansons un peu kitsch et amusantes, quoique répétitives. Par contre, le casting féminin ne manque pas de charme (dont Betty Ting) d'autant qu'elles sont régulièrement en bikini, une bonne partie de l'histoire se déroulant dans un centre de loisir touristique. Pas de bol, j'ai découvert le film en VCD avec une compression peu avantageuse pour elles. :fiou:
Il a aussi existé via un dvd, épuisé (comme le VCD désormais).

Sinon, Celestial l'a mis gratuitement à disposition mais sans sous-titres (et copie letterbox médiocre)

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