Je suis un évadé (Mervyn LeRoy - 1932)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Roy Neary
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Je suis un évadé (Mervyn LeRoy - 1932)

Post by Roy Neary »

Poue les amateurs des films de gangsters et d'évasion, voici un premier choix avec le célèbre film réalisé Mervyn LeRoy. C'est Margo qui vous guide !
(Non non, personne a la Rédac n'est de la famille de ce réalisateur au cas où vous vous poserez des questions... :uhuh: )

:arrow: Je suis un évadé
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Xavier a déjà tout (et très bien) dit sur ce film d’une force peu commune, véritable coup de poing ! LeRoy récidivera quatre ans plus tard avec le nom moins génial La Ville Gronde qui n’a pas à rougir de la comparaison avec Fury de Fritz Lang sur le thème du lynchage.

Avec DVDclassik, Mervyn LeRoy sort du purgatoire
:mrgreen:
phylute
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Post by phylute »

Superbe chronique :D
Par contre, je n'arrive pas à croire à cette histoire de fusible. Ce dernier plan, l'un des plus marquant de l'histoire, semble bien être véritablement composé et il conclu d'une telle admirable manière le film que je ne peux imaginer qu'il soir le fruit du hasard. Veritas es patrus inique tempurarum !
Les films sont à notre civilisation ce que les rêves sont à nos vies individuelles : ils en expriment le mystère et aident à définir la nature de ce que nous sommes et de ce que nous devenons. (Frank Pierson)
Margo

Post by Margo »

phylute wrote:Par contre, je n'arrive pas à croire à cette histoire de fusible. Ce dernier plan, l'un des plus marquant de l'histoire, semble bien être véritablement composé et il conclu d'une telle admirable manière le film que je ne peux imaginer qu'il soir le fruit du hasard. Veritas es patrus inique tempurarum !
L'anecdote a pourtant été consignée dans les archives de Warner. Après, entre la légende et la réalité, on peut en effet imaginer que devant la force du plan "raté", Zanuck et LeRoy aient décidé de retourner proprement le plan en réutilisant l'effet créé par l'incident.
Melmoth
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Post by Melmoth »

Margo wrote:
phylute wrote:Par contre, je n'arrive pas à croire à cette histoire de fusible. Ce dernier plan, l'un des plus marquant de l'histoire, semble bien être véritablement composé et il conclu d'une telle admirable manière le film que je ne peux imaginer qu'il soir le fruit du hasard. Veritas es patrus inique tempurarum !
L'anecdote a pourtant été consignée dans les archives de Warner. Après, entre la légende et la réalité, on peut en effet imaginer que devant la force du plan "raté", Zanuck et LeRoy aient décidé de retourner proprement le plan en réutilisant l'effet créé par l'incident.
Ca parait effectivement assez incroyable tant cela colle avec les lignes de texte et l'idée même de la séquence. Si l'on considère que sa dernière réplique était bien censée conclure le film, comment le conclure visuellement autrement ? Par un fondu ? Il surgit de l'ombre pour y retourner, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement.
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Julien Léonard
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Post by Julien Léonard »

Ah je suis content de voir une si belle chronique de ce film que j'adore sur Classik !! :D

Mince, ça me donne envie de le revoir !!
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Jihl
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Post by Jihl »

D'accord moi aussi avec cette excellente chronique. J'avoue avoir été très impressionné par le film, par la modernité du jeu de Paul Muni et par cette mise en scène très sèche pour un film des années 30. Et puis le film dit beaucoup de chose sur la violence sociale de l'Amérique : la difficulté de la reprise de la vie civile pour un miltaire après la guerre, l'étanchéité des classes sociales, le chômage, le racisme et bien évidemment le système pénitentiaire et judiciaire. Un très grand film et un très grand dernier plan.
Finalement sur ce thème, je ne vois guère que le Je n'ai pas tué Lincoln de Ford et le Un condamné à mort s'est échappé de Bresson pour rivaliser.
Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

Je viens enfin de le découvrir et je me joins aux avis positifs. J'ai, en général, un peu de mal avec les films des 30's à cause, surtout, de leur style appuyé et du surjeu des comédiens. Ici, seules quelques comédiennes ont ce défaut, mais dans l'ensemble (comme le fait remarquer Jihl) c'est très moderne en de nombreux points, et le jeu physique et expressif de Paul Muni est tout à fait convaincant (je ne le connaissais principalement que par ses biopics avec William Dieterle, vus chez Brion il y a longtemps).

C'est un film politique assez courageux, je trouve. On parle non seulement de justice faillible (en appuyant sur l'innocence du héros) mais aussi de conditions de détentions inhumaines. Une double problématique qui est, d'ailleurs, toujours d'actualité. Je pense notamment à la notion d'"usine à criminels" que peut représenter la prison, et qui trouve ici une parfaite illustration dans les dernières secondes du film (parmi l'une des fins les plus percutantes - et simples- que j'ai pu voir).
Il y a aussi l'idée explicite d'un Etat qui ne respecte pas ses engagements, qui se complait dans ses failles et ses "traditions", qui ne représente plus les idéaux. Cela peut être illustré par l'idée de "malédiction" que subit Paul Muni, évadé réhabilité en secret sur qui pèse toujours la menace d'être repris. J'ai parfois repensé au Jean Valjean des MISERABLES: tous deux ont beaucoup de points communs.
Il y a aussi le poids de la légalité biaisée qui sera finalement fatal au héros, lorsqu'en naif innocent il se résoudra à retourner au bagne.

Belle restauration pour un film de cet âge, également.
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Jeremy Fox
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Re: Je suis un évadé (Mervyn LeRoy - 1932)

Post by Jeremy Fox »

Petit up pour faire craquer Julien :mrgreen:


Formidable réquisitoire contre les intolérables conditions de cruauté à l'intérieur des bagnes du Sud des USA, film sans concessions au moindre patho ni même au moindre happy end : l'image finale est encore aujourd'hui d'une force phénoménale tout comme le reste du film qui nous met dans un immense état de révolte contre ce gouvernement, à cette époque de dépression (fin de la première guerre mondiale jusqu'au crash de 1929), cynique, menteur, qui n'accorde pas de seconde chance et qui autorise de telles attitudes.

Paul Muni est magnifiquement dirigé et est juste de bout en bout, le scénario est dense et fluide et la mise en scène est absolument parfaite. Percutant, émouvant et fort ! Film courageux et exceptionnelle réussite.

Bref, mot peut-être galvaudé mais un grand chef d'oeuvre des années 30 qui confirme tout le bien que je pense de ce metteur en scène
Julien Léonard
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Re: Je suis un évadé (Mervyn LeRoy - 1932)

Post by Julien Léonard »

Je viens de parcourir la chronique de Classik... Je l'ai déjà vu ce film ! C'est le titre français qui ne me disait rien en termes de souvenirs. Mais c'était il y a au moins 10 ans... Je ne m'en souviens pas beaucoup, sauf pour certaines images, dont la fin d'ailleurs. Je me souviens avoir beaucoup aimé et avoir été scotché par Paul Muni... Effectivement, il faut que je me le procure en DVD. Comment ais-je pu oublier de l'acheter ? :shock:

Pour Jeremy : Mon petit top 5 est sûrement à éditer...
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Sybille
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Re: Je suis un évadé (Mervyn LeRoy - 1932)

Post by Sybille »

Je confirme moi aussi tout le bien qui a été dit à propos de Je suis un évadé.

Un film dur, qui à la fois dégoûte et fait réfléchir, enfin on n'en sort pas indemme. :o
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Watkinssien
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Re: Je suis un évadé (Mervyn LeRoy - 1932)

Post by Watkinssien »

Je rejoins sans peine les avis positifs.
I am a Fugitive from a Chain Gang est un des modèles du film carcéral, où l'on retrouve quasiment tous les codes du genre, tout en apportant un discours social d'une force implacable.

La force du scénario et de l'interprétation est à souligner, mais il prouve surtout que Mervyn LeRoy est un cinéaste talentueux, atteignant l'aura des maîtres lorsqu'il avait des sujets inspirés.
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Mother, I miss you :(
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Vic Vega
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Re: Je suis un évadé (Mervyn LeRoy - 1932)

Post by Vic Vega »

Jihl wrote:la difficulté de la reprise de la vie civile pour un miltaire après la guerre
De ce côté-là ça anticipe Wyler (Les plus belles années de notre vie) et bien sûr le Nouvel Hollywood. Sur la dimension de critique sociale évoquée par Margo, c'est assez synchrone du cinéma de genre européen (et en particulier français) de l'époque et annonciateur de quelque chose qui sera très présent dans le Film Noir. Tout ça pour dire qu'en dehors de quelques passages démonstratifs c'est selon moi pas loin du chef d'oeuvre.
Un cinéaste apprécié dans les parages en dit du bien.
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