Une Passion (Ingmar Bergman - 1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Roy Neary
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Post by Roy Neary »

Je suis d'accord avec Jack et Phylute (ben oui :lol: ), la volonté est non seulement de défendre des films qu'on aime particulièrement mais aussi de les présenter d'une manière engageante pour défier les idées reçues qui feraient de l'oeuvre de Bergman un mur infranchissable qui découragerait la découverte de ses films.
Une approche intégralement chronologique se justifie aussi, certes. Mais le cinéaste a connu des évolutions dans chacune de ses périodes.
De plus, des films comme L'Attente des femmes, Les Fraises sauvages, Le Visage, La Nuit des forains ont été chroniqués, il ne faut pas l'oublier ! Ils datent d'avant la rupture des années 60.
L'idée de panacher les périodes est aussi un choix que nous estimons positif et nécessaire à une meilleure compréhension de l'ensemble de l'oeuvre.
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AlexRow
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Post by AlexRow »

Roy Neary wrote:L'idée de panacher les périodes est aussi un choix que nous estimons positif et nécessaire à une meilleure compréhension de l'ensemble de l'oeuvre.
Il me semble aussi que l'ordre de parution des chroniques n'est pas si essentiel. En définitive, toutes les chroniques resteront consultables sur le site.

Cher commissaire, ton avis sur l'ordre de découverte des films de Bergman est par ailleurs fort intéressant et pourrait fort bien faire l'objet d'un topic sur le forum :wink:
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Commissaire Juve
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Post by Commissaire Juve »

Roy Neary wrote:...
De plus, des films comme L'Attente des femmes, Les Fraises sauvages, Le Visage, La Nuit des forains ont été chroniqués, il ne faut pas l'oublier ! Ils datent d'avant la rupture des années 60...
C'est vrai... mais je l'avais déjà oublié. Cela dit, la Nuit des forains fait partie des films que je n'ai pas aimé (film ET DVD).

AlexRow wrote: Cher commissaire, ton avis sur l'ordre de découverte des films de Bergman est par ailleurs fort intéressant et pourrait fort bien faire l'objet d'un topic sur le forum :wink:
Ouh là :o ... tu sais bien qu'en général je me garde de donner mon avis ! :mrgreen: C'est tellement subjectif. :oops: Par ailleurs, les classements, les tops, heu... j'ai du mal.
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Philip Marlowe
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Post by Philip Marlowe »

Commissaire Juve wrote:Les chroniques ne sont absolument pas en cause :) . Je parle des films !

Si je voulais faire découvrir — et aimer — Bergman à quelqu'un qui ne le connaît pas, je ne commencerais certainement pas par : Les Communiants, Persona, L'heure du loup, La Honte, Le Silence, Une Passion, etc. qui sont d'authentiques rebrousse-poil pour les néophytes.

Je commencerais par Sourire d'une Nuit d'été... Par Sommarlek... Par Une leçon d'Amour...

Moi, je suis pour une pédagogie douce, une pédagogie de l'apprivoisement. Pas pour la "douche froide".
C'est Persona qui m'a vraiment fait aimer Bergman, et je le trouve bien plus engageant qu'un Sourires d'une nuit d'été. Comme quoi...
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Philip Marlowe wrote: C'est Persona qui m'a vraiment fait aimer Bergman, et je le trouve bien plus engageant qu'un Sourires d'une nuit d'été. Comme quoi...
Et moi, c'est Les communiants. Comme quoi bis...
charulata
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Post by charulata »

Perso j'avais adoré Les Fraises sauvage et Le Septième sceau, je n'ai pas poussé l'exploration bergmanienne au-delà...Je vais m'y mettre alors :wink:
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MJ
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Post by MJ »

charulata wrote:Perso j'avais adoré Les Fraises sauvage et Le Septième sceau, je n'ai pas poussé l'exploration bergmanienne au-delà...Je vais m'y mettre alors :wink:
Le plus passionant vient clairement après.
Deux films brillants mais pour moi trop académiques pour réellement coller au révolté qu'a toujours été Bergman.
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Ouf Je Respire
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Post by Ouf Je Respire »

Voit-on les meurtres des animaux dans ce film? :?
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phylute
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Post by phylute »

Nope, tu peux y aller :wink:
Les films sont à notre civilisation ce que les rêves sont à nos vies individuelles : ils en expriment le mystère et aident à définir la nature de ce que nous sommes et de ce que nous devenons. (Frank Pierson)
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Ouf Je Respire
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Post by Ouf Je Respire »

Ouf Je Resp... ah non, c'est tout de même Ingmar... Et pas celui des Krispolls.
:mrgreen:
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Anorya
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Re: Une Passion - Ingmar Bergman

Post by Anorya »

Une passion (1969)

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Andreas Winkelman vit seul sur l'île de Farö, où il rencontre Anna, une jeune veuve, et un couple, Elis et Eva. Délaissée par son mari, celle-ci se rapproche d'Andreas. Les tensions montent, Andreas se sent attiré par les deux femmes...

J'en avais déjà parlé par ici mais comme je l'ai maintenant en dvd, je me suis dit que ça valait le coup de le revoir pour le réévaluer et j'ai bien fait.

Du point de vue visuel ça reste le film le plus beau de Bergman, ces couleurs magnifiquement photographiées par Sven Nykvist, c'est toujours aussi fantastique. Mais je me rends compte aussi d'une maîtrise des cadrages et gros plans typiques du maître que je n'avais pas vue auparavant. Cette fois-ci j'ai plus apprécié les ellipses énormes et l'aspect très documentaire (voix off, acteurs interviewés qui donnent des informations supplémentaires sur leurs personnages que ne donneront pas le film... qui se déroule en même temps qui plus est ! :shock: ) qui survole le film et lui donne ce ton distancié. C'est bien un documentaire sur la Passion que donne le réalisateur, chose nouvelle au sein de son oeuvre.

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Jusqu'ici, il analysait les rapports de couple au sein de ses histoires (mais pas que, ce serait trop réducteur de dire que Bergman est un simple dramaturge de plus, il n'y a qu'a voir les autres films ou lire mes avis en topic bergman :lol: :wink: ), ici il se concentre par le biais de son personnage principal (Max Von Sydow en Andreas, la quarentaine solitaire, très juste) sur la femme frustrée qu'est Anna (Liv Ullman). Anna est croyante, elle dit même avoir vécu une vraie révélation mais dans sa foi elle n'hésite pas a enjoliver pour que ce soit plus beau, plus vrai, quitte à mentir carrément. Elle regrettera son ancien mari (qui s'appelait Andreas, comme le héros...) soi-disant mort dans un accident de voiture (raconté brutalement et bien crûment au sein d'un plan séquence fixe trèèèèès long (et assez impressionnant : le visage change imperceptiblement avec le temps, les joues se gonflent de rouge, l'oeil commence a devenir un peu rouge sur les côtés... :shock: ) mais on finira par s'apercevoir lentement que c'est elle qui l'a presque tué à la fin du film...

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(Liv Ullman i love you :fan: )

Il y a d'ailleurs une violence presque malsaine qui rôde, latente dans tout le film et se traduit par des meurtres d'animaux dans toute l'île. On ne saura jamais qui est vraiment le meurtrier (même si un coupable est désigné par des villageois haineux qui feront justice eux-même... :shock: ) mais cette violence sauvage sur les animaux n'est que la métaphore des troubles mentaux qu'Anna porte en elle depuis l'accident et qui rejaillissent sur le couple. Certains détails montrent bien la personnalité trouble et inquiétante d'Anna qui rôde dans l'obscurité de sa personnalité (l'échiquier envoyé d'un coup, la tentative d'étrangler Andreas, les cauchemars en pleine nuit...), finissant de ronger et détruire son couple.

Finalement un grand film qui demande beaucoup de recul et de mâturité. Le Bergman le plus dur d'accès pour moi jusqu'a maintenant. J'y vois même un rapprochement avec certains détails de ma vie personnelle c'est étrange. :shock:

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5/6 et la chronique de DVDClassik est très bien aussi. :)

Etrangement "le sacrifice" de Tarkovski entretient certains points avec ce film je trouve. :shock: :o
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Demi-Lune
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Re: Une Passion (Ingmar Bergman - 1969)

Post by Demi-Lune »

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Une passion déboule après les expérimentations radicales de Persona ou de L'heure du loup et même s'il apparaît plus immédiatement "accessible" que ces derniers, il n'en est pas pour autant plus déchiffrable.
Mais ce qui peut diversement m'indisposer dans d'autres Bergman sur le même mode (Le silence, Face à face) ne m'a pas trop gâché la vision de celui-ci, même s'il est encore à constater cette froideur rebutante dans les rapports humains. Sauf que Bergman concède lui-même cette absence de vie en mettant en abyme son propre film, avec les inserts (idée géniale) façon interview/making-of de ses quatre acteurs principaux qui évoquent leur point de vue sur leur personnage et s'interrogent justement sur la manière de jouer des êtres renfermés ou dénués d'émotion, de "prises". On a envie de dire au vu du résultat : ben c'est compliqué. :mrgreen: Bergman est dans une phase où l'écriture est réduite à son expression la plus utilitaire et où les caractérisations restent évasives. La présence physique de Von Sydow, Ullmann et Andersson assure l'intérêt et c'est dans les "interstices" de leurs jeux et du scénario qu'il faut traquer la ligne directrice.
Bien loin d'un récit d'une romance stricto sensu, Une passion est peut-être le film de Bergman le plus littéral sur le blocage émotionnel de ses personnages, ici conscients de leur isolement affectif et en quête d'une forme d'étincelle, de "chaleur", de "passion" au sens qu'elle leur ferait redécouvrir leur humanité et leur place dans le monde. Mais c'est peut-être aussi la passion au sens christique qui concerne particulièrement le personnage d'Anna (Liv Ullmann), rescapée d'un accident de voiture qui a coûté la vie à son mari et son fils, et dont on comprend progressivement qu'elle traîne sa souffrance comme l'expiation d'une tragédie qu'elle a peut-être elle-même causée. Expiation également pour ce paysan que la vindicte populaire accuse d'être le responsable de massacres d'animaux, dans une étrange sous-intrigue du film. La lecture de sa lettre d'adieu est sans conteste le point culminant du film (avec le monologue-vérité d'Ullmann) et rappelle que Bergman est très fort lorsqu'il s'agit de laisser au spectateur le soin de créer mentalement les images d'une situation par la force des mots qui la décrivent (cf. le récit érotique de Bibi Andersson dans Persona).
Cette dimension auto-analytique sur la froideur de l'univers bergmanien est intéressante, et l'art du gros plan y est toujours aussi impressionnant, mais ça ne suffit malheureusement pas à hisser Une passion au rang des grandes réussites du cinéaste, même si y figurent quelques séquences fortes comme le rêve façon "images de la Seconde Guerre mondiale" ou ce souvenir érotique avec une hôtesse de l'air filmé en plan subjectif. Évidé, ratiboisé de tout soupçon d'émotion et d'empathie, c'est quand même très difficile (pour moi)... la fin ("maintenant, on l'appelle Andreas Winkelman" :| ) nous laissant d'ailleurs avec un gros sentiment de bâclé.
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Watkinssien
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Re: Une Passion (Ingmar Bergman - 1969)

Post by Watkinssien »

Pour ma part, j'ai été bien bousculé par cette nouvelle réussite bergmanienne.

J'aime particulièrement la manière dont le cinéaste arrive à malmener et définir les émotions de ses personnages (bien décrites dans les choix de tailles de plan, et évoquées dans le beau texte d'Anorya).

Le titre du film prend tout son sens, aidé par la magnifique photo de Nykvist.
C'est la description des faits relatés par les personnages qui poussent le spectateur à raviver son imagination, et ce de manière non fantaisiste mais terriblement crédible (et cruelle souvent).
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Mother, I miss you :(
Anorya
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Re: Une Passion (Ingmar Bergman - 1969)

Post by Anorya »

C'est un film assez difficile au premier abord, même pour les fans de Bergman il faut dire. Comme on peut le voir dans mon avis plus haut, j'avais vu une première fois le film pour lui attribuer un 3,5/6. Moyen quoi. Avant de le réévaluer dessus avec le recul pour produire l'avis dont tu parles Watkinssien, c'est dire. Dans la foulée j'ai pu travailler dessus en fac de cinéma et je dois dire que ça aide. C'est vraiment une oeuvre qui s'installe dans la filmographie de Bergman comme un prolongement et une continuité.

Prolongement car, ce "rêve" cité par Demi-Lune...
Demi wrote:même si y figurent quelques séquences fortes comme le rêve façon "images de la Seconde Guerre mondiale"
... reprend en fait la fin de La honte pour en faire quelque chose de différent. Je ne vais pas spoiler mais quand on voit la fin du film et le début de cette partie en rêve dans Une passion, il y a comme un lien indirect qui se tisse. Et à nouveau la catastrophe et une ambiance fin du monde palpable dans ce rêve qui rejoint ce qu'on avait au film précédent (Le rite entre-temps est plus une parenthèse télé).

Continuité pour ce que Demi-Lune a très bien expliqué dans son texte. De façon personnelle je considère que Une passion est un grand film mais dans la filmo du maître, je le vois en même temps comme quelque chose de mineur, allez savoir. ;)
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Stehlball
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"Une passion" de Bergman letterboxé ?

Post by Stehlball »

Bonjour, je viens d'acquérir "Une passion" d'Ingmar BERGMAN dans l'édition "Opening" parce que la critique DVDCLASSIK (17/2/2004) de cette édition était excellente.
Mais sur mon installation (avec une télé 16/9 bien sûr, tout étant réglé comme d’habitude) le film (tourné au format 1,66:1) paraît "letterboxé" (c'est-à-dire avec des bandes noires en haut et en bas), ce qui évidemment diminue beaucoup la définition utile, et il paraît incompréhensible que ce ne soit pas cité comme un défaut dans la critique DVDCLASSIK
Quelqu'un pourrait-il me confirmer ce défaut ? Où le problème pourrait-il venir de mon installation ? J'ai déjà vu des problèmes de communication entre lecteur DVD et télé. Mais c'était toujours des problèmes de films au format 4:3 ratiboisés en haut et en bas, jamais des problèmes de films "larges" letterboxés ...