Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-1988)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Helena
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Helena »

Merci pour le dossier, j'ai fait quelques découvertes, même beaucoup, c'était très intéressant. :) merci.
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allen john
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by allen john »

Helena wrote:Merci pour le dossier, j'ai fait quelques découvertes, même beaucoup, c'était très intéressant. :) merci.
Merci beaucoup pour ces compliments, maintenant... une grande partie des films de Powell mériteraient d'être rendus disponibles, et manquent encore à l'appel....
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Jeremy Fox
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Jeremy Fox »

Un film totalement méconnu de Michael Powell chroniqué par Justin Kwedi : La conquête du bout du monde qui vient de sortir en DVD chez Elephant.
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Frances
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Frances »

Jeremy Fox wrote:Un film totalement méconnu de Michael Powell chroniqué par Justin Kwedi : La conquête du bout du monde qui vient de sortir en DVD chez Elephant.
Pas toujours convaincue par la qualité des br Elephant mais cet éditeur a le mérite de sortir des titres fort intéressants et rares. Celui-ci viendra compléter mes titres de Powell...un cinéaste que j'apprécie beaucoup.
Merci à Justin pour la chronique.
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Jeremy Fox
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Jeremy Fox »

Alligator
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

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http://alligatographe.blogspot.fr/2009/ ... d-mob.html

They're a Weird Mob (Powell, 1963)

Petite production d'un Michael Powell vieillissant et désormais séparé de son alter-ego d'écriture Emeric Pressburger. Si l'on ne s'en est pas toujours rendu compte, force est de constater qu'ici l'absence de rigueur et de finesse dans le rythme plombe pas mal cette comédie.
Powell n'invente pas grand chose. L'esthétique, la manière de filmer sont ordinaires. Tout juste a-t-il introduit quelques effets de distorsion et des ralentis pour faire ressentir l'ivresse ou la fatigue du personnage principal. Il semblerait que Powell se soit concentré sur le parcours de son personnage, un italien venant de débarquer à Juillet 2009:

Sydney et bien décidé à payer les dettes qu'il a contractées auprès d'une belle plante. Powell s'intéresse beaucoup au vocabulaire typiquement australien, sujet de nombreuses scènes dont le comique touchera essentiellement les australiens et les britanniques. On a droit à une sorte de panorama social de l'australien moyen et citadin. Aussi le film prend-il par moments des allures touristiques. Gentil, il suit son cours, paisiblement et puis se tourne un brin vers la comédie romantique pour pimenter un récit sympathique mais peu dynamique.
Finalement on pourra toutefois apprécier une distribution d'abord italo-australienne avec quelques têtes connues. Mais le fanatique de Powell s'en trouve un peu décontenancé. Certes, la bonne humeur qui imprègne le film rappelle l'espèce de fraîcheur, que d'aucuns pourront appeler "candeur", des films de Powell, cet amour, cette confiance dans l'humanité, les liens de solidarité mais le film reste désespérément plat, tranquille, trop tranquille.
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Jeremy Fox
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Jeremy Fox »

Anorya
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Anorya »

Petite chronique d'Une question de vie ou de mort qui pourra paraître bien fade après celles du site ou d'Allen John. :oops:


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« Voici l’histoire de deux mondes. Celui que l’on connait et celui d’un autre, qui n’existe que dans la tête d’un jeune aviateur dont la vie et l’imagination ont été violement modelés par la guerre. »


Seul dans le cockpit de son avion en flamme, le chef d’escadron Peter Carter (David Niven) se prépare à une mort certaine. Avant de sauter dans le vide, il livre ses dernières paroles à une jeune opératrice radio. L’aviateur sort miraculeusement indemne du crash et entreprend de rencontrer sa confidente. Ils se retrouvent et tombent rapidement amoureux. Malheureusement, sa survie est une erreur que son guide céleste vient prestement lui apprendre. Mais Peter refuse de renoncer à la vie et à l’amour, et, alors que son corps subit une opération, son cas est jugé par le tribunal d’un autre monde. Le verdict décidera de son sort.



On le pense parfois mais on ne le dit jamais mais quand même, "qu'est-ce qu'ils sont forts ces brits !" (copyright ma moman :mrgreen: ).

En l'occurrence Powell & Pressburger sont des monuments typically british que le monde entier a enfin redécouvert ces dernières années grâce à une bonne poignée de cinéphiles passionnés dont Tavernier et Scorsese. Envolée donc la diatribe un peu aigrie et très égocentrique de papy Godard proclamant qu'il n'y a pas de cinéma anglais dans les Histoire(s) du cinéma (qui me choque toujours autant quand je vois un Powell & Pressburger). 2013 nous avait abreuvé de la ressortie en salles d'Une question de vie ou de mort qui est arrivé en DVD et Blu-ray chez Elephant Films avec bonheur fin octobre 2014 et sur lequel je me suis tout de suite jeté.


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Dès l'apparition de leur fameux logo "the archers", on note le passage du noir et blanc à la couleur.



"Je ne sais vraiment pas qui suggéra le premier la fameuse cible, mais l'idée a peut-être germé à Denham sur Le voleur de Bagdad, tandis que je regardais mon champion de tir à l'arc envoyer flèche après flèche dans la cible qu'il s'était choisie.

Un jour, je montrai à Emeric un petit poème satirique dû au critique dramatique James Agate :

"La flèche était d'or pur
Mais manqua quand même la cible.
Mais comme le savent tous les usagers de la flèche d'or
Mieux vaut manquer Naples que d'atteindre Margate (*)."

L'idée plut à Emeric et nous adoptâmes la cible comme marque de fabrique avec en surimpression : Une production des Archers.

"Et la flèche frappe en plein dans l'or ! dis-je, enthousiaste.
_ Enfin, tempèra Emeric, quelque part à proximité."

"Et l'arc ?
L'arc fut fait en Angleterre :
De vrai bois, de bois d'if.
Le bois des arcs anglais."

Les vers héroïques d'Arthur Conan Doyle furent également l'une des inspirations de la marque de fabrique des Archers --une cible hérissée de flèches. Parfois la cible était vide, attendant le verdict de notre public; parfois la flèche atterrissait, arrogante, en plein dans le mille. Dans les premiers temps la cible était noire et blanche. Plus tard elle fut en couleur, mais toujours avec en surimpression les mots : "Une production des Archers". Le public que nous avions crée pour nos films l'attendait. Il savait que la cible des Archers promettait quelque chose de différent."


(Michael Powell - propos issus de Une vie dans le cinéma --institut Lumière/Actes Sud-- repris dans le livret de 49è parallèle, édition Collection institut Lumière)



Dans Une question de vie ou de mort, la donne est posée dès le début à travers le logo des Archers qui passe subtilement du noir et blanc à la couleur. Le film jouera là-dessus habilement, la couleur servant à transposer la réalité là où le noir et blanc, intemporel, figure d'une certaine manière l'autre monde (précision importante, jamais le mot "paradis" ne sera prononcé de tout le film, l'écriture de Pressburger entremêlant de belle manière ce qui pourrait être à la fois un trauma ou une sorte d'hallucination rêvée --et il nous arrive en effet de rêver parfois en noir et blanc-- liée à une tumeur en développement chez le personnage du pilote). Les auteurs, malicieux, jouent donc de cette donnée technique pour délivrer non sans humour (cf captures suivantes où un personnage envoyé de l'ailleurs arrive dans le monde réel --il ne sera perçu que par le pilote, une manière d'appuyer l'aspect fantasmagorique incertain-- et déclame que la couleur et plus précisément le technicolor lui manque !) des visions tantôt réalistes, tantôt baroques et oniriques au sein de cette romance fantastique (les escalators gigantesques, le toit en coupole, la salle du procès dans les étoiles). Le procédé n'est pas nouveau en soi et sera réutilisé encore (Le magicien d'Oz avant, Les ailes du désir plus tard...) mais il marche toujours autant ici.


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Au delà du tour de magie technique toujours aussi surprenant et de cette très belle histoire touchante où les personnages vivent une histoire d'amour troublée durant la guerre, Une question de vie ou de mort est aussi au sortir de 1946 où il est tourné, un plaidoyer pour les relations internationales, notamment britanniques et américaines de même que pendant le conflit, Colonel Blimp (1943) était déjà un appel vers une tentative de réconciliation humaniste entre anglais et allemands sous le biais d'une amitié indéfectible.


Et sur ce point, la flèche des archers atteint sa cible en plein coeur là aussi. Moment de tension finale (on juge la vie d'un homme, enfin sa mort), la scène du procès est aussi l'occasion pour tourner en dérision à la fois la fourbe Albion comme le continent promoteur de coca-cola. Somme toute, on a autant de raisons de taper sur les anglais que les américains ! On pourra critiquer la scène et sa longueur mais elle permet de remettre un peu d'humour dans le débat. Sur un plan sentimental, le propos était déjà amené tendrement et dès le début dans la romance entre David Niven, le pilote anglais et la jeune opératrice radio américaine jouée par Kim Hunter et l'acharnement par la suite de cette dernière à sauver celui qu'elle aime montant graduellement en intensité jusqu'à la fin.


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Si le film brouille les pistes des genres (fantastique, guerre, mélodrame, film de procès), ce qui en fait tout son charme vient à la fois de son duo cinéaste-scénariste ainsi que de l'équipe technique où nos compères ont le bon goût de s'entourer de valeurs sûres. Outre Niven et Hunter on citera Kathleen Byron en réceptionniste de l'Ailleurs qui nous mettra une incroyable mandale dans la tronche plus tard en jouant la schizophrène Soeur Ruth dans Le narcisse noir. Roger Livesey déjà classe dans Colonel Blimp brille à nouveau de mille feux dans un rôle plus secondaire mais non moins important en jouant ce docteur pragmatique mais féru de technologie, voire de paranormal. Un personnage qu'on admire dès le début tant la précision d'écriture d'Emeric Pressburger fait mouche là aussi. Marius Goring en messager venant de l'autre monde n'est pas mal non plus : en tant qu'ancien révolutionnaire français décapité, il doit prévenir Peter que son temps sur Terre est compté, non sans truculence avec un accent et des mots français plus vrais que nature (alors que l'acteur n'est pas français du tout à ma connaissance). A la photographie, Jack Cardiff qui fera des merveilles sur Le narcisse noir d'ailleurs et aux décors, Alfred Junge lui aussi fabuleux.


Pas étonnant donc qu'au final la flèche ne manqua pas sa cible ici vu que le film respire la classe de bout en bout en étant à la fois doté d'une écriture sensible mais souvent drôle, passionnante tout en étant romantique, tragique tout en étant légère. Une très belle définition que l'on peut donner du cinéma dans son ensemble en somme.







(*) Note du même livret sur ce point : "Plage populaire anglaise. Le poème fait un jeu de mots entre Target et Margate". Ah oué, faut le savoir quand même. :o
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Jack Carter
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Jack Carter »

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diffusé le 11 avril sur Cine + Classic (je le signale vu que c'est une vraie rareté à la tv, je ne sais meme pas si un dvd existe)
Alligator
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Alligator »

avec ludmilla tcherina... c'est vrai que ça doit pas se bousculer au portillon pour le voir. Mais un Powell même sans Pressburger, est-ce que ça se refuse?
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by don venerando »

Jack Carter wrote:Image
diffusé le 11 avril sur Cine + Classic (je le signale vu que c'est une vraie rareté à la tv, je ne sais meme pas si un dvd existe)
Avis de l'édition espagnole dvd (en espagnol), pas de sous-titres: http://elcaminodebabel.blogspot.com.es/ ... -1959.html
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Jeremy Fox
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Jeremy Fox »

bruce randylan
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by bruce randylan »

Découvert en janvier dans sa dernière restauration et j'ai vraiment souffert. Rien à redire sur la forme et la technique (encore que je l'ai pas trouvé aussi époustouflante que pour d'autres titres du duo) mais musicalement et surtout vocalement, ce fut particulièrement atroce. J'ai vraiment du mal avec ce genre de chant. Au bout de 30 minutes, j'avais les oreilles qui commençaient à saigner. :(
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Ann Harding »

Je l'ai vu en salles en 2005 et je ne l'ai guère aimé. Tout d'abord, la traduction en anglais de l'opéra d'Offenbach ne m'a guère plû et encore moins les chanteurs choisis qui sont vraiment médiocres. Sinon, je me souviens avoir bien rigolé avec la dernière image du film où un tampon "made in England" tombait sur la partition. Pourtant, c'était le génial Sir Thomas Beecham qui dirigeait (seul bon point musical).
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by John Holden »

A l'occasion d'une découverte tardive lors du dernier festival Lumière, je m'étais particulièrement ennuyé devant ce film, un comble chez Powell !
Ça n'engage que moi mais il le semble qu'un certain Jack C. n'était pas loin d'entamer une sieste lui aussi.