Carol Reed (1906-1976)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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tati
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Post by tati »

C'est exactement ça :wink:
Le roman est génial et Carol Reed est censé être un grand réalisateur. C'est vrai que le troisième homme est un très bon film. Donc j'ai vraiment envie de voir An outcast (Le banni des îles). Conrad (auteur sur lequel je travaille à l'université) n'a été adapté que rarement par de grands réalisateurs. On se souvient d'Hitchcock (Secret Agent), Orson Welles, je crois, voulait, au début de sa carrière, adapter Heart of Darkness, ce qu'a fait Coppola dans Apocalypse Now. Mais bon, le roman de Conrad An outcast (Le banni des îles) est tellement original et différent d'Heart of Darkness et de Secret Agent, que je suis vraiment curieux de voir ce que donne le film de Reed. Mais bon si ça se trouve il est très mauvais. :lol:
someone1600
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Post by someone1600 »

Je n'ai malheureusement vu que The third man, mais quel film, chef d'oeuvre ca c'est sur. :D
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Ann Harding
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Post by Ann Harding »

tati wrote:C'est exactement ça :wink:
Le roman est génial et Carol Reed est censé être un grand réalisateur. C'est vrai que le troisième homme est un très bon film. Donc j'ai vraiment envie de voir An outcast (Le banni des îles). Conrad (auteur sur lequel je travaille à l'université) n'a été adapté que rarement par de grands réalisateurs. On se souvient d'Hitchcock (Secret Agent), Orson Welles, je crois, voulait, au début de sa carrière, adapter Heart of Darkness, ce qu'a fait Coppola dans Apocalypse Now. Mais bon, le roman de Conrad An outcast (Le banni des îles) est tellement original et différent d'Heart of Darkness et de Secret Agent, que je suis vraiment curieux de voir ce que donne le film de Reed. Mais bon si ça se trouve il est très mauvais. :lol:
Je m'en doutais! :wink: C'est vrai que Conrad n'a pas toujours été bien adapté au cinéma. Lord Jim de Richard Brooks est autant encensé que villipendé! Perso, je trouve le film pas totalement satisfaisant, mais, bon, il y a Peter O'Toole et James Mason... Il y a un Victory de 1940 avec Fredric March que je n'ai pas vu et qui n'a pas bonne presse...

Pour le film de Reed, j'ai trouvé cet article qui a l'air plutôt déprimant:
The Third Man scored a huge international success, and in some quarters Reed was now being touted as the world's greatest living director (though never by Reed himself, a modest and self-effacing man). But from this highpoint his career went into abrupt decline. Outcast of the Islands (1952), adapted from a novel by Joseph Conrad, should in theory have provided ideal material, with its powerful sense of place and its theme of a proudly self-sufficient outsider who contrives his own doom. But the film is seriously weakened by its script, and neither plot nor characters ever come fully into focus.
Personnellement, le film de Reed que je préfère est Fallen Idol.
tati
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Post by tati »

Merci pour cette critique. Il est vrai qu'il est d'autant plus difficile d'adapter les deux premières oeuvres de Conrad (Almayer's Folly et An Outcast of the Islands)qu'il faut éviter le cliché qui ne cesse d'assimiler Conrad à un simple auteur de romans d'aventures. Je ne sais pas ce que valent les films de Chéreau, mais pour une fois un réalisateur s'est intéressé à des romans psychologiques de Conrad et c'est bien.
Quant au Lord Jim dont tu parles, je ne l'ai pas vu. Mais
Lord Jim est un roman tellement foisonnant qu'il doit être difficile à adapter. Pour revenir à Reed, il est tout à fait possible que le film de Reed (An Outcast) tombe dans les clichés. Personnellement, je n'ai vu que Le troisième homme et Huit heures de sursis. Donc pour l'instant mon film préféré, c'est Le Troisième homme
Au fait, c'est qui Ann Harding??? :wink:
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Ann Harding
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Post by Ann Harding »

tati wrote: Au fait, c'est qui Ann Harding??? :wink:
Pour Outcast voici une page intéressante: ici
Quant à Ann Harding, tu trouveras toutes les infos, sur ce topic:
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... nn+harding
tati
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Post by tati »

Merci pour ce lien :wink:
Bon il est amusant de constater que la critique du film commence par "The characterisation of the film's women, however, undermines its potential" Puis continue par "But while in the novel she has a rich inner life the film gives her no dialogue."
En fait la critique du film est une critique de la représentation de la femme dans le film de Reed. :lol:
Si Ilona Halberstadt n'est pas une adepte des études genrées (gender studies), je suis hollandais (comme disent nos amis les anglais). :wink:
Dommage, car même si le personnage féminin dans le film de Reed n'est pas aussi étoffé que dans le roman, Reed aurait très bien pu faire un bon film en jouant sur d'autres aspects, mais bon...
Je ne connaissais pas Ann HARDING, je viens de la découvrir. Je n'ai vu aucun film avec elle, mais ce qui est sûr, c'est qu'elle était vraiment jolie! Surtout dans la photo"pour music man" :wink: .
Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

LA CLE de Carol Reed (Cinéma de Minuit)

J'ai trouvé le film très curieux. C'est à la fois un film de guerre (par les nombreuses scènes de sauvetage), un mélodrame et on frôle même le fantastique à plusieurs reprises.

L'ambiance est très lourde, les personnages sont presque courbés par le poids de la guerre, qu'ils subissent tant bien que mal, sans pouvoir rien changer. Ils ne peuvent qu'attendre la fin. On pense aussi à des fantômes errant. Ainsi ces capitaines de remorqueurs sont en quelque sorte des condamnés potentiels, obligés de remplir leurs missions tout en sachant qu'il peuvent y laisser leurs vies sans que cela importe pour l'armée (il faut utiliser le restant de matériel coute que coute).

A terre on a le personnage de Sophia Loren, cloisonnée dans son appartement, n'en sortant que très peu. Elle est liée à son habitation comme sont liés les capitaines à leurs navires. L'aspect fantastique intervient par ce personnage féminin et par une sorte de malédiction que semble déceler William Holden. Une malédiction imaginée mais qui semble parfois un peu fondée. Tout cela est symbolisé par une clé, objet de passation de pouvoir d'une main à l'autre, de passation de la malédiction d'un capitaine à un autre. Ambiance très étrange pour un film singulier (ce qui ne m'étonne guère connaissant Reed), pas déplaisant mais qui ne m'a finalement pas beaucoup touché.
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Post by Alligator »

Odd Man Out (Huit heures de sursis) - Carol Reed, 1947 - 7,5/10

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Je le confesse : je ne connais pas Carol Reed, je n'ai pas vu sa pièce maîtresse. Aussi est-ce avec grand plaisir et surprise que je découvre un film alerte, avec une réalisation très soutenue, dotée de décors parfois grandioses, d'une photographie remarquablement nette et acérée mais jouant également avec les ombres et lumières de la nuit de manière grandiose.
Ce qui m'a émerveillé plus que tout cela, ce fut le jeu des comédiens, la mise en scène d'une modernité stupéfiante. La prestation de James Mason est pour le coup d'une force et d'une élégance remarquables.
Le film souffre tout de même d'un défaut majeur : sa longueur. La bouffonerie du peintre et de son vieillot de camarade réoriente vers la comédie un drame qui n'avait certainement pas besoin de cette pesante pantalonade.
angel with dirty face
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Re: Carol Reed (1906-1976)

Post by angel with dirty face »

Ann Harding wrote:Il a eu le tord (?) de tourner un chef d'oeuvre: The Third Man (Le troisième homme) qui a plus au moins occulté ses autres films. Certains critiques vont même jusqu'à attribuer les mérites du film à Orson Welles alors que sa contribution reste uniquement celle d'interprète....
Non, il n'a pas eu tort, c'est un de mes dix films préférés... :wink: Et les critiques qui attribuent tous les mérites du film à Orson Welles devraient lire "Moi, Orson Welles" (entretiens avec Peter Bogdanovich) pour écrire moins de conneries au sujet du film...
Sinon, c'est clair que la carrière de Reed ne s'arrête pas à The Third Man.
C'est une excellente idée ce post... :D
Music Man
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L'enfant à la licorne

Post by Music Man »

L’ENFANT A LA LICORNE (A Kid For Two Farthings) de Carol Reed (1955)
Avec Celia Johnson, Diana Dors (figure dans le coffret Diana Dors)

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Un conte fantastique sur la vie d’un petit garçon dans un quartier pauvre de Londres. Un vieux monsieur juif lui parle de l’existence des licornes, animaux magiques capables d’exaucer tous les vœux. Le gamin trouve dans un marché une chèvre dotée d’une seule corne. Persuadé d’avoir mis la main sur l’animal légendaire, il compte sur lui pour régler tous les problèmes de son entourage…
Un joli compte philosophique, entre rêve et cauchemar et surtout une œuvre d’une beauté plastique étonnante avec un magnifique technicolor. Les images sont si belles qu’on se délecte en visionnant le film comme devant un tableau.
Néanmoins j’ai beaucoup plus été sensible à l’admirable photographie et à l’incontestable maestria de la mise en scène qu’à l’histoire qui aurait pu être plus touchante et prenante.
Diana Dors, la Marilyn anglaise, est vraiment un clone de la star américaine : même blondeur, même fragilité caressante sous un physique de vamp : pas de doute, on la remarque, surtout dans la jolie scène où elle sauve « la licorne ». En revanche, j’ai été moins séduit par ses qualités de comédienne.
Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

TRAIN DE NUIT POUR MUNICH (1940)

Découvert via le Cinéma de Minuit. Plaisant, à défaut d'être très prenant, et surtout très vite oublié. C'est une histoire presque feuilletonesque, dans laquelle les passages entre l'Angleterre et l'Allemagne nazie se font aussi facilement qu'une infusion de thé dans un bureau, et où les revolvers 6 coups peuvent tirer des balles pendant 10 bonnes minutes. On est ici dans un pur divertissement de cinéma, au scénario abracadabrantesque. Le style de jeu est assez déroutant, assez visible en tout cas. Les rebondissements finissent par ne plus surpendre, et on suit l'histoire gentiment en attendant la fin. A noter la participation de ce duo d'anglais déjà croisé dans UNE FEMME DISPARAIT d'Hitchcock et qui fait presque glisser le film dans la comédie, une fois qu'ils apparaissent. Curieux mais, encore une fois, sympathique. La jeune héroine, Margaret Lockwood, qui participait aussi au film d'Hitchcock, était fort jolie... (décédée en 1990)
bruce randylan
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Post by bruce randylan »

Bon, et bien quasiment tout pareil.

Les situations sont abracadantesques au possible, truffés de facilités tellement énorme qu'on se prendrait presque au jeu.
Mais l'interpration décontracté et le final assez fun et bien troussé en fait p'tit film invraisemblable mais prenant.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
frédéric
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Post by frédéric »

bruce randylan wrote:Bon, et bien quasiment tout pareil.

Les situations sont abracadantesques au possible, truffés de facilités tellement énorme qu'on se prendrait presque au jeu.
Mais l'interpration décontracté et le final assez fun et bien troussé en fait p'tit film invraisemblable mais prenant.

Egalement, mais c'est très sympa quand même et le côté vieillot de l'ensemble apporte un charme non négligeable.
Blogs Perso, Cinéma de Minuit : http://cineminuit.fr.over-blog.com/

Cinéma Actuel : http://sallesobscures2.over-blog.fr/

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Re: Carol Reed (1906-1976)

Post by Nestor Almendros »

Ann Harding wrote:Fallen Idol (Première Désillusion) (1948)

C'est un film qui m'a vraiment emballé. Le scénario est signé de Graham Greene comme The Third Man et Our Man in Havana.
Mr Baines (Ralph Richardson) est le majordome de l'ambassade de France à Londres. Il doit aussi s'occuper du jeune fils de l'ambassadeur Felipe (Bobby Henrey) qui est souvent tout seul. Mrs Baine étant acariatre et odieuse, Baines entretient une liaison avec une secrétaire de l'ambassade Julie (Michèle Morgan). Mrs Baines surprenant son mari avec Julie tombe accidentellement dans une cage d'escalier et se tue. Le petit Felipe a été témoin de la scène, mais, il ne l'a pas vu entièrement. Il tente maladroitement de sauver son ami Baines par une série de mensonges et de demi-vérités. Le film est entièrement vu à travers les yeux de l'enfant qui ne comprend pas toujours les motivations des adultes. C'est en fait une étude sur la vérité et le mensonge. L'interprétation est superbe. Ce grand comédien de théâtre qu'est Ralph Richardson est absolument remarquable en Baines et Michèle Morgan (dont il faut louer le magnifique accent en anglais!) est également superbe. Le petit garçon est joué par un enfant de 9 ans admirablement dirigé par Reed qui obtient de lui une interprétation bien éloigné des "petits adultes" d'Hollywood.
Découvert tout à l'heure sur TCM et je rejoins globalement l'avis d'Ann sur ce film surprenant. Je n'ai pas été autant captivé qu'elle sur l'intrigue ou le rythme un peu lâche dans la deuxième moitié mais j'ai vraiment apprecié cette histoire justement parce qu'elle est racontée à hauteur d'enfant. Comme Ann, j'ai remarqué le jeu étonnamment réaliste du gamin, dans ses expressions, ses paroles, mais surtout ses gestes innocents et désinvoltes. Au-delà d'une thématique "vérité-mensonge", j'ai surtout trouvé que cette histoire était un bel exercice de style faisant évoluer un enfant dans le monde des adultes. Car on joue constamment avec cette interaction, le regard de l'enfant sur les grandes personnes, la naïveté de l'enfant (qui croit que Richardson a poussé sa femme dans l'escalier, par exemple), la considération des adultes avec ce "témoin", etc.

J'ai aussi beaucoup aimé le style de Reed qui prend possession d'un décor gigantesque (le hall de l'ambassade), qui suit le gamin dans les recoins des pièces ou qui observe de loin les mouvements des personnages. Ajouté à une très photo en noir & blanc (dans un magnifique master StudioCanal... inédit chez nous :? ), le spectacle est d'autant plus agréable.
Content aussi de retrouver Ralph Richardson dont je n'avais jusque-là que le souvenir mémorable de sa prestation dans L'HERITIERE de Wyler, rôle qu'il tiendra l'année suivante et qui sera aussi l'exact opposé de ce qu'il joue ici (il reprendrait presque le rôle de sa femme).
"Un film n'est pas une envie de faire pipi" (Cinéphage, août 2021)
Nestor Almendros
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Re: Carol Reed (1906-1976)

Post by Nestor Almendros »

Jordan White (24 février 2008) wrote:Oliver - Carol Reed - 1968
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Adaptation du roman de Charles Dickens, Olivier raconte les aventures du jeune orphelin Oliver dans les bas-fonds du Londres du 19ème siècle, depuis sa naissance à l'Hospice jusqu'au procès qu'il lui attirera la pitié d'un Lord (non pas Henry) le prenant sous sa protection.

Couronné d'Oscar Oliver fait partie des ces comédies musicales que j'avais envie de découvrir depuis un certain temps. Réalisateur prestigieux derrière la caméra, chorégraphe réputée et comédiens issus du théatre anglais. Ce qui m'a le plus frappé c'est la volonté de mêler le gros mélodrame à la comédie musicale en faisant penser à un film tourné en 1850 et pas cent ans plus tard. De ce point de vue c'est crédible. Le roman pas forcément super joyeux trouve ici une sorte d'écrin à savoir un choix volontaire de couleurs ternes montrant une grisaille permanente à l'écran : le ciel bas et lourd (on se croirait parfois en train de lire le Spleen de Paris de Baudelaire), un temps pluvieux, des habits ternes de couleur beige, de la terre séchée sur les visages, un environnement crasseux. Dans cet environnement hostile, sale et pauvre, Oliver, orphelin vogue tel un déshérité de lieux en lieux ne parvenant que rarement à trouver de vraies attaches. Les rencontres qu'il fera se soldent à peu près toutes par une exploitation de sa misère. Le fond de l'air est donc orageux, la poisse omniprésente, un visage de Londres en piteux état aussi.

La deuxième chose c'est de voir que si dans un premier temp les chorégraphies paraissent ultra spectaculaires, elles ont aussi tendance à légèrement se répéter. Si la première, qui ouvre elle-même le film - en montrant un réfectoire décrépi où quelques enfants dansent en mangeant une immonde soupe informe surprend par le fait qu'elle mêle l'emballement et la légèreté de la musique à la terrible tristesse des paroles et à la pauvreté qu'elle illustre - arrive à accrocher l'oeil, d'autres sont mineures, en tout moins cas moins virtuose et forment une sorte de fil rouge de l'oeuvre : à la fois ludique et terriblement glaciale, ouvertement spectaculaire puis à la limite du quelconque, énervante et emportée, crispante et libératrice. Difficile en tout cas de rester indifférent devant un film qui semble aboutir au meilleur avant de plonger dans la facilité, déployer sa palette mélodramatique (mise en scène, scénario, jeu) tout en aboutissant à un résultat en très large partie mi figue mi raisin, jamais totalement satisfaisant et jamais totalement inabouti.

Curieux film que ce Oliver, conte déprimant, souvent surjoué surtout dans les scènes montrant la petitesse de la nature humaine (exploiter un jeune enfant en le faisant voler, parier sur sa capacité à survivre ou pas), sa vilainie, sa cruauté tout simplement. Difficilement regardable par moments en raison d'un jeu trop appuyé (le rôle de Ron Moody), dans le fourvoiement et la perfidie qu'il décrit (les gosses pickpockets qui ont un mentor absolument détestable), mais aussi traversé de moments sortis d'on ne sait où, comme la chanson des roses et la garde royale qui s'en suit dans un Bloomsbury en fleurs ça n'est rien de le dire, flirtant par moments avec la joyeuse insoucience de La Mélodie du Bonheur de Robert Wise. Mais j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans la première partie du film, en raison de l'interprétation générale, si ce n'est celle très convaincante de Nancy qui est quasiment la seule à vouloir changer de vie et aller rechercher ce qui peut-être le meilleur parmi ses contemporains en tournant la page de la fraude, du vol, de l'escroquerie notoire. Le film est très déstabilisant par rapport au tableau qu'il dresse de la lutte des classes dans l'Angleterre du 19ième siècle. Alors que l'interprétation de ce qui s'apparente à la classe victorienne est parfaitement naturelle et sauve même l'enfant d'une mort (par pendaison) dans le pire des cas sinon d'un emprisonnement, celle des pauvres est soulignée par des gros plans, un jeu outré, décrite par des dialogues renvoyant à leur bassesse. Rien ne les tire vers le haut. Le parfum des roses est terni et faux, l'enfant est embridagé dans la corruption, les amis sont faux ou hypocrites. Pas très reluisant tout cela. En même temps Oliver n'est pas Alice au pays des merveilles. La fin m'a paru très bâclée, arrivant trop vite par rapport aux développements précédents. J'ai trouvé que le jeune garçon qui jouait le rôle éponyme sauvait tout de même les meubles. Mais je ne comprends pas les 6 Oscar.

Je n'ai donc que très moyennement aimé, mais je l'ai enfin vu.
Merci donc à Music Man pour le DVD en 2.40:1, impressionnant dans certaines séquences, surtout chantées, où des dizaines de figurants se meuvent devant la caméra (la première arrivée dans les bas-fonds de Londres où l'Astucieux fait mine d'être son ami). Couleurs ternes d'origine, négatif restauré, arrière-plan très stable faisant jaillir les toiles peintes qui servent de certains décors. Bon remix 5.1 VOSTF, la piste française allant jusqu'à doubler en français les chansons, ce qui dans certaines situations abouti à une sorte de brouhaha sonore assez indescriptible avec les voix se mêlant les unes aux autres, et surtout ça traduit des sentiments difficilement transcriptibles d'une langue à l'autre.
Music Man wrote:Image
Pour ma part, Oliver de Carol Reed fait tout simplement partie des meilleurs musicals que je connaisse (et j’en connais un paquet !).
Ce film parvient vraiment à capter l’âme et l’atmosphère du célèbre roman de Dickens et vraiment, de la mise en scène (bravo Carol Reed !) à l’interprétation (notamment celle de Ron Moody que je trouve superbe) , j’ai été conquis lorsque je l’ai vu pour la première fois (étant enfant) et plus récemment en le revisionnant en DVD.
Dans ta critique,Jordan, jamais tu ne fais référence aux merveilleuses compositions de Lionel Bart (qui furent reprises en leur temps par Judy Garland, Lena Horne, Alma Cogan, Sandie Shaw, Ivan Rebroff, Tony Bennett et bien d’autres) : es tu resté sourd à ses merveilleuses chansons comme where is love, consider yourself, reviewing the situation, et j’en passe car il faudrait toutes les citer!
Jordan, Je te trouve plutôt dur avec ce beau film alors que tu montres souvent la plus grande indulgence pour des produits qui m’ont semblé creux comme le lamentable film indien Ta ra rum pum. Evidemment, ce film n’est pas parfait(j’en connais peu ), mais la description crépusculaire d’un Londres misérable, la virtuosité de la mise en scène, les superbes ballets, la vive tension dramatique et surtout les admirables chansons, le jeu des gamins (notamment celui qui interprète l’Arsouille) en font une réelle réussite.
Enfin, c’est ton goût et je le respecte, mais j’espère que ton avis très mitigé ne détournera pas d’éventuels lecteurs de cette œuvre majeure !
Jordan White wrote:
Music Man wrote: Ce film parvient vraiment à capter l’âme et l’atmosphère du célèbre roman de Dickens et vraiment, de la mise en scène (bravo Carol Reed !) à l’interprétation (notamment celle de Ron Moody que je trouve superbe) , j’ai été conquis lorsque je l’ai vu pour la première fois (étant enfant) et plus récemment en le revisionnant en DVD.

N'ayant pas accroché du tout au jeu des acteurs entourant Oliver, je n'ai pu apprécié le film dans sa globalité, hormis quelques scènes. Mais je comprends qu'une fois que l'on entré dedans et qu'une fois toute la dramaturgie développée, à partir du moment où il y a eu prise, alors il s'agit sans doute d'un bon film, ce qui n'a pas été mon ressenti.

Dans ta critique,Jordan, jamais tu ne fais référence aux merveilleuses compositions de Lionel Bart (qui furent reprises en leur temps par Judy Garland, Lena Horne, Alma Cogan, Sandie Shaw, Ivan Rebroff, Tony Bennett et bien d’autres) : es tu resté sourd à ses merveilleuses chansons comme where is love, consider yourself, reviewing the situation, et j’en passe car il faudrait toutes les citer!

Les compositions sont en effet agréables à écouter, mais je n'ai pas été transporté au point d'en jubiler, sauf lors de la seconde chanson de mémoire à l'arrivée à Londres, où s'anime au fur et à mesure la place autour de laquelle se trouvent les ouvriers affairés. Et ce depuis l'arrivée des grands sacs où se trouvent les choux (une image assez symbolique quand on y pense dans le cadre du récit, du conte en l'occurrence, quand on sait qu'on raconte souvent aux garçons par la métaphore et pour éviter de rentrer dans le vif du sujet que les garçons sont nés dans les choux, d'autant que dans cette scène , Oliver découvre ébahi ce qui pourtant va le prendre à bras le corps) jusqu'à la parade finale où les deux gamins sont devant pas mal de figurants. Ma préférée comme je l'avais souligné est celle des roses.

Jordan, Je te trouve plutôt dur avec ce beau film alors que tu montres souvent la plus grande indulgence pour des produits qui m’ont semblé creux comme le lamentable film indien Ta ra rum pum.

Je parlais de mon sentiment à l'issu de la projection de ce film et je ne tenais pas particulièrement à faire des comparaisons avec le cinéma indien, en particulier certaines des productions récentes comme Ta Ra Rum Pum qui en effet joue avec une représentation de la pauvreté très loin de la réalité, correspondant à des canons esthétiques très contemporains et en cela à l'opposé de celle qui caractérise Oliver avec ses rues grouillantes où la peste, la salissure et le manque sont partout. Je ne pense pas qu'on puisse réaliser l'un et l'autre film avec les mêmes codes narratifs tout simplement. Il y a une couche de glamour qui tient essentiellement à la présence de Rani Mukherjee que les producteurs n'étaient pas décidés à enlaidir dans Ta Ra Rum Pum qui tient plus de l'évènement familial dramatique ponctuel sans véritables conséquences, alors qu' Oliver s'attaque à un problème universel et bien plus douloureux.

Evidemment, ce film n’est pas parfait(j’en connais peu ), mais la description crépusculaire d’un Londres misérable, la virtuosité de la mise en scène, les superbes ballets, la vive tension dramatique et surtout les admirables chansons, le jeu des gamins (notamment celui qui interprète l’Arsouille) en font une réelle réussite.

Les ballets sont très bien réglés, on sent le métier, l'oeil avisé de Carol Reed. Mais le film dans sa globalité ne m'a pas touché, impossible d'y voir donc un grand film. Cela dit, cela ne m'empêche nullement d'avoir envie de découvrir d'autres films et je suis impatient d'avoir d'autres galettes à visionner.

Enfin, c’est ton goût et je le respecte, mais j’espère que ton avis très mitigé ne détournera pas d’éventuels lecteurs de cette œuvre majeure !

En tout cas ce n'était absolument pas mon but, et je n'ai aucune prétention à vouloir détourner l'attention des potentiels spectateurs sur cette oeuvre qui mérite quoiqu'il en soit d'être (re)découverte. Ma chronique n'est qu'une modeste opinion et je suis sûr que nombre de personnes pourraient totalement adhérer.
Bref, n'hésite pas à me passer d'autres films, j'en serai en tout cas ravi. :D
Posté par Odelay le 14 septembre 2008

Oliver ! de Carol Reed (68)

Je viens de découvrir cette comédie musicale et j'ai vraiment été enchanté dans l'ensemble. Le film, qui est en gros fidèle à l'oeuvre de Dickens, comporte des numéros musicaux vraiment euphorisants avec de solides chansons de Lionel Bart (Compositeur de "From Russia with love").
Vous vous souvenez sans doute du numéro "Every Sperm is magic" dans Le Sens de la vie des Monty Python? Et bien pour vous donner une idée, ce passage tout à fait réjouissant et très beau visuellement était une parodie fidéle du film de Carol Reed. Ce qui est étonnant dans Oliver!, c'est qu'on passe d'un numéro à un autre avec une grande facilité et sans jamais avoir le sentiment d'en avoir trop. Et pourtant on pourrait penser qu'on va friser l'indigestion (car certaines scènes musicales sont vraiment longues) mais étant donné que ça bouge dans tous les coins, on est captivé et émerveillé. L'un des plus beaux exemples est la scène d'au moins 10 minutes juste après l'entracte qui ne semble jamais vouloir s'arrêter et dans laquelle C. Reed ne va jamais hésiter d'en rajouter encore et encore. On pourrait trouver ça franchement lourdingue, mais en fait on redemanderait presque.

Pour ce qui est de l'interprétation, on se retrouve néanmoins avec le même problème que dans le Polanski : le personnage d'Olliver Twist est le plus palot du film. L'enfant qui le joue est correct mais il n'a jamais l'occasion de n'être autre chose qu'un témoin de tout ce qui se passe autour de lui. Ceci est quand même bizarre car à la base, c'est lui qui est l'élément déclencheur de tous les événements de l'histoire. Mais une fois que ces événements sont mis en route, il n'est plus au centre. Il faudrait revoir dans le roman si on a ce même développement de personnage ou s'il s'agit là d'une incapacité de la part des cinéastes d'en faire un personnage véritablement intéressant (il faut dire que dans le film de Reed, il a une voix chantée très bizarre qui gâche un peu les chansons dans lesquelles il intervient. Heureusement elles ne sont pas nombreuses, et il n'y en a qu'une seule où il chante seule. C'est d'ailleurs la plus faible). Si Oliver Twist est palot, la tradition veut qu'il soit entouré de personnages très haut en couleur. C'est le cas ici avec des interprétations fabuleuses de Ron Moddy en Faggin, Oliver Reed en Silk et un Dodger vraiment formidable.
Même si en 68 c'était la fin des grandes comédies musicales vues comme des films aux élans épiques (avec ouverture, entracte et longueur conséquente), Oliver ! reste une véritable réussite qui a bien mérité son immense succès et éblouit encore aujourd'hui.

5/6

Plusieurs avis postés par Sybille:

6 décembre 2008

Oliver !
Carol Reed (1968) :

Transposition filmée d'un succès théâtral, lui même inspiré du célèbre roman de Dickens, "Oliver !" est une comédie musicale étonnamment agréable. Le début du film, un groupe de jeunes garçons affamés chantant en choeur les mérites de la nourriture, demande de s'accrocher quelque peu, à l'image d'ailleurs de la première demi-heure, où il faut prendre le temps de s'habituer à ce qui semble alors relativement vieilli et assez peu exaltant. Même si l'histoire dans son ensemble n'est pas des plus passionnante, le film se suit heureusement avec davantage de plaisir à partir de l'arrivée d'Oliver à Londres. Les personnages ne parviennent jamais vraiment à retenir autre chose qu'une attention distraite (mis à part Ron Moody en Fagin, ou Jack Wild en Artful Dodger, les acteurs sont tous plutôt moyens) et les péripéties dont ils font l'objet apparaissent le plus souvent peu ou mal développées. Le dernier quart d'heure du film s'égare de façon beaucoup trop longue, et la fin est un tant soit peu bâclée. En dépit de tout cela, ce qui sauve le film, et l'a rendu parfois presque délectable à mes yeux, c'est bien la qualité de la partition musicale, qui regorge littéralement d'excellentes chansons. Toujours en relation avec le récit en cours, ces dernières demandent là aussi un temps d'adaptation, mais se montrent très vite extrêmement savoureuses (du genre qu'on fredonne encore à la fin du film). Je retiendrai en particulier le triste et mélodieux "Boy for sale", l'amusant "Pick a pocket or two" ou encore l'ironique "I'm reviewing the situation". Sans oublier l'enthousiasmant et parfois comique "Who wil buy", numéro musical ample et gracieux, à la mise en scène très réussie. Je n'apprécie d'habitude pas beaucoup ces numéros foisonnants où de nombreux figurants dansent et poussent la chansonnette tous ensemble, mais celui-ci se révèle vraiment poétique et charmant. Une 'superproduction' siglée années 60, donc très différente des musicals plus discrets d'autrefois. Chaque style possède ses propres qualités et défauts, ou plutôt chaque spectateur préfèrera l'un ou l'autre. Une très jolie surprise. 7,5/10

A noter pour une fois une VF d'assez bonne qualité, y compris des chansons. Les paroles diffèrent légèrement et ne sont pas toujours très compréhensibles lors des chansons en groupe, mais le tout reste largement écoutable.


31 décembre 2008

Odd man out / Huit heures de sursis
Carol Reed (1946) :

Réalisé par Carol Reed, ce film anglais possède une étrangeté palpable dans sa mise en scène, et plus encore dans ses personnages. James Mason, toujours au bord du gouffre, est un homme en fuite, profondément solitaire en dépit, ou à cause, des mains en apparence secourables qui se tendent vers lui... mais qui sont en réalité toutes prêtes à se montrer intéressées et égoïstes. Malgré une histoire linéaire, la narration s'interrompt régulièrement, et cède alors la place aux digressions mentales du héros. Le temps est comme délayé, tandis que la mise en scène se met à adopter la vision déformée d'un homme en proie à la peur et à l'épuisement, obligé d'errer dans les faubourgs d'une nuit glaciale.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Le spectateur peut espérer une fin heureuse, mais le piège se fait de plus en plus implacable et finit par entraîner la chute du héros.
Dépassant sa fonction première de "film de gangster", "Odd man out" aborde également les thèmes de l'individu face à la multitude, de la solidarité, et dessine une critique légère, mais sensible, des normes imposée par la société. 7/10

Posté par Vic le 30 septembre 2004
The Man Between (Carol Reed, 1953) : plongée sans fard dans le Berlin des 50's : en ruine, sectorisé, avec ses réfugiés, ses magouilles, ses personnages troubles, en compagnie d'une troupe d'acteurs impeccable (dont un James Mason encore une fois au sommet de son art.) Avec sa mise en scène ample et nerveuse, sa formidable capacité à créer des ambiances et des personnages parfaitement écrits, Carol Reed passionne de bout en bout, la dernière partie étant particulièrement bouleversante. Un sans faute.
"Un film n'est pas une envie de faire pipi" (Cinéphage, août 2021)