Elia Kazan (1909-2003)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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AtCloseRange
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Re: Notez les films - juillet 2008

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Un Homme dans la Foule - Elia Kazan
Un de mes Kazan préférés, un des premiers films à avoir pressenti le pouvoir manipulateur de la télévision et ses dérives potentielles. Un Homme dans la Foule, c'est un scénario fort (même s'il peut être un peu simpliste aujourd'hui) servi par un trio d'acteurs exceptionnels (Andy Griffith dans le rôle de sa vie, la toujours lumineuse Patricia Neal et Walter Matthau dans un de ses rares rôles "sérieux" voir romantiques). Kazan est vraiment un des cinéastes à savoir le mieux filmer la sensualité, la sexualité refoulée (un baiser échangé dans un couloir d'hôtel, des regards entre la majorette Lee Remick et Andy Griffith).
Le seul passage qui me semble avoir un peu vieilli, c'est la description rapide à mi-film de l'ascension d'Andy Griffith.
Dans un domaine différent, le film a finalement pas mal de points communs avec Elmer Gantry.
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Sybille
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Re: Elia Kazan

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Panique dans la rue
Elia Kazan (1950) :

Course-poursuite haletante et chronométrée dans les rues poisseuses de la Nouvelle-Orléans, "Panique dans la rue" est un film qui tire parti avec brio de son environnement. Kazan filme la ville avec ce qui semble être le naturel accru d'un documentaire, employant lumière naturelle et figurants de passage, noyant son film dans une obscurité tout à la fois synonyme de danger et d'imprévu. Le risque de propagation d'un virus mortel, les recherches conjointes de la police et des services médicaux pour retrouver, identifier et vacciner les porteurs du germe et ainsi éviter une contamination à grande échelle a été considéré par certains critiques comme une allusion à la chasse aux communistes qui prévalaient alors à l'époque. Je ne saurai dire ce qu'étaient les intentions cachées du scénariste, mais en dehors de cette interprétation possible quoique non avérée, toute l'action des autorités pour mettre un terme au danger sanitaire qui menace les habitants possède par contre, et c'est certain, un sérieux palpable et réaliste. En personnages principaux, l'inspecteur de police interprété par Paul Douglas et le médecin que joue Richard Widmark forment, avec leur antagonisme puis leur complicité fondée sur le respect pour le travail de l'autre, un duo original et talentueux. Toutes les scènes avec l'épouse du médecin offrent une respiration et une tendresse bienvenue, une sensation d'entrer dans la vie quotidienne de gens normaux, en un contraste frappant avec le côté "extraordinaire" de la poursuite. On n'oubliera évidemment pas de saluer le rôle de Jack Palance, en "méchant" à l'allure démesurée, et dont la présence inquiètante est diablement réussie. Un très bon film. 7/10
Cathy
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Re: Elia Kazan

Post by Cathy »

Gentlemen Agreement's - Le Mur invisible (1947) - Elia Kazan

Un journaliste, veuf et père d'un jeune garçon se met dans la peau d'un juif le temps d'écrire un article sur l'antisémitisme.

Sans être forcément un chef d'oeuvre, ce film est magnifique et intelligent. Comment traiter au sortir de la seconde guerre mondiale - et essayer de comprendre - l'antisémitisme qui règne aussi aux USA. Le film prend aussi une tournure spéciale quand on sait que Kazan dénoncera des communistes durant le Maccarthysme. Bref Kazan essaie de dénoncer cet antisémitisme latent et convenu par ce fameux gentleman agreements. Il oppose trois visions, celle pure et dure de Peck révolté par ce qu'il subit alors et veut le dénoncer, celle de Dorothy McGuire, sa fiancée qui n'est pas antisémite, est choquée mais accepte cet antisémitisme de convenance, en quelque sorte et semble manquer de courage et surtout celle de John Garfield juif qui vit quotidiennement cet état de fait mais semble ne plus y faire attention et est vaincu d'avance. Courageux film de Kazan qui essaie de montrer que cet antisémitisme existe aussi aux USA qui viennent pourtant de libérer les camps de concentration, mais laisse faire dans leur pays certaines situations aberrantes, notamment ce fameux hotel interdit aux juifs. Les trois acteurs sont secondés par le jeune Dean Stockwell touchant fils de Gregory Peck, Anne Revere ou encore Celeste Holm, délicieuse en journaliste futile.
Bemol : les sous-titres du DVD Fox apparaissent dans un bandeau noir.

Je te rejoins Sybille sur Dorothy McGuire que j'ai aussi trouvé insupportable, je ne pense pas que cela soit réellement le rôle. Elle m'a énervée, et je ne sais pas tout à fait pourquoi !
Sybille
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Re: Elia Kazan

Post by Sybille »

Cathy wrote:Gentlemen Agreement's - Le Mur invisible (1947) - Elia Kazan

Un journaliste, veuf et père d'un jeune garçon se met dans la peau d'un juif le temps d'écrire un article sur l'antisémitisme.

Sans être forcément un chef d'oeuvre, ce film est magnifique et intelligent.

Je te rejoins Sybille sur Dorothy McGuire que j'ai aussi trouvé insupportable, je ne pense pas que cela soit réellement le rôle. Elle m'a énervée, et je ne sais pas tout à fait pourquoi !
J'avais effectivement bien aimé le film lorsque je l'avais découvert, d'autant plus que c'est un Kazan qui n'est pas très connu, ou le cas échéant, pas forcément bien considéré. Gregory Peck est impeccable dedans (j'aime bien cet acteur, je l'ai déjà dit sur d'autres topics, mais il ne me paraît pas toujours à son avantage dans tous ses films).

Quant à Dorothy McGuire, c'est vrai qu'elle m'avait agacée dans Le mur invisible. Je ne crois pas l'avoir vue dans aucun autre film depuis (et je ne la connaissais pas avant non plus). Je pense quand même que c'est le rôle qui la rend antipathique, parce qu'a priori, cette actrice n'a autrement rien pour m'énerver particulièrement.
Alligator
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by Alligator »

A Streetcar Named Desire (Un tramway nommé Désir) (Elia Kazan, 1951) :

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En premier lieu on est transporté par l'atmosphère étouffante, glauque de la Nouvelle Orléans, magnifiquement reconstituée. Puis l'on prend le jeu des comédiens dans la tête comme une bouffée de talents et de justesse. Il faut rendre grâce à l'animal Brando, la fragile Hunter et évidemment la lente agonie psychique de Leigh.
On sent en fin de compte que l'histoire dépasse ses personnages si j'ose dire. Le texte de Williams nait d'étouffements, de convulsions morales, de contradictions déstructurantes, d'une lente fermentation nauséeuse d'un sexe inabouti, d'une morale de plomb et de la confrontation malaisée des classes sociales.
Tumulte et abysses.
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by Nestor Almendros »

Posté par Joe Wilson le 11 janvier 2006

Viva Zapata!

Sans conteste un des meilleurs Kazan. Si le jeu de Brando est parfois discutable malgré sa présence toujours impressionnante, la réflexion autour de la nature des révolutions est en tout point passionnante. L'association Steinbeck/Kazan offre à Viva Zapata! une rigueur nécessaire dans cette entreprise périlleuse, car les évènements mexicains retracés dans le film couvrent une bonne dizaine d'années et couvrent des rebondissements politiques d'une grande complexité. En insistant sur les ambiguités et les dilemnes de Zapata, Kazan montre combien l'idéal révolutionnaire est fragile face aux multiples conflits nés des aspirations individuelles d'hommes avides.
Cette vision désenchantée et tragique est révélatrice des interrogations de Kazan face à l'attraction du pouvoir: une gauche "progressiste" au service du peuple semble impuissante et surtout utopique tant les pressions politiques et économiques entravent toute action et toute réforme profonde.
Ces intérrogations sont toujours d'actualité aujourd'hui, ce qui témoigne de la force de ce film passionnant.
9/10

Posté par Jack Sullivan

le 30 mars 2006

Un homme dans la foule (A face in the crowd) - Elia Kazan (1957)
Un charlatan du baratin envoûte media et électeurs, jusqu'à ce que ses mensonges finissent par ronger son piédestal. Idéalement mis en valeur par le rouleau-compresseur populiste et vulgaire d'Andy Griffith, le jeu sobre de Walter Matthau et celui, plus douloureux de la magnifique Patricia Neal, est un modèle de dignité et d'intelligence.
8,5/10

le 30 avril 2006

Baby Doll – Elia Kazan (1956)
On sent Kazan mal à l'aise avec le matériau de Tennessee Williams, en sachant pas vraiment sur quel registre jouer: exacerber la tension sexuelle induite par la jeunesse de Baby Doll? souligner le contexte social, où l'entrepreneur étranger ridiculise le bouseux white trash? Un film bancal donc, qui se paie néanmoins une scène fabuleuse (celle où Eli Wallach tente de séduire Caroll Baker).
6,5/10
O'Malley
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by O'Malley »

Un tramway nommé Désir (1951)

Elia Kazan livre une oeuvre d'une force et d'une violence tant physique que psychologique incroyable, reconstituant à merveille l'environnement étouffant des protagonistes à savoir cet appartement délabré qui suinte l'humidité et le désordre et dont la caméra ne dépasse que rarement les murs. Le film reconstitue à merveille les différents rapports de force complexes de la pièce de Tennessee Williams jouant sur l'affrontement de classes, de repères moraux, de famille mais surtout sur une intense guerre des sexes (et du sexe),dont la mise en scène de Kazan et le jeu des comédiens confèrent un tension sensuelle et psychologique permanente. Le formidable personnage de Blanche Dubois, nymphomane malgré elle, victime de la vie, du désir des hommes et de ses propres contradictions, bénéficie d'une composition saisissante de Vivian Leigh, quoique la théatralité parfois excessive du jeu peut dérouter. Marlon Brando est magistral de magnétisme animal, que Kazan iconise à jamais, avec sa corpulance toute virile, arobrant un marcel trempé de sueur. Kim Hunter et Karl Malden complètent cette ronde du désir qui mène à la folie et qui est sans aucun doute une date dans l'histoire du cinéma américain pour deux raisons : l'entrée d'une nouvelle forme de jeu par Brando, qui servira de référence aux acteurs du Nouvel Hollywood, une quinzaine d'années plus tard; un premier coup de griffe au Code Hays qui sera petit à petit mis en pièce par Kazan lui-même avec Baby Doll (première mise en image du plaisir féminin) et La fièvre dans le sang (réapparition de la nudité à Hollywood). Un tramway nommé désir pourrait être vue comme le premier volet d'une trilogie de la transgression, qui plus est, dans le giron d'une major, la Warner.
Alligator
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by Alligator »

A Face in the Crowd (Un homme dans la foule) (Elia Kazan, 1957) :

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avec les captures
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Je ne suis plus où j'ai vu Patricia Neal pour la dernière fois. Ma mémoire continue de me jouer des tours. Un film noir sans doute. Découverte dans Le jour où la terre s'arrêta, sa prestation dans ce film confirme tout le bien que je pensais d'elle : belle et du talent à revendre. Il n'y a guère que sur une scène (dans le bar avec Matthau) où il m'a semblé qu'elle chargeait un peu la mule. Je conçois que commencer une chronique de ce film en évoquant l'actrice principale est une injure faite aux scénario et à la construction méticuleuse et efficiente d'une histoire parfaitement huilée. Maisl il arrive parfois que la raison, la réflexion me fassent défaut, que je prenne ma critique par le petit bout de la lorgnette.

Soit! Continuons donc avec les comédiens. Je vais dire deux mots sur Walter Matthau, sans doute des banalités. Cela fait drôle de le voir si jeune, si fringant et fluet. Déjà pointent sous les lunettes, l'épaisseur de ses futurs personnages, surtout l'espèce de morgue railleuse et finaude qu'on lui connait, une sorte de personnalité ursidée qu'il ne pourra jamais vraiment faire oublier... et tant mieux!

Cependant ce film est avant tout une réelle et brillante performance d'un acteur que je ne connaissais que de nom. Le nom de Matlock me disait bien quelque chose mais j'avais oublié sa tête de "vieux". Aussi le physique d'Andy Griffith m'est-il apparu familier d'emblée sans pour autant que je parvienne à en définir la raison. D'abord une voix, benue du fin fond du coffre, l'acteur rie à gorge déployée pour mieux cacher sa face qui n'est pas in the crowd mais bien enfouie pour berner son monde. Personnage à double facette, très complexe à jouer, mais Griffith réussit à maintenir un joli niveau de performance.

Bien maintenant venons-en au crucial, au prépondérant de l'affaire, à ce qui rend le film indispensable à voir : le scénario. Budd Schulberg frappe très fort avec un sujet coup de poing sur la démagogie et le cynisme au service du profit et de la réussite comme on dit. Entre Poujade et Sarkozy, un quidam à gouaille se découvre des talents d'orateur. Il fait plaisir, brosse le public auditeur dans le sens du poil. D'aspect frustre et grossier, le personnage véhicule un idéal politiquement correct, flagorne la masse en houspillant quelque peu les patrons. Ce lécheur de boules comprend d'instinct le pouvoir des mass-media sur l'opinion. Mais sa démesure le perd. Le conte se veut moral évidemment. Bien entendu dans la vraie vie les mêmes personnages ne sont pas assez cons pour se dévoiler à l'antenne, malheureusement. Et surtout ils savent rester à leur place : Séguéla, à ce que je sache, n'a jamais entrepris une carrière politique. Ah, si! Berlusconi l'a fait. Reste que le scénariste décortique avec une finesse d'observation et d'écriture rarements égalée les méthodes, les processus de pensée qui aujourd'hui encore continuent de façonner le discours de tant de politiques tout entiers dans les mots de leurs chargés de communication. Quand l'apparat prévaut sur le fond.
Sybille
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by Sybille »

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Baby Doll
Elia Kazan (1956) :

Comment dire ? J'aime les films de Kazan et j'apprécie les différentes adaptations découvertes des écrits de Tennessee Williams. Deux artistes qui me touchent très souvent énormément par leurs thèmes, leurs personnages, leurs sensibilités. Mais avec "Baby Doll", j'ai eu affaire à une déception. Probablement à cause du récit, en fait assez creux malgré un départ qui aurait pu, je crois, donner une meilleure histoire. L'exubérance, l'outrance des personnages, qui passent leur temps à hurler chacun à leur tour, a été trop pour moi. Je me sens d'habitude en phase avec ce style de jeu 'extrême', mais seulement lorsqu'il est rattrapé, justifié par des propos pertinents. Rien de tout ça ici. J'ai pu néanmoins admirer le noir et blanc de la photographie, et plus encore le dénuement stylisé des décors, de cette vaste maison laissée presque sans meuble et de cette cour à l'abandon, où s'égaillent volailles et cochons. Est suggéré un climat de fin de règne, celui du 'Sud ancestral'. Noirs et Blancs, vieux et jeunes, pauvres et nantis, autant d'oppositions que Kazan met en avant avec un sens du grotesque évident. Il porte un regard empreint d'une tendresse amusée sur cette population faible, paresseuse, incapable de s'adapter aux exigences du 'monde moderne', ceux qui ne font que survivre en s'appuyant sur des valeurs devenus archaïques. Au final, de nombreux passages réussis apparaissent dans le film mais, isolés, ne font guère que surnager. A retenter d'ici quelques temps, peut-être. 6/10
Federico
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by Federico »

Autant je trouve que les grands classiques de la première période de Kazan ont parfois pris un sacré coup de vieux, autant ses oeuvres de la maturité continuent de me bouleverser. Le fleuve sauvage, La fièvre dans le sang, America, America et Les visiteurs ont chacun de quoi retourner les tripes. Et je m'en veux de n'avoir toujours pas vu Le dernier nabab et L'arrangement... même si j'ai souvent entendu des avis mitigés les concernant (surtout à propos du second). Parce que de Niro et Dunaway dirigés par Kazan, ça doit quand même être velu de chez costaud.
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
Federico
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by Federico »

Un p'tit cut audio/video sur Kazan : http://www.telerama.fr/cinema/l-inconnu ... ,66606.php
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by Profondo Rosso »

Un Tramway nommé Désir (1951)

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Après une longue séparation, Blanche Dubois (Vivien Leigh) vient rejoindre sa soeur, Stella (Kim Hunter), à La Nouvelle-Orléans. Celle-ci vit avec son mari, Stanley (Marlon Brando), ouvrier d'origine polonaise, dans le vieux quartier français. Ce dernier n'apprécie guère les manières distinguées de Blanche et cherche à savoir quel a été le véritable passé de sa belle-soeur.

Sexualité plus prononcée et crue par l'introduction des thèmes de Tennessee Williams, consécration de la fameuse méthode Actor's Studio et révélation d'une star immense en la personne de Marlon Brando, Un Tramway nommé Désir est une révolution en tout point au moments de sa sortie. On comprend aisément l'impact qu'a pu avoir le film par ses différentes prises de risques mais si ce qui était novateur hier continue par intermittence à exercer un vrai pouvoir de fascination c'est aussi ce qui le date terriblement et le rend désormais difficile à suivre.

On suit donc la cohabitation difficile entre Blanche Dubois (Vivien Leigh) professeur déchu forcé à venir habiter chez sa soeur Stella (Kim Hunter) et son mari Stanley, orageux ouvrier polonais. La cohabitation est explosive entre l'hypersensibilité de Blanche soumise à rude épreuve par le tempérament de son beau-frère, provoquant tension dans le couple car réveillant les différences de classes certaines (plus que surlignées par les manières rustres de tout les personnages de basses extractions) entre les soeurs et Stanley. Le film détone réellement par son rapport à la sexualité, que ce soit par le dialogue, les situations et la mise en scène de Kazan. Dès la première apparition de Marlon Brando, tout est dit. Kazan adopte le point de vue d'une Vivien Leigh qui se réfugiant de ses angoisses dans une recherche d'affection à finalité sexuelle voit ainsi débouler un homme, un vrai. T-shirt moulant (qu'il tombe à la moindre occasion)moite de sueur, démarche lascive et virilité débordante, Brando impose une figure puissante et marquante. Plus tard ce seront les révélations sur le passé de Blanche, une scène d'une brutalité inouïe entre elle et Stanley où une troublante scène avec un jeune livreur qui viendront appuyer ce fait. Salvateur à l'époque, ce parti pris (d'une fidélité presque totale à la pièce) s'avère aujourd'hui terriblement démonstratif. On pense bien sûr au moment où Brando après une brutalité envers son épouse enceinte (réfugiée chez la voisine du dessus) l'appelle depuis leur cour d'immeuble pour qu'elle le rejoigne. Tout y passe avec Brando décoiffé et visage déformé par la douleur hurlant Stellaaaaaaaaa, ployant le genou de regret jusqu'à l'arrivée de Stella (le tout en contre plongée jouant sur cette montée de désir) avant qu'ils ne disparaissent dans une étreinte fiévreuse. Spectaculaire mais terriblement lourd surtout que quand Kazan cherche de manière plus sobre à exprimer exactement le même sentiment cela fonctionne bien mieux. Lors d'une autre séquence Blanche sermonne durement sa soeur sur le traitement qu'elle accepte de subir et celle ci acquiesce, mais il suffi que Stanley revienne les muscles saillant et maculé de cambouis pour que toutes ses bonnes résolutions soient oubliés. Un regard, un contrechamps et deux plans résument ce qui a nécessité une escalade grotesque quelques minutes auparavant.

Ce déséquilibre accompagne également l'interprétation de Vivien Leigh. On est forcément touché par ce personnage instable surtout si on fait le rapprochement avec les problèmes psychologiques que connus l'actrice mais là aussi le jeu outré demandé par Kazan rend le tout assez insupportable par instant (même si cela peut être pire dans d'autres de ces films lorsque les acteurs sont moins doués comme La Fièvre dans le sang). Ainsi l'entrevue tout en retenue étrange avec le jeune livreur est réellement troublante et réussie alors que les longs monologues d'égarements mentaux de Blanche sont des plus poussifs et trahissent malgré le travail sur la photo l'origine théâtrale dans le plus mauvais sens du terme. Un Tramway nommé Désir souffle ainsi le chaud et le froid durant toute sa (longue) durée et émeut par intermittence lorsqu'il délaisse ses oripeau de grand manifeste artistique pour simplement s'intéresser à ses personnages. L'ultime scène où Vivien Leigh est emmené en maison de repos est un vrai déchirement où l'actrice toujours sur la corde raide de la caricature (et un deuxième Oscar à la clé après Autant en emporte le vent) bouleverse totalement. Son rôle de beauté fanée par les ans et par les hommes offre même un prolongement idéal thématiquement de ses deux meilleures prestation dans Autant en emporte le vent et La Valse dans l'ombre. C'est réellement elle l'âme du film alors que Brando n'en est que la surface. Malgré son apport indéniable on peut préférer les autres adaptation de Tennessee Williams autrement plus réussies à venir comme Soudain l'été dernier de Mankiewicz ou La Chatte sur un toi brulant de Richard Brooks. 3/6
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by AtCloseRange »

Profondo Rosso wrote:Un Tramway nommé Désir (1951)

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Après une longue séparation, Blanche Dubois (Vivien Leigh) vient rejoindre sa soeur, Stella (Kim Hunter), à La Nouvelle-Orléans. Celle-ci vit avec son mari, Stanley (Marlon Brando), ouvrier d'origine polonaise, dans le vieux quartier français. Ce dernier n'apprécie guère les manières distinguées de Blanche et cherche à savoir quel a été le véritable passé de sa belle-soeur.

Sexualité plus prononcée et crue par l'introduction des thèmes de Tennessee Williams, consécration de la fameuse méthode Actor's Studio et révélation d'une star immense en la personne de Marlon Brando, Un Tramway nommé Désir est une révolution en tout point au moments de sa sortie. On comprend aisément l'impact qu'a pu avoir le film par ses différentes prises de risques mais si ce qui était novateur hier continue par intermittence à exercer un vrai pouvoir de fascination c'est aussi ce qui le date terriblement et le rend désormais difficile à suivre.

On suit donc la cohabitation difficile entre Blanche Dubois (Vivien Leigh) professeur déchu forcé à venir habiter chez sa soeur Stella (Kim Hunter) et son mari Stanley, orageux ouvrier polonais. La cohabitation est explosive entre l'hypersensibilité de Blanche soumise à rude épreuve par le tempérament de son beau-frère, provoquant tension dans le couple car réveillant les différences de classes certaines (plus que surlignées par les manières rustres de tout les personnages de basses extractions) entre les soeurs et Stanley. Le film détone réellement par son rapport à la sexualité, que ce soit par le dialogue, les situations et la mise en scène de Kazan. Dès la première apparition de Marlon Brando, tout est dit. Kazan adopte le point de vue d'une Vivien Leigh qui se réfugiant de ses angoisses dans une recherche d'affection à finalité sexuelle voit ainsi débouler un homme, un vrai. T-shirt moulant (qu'il tombe à la moindre occasion)moite de sueur, démarche lascive et virilité débordante, Brando impose une figure puissante et marquante. Plus tard ce seront les révélations sur le passé de Blanche, une scène d'une brutalité inouïe entre elle et Stanley où une troublante scène avec un jeune livreur qui viendront appuyer ce fait. Salvateur à l'époque, ce parti pris (d'une fidélité presque totale à la pièce) s'avère aujourd'hui terriblement démonstratif. On pense bien sûr au moment où Brando après une brutalité envers son épouse enceinte (réfugiée chez la voisine du dessus) l'appelle depuis leur cour d'immeuble pour qu'elle le rejoigne. Tout y passe avec Brando décoiffé et visage déformé par la douleur hurlant Stellaaaaaaaaa, ployant le genou de regret jusqu'à l'arrivée de Stella (le tout en contre plongée jouant sur cette montée de désir) avant qu'ils ne disparaissent dans une étreinte fiévreuse. Spectaculaire mais terriblement lourd surtout que quand Kazan cherche de manière plus sobre à exprimer exactement le même sentiment cela fonctionne bien mieux. Lors d'une autre séquence Blanche sermonne durement sa soeur sur le traitement qu'elle accepte de subir et celle ci acquiesce, mais il suffi que Stanley revienne les muscles saillant et maculé de cambouis pour que toutes ses bonnes résolutions soient oubliés. Un regard, un contrechamps et deux plans résument ce qui a nécessité une escalade grotesque quelques minutes auparavant.

Ce déséquilibre accompagne également l'interprétation de Vivien Leigh. On est forcément touché par ce personnage instable surtout si on fait le rapprochement avec les problèmes psychologiques que connus l'actrice mais là aussi le jeu outré demandé par Kazan rend le tout assez insupportable par instant (même si cela peut être pire dans d'autres de ces films lorsque les acteurs sont moins doués comme La Fièvre dans le sang). Ainsi l'entrevue tout en retenue étrange avec le jeune livreur est réellement troublante et réussie alors que les longs monologues d'égarements mentaux de Blanche sont des plus poussifs et trahissent malgré le travail sur la photo l'origine théâtrale dans le plus mauvais sens du terme. Un Tramway nommé Désir souffle ainsi le chaud et le froid durant toute sa (longue) durée et émeut par intermittence lorsqu'il délaisse ses oripeau de grand manifeste artistique pour simplement s'intéresser à ses personnages. L'ultime scène où Vivien Leigh est emmené en maison de repos est un vrai déchirement où l'actrice toujours sur la corde raide de la caricature (et un deuxième Oscar à la clé après Autant en emporte le vent) bouleverse totalement. Son rôle de beauté fanée par les ans et par les hommes offre même un prolongement idéal thématiquement de ses deux meilleures prestation dans Autant en emporte le vent et La Valse dans l'ombre. C'est réellement elle l'âme du film alors que Brando n'en est que la surface. Malgré son apport indéniable on peut préférer les autres adaptation de Tennessee Williams autrement plus réussies à venir comme Soudain l'été dernier de Mankiewicz ou La Chatte sur un toi brulant de Richard Brooks. 3/6
Non mais sérieux.. avec tous les flms moisis que tu notes 5 sur 6.
Brando est absolument génial ici et tu réussis l'exploit de ne même pas parler de Karl Malden, formidable dans ce qui est peut-être son plus grand rôle.
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Profondo Rosso
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by Profondo Rosso »

AtCloseRange wrote: Non mais sérieux.. avec tous les flms moisis que tu notes 5 sur 6.
Super ce fut une discussion passionnante, sinon oui pas parlé de Kark Malden qui est effectivement très bien. L'impact de la prestation de Brando est indiscutable mais je n'y accroche pas et j'explique bien pourquoi. Franchement les retours à l'emporte pièce comme ça je ne vois pas l'intérêt, on est sur un forum pour échanger discuter ou faire un concours de piques ?
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Re: Elia Kazan (1909-2003)

Post by someone1600 »

Seulement 3 sur 6 ? Tout de meme, le film mérite au moins un 4... :?

Bon, on a tous des gouts différents, mais j'ai préféré ce film a la chatte sur un toit brulant pour ma part. :wink: