Charles Chaplin (1889-1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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allen john
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

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M.Verdoux (Charles Chaplin, 1947)

Lorsqu'à la fin de ce film Chaplin, dans le rôle de M. verdoux, se dirige d'un pas résigné vers la guillotine, une immense tristesse se dégage de l'image, qui vient pourtant en écho du premier plan du film: on y voyait la tombe du "héros" du film, dont la voix enjouée et chantante entamait avec une grande légèreté la narration... Humour noir, ou burlesque, la tentation de faire rire est ce qui est peut-être le plus frappant de ce film tant le ton est grave. On peut renvoyer à The great dictator, et le paradoxe de devoir redécouvrir le film alors que nous savons qu'il était finalement très en-dessous de la vérité dans l'horreur de ce qu'il décrivait; ici, Chaplin sait désormais ce que vient de subir l'humanité, et il s'en sert pour nourrir son film... Donc le ton est noir, très noir, et le film a nourri la polémique, a donné à tous les détracteurs de Chaplin des armes et des arguments, et peu d'entre eux se sont retenus. C'est pourtant à un autre qu'il attribue l'étincelle créatrice, puisque au début de ce film il remercie Orson Welles pour l'idée initiale, à savoir une transposition de la vie de Landru. Mais dans le seul choix d'incarner un Landru après tant d'années dans les défroques d'un vagabond au grand coeur, qu'il soit soldat, évadé, golfeur ou ouvrier, Chaplin a commis un acte fort: pour commencer, il assume son age, et apparait presque tel qu'en lui-même à la fin de ce film; ensuite il rappelle à ceux qui l'auraient oublié qu'il n'est en rien un conteur angélique, et qu'il sait convoquer la méchanceté; il l'a jusqu'ici fait de manière déguisée, mais cette fois-ci, l'esprit noir est en pleine lumière.

M. Verdoux est un homme pas spécialement gâté par la vie, qui a fait un choix pragmatique simple: utiliser les ressources de veuves esseulées, en les mariant, puis en les tuant, et enfin en disparaissant. On assiste à sa chute, son arrestation, et son procès. Parallèlement, on assiste à l'évolution tumultueuse d'un monde en crise, d'un désastre à l'autre. Chaplin ne nomme pas les évènements, restant dans le vague quant aux dates et aux évènements historiques, mélangeant allègrement les époques (la crise est-elle celle de 1929? il y en a plusieurs...) en montrant par exemple des bistrots 1945, des guinguettes 1910, des toilettes 1947... Il donne une motivation personnelle à son "héros", en lui donnant une vraie famille, avec sa femme invalide, mais le fait que ceux-ci disparaissent du film par la grâce du dialogue les condamne à n'être que des comparses: en vérité, Verdoux est seul contre tous. Et s'il a parfois des gestes de pitié (La jeune femme ramassée dans la rue pour être la cobaye d'un poison, qu'il décide finalement de ne pas lui administrer) c'est parce qu'il se reconnait un peu trop dans sa victime potentielle. Du reste, de la plupart de ses victimes, nous ne voyons rien ou presque; Lydia, la seule de ses "épouses" dont nous faisons la connaissance avant qu'elle soit bel et bien exécutée, est une horrible mégère; des autres, nous voyons deux victimes potentielles, la douce Mme Grosnay, et l'insuportable Annabella Bonheur. Cette dernière justifie à elle toute seule l'épousicide... une façon d'atténuer la criminalité de Verdoux, et d'entrainer le public derrière lui, juste ce qu'il faut.

La construction reprend un peu celle de The great dictator, dans sa suite de scène plus ou moins jointes; évidemment, la quête de la richesse et les meurtres savamment calculés de Verdoux lient assez efficacement l'ensemble; mais comme dans son film précédent, Chaplin s'est réservé une tribune, et il sait après le discours final de son film anti-Hitler qu'il est forcément attendu au tournant... Son "Je vous attend là-haut, nous nous reverrons très vite" est une clé du film, bien sur, une façon de renvoyer la culpabilité de Verdoux à l'ensemble de l'humanité. C'est le sens de la dernière demi-heure, qui est sans doute la partie du film la plus nourrie des dernières années; comme si le criminel nous disait avoir perdu la foi dans le crime, parce qu'il se sent dépassé par l'humanité toute entière et sa propension à faire le mal. En tant que message, c'est peut-être agressif, mais c'est, finalement, un constat totalement valide, hélas.

La principale erreur des détracteurs du film et de son auteur est sans doute d'avoir recours à la confusion habituelle entre l'acteur (Cet homme qu'on aime aimer) et son personnage, mais aussi de croire que tout film doit avoir une morale: non, Verdoux n'est pas un héros, et ses crimes sont odieux, c'est un fait. si le film est une comédie, et si le personnage est bien un avatar de Chaplin, avec sa voix, sa gestuelle étourdissante, son charme naturel, ça n'est en aucun cas une invitation à le suivre. Le constat du film est une grosse claque dans la figure, ne l'oublions pas, et la comédie nous le rappelle en permanence, grâce à la faculté de Chaplin de passer du rire sardonique à l'évocation du drame. S'il recule devant la représentation du crime (L'anecdote de Lydia, qui meurt hors-champ, son exécution symbolisée par un trait musical qui enfle avant de s'arrêter brusquement), c'est qu'il n'est pas fou, et souhaite pouvoir faire passer son film: il avait raison, du reste, la vision du gentil Verdoux qui jardine tranquillement pendant que son incinérateur fontionne à plein régime est suffisamment violente pour ne pas en rajouter. Donc, le film est drôle, parfois trop (Je sais bien que Martha Raye, son faire-valoir en "Annabella" a été choisie parce qu'elle est irritante, mais elle est effectivement insupportable...), mais il est surtout grave, et cette humanité, montrée sous la forme d'une famille éplorée qui se demande ce qu'est devenue l'une d'entre eux, tombée en fait victime du Landru filmique, est en fait incapable de s'exprimer hors de l'agression: cette scène, situé au tout début sert non seulement à présenter de l'extérieur le personnage de Verdoux et le modus operandi du Barbe-Bleue (Femme seule, mariage précipité, ponts coupés avec la famille); elle permet aussi de juger de l'insuportable nature des autres...

En tout cas, le film a valu à Chaplin une haine indéfectible de la droite Américaine, dont soyons honnête il est évident qu'elle n'attendait que cela pour le montrer du doigt. La facture sera salée, puisque Chaplin va denoir fuir, et ne fera plus que trois films. plus grave, le succès ne sera plus jamais au rendez-vous, et le règlement de comptes avec l'Amérique va prendre la place de l'humanisme de Chaplin, qui s'exprime ici, paradoxalement, avec force. L'austérité naturelle de chaplin, qui prend ici le contrepied du film noir, se met au service d'un film encombrant et sombre, mais dont l'accès difficile est d'une honnêteté remarquable. Et le film est notable pour être l'un des rares à avoir osé rappeler que le héros d'un film n'est pas forcément un exemple (Il me vient à l'esprit que cette même année, Curtiz réalise The unsuspected, mais c'est un autre sujet...). Quant à la tristesse évoquée plus haut, eh bien, c'est peut-être parce que dans ce dernier plan, c'est un homme qu'on va exécuter; pire: c'est Chaplin.

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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by hansolo »

allen john wrote:M.Verdoux (Charles Chaplin, 1947)
...

En tout cas, le film a valu à Chaplin une haine indéfectible de la droite Américaine, dont soyons honnête il est évident qu'elle n'attendait que cela pour le montrer du doigt. La facture sera salée, puisque Chaplin va denoir fuir, et ne fera plus que trois films. plus grave, le succès ne sera plus jamais au rendez-vous, et le règlement de comptes avec l'Amérique va prendre la place de l'humanisme de Chaplin, qui s'exprime ici, paradoxalement, avec force. L'austérité naturelle de chaplin, qui prend ici le contrepied du film noir, se met au service d'un film encombrant et sombre, mais dont l'accès difficile est d'une honnêteté remarquable. Et le film est notable pour être l'un des rares à avoir osé rappeler que le héros d'un film n'est pas forcément un exemple (Il me vient à l'esprit que cette même année, Curtiz réalise The unsuspected, mais c'est un autre sujet...). Quant à la tristesse évoquée plus haut, eh bien, c'est peut-être parce que dans ce dernier plan, c'est un homme qu'on va exécuter; pire: c'est Chaplin.

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Merci pour cette chronique allen john, comme toujours délectable :!:

En revanche quand tu dis
"le succès ne sera plus jamais au rendez-vous"; tu y inclus Limelight ? (parce qu'il me semble que ce film a eu un succès critique et public; au moins en Europe)
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by allen john »

hansolo wrote:
allen john wrote:M.Verdoux (Charles Chaplin, 1947)
...

En tout cas, le film a valu à Chaplin une haine indéfectible de la droite Américaine, dont soyons honnête il est évident qu'elle n'attendait que cela pour le montrer du doigt. La facture sera salée, puisque Chaplin va denoir fuir, et ne fera plus que trois films. plus grave, le succès ne sera plus jamais au rendez-vous, et le règlement de comptes avec l'Amérique va prendre la place de l'humanisme de Chaplin, qui s'exprime ici, paradoxalement, avec force. L'austérité naturelle de chaplin, qui prend ici le contrepied du film noir, se met au service d'un film encombrant et sombre, mais dont l'accès difficile est d'une honnêteté remarquable. Et le film est notable pour être l'un des rares à avoir osé rappeler que le héros d'un film n'est pas forcément un exemple (Il me vient à l'esprit que cette même année, Curtiz réalise The unsuspected, mais c'est un autre sujet...). Quant à la tristesse évoquée plus haut, eh bien, c'est peut-être parce que dans ce dernier plan, c'est un homme qu'on va exécuter; pire: c'est Chaplin.

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Merci pour cette chronique allen john, comme toujours délectable :!:

En revanche quand tu dis
"le succès ne sera plus jamais au rendez-vous"; tu y inclus Limelight ? (parce qu'il me semble que ce film a eu un succès critique et public; au moins en Europe)
en Europe, en effet, mais aux etats-Unis, le film a été largement ignoré. ON peut considérer que c'est quantité négligeable, mais il faut bien recnnaitre qu'après le succès qu'il a eu la-bas, ça a du être difficile à supporter pour lui... Mais tu as raison.

Et puis merci pour la délectation. :D
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by hansolo »

allen john wrote: Et puis merci pour la délectation. :D
You're welcome :D
Quand je lis une de tes chroniques, je "revis" les films et leur moments clés (et quand je ne connais pas les films, ça me donne envie de les découvrir).
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by someone1600 »

Chronique passionnante comme toujours Allen John, pour un autre film fantastique de Chaplin. :D

Va bien falloir que je continu mon cycle moi aussi. :wink:
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by allen john »

someone1600 wrote:Chronique passionnante comme toujours Allen John, pour un autre film fantastique de Chaplin. :D

Va bien falloir que je continu mon cycle moi aussi. :wink:
Merci... il n'ya pas urgence, je crois que Chaplin n'est pas prèt de nous sortir un nouveau film... :mrgreen:
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by someone1600 »

C'est sur, mais comme j'ai plein de cycle que je veux faire, faut bien que je termine les deux en cours... lol. Mais ca fait un mois que je stagne pour les deux donc. :wink:
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Thaddeus
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by Thaddeus »

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Le kid
Chaplin a mis notoirement beaucoup de lui-même dans cette aventure en partie autobiographique, et dans la relation entre celui qu’il incarne et l’enfant abandonné qu’il prend sous son aile, considéré autant comme un fils que comme un double de lui-même. Très simple, le film invente des gags irrésistibles, suscite une émotion d’une grande pureté, trouve l’équilibre idéal entre comédie burlesque et mélodrame. La très fameuse scène de séparation, chargée de l’incommensurable détresse de celui qui a vécu autrefois pareille expérience, est absolument déchirante. Et si l’étreinte entre le gosse et le vagabond lorsqu’ils se retrouvent est d’une intensité si douloureuse, c’est certainement parce que c’est l’enfant dont il est issu que le personnage embrasse à cet instant. 5/6

Le pèlerin
Le travail de Chaplin a longtemps consisté à préciser, à affiner une certaine forme d’humour héritée du slapstick, à le dégager de ses nervosités mécaniques et d’une certaine gangue de vulgarité. Ce moyen-métrage en témoigne, qui crée une savante batterie de décalages et de malentendus entre les apparences de l’habit et la réalité du personnage. Les ligues conservatrices et la censure se seront déchaînées sur la satire subversive de l’hypocrisie et de la bigoterie qu’elle développe en un savoureux brocardage du pharisaïsme religieux. Mais si l’Amérique profonde en prend pour son grade, c’est en clown désenchanté, presque en philosophe, que l’auteur conclut sa fable : lorsqu’il marche tel un funambule sur la frontière américano-mexicaine, c’est la précarité burlesque de tout statut social qui est épinglée. 4/6

L’opinion publique
Sans doute l’un des films les plus modernes de son époque, l’un des plus innovants du cinéma muet, une œuvre à part dans la carrière de l’auteur, qui préfigure ici la sophistication des comédies hollywoodiennes. Chaplin parvient à formaliser l’intériorité de ses personnages par le biais d’une mise en scène dépouillée mais évocatrice, elliptique et métonymique, d’une écriture allusive atténuant la portée scabreuse de l’histoire en même temps qu’elle en exalte le cynisme. Pariant sur l’intelligence du spectateur, sa faculté à associer des éléments que le montage agence en un rapport dialectique sans forcément les montrer (un faux-col tombant du tiroir pour illustrer la condition d’une femme entretenue, par exemple), cette subtile chronique de mœurs se double d’un émouvant portrait psychologique. 4/6

La ruée vers l’or
Avec ses séquences d’anthologie enfilées comme des perles, avec la perfection méticuleuse de ses agencements visuels, ce nouveau sommet puise dans l’imaginaire collectif (la mythologie du chercheur d’or), une manière unique de sublimer le réel, de poétiser les instants les plus dramatiques (l’inaltérable danse des petits pains) et de fermenter le rire en le mettant en lumière de la gravité des choses et de la cruauté du monde (le héros comme invisible aux yeux de la femme qu’il aime). Mime, burlesque, gags délirants y sont en permanence alimentés par l’expression d’une sentimentalité poignante, par l’éloge de l’amitié et de la solidarité, et par la critique distanciée du rêve américain, incarné malgré tout par le héros jusqu’à un dénouement qui colore son euphorie d’une certaine amertume. 5/6

Le cirque
Embauché dans un cirque, l’éternel vagabond est confronté au regard du spectateur : il ne fait rire que lorsqu’il ignore ce pour quoi il a été réellement engagé, et qu’il bat sur leur propre terrain, de façon totalement involontaire, les artistes du spectacle forain. La réflexion démystificatrice que Chaplin porte sur son métier, son rapport avec le public, est de celles que seuls les plus grands peuvent se permettre. Et cette grandeur éclate à chaque seconde, dans l’ordonnancement géométrique de la mise en scène, dans la poésie d’un dîner de misère partagé avec une jeune fille, dans les hilarantes séquences de répétitions ratées, de clownerie involontaire ou de funambulisme acrobatique, corsé par des primates facétieux, qui font de cette petite merveille l’un des films les plus drôles de son auteur. 5/6

Les lumières de la ville
Plus que jamais Chaplin est au faîte de son génie, structurant avec fluidité un récit complexe, approfondissant son art du muet à une époque où le parlant triomphait. Les scènes d’anthologie affirment une plénitude absolue du gag, dans sa dimension la plus plastique et la plus poétique (le mémorable combat de boxe). L’argument (une aveugle tombe amoureuse du héros, qu’elle prend pour un homme riche) confère au film davantage que sa logique formelle ; elle puise dans les ressorts des plus grandes tragédies et gouverne quasiment la conception éthique et philosophique qu’il développe. Tout est question de confusion d’identités, de projection illusoire, d’imagination créatrice, jusqu’au moment où tout se synchronise – c’est l’échange final de sourires, un simple jeu de regards qui suffit à rendre la conclusion bouleversante. 5/6

Les temps modernes
La seule parole que l’on entend ici est celle de l’autorité (le patron, la machine à manger), et c’est la candeur qui gouverne les actions des deux héros amoureux, esprits éternellement jeunes, qui ne se révoltent pas mais sont les seuls vivants dans un monde d’automates. Plus ouvertement politique, Chaplin fait de la taylorisation galopante le lit d’une satire nimbée d’onirisme, fertile en gags poétiques : le ballet surréaliste de l’ouvrier aux prises avec l’énorme machine, la partie de patins à roulettes, la confusion des manifestants qui le prennent pour un communiste sont autant de scènes inusables. Les associations visuelles, la perfection du style et du montage témoignent d’une inspiration zénithale, au service d’un propos ménageant la tendresse romantique et l’humanisme chaleureux. Un inaltérable classique. 5/6

Le dictateur
C’est l’un des ces coups d’éclat idéologiques, l’une de ces charges dévastatrices dont le cinéma est capable lorsqu’un artiste de génie choisit d’attaquer une puissance mythologique comparable, de l’amener sur son propre terrain pour mieux le ridiculiser, et de le combattre avec les armes redoutables du burlesque et de la satire. Né quatre jours avant Hitler, Chaplin s’engage corps et âme, plie l’invective politique du dictateur pour la transformer en gestuelle grotesque et absurde, use de tous les moyens de spectacle pour stigmatiser le danger et la folie qu’il représente. Et il le fait avec une poésie (le ballet du globe), une férocité (les harangues incompréhensibles) et une sincérité humaniste (l’homélie finale en forme d’appel aux consciences, à la gloire des valeurs démocratiques) en tout point admirables. 5/6

Monsieur Verdoux
Au lendemain de la guerre, scarifié dans l’amère mise à nu de ses désillusions, le monde à changé. Le vagabond chaplinien aussi, dont le cinéaste jette le masque en assumant la logique de ses motivations : se couler dans les normes sociales non par conformisme, mais par intérêt. Poussé à tuer des femmes pour nourrir sa famille, assumant jusqu’au bout la logique capitaliste dans des circonstances particulières : voilà comment l’artiste tord le cou au sentimentalisme dont il fut souvent accusé et dénude le pessimisme implacable qui rôdait sous le rire de ses précédents ouvrages. Réglant dans l’humour noir quelques comptes avec l’Amérique bien-pensante, il dévoile une philosophie aussi rieuse que sinistre et préserve une humeur guillerette et le regard sarcastique d’un moraliste affûté. 5/6

Les feux de la rampe
Sans doute le film testamentaire de Chaplin, celui où se livre le plus ouvertement, le plus intimement. Dans ce film en forme d’adieux, il met en scène sa propre mort, celle d’un artiste désormais honni et d’un clown autrefois adulé. On peut dire qu’il tombe le masque, se démaquillant explicitement à travers ce personnage vieillissant, hanté par l’échec, le besoin du public, la peur du rejet et de l’oubli. Le film use des jeux de miroir entre la coulisse et la scène, invite d’autres grands noms à la gloire passée (Buster Keaton), manie l’artifice et l’impudeur en un adieu qui est aussi un hymne au spectacle et aux gens qui le font – car si le pathétique de la déchéance traverse le récit entier, c’est aussi l’éloge de la jeunesse, seule porteuse d’espoir, qui lui confère son étincelle de vie. 4/6

Un roi à New York
Produit et tourné en Angleterre, le film semble opérer une mise à plat (peu de perspectives, une réitération mécaniques des mêmes lieux : la chambre d’hôtel du roi) qui doit tout à l’esthétique télévisuelle. Comme si, à l’instar de Ford ou Hawks, le cinéaste estimait que ce détour garantissait la pureté nécessaire aux ultimes discours. Brocardant une Amérique en proie à l’intolérance, à la médiatisation à outrance et à l’instrumentalisation publicitaire, il charge le maccarthysme et règle ses comptes avec un pays dont les dérives démocratiques le disputent aux pressions idéologiques. Hélas ses intentions s’articulent avec platitude, et ses dispositifs tournent si souvent court qu’on peut se demander si son comique poussif et maladroit n’est pas le symptôme d’un soupçon de gâtisme. 3/6

La comtesse de Hong Kong
Charmé de découvrir en ses deux stars de parfaits véhicules de coquinerie sentimentale, Chaplin polit et sophistique certaines de ses routines en un glissement de gratitude et de spleen. De son œil furibond, Marlon piétine, s’essouffle, enrage comme un taureau parqué dans une boutique de cristal. La divine Sophia enfile des dessous de femme-canon qui lui tombent aux chevilles, grignote avec des gestes fleuris qui évoquent la musique visuelle des petits pains, joint rondeur des attitudes et clownerie des mimiques. Exercice d’élégance où tout se passe entre les portes, les placards, les WC, les lits, les hublots, cette expérience de cristallisation boulevardière de situations extraites aux racines du burlesque puise dans sa désuétude même une intelligence spirituelle, une savoureuse drôlerie. Hands off Charlie. 5/6


Mon top :

1. Les temps modernes (1936)
2. Les lumières de la ville (1931)
3. Le dictateur (1940)
4. Le cirque (1928)
5. La ruée vers l’or (1925)

Que dire ? Comment synthétiser l’œuvre d’un artiste unanimement considéré comme l’un des plus essentiels du cinéma ? Chaplin est de ceux qui ont fait du divertissement populaire un art aux résonnances humanistes, politiques, sociales. Dans la comédie pure comme dans le drame, il reste un modèle absolu, dont la fécondité formelle n’égale que l’universalité du propos.
Last edited by Thaddeus on 2 Nov 18, 21:08, edited 7 times in total.
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by hansolo »

Stark wrote: Les lumières de la ville
Plus que jamais, Chaplin est ici au faîte de son génie, approfondissant son art du muet à une époque où le parlant triomphait. Les scènes d’anthologie pleuvent, affirmant une plénitude absolue du gag, dans sa dimension la plus plastique et la plus poétique (le mémorable combat de boxe). L’argument (une aveugle tombe amoureuse du héros, qu’elle prend pour un homme riche) confère au film davantage que sa logique formelle ; elle gouverne quasiment la conception éthique et philosophique qu’il déploie. Tout est question de regard, de projection, d’imagination créatrice, jusqu’au moment où tout se synchronise – c’est l’échange final de sourires, une conclusion bouleversante. 5/6
Je partage ton analyse; mais là ou ton "compteur" se bloque invariablement au 5/6 (tu dois difficilement donner la moyenne a un film :?: ...) ; j'aurais mis volontiers 6,5/6 à ce film en mettant - de bon cœur - 6/6 a quasiment tous les autres :D

Ce qui est le plus merveilleux chez Chaplin; c'est qu'on peut revoir un de ses chefs d’œuvre sans se lasser et y découvrant à chaque fois des richesses alors qu'on pensait avoir épuisé le filon ...
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by Thaddeus »

On m'a fait exactement la même remarque ailleurs.

Les notes sont souvent injustes et trompeuses, c'est pour cela que je tiens à mettre des commentaires. Pour moi les 6/6 sont réservés à des films avec lesquels j'ai vécu une recontre véritablement intime. Disons que je réserve le point décisif à ce supplément de subjectivité que je revendique, et que je l'utilise avec la plus grande parcimonie. Sur l'ensemble des tops que je vais établir ici, j'en ai recensé autour de 180 : près du double de mon top 100, soit pas énormément.

Ca n'enlève rien à l'admiration que je porte à Chaplin et au boneur que me valent ses films. :wink:
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by hansolo »

Stark wrote:Ca n'enlève rien à l'admiration que je porte à Chaplin et au bonheur que me valent ses films. :wink:
Je l'ai bien compris.
Dans mon classement personnel; Les Lumières ... & Limelight figurent de facto dans le top 10.
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by Akrocine »

NE CAMÉRA AUTHENTIQUE UTILISÉE PAR CHARLIE CHAPLIN AUX ENCHÈRES

http://www.movieobjects.com/news-15882.htm
"Mad Max II c'est presque du Bela Tarr à l'aune des blockbusters actuels" Atclosetherange
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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by allen john »

Limelight (Charles Chaplin, 1952)

Voir Chaplin dans Limelight, après avoir revu au préalable tout ce qui a précédé, c'est être frappé par la nudité de son visage quand on le voit ici pour la première fois; d'ailleurs, c'est de dos qu'il fait sa première scène, en homme agé, de petite taille, à la silhouette encore bien fine pour son age, mais saoul; il monte avec peine un escalier, qui mène à une porte que l'alcool n'aidera pas à s'ouvrir; il ttitube, et sa gestuelle nous permet immédiatement de le reconnaitre. Mais sous son vrai visage, tel qu'en lui-même, sans aucune moustache lui, qui a toujours ou presque utilisé cet artifice, et a construit sa carrière, sa célébrité, sa fortune même sur un petit tas de poils qu'il se collait sous le nez...

Le film ne mettra pas longtemps à nous rassurer: si Chaplin a décidé d'apparaitre à visage découvert pour ce film, c'est sous un autre masque qu'il se dissimule, celui autour duquel il a tant tourné, depuis The bank ou The tramp en 1915: Limelight est un mélodrame, un film qui s'éloigne des leçons parfois embarrassantes que le metteur en scène et acteur a cru bon de vouloir donner dans les années 40. Et de fait, tout de suite devant cette histoire de vieux clown décati amoureux d'une jeune étoile, on ne peut s'empêcher de se demander: quelle part d'autobiographie contient ce film? une seule réponse s'impose: tout le film et rien, bien sur. Chaplin n'a finalement pas dérogé ici à ses vieux démons, et on se rappelle d'un autre clown, celui du Cirque, qui à la fin du film s'asseyait par terre avant de repartir vers de nouvelles aventures, pendant que le cirque pour lequel il avait travaillé partait dans une autre direction...

Calvero est un vieux clown lessivé et alcoolique, qui rentre chez lui un matin pour trouver une étrange odeur de gaz dans l'escalier: une voisine est en train de se suicider: il la sauve et appelle un médecin; elle s'uinstalle chez lui, et le vieil homme va patiemment lui redonner confiance en elle et en la vie, en son art aussi: elle est danseuse. Terry (Elle s'appelle Thereza) va en échange soutenir le vieil homme dans ses tentatives de retourner sur scène, en particulier lorsque la santé lui reviendra, et que sa nouvelle carrière de prima ballerina prendra son envol...

Rien de nouveau? Si, bien sur: d'une part, Chaplin situe son histoire dans le Londres de 1914, tout un symbole, et revit avec affection une nouvelle jeunesse par le biais de la peinture du monde du spectacle dans la capitale Anglaise, en cette année ou il l'a quittée pour devenir le phénomène que l'on sait... D'autre part, le dialogue aidant, Chaplin laisse à Terry (Claire Bloom, excellente) le soin de prononcer les mots d'amour qu'on attribuerait le plus souvent au vagabond, éternel ver de terre amoureux d'une étoile. Ici, c'est Terry qui se consume d'amour pour un homme trop vieux pour accepter cette offrande. c'ets là qu'il faut voir le principal thème entrepris par Chaplin: l'age. Celui qui, depuis qu'il vit le parfait amour avec Oona, a enfin paradoxalement admis son age, souhaite donc passer le relais, et ce passage de témoin doublé d'une mort en scène est relaté en deux bonnes heures, et parfaitement symbolisé par ce plan absolument sublime d'un Calvero mort, transporté sur un divan dans les coulisses immédiates de la scène ou se produit Terry. Sait-elle, alors qu'elle danse, que l'homme qu'elle aime est déja mort? Le film se clôt sur sa prestation, the show must go on, of course...

Il y a des défauts dans ce film, même si la plupart du temps, ce qui lui est reproché constitue en fait sa force: cette immersion dans le mélodrame, sans honte ni remords, est parfaitement assumée. Non, bien sur, le film possède déja le défaut d'être un film parlant; le metteur en scène, l'acteur sont des génies, c'est un fait, mais le dialoguiste ne peut s'empêcher d'en rajouter des tonnes... Sinon, la distance maintenue par la caméra de Karl Struss lors des scènes de danse, rendue indispensable par le fait que Claire Bloom était doublée, est gênante, nous empêchant de partager l'émotion resentie par Calvero par exemple lors de l'audition. Alors que Calvero, dans ses numéros, bénéficie d'une caméra virevoltante (Un exploit pour l'austère metteur en scène, on en conviendra, mais il n'a sans doute pas engagé le collaborateur de Murnau sur sunrise pour lui faire clouer une caméra au sol...), on peine à voir autre chose dans ces scènes qu'une doublure brune del'actrice principale qui danse à la perfection: des plans purement génériques, en fait...

Mais on est heureux de retrouver plus d'une allusion au passé de Chaplin, son don pour le geste sur, et ce personnage de Calvero qui ressemble tant à notre vagabond favori; il a les mêmes obsessions aussi, une sorte de vague tendance artistique qui cache un insatiable désir de séduire (Le deuxième rêve de l'ivrogne, qui revoit ses succès passés en songe, le voit jouer la comédie avec Terry justement, et tenter de la séduire avec toute une batterie d'allusions parfois douteuses), avec cette gestuelle sensuelle (Toucher, gout et odeurs compris), et cette incroyable faculté à tout exprimer avec ses yeux. Mais plus encore, il rend un hommage appuyé à toute la profession, en invitant Snub Pollard (Figurant à ses côtés durant l'année 1914), Loyal Underwood (Un acteur minuscule, qui jouait dans ses films mutual) et bien sur le grand Buster Keaton a jouer à ses côtés. Les scènes qui immortalisent la collaboration des deux génies sont placées à la fin, un peu comme une apothéose de la partie "comédie" du film, même s'il convient d'être mesuré: ce n'est sans doute pas le feu d'artifice qu'on attendrait; il convient aussi de remettre les pendules à l'heure: contrairement à la légende, Keaton était très heureux de sa participation au film, et de fait, il est beaucoup plus qu'une silhouette, contrairement à son apparition dans Sunset Boulevard, par exemple... Chaplin envisageait un temps pour Limelight d'être son dernier film, il souhaitait donc ne pas partir sans rappeler d'ou il venait.

Voila qui clôt un nouveau chapitre de sa vie, sur une note une fois de plus triste: le film n'aura pas le succès escompté, et du coup le démon de tourner ressaisira Chaplin, qui tournera deux films encore, et je n'ai pas la moindre envie de les revoir, ni l'un, ni l'autre.

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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by allen john »

A king in New York (Charles Chaplin, 1957)

Un roi en exil, chassé par une révolution, qui se retrouve coincé à New York entre deux mondes, et pris au piège d'une vie Américaine moderne, à lquelle il ne comprend rien: forcément, sur ces fondations, on s'attend à l'expression d'une vengeance de celui qui a été longtemps l'idole du public, le roi de Hollywood, et qui est un proscrit depuis quelques années: non seulement on ne veut plus de ses films, qui ont fini par révolter (M. Verdoux) puis par lasser (Limelight), mais on ne veut plus de lui, et dans la chasse au sorcières, Chaplin savait bien qu'il y avait une petite place pour lui... Après ce qui est bien un exil en Suisse, il a choisi d'en parler dans son premier film Anglais (Mais oui), mais ce n'est pas via son personnage que cette partie du règlement de comptes va avoir lieu... Ca restera du chaplin, toutefois.

Bon, soyons franc, ce film n'est pas bon. il est poussif, ennuyeux, trop démonstratif, et fait trop vite dans un contexte ou Chaplin n'était pas à l'aise. Pour s'en convaincre, regardons les scènes de comédie de la dernière partie, qui voient le roi Shadohv essayer d'achapper à un homme qu'il soupçonne de vouloir lui refiler une convocation au tribunal: c'est essentiellement de la comédie muette, mais tout se passe comme si le metteur en scène avait été incapable de trouver le bon angle; le résultat, c'est que la scène ne fonctionne que de façon lointaine, un peu comme ces recréations échappées de la télévision américaine des années 50, lorsque les comédiens de Sennett, de Roach, ou Buster Keaton étaient invités à recréer leurs gags... Un comble.

Le roi Shadohv d'Estrovia a fui la révolution pour aller à new York. Escroqué par un homme de confiance, il a du mal à joindre les deux bouts, et est plus ou moins recruté par une publicitaire, Ann Kay, pour faire de la réclame. Lors de ses activités protocolaires, il rencontre un jeune garçon, Rupert Macabbe, dans un foyer pour jeunes enfants doués. ses parents ont des ennuis avec la justice pour leurs opinions, et rupert, qui lit Marx, a des vues très arrêtées sur la politique de son pays...

D'une part, le metteur en scène règle donc ses comptes avec les Etats-Unis d'un point de vue général, la vie moderne, l'obsession du capital, l'escroquerie permanente des médias, et bien sur la méfiance à l'égard des étrangers, épinglée à travers l'une des premières scènes du film, lorsque Shadohv vante l'accueil des Américains tout en laissant un fonctionnaire lui prendre ses empreintes digitales. Le manque cruel de sophistication (le choix des accents est ici primordial), et un cinéma qui se mord la queue, tout y passe. C'est parfois drôle, surtout dans la première demi-heure, et Chaplin est à son aise dans le petit jeu du roi décalé lâché chez les lions tous plus ignares les uns que les autres. Mais on ne construit pas un film entier avec ça...

Donc, d'autre part, l'autre attaque du film, plus virulente et plus amère, vise l'obsession anti-communiste, encore virulente en cette fin d'années 50. Rupert, incarné par un Michael Chaplin assez franchement irritant avec son index sentencieux levé avec obstination, affirme haut et fort être communiste, non pas parce qu'il l'est, mais parce que dit-il, il en a marre de répondre aux mêmes questions sur ses parents. Autant l'être, puisque c'est ce que tout le monde veut, affirme-t-il... En représentant l'absurde soupçon qui a pesé sur tant de gens dont le simple souci était de construire un monde meilleur, semble dire Chaplin (qui sait de quoi il parle dans la mesure ou il a été aux premières loges), Michael Chaplin incarne non seulement son père, mais aussi tous les gens victimes du soupçon, et on peut aller jnusqu'à imaginer qu'à travers les maccabee, la famille de Rupert, le pas tendre Chaplin parle aussi des Rosenberg, les époux exécutés en 1953 pour espionnage. Si ici les deux époux échappent ne serait ce qu'à la prison, le traumatisme de l'enfant qu'on a forcé à parler est suffisant pour que le constat soit amer. Donc on est bien loin de la comédie burlesque, avec un Chaplin qui confirme sa dent dure...

Mais bon, tout cela fait un film qui a du mal à tenir debout. Ce qu'on a du mal à accepter de Chaplin, avouons le. En voulant rire de l'anachronisme qu'il est devenu, il montre aussi le fait qu'il ne comprend lui même as grand chose aussi bien au cinémascope qu'au rock 'n Roll (En avait-il déja entendu? on se posera la question...). Pourtant l'acteur est bien là, avec sa grâce naturelle pas trop contenue par l'age et un début d'embonpoint, si on a bien sur les inévitables références au corps et aux fonctions corporelles: l'odeur en particulier, à travers les deux publicités dites en direct par Ann Kay lors de la scène du dîner, ou encore l'utilisation du postérieur comme réceptacle de pâtisserie (Qui contient beaucoup de choses, puisque la pâtissier juvénile se met les doigts dans le nez), ou comme cible d'un jet d'eau. Mais tout ça, vite fait dans un studio ou il n'a pas la possibilité de reconstruire un New York à sa convenance, sans ses petites habitudes, sans la possibilité de faire son film deux ans durant s'il le faut, il peine. Et nous aussi.

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Re: Charles Chaplin (1889-1977)

Post by hansolo »

allen john wrote:A king in New York (Charles Chaplin, 1957)

Mais bon, tout cela fait un film qui a du mal à tenir debout. Ce qu'on a du mal à accepter de Chaplin, avouons le. En voulant rire de l'anachronisme qu'il est devenu, il montre aussi le fait qu'il ne comprend lui même as grand chose aussi bien au cinémascope qu'au rock 'n Roll (En avait-il déja entendu? on se posera la question...). Pourtant l'acteur est bien là, avec sa grâce naturelle pas trop contenue par l'age et un début d'embonpoint, si on a bien sur les inévitables références au corps et aux fonctions corporelles: l'odeur en particulier, à travers les deux publicités dites en direct par Ann Kay lors de la scène du dîner, ou encore l'utilisation du postérieur comme réceptacle de pâtisserie (Qui contient beaucoup de choses, puisque la pâtissier juvénile se met les doigts dans le nez), ou comme cible d'un jet d'eau. Mais tout ça, vite fait dans un studio ou il n'a pas la possibilité de reconstruire un New York à sa convenance, sans ses petites habitudes, sans la possibilité de faire son film deux ans durant s'il le faut, il peine. Et nous aussi.

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Asez d'accord, mais rien que pour la présence de Chaplin, quelques fulgurances et une volonté intacte, je trouve que le film merite la vision.

Maintenant je dois dire que ce film m'a toujours retenu de découvrir son dernier opus ( La comtesse de hong kong), j'ai trop peur d'être décu!!
- What do you do if the envelope is too big for the slot?
- Well, if you fold 'em, they fire you. I usually throw 'em out.

Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)