Scènes de la vie conjugale (Ingmar Bergman - 1973)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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MJ
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Post by MJ »

cinephage wrote: Bergman ne s'intéresse pas à de tels rapports, il privilégie le tête-à-tête. C'est parfois plus intense, parfois très juste, mais parfois aussi un peu étouffant.
Si tu dis "étouffant" au sens réducteur, à la limite, mais au niveau du ressenti, c'est quelque chose que personellement je cautionne. Les choses s'y révèlent plus vite, sans fards. L'implosion est encore plus dévastatrice que l'explosion.

En me répé... m'exprimant sur Bergman, je réalise que j'accorde dans ma vision de son oeuvre une place prépondérante à la "révélation". Comme si notre identité était forcément au moins un peu cachée. Je n'avais jamais vraiment réalisé. C'est intéressant, dans le sens que les cinéastes ayant le mieux pris sa relève (là je pense à Lynch) creusent ce même sillon.
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Jack Sullivan
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Post by Jack Sullivan »

MJ wrote:Et qu'elle relation est plus intime que celle d'une femme et de son mari?
Enfin, c'est comme ça que je vois les choses.
En tant que père de famille nombreuse, divorcé moultes fois et couvert de maîtresses, tu parles d'expérience, soyons-en sûrs.

cinephage wrote: Ca colle assez avec le rapport au couple qu'exprime Bergman dans son Laterna Magica, quand il évoque ses différents mariages (manifestement, ses enfants lui sont d'absolus étrangers).
Il avoue tout cru n'avoir jamais été véritablement un père, ni même avoir été intéressé par la vie familiale, en-dehors de ses relations conjugales (ou assimilées, comme avec Bibi Andersson ou Liv Ullmann). Il ne se cherche pas d'excuse, il ne le regrette pas vraiment non plus, il constate, froidement que ce qui l'intéresse vraiment, ce sont les relations homme-femme.
MJ
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Post by MJ »

Jack Sullivan wrote:En tant que père de famille nombreuse, divorcé moultes fois et couvert de maîtresses, tu parles d'expérience, soyons-en sûrs.
Tu sais, c'est pas tous les jours facile d'être un vieux routier de la vie.
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Jack Sullivan
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Post by Jack Sullivan »

MJ wrote:Tu sais, c'est pas tous les jours facile d'être un vieux routier de la vie.
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Excuse-moi, j'ai du mal à compatir :uhuh:
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gnome
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Post by gnome »

Quelqu'un sait si le fameux coffret 6 DVD reprenant SCENES DE LA VIE CONJUGALE et SARABAND est sorti ou sortira un jour...

Il est commandé depuis des mois chez Amazon... Ils m'ont repoussé l'envoi il y a une semaine ou deux donnant des délais de 4 à 6 semaines et là, ils ne m'ont pas encore annulé la commande, mais le coffret est annoncé indisponible sur le site... :?

Edit :

J'ai eu une réponse de Mk2 :
Monsieur,

Le coffret ci-dessous a été annulé avant sa sortie.

Aucune nouvelle date n’a été envisagée.



Vous pouvez néanmoins retrouver les 2 titres : Saraband et Scènes de la vie conjugale en éditions simple sur notre site internet : « boutique.mk2.com »



Cordialement
:(
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aurelien
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Post by aurelien »

...si la version longue en dit plus long sur la liaison du couple ...a voir de toute urgence . :arrow:
jocelyn
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Post by Ouf Je Respire »

Peut-on psychologiquement voir ce film alors qu'on est fraîchement marié? :?:
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Nomorereasons
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Post by Nomorereasons »

cinephage wrote: En revanche, autant cette oeuvre est assez révélatrice du rapport de Bergman au couple, autant je trouve qu'il y a de réelles failles dans son analyse.
Disons que le couple est étudié, pour ainsi dire décortiqué, mais presque indépendamment du reste du monde. Les enfants, la famille, les proches, sont à peine ébauchés, alors qu'ils peuvent jouer un rôle majeur dans la vie d'un couple.
D'abord, Cinéphage, ton avatar est épatant (le Professeur Rollin est le plus grand comique français vivant)!
En ce qui concerne "Les scènes de la vie conjugale" qui est mon Bergman préféré (d'abord parce que c'est l'un des plus accessibles -même s'il est terrifiant) ton commentaire m'a mis la puce à l'oreille, néanmoins en me forçant un petit peu j'ai essayé, d'une certaine manière, d'apaiser ce doute: et si ce couple fonctionnait un peu en vase clos justement à force de s'être regardé le nombril?
Je dis cela car au début du film, comme le rappelle la critique, on admire la famille pimpante, avec des enfants de carte postale, exhibée pour les besoins d'un magazine; au bout de cinq minutes on voit que le couple, livré à lui-même et étouffant de sa propre perfection, ne s'accorde pas. Autour, il n'y a, en guise de relations, que des spectateurs -qui d'ailleurs ne perdent pas une occasion de les féliciter sur leur belle réussite.
Toutefois ma petite objection se heurte là: je parle en simple spectateur d'un film qui vous demande en retour d'être davantage qu'un simple spectateur. (edit: désolé pour ce post qui fait double emploi avec la critique comme je viens de m'en apercevoir...c'est un peu un comble :oops: )

Pour ma part, en réponse à Ouf j'ai dit oui, je ne suis pas sûr que ce soit là un spectacle idéal de jeunes mariés :lol: à moins que vous ne soyez de furieux cinéphiles et que votre bonheur soit une affaire de travellings!
MJ
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Post by MJ »

yaplusdsaisons wrote:En ce qui concerne "Les scènes de la vie conjugale" qui est mon Bergman préféré (d'abord parce que c'est l'un des plus accessibles -même s'il est terrifiant) ton commentaire m'a mis la puce à l'oreille, néanmoins en me forçant un petit peu j'ai essayé, d'une certaine manière, d'apaiser ce doute: et si ce couple fonctionnait un peu en vase clos justement à force de s'être regardé le nombril?
A noter que plusieurs films de Bergman, de Persona à Cris et Chuchotements en passant par l'Heure du Loup et toute sa série insulaire en général, fonctionnent momentanément en vase-clos.
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Nomorereasons
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Post by Nomorereasons »

J'ai vu Persona et Cris et Chuchotements; le premier a réussi à me captiver malgré mon ignorance totale de Jung. Quant au second ce fut un mauvais moment à passer (et même deux: je l'ai revu pour essayer de m'y attacher, peine perdue). Je suis loin de remplir l'exigence de ces films et ne me sens pas assez armé pour continuer...
Mais qu'entends-tu par fonctionner "momentanément" en vase clos? Est-ce à cause de la fin de certains films, Cris et chuchotements par exemple, qui sonne comme une délivrance? Ou bien s'agit-il d'un élément exterieur qui contraint l'intrigue et les protagonistes à sortir de leurs marques, comme l'arrivée de la mère dans Sonate d'Automne? Ou bien est-ce quelque chose de plus schématique?...
MJ
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Post by MJ »

yaplusdsaisons wrote:Mais qu'entends-tu par fonctionner "momentanément" en vase clos? Est-ce à cause de la fin de certains films, Cris et chuchotements par exemple, qui sonne comme une délivrance? Ou bien s'agit-il d'un élément exterieur qui contraint l'intrigue et les protagonistes à sortir de leurs marques, comme l'arrivée de la mère dans Sonate d'Automne? Ou bien est-ce quelque chose de plus schématique?...
Ce que fait Bergman ce n'est pas tant exclure la foule qu'isoler des individus pour une forme d'observation, qu'elle soit psychologique (Cris et Chuchotements qui suit le parcours de ces soeurs réduites à l'autarcie par l'agonie de l'une d'entre elles, mais ça ne peut être qu'un statu quo) ou expérimentale (Persona et son approche révolutionnaire du cinéma). Dans la Honte aussi les personnages n'ont pas toujours vécut sur cette île, tout comme l'artiste n'est censé passé qu'une quinzaine dans les limbes de l'Heure du Loup, encore que rien ne nous garantit qu'il s'en libère. On peut aussi penser à la séquestration des enfants dans Fanny et Alexandre qui précède une libération.
C'est en cela que le cinéma de Bergman est introspectif. Mais il ne se réduira jamais qu'à cela. Il n'exclut pas le monde extérieur, mais ce dernier découle du dedans.
Ca va, je parais pas trop défoncé? :lol:
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gnome
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Post by gnome »

Plutôt ça, je crois...
yaplusdsaisons wrote:Ou bien s'agit-il d'un élément exterieur qui contraint l'intrigue et les protagonistes à sortir de leurs marques, comme l'arrivée de la mère dans Sonate d'Automne?
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Post by gnome »

MJ wrote:Ca va, je parais pas trop défoncé? :lol:
ça va... :lol:
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Anorya
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Re: Notez les films naphtalinés de septembre 2008

Post by Anorya »

Scènes de la vie conjugale (Ingmar Bergman - 1973)

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Ah ouais, c'est bien du Bergman. :mrgreen:

Scènes de la vie conjugale est à la base une "série" pour la télévision suédoise en 6 épisodes pour une durée totale de près de 4h40. Ici, il s'agit de la version "raccourcie" en film d'une durée de 2h40 (l'edition Opening donc) mais les chapitres/épisodes sont sensiblement les mêmes.

J'avais peur de m'ennuyer devant cette histoire d'un couple moderne qui se délitte progressivement avec le temps (Johan --Erland Josephson-- trompe sa femme avec une de ces étudiantes) pour finir par divorcer, non sans douleur puis plus tard rester bons amis. Et en fait pas du tout parce que les situations sont très bien amenées (c'est traité très réaliste, sans pathos, même pas de musique, souvent frontalement avec des gros plans chers à Bergman), que les comédiens sont excellents, qu'il y a aucun manichéïsme (on ne peut pas leur en vouloir vraiment, on comprend leurs points de vues et leurs défauts respectifs), que les dialogues sont ciselés avec une rare maîtrise (en même temps c'est Bergman, pas étonnant que Woody Allen l'admire :D ). Et finalement, c'est brillant et on ne s'ennuie pas une seconde. Excellent. (je l'ai vu comme une série ou un téléfilm en 2 partie pour respecter l'idée du sérial)

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Le divorce à la suédoise ? Y'a que ça de vrai. :mrgreen:

5/6. Excellent, génial. Chef d'oeuvre ? :D
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Miss Nobody
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Re: Scènes de la vie conjugale (Ingmar bergman, 1973)

Post by Miss Nobody »

Scènes de la vie conjugale - le film - 1974

Dissection d'un couple ordinaire, le film est servi par une mise en images austère, tout en gros plans et en mouvements bancals. Cette sécheresse esthétique met superbement en valeur la profondeur du propos. Bergman capte magnifiquement la psychologie de ses deux personnages, l'homme et la femme, sorte de modèles universels dont nous ne saurions nous évader nous même.
Le film distille d'abord le malaise, en laissant sourdre dès les premières minutes l'hypocrisie et le mal-être sur la peau lisse des personnages, puis laisse doucement s'effriter le couple de papier glacé, au fil des scènes et des révélations, des événements et des disputes. Peu à peu, sous le calque léger de la vie de deux êtres, nous devenons la spectateur de nos propres faiblesses.
Les vérités suintent, comme autant de réflexions de notre propre intimité, et émeuvent, en rappelant sans cesse nos comportements, nos amours, notre incapacité à apprivoiser entièrement l'autre. La première partie du film est d'une perspicacité saillante à ce niveau. La justesse des propos, des situations, des relations, fait presque froid dans le dos tant elle trouve forcement des répercussions dans notre sphère privée. Heureusement, l'auto-analyse ne s'étend pas sur toute la durée du film, et le spectateur peut prendre un peu plus de recul dans une seconde partie où l'histoire devient plus singulière (probablement très proche des expériences du cinéaste), où les époux se retrouvent, se détachent et se rattachent l'un à l'autre.
« Scènes de la vie conjugale » est un film unique et passionnant, qui satisfait un voyeurisme certain en nous en apprenant chaque minutes un peu plus sur nous-même.


8,5/10