Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-1988)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Alligator »

Je l'avais pris Criterion. Je ne savais pas qu'il était sorti en France.
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Supfiction »

Alligator wrote:Je l'avais pris Criterion. Je ne savais pas qu'il était sorti en France.
Un dvd sortie en France il y a peu de temps dans l’indifférence générale, surtout en comparaison avec les sorties Carlotta de Blimp, Narcisse noir & Chaussons rouges..
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Supfiction »

DvdBlog par Bertrand Tavernier wrote:Tout aussi sombre, tout aussi noir (le héros qui se tue dans l’alcool va retrouver le gout de vivre grace à une femme) est LA MORT APPRIVOISÉE (THE SMALL BACK ROOM) de Michael Powell et Emeric Pressburger et cela même visuellement. Il y a un ton nocturne qui s’impose dès les premiers plans. Powell, comme dans UN CONTE DE CANTERBURY, n’hésite à filmer ses acteurs dans une quasi obscurité, impose des décors claustrophobiques. Le scénario développe une double trame : un petit groupe de savants tente de neutraliser des nouvelles bombes, ancêtres des mines anti personnelles, que les allemands ont largué sur les plages et qui tuent des civils et aussi de mettre au point un nouveau canon. Ce qui nous vaut une hilarante et si actuelle visite d’un ministre – Robert Morley – qui ne s’intéresse qu’à un taille crayon et une machine à calculer. Les séquences de désamorçage, de déminage, admirablement filmées, avec une attention aux bruits, un refus du commentaire musical des plus modernes, ont certainement influencé Kathryn Bigelow pour DEMINEURS. Powell utilise le son avec une grande audace : une discussion dans une sorte de sous sol est ponctuée du martèlement des pas des gens qui marchent au dessus d’eux et que l’on devine à travers un plafond en verre non translucide. Deux extraordinaires cauchemars expressionnistes trouent le récit qui est aussi une magnifique et vibrante histoire d’amour, avec comme toujours une personnage de femme, jouée par la magnifique Kathleen Byron, extrêmement fort. A voir d’urgence.
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by allen john »

The small back room (Michael Powell & Emeric Pressburger, 1949)

Il peut sembler curieux, pour des cinéastes qui viennent de trouver le succès avec trois oeuvres aux couleurs flamboyantes du mélodrame et de la passion, de réaliser un film situé en Angleterre pendant la guerre, contant les errances d'un scientifique alcoolique, expert en déminage de haute volée, le tout filmé d'une façon faussement documentaire. Et pourtant, il faudra s'y faire, ce film des Archers a bien sa place parmi leurs oeuvres majeures. David Farrar et Kathleen Byron, ceux par qui le film Black Narcissus basculait presque dans l'irationnel, en sont les héros, deux personnes plus qu'attachantes, qui vivent ce qu'il faut bien appeler une passion, même si elle est située dans un univers de routine et de train-train: Sammy Rice (Farrar) est employé dans un laboratoire de recherche qui travaille pour le ministère de la guerre, et est un expert apprécié; il a perdu une jambe dans le passé, un accident dont les circonstances se devinent aisément, même si elles ne sont jamais explicitées. Susan (Byron) est une secrétaire dans le même office, mais elle est surtout sa petite amie, confidente, son soutien moral... en même temps que sa voisine. Mais il ne fait aucun doute qu'ils partagent le même quotidien.

Le film commence alors qu'un jeune officier, le capitaine Stuart (Michael Gough) vient demander à Sammy de l'aide sur un dossier brûlant: des mines Allemandes, déguisées en objets anodins, ont fait plusieurs victimes. A une époque ou l'issue de la guerre est encore incertaine, il faut mobiliser toutes les énergies pour renverser la tendance, et la multiplication des attentats dus aux Nazis fait désordre, aussi insignifiant soient-ils. Pourtant la guerre n'est pas le souci principal de Sammy: souffrant à cause de sa blessure, alcoolique tentant de se contrôler (Avec l'aide de Susan), il souffre aussi dans son ego, se méprisant lui-même, persuadé que Susan ne reste avec lui que par pitié...

Sammy est un héros typique de Michael Powell, un homme qui se confronte à ses démons. Certains le font en toute connaissance de cause (Les héros de A Canterbury tale, notamment); d'autres, les plus connus (Soeur Clodagh dans Black narcissus, ou Vicky dans The red shoes, et bien sur Joan dans I know where I'm going) s'en rendent compte au fur et à mesure de leur confrontation; enfin, ce pauvre Colonel Clive Candy (The life and death of Colonel Blimp) ne s'aperçoit quasiment de rien. Sammy Rice, lui, le sait, et va même jusqu'à créer ses propres obstacles dans ce qui aurait pu être une légitime course au bonheur. Il se comporte en vieux grognon, faisant tout pour décourager Susan. Il est un expert reconnu, mais sa loyauté à son travail n'est pas accompagnée d'une quelconque fidélité aux hommes qu'ils côtoient; on voit d'ailleurs qu'autour de lui les hommes évoluent, font parfois passer leur vie personnelle devant le travail, et se succèdent à des postes qui les font avancer dans leur carrière - pas lui. Et surtout, il fait un travail qui lui donne parfois l'occasion de tester son instinct de mort... A ce titre, il est inévitable que Powell passe par une scène de déminage au suspense intense; c'est bien sur le principal propos de cette sous-intrigue liée à ces mines découvertes par les Britanniques, dont seront victimes deux hommes durant le film: un soldat anonyme, et le Capitaine Stuart, qui avait manifestement abordé le travail sur l'objet lui-même comme un sport de haut niveau, avec un peu trop de gourmandise. Mais la scène qui nous montre Rice en plein travail est un quart d'heure de tension superbe, dans lequel le scientifique, affronte enfin ses démons, se découvrant une envie de vivre, une valeur aussi, qui est reconnue par les gens qui' l'accompagnent... C'est une renaissance, située à Chesil Bank sur la côte sud de l'Angleterre, un lieu magique que Powell adorait.

Susan et Sammy sont un couple fascinant, parce qu'ils sont arrivés dans leur amour sincère à un stade ou, d'une certaine manière, ça passe ou ça casse, comme on dit: Susan arrivera-t-elle à supporter la mauvaise humeur et la tendance à l'auto-critique dégoutée de Sammy? Celui-ci se rendra-t-il compte qu'elle est amoureuse, sans conditions, ou pas? et puis ils ont à des antipodes d'un gentil couple de cinéma, la dimension physque de leur couple étant mise en valeur par la complicité tactile dont ils font preuve, soulignée aussi par la proximité de leurs appartements. Si Farrar a composé un personnage dont il exste d'autres exemples dans l'histoire du cinéma, cousin par exemple de l'écrivain joué par Ray Milland dans The lost week-end, de Billy Wilder, Kathleen Byron a la tâche de créer un personnage qui échappe aux clichés en vogue et est furieusement réaliste, en plus d'être plus qu'attachante. Son physique particulier, mis en valeur dans des éclairages impeccables, fait une fois de plus merveille.

J'ai parlé de réalisme occasionnellement, à propos de ce film, mais il faut reconnaître que si le décor est situé majoritairement à Londres, dans des pubs, des bureaux, des immeubles et appartements qui pourraient tout à fait être d'authentiques lieux d'une telle histoire, les cinéastes sont choisi de privilégier des scènes nocturnes, montrant la difficulté des personnages à rentrer chez eux, par exemple, Susan et Sammy ayant tendance à essayer de maintenir une vie sociale intense, qui tend à souligner un peu plus leur complicité. Mais surtout le lieu ou ils travaillent, une petite maison située dans l'arrière-cour d'une annexe d'un ministère (!), est un endroit idéal pour y vivre leur histoire d'amour marginale et fragile. Les décors ont leur importance dans l'appartement de Sammy aussi: beaucoup de plans sont composés de manière à incorporer deux objets familiers: un portrait de Susan, et une bouteille qui sert généralement de rappel: elle est là, mais Sammy n'est jamais supposé l'ouvrir. Les deux choix, l'avenir avec Susan, ou la fin de la douleur avec l'alcool, sont représentés... La douleur d'une séparation momentanée sera quant à elle représentée avec génie par l'absence dans l'appartement de Sammy des objets qui sont associés à la jeune femme: le portrait, bien sur, mais aussi le chat qui leur sert de compagnon... Lorsque Sammy rentre à son appartement vidé de ces preuves d'amour, il replonge dans l'alcoolisme en se saisissant de la bouteille, et la vide. La scène qui suit, qui vire inévitablement au délire visuel, est aussi déchirante... C'est en plus la veille de son utime mise à l'épreuve...

Ne manquant même pas d'humour, le film est une perle rare, forcément moins flamboyant dans son apparence que les grandes épopées colorées, mais pas moins beau. C'est une superbe histoire d'amour, ce qui suffirait, mise en beauté par une superbe re-découverte de lui même par un homme qui va enfin comprendre sa valeur et la valeur qu'il peut apporter à son environnement. Quand le film se termine, les Britanniques ont renversé la tendance, on sent que la guerre va être gagnée. En ce qui concerne Sammy et Susan, ils ont déja gagné.

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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by allen john »

The boy who turned yellow (Michael Powell, 1972)

Ce moyen métrage tourné pour une association de charité est le dernier film de fiction de Michael Powell, mais il est aussi une occasion pour lui de retrouver son ami Emeric Pressburger pour la première fois depuis Ill by moonlight (1957). Celui-ci a écrit le script de cet étrange conte pour enfants, et Powell l'a mis en scène, retrouvant avec plaisir la Grande-Bretagne, après plusieurs années d'exil auto-imposé, après le retentissant scandale de Peeping Tom. Parmi les techniciens, on retrouve aussi le grand chef-opérateur Christopher Challis...

John Saunders, un jeune collégien, a participé avec sa classe à une visite de la Tour de Londres; ça s'est bien mal terminé pour lui: il avait eu l'idée saugrenue d'amener avec lui l'une de ses souris blanches, Alice. Celle-ci s'est fait la malle durant la visite, et John a du mal à s'en remettre. Il s'est endormi pendant un cours de sciences, et a été incapable de réponde à une question, l'enseignant l'a donc renvoyé chez lui... Dans le métro qui le conduit à la maison, il est victime d'un étrange incident, cmme du reste tous les autres passagers: il devient subitement jaune. Cette nuit-là, il va faire la rencontre de Nick, un étrange voyageur électronique...

Ca a l'air un brin psychédélique, comme ça, mais c'est tourné avec une certaine rigueur, et une invention burlesque de tous les instants! La souris manquante ne s'appelle pas Alice pour rien, bien sur! Les acteurs (Parmi lesquels on reconnaîtra Esmond Knight) sont excellents, et il y a là un parfum insidieux d'un monde disparu: celui de l'enfance, mais pas celle de n'importe qui, non: la nôtre... D'ailleurs, dans ce gentil film au premier degré rassurant, on se prend à angoisser pour que John retrouve sa souris blanche, et qu'il puisse la ramener chez lui, aurpès de son autre rongeur, "Père Noël". Powell prend plaisir à tourner dans Londres après ses années de purgatoire, et de fait la bonne humeur généralisée est assez communicative.

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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by allen john »

The phantom light (Michael Powell, 1935)

Dans les années 30, le nom de Michael Powell est systématiquement associé à ces films qu'il tourne en rapide succession, vite faits et pour autant qu'on puisse en juger dans la mesure où beaucoup d'entre eux sont perdus, bien faits. Rassemblés sous un terme volontiers péjoratif, les "quota quickies", soit des films produits à l'économie afin de remplir les quotas de distribution Britanniques, sont autant de films de genre, qui vont permettre au moins au metteur en scène de roder son métier, et dans certains cas, son style... C'est justement ce qui fait le prix de The phantom light.

Sam Higgins (Gordon Harker), un gardien de phare bourru d'origine cockney, arrive dans une petite ville côtière du Pays de Galles, où il doit prendre la relève dans un phare; on est en plein mystère: les gardiens ne font pas long feu: deux sont morts, et un autre y est devenu à moitié fou. Il ne tarde pas à remarquer que d'autres Anglais arrivent sur place: un homme qui prétend être un reporter (Ian Hunter), mais aussi une jeune femme qui ment comme une arracheuse de dents (Binnie Hale) tentent de venir au phare également, et vont finalement y parvenir, alors que le mystère s'épaissit: les croyances locales font état d'une "lumière fantôme" qui guide les bateaux vers les récifs, et cet étrange phénomène va justement se manifester.

Opposant d'une part les deux "jeunes" (Hunter et Hale) au "vieux" Londonien auquel on ne la fait pas, et d'autre part le gardien de phare stoïque au verbe haut, et les habitants paralysés par une criyance superstitieuse, Powell ne fait pas vraiment dans la dentelle... mais on est ici en pleine aventure, au sens codé du terme: tout peut arriver, et tout arive, et on ne dispose que de 75 minutes pour le tout. Le metteur en scène respecte le cahier des charges du genre, avec une intrigue menée tambour battant et un montage serré, plus des gags et des bons mots qui sont souvent l'apanage de Gordon Harker (Un acteur râleur déjà aperçu dans des Hitchcock muets, et une vedette populaire à l'époque), et un suspense comique autour du personnage qui sera longtemps mystérieux de la jeune femme interprétée par Binnie Hale; Powell utilise aussi les ressources à sa disposition, dans ce film tourné pour partie sur la côte Galloise, et profite de l'occasion pour montrer comment on peut utiliser la beauté naturelle et les éléments (De nombreux plans sont tournés en mer, de nuit) pour installer une atmosphère: ce qu'il fera dans le splendide I know where I'm going, par exemple... Maintenant, que l'intrigue soit fumeuse, et vaguement absurde, importe peu... Ce film est le meilleur des rares "quota quickies" disponibles, peu d'années avant que Powell largue les amarres et sous l'impulsion de Joe Rock, ne tourne le magnifique Edge of the world.

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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Dave Bowman »

En octobre sur TCM Cinéma : Michael Powell, visionnaire maudit - 10 films seront proposés en HD native.
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Alisou Two »

il manquera donc
LES CONTES D'HOFFMANN (heureusement diffusé sur cine classics lors de l'intégrale en quelques années)
et surtout LA REANRDE
comme pour WILDER en février 2013 il n' y avait pas de diffusion de FEDORA
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Bcar »

Les chaussons rouges - Michael Powell et Emeric Pressburger
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On peut douter de beaucoup de choses, sauf de la magie du cinéma, pas quand on voit ce film. Les chaussons rouges sont un monument rendant grâce aux couleurs, à la volupté, à la danse, au travail qui ne cesse par l’étalage ostentatoire de sa palette graphique d’incendier les mirettes du spectateur. Qu’importe la très belle histoire qui nous est conté ici, puisqu’il y a tout a voir dans le technicolor, de l’innommable rousseur des cheveux de Victoria Page, aux flamboyants chaussons rouges, tout devient surréaliste.

Nous auront pourtant le droit à quelque chose de supérieur qui relève alors de la fameuse magie du cinéma, cette magie infuse se présente à nous 17 minutes durant, pendant lesquels nous assisterons à la première du ballet des Chaussons rouges, aux entrechats, aux portés, aux ronds de jambes et à des envolées poétiques sublimes. Dix-sept minutes inenvisageable de beauté pure, d’étourdissements et d’explosions sensorielles qui laisse coi. Après ça je peux rentrer tranquillement chez moi, je n’ai pas perdu ma journée.
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Frances »

Oui, Les chaussons rouges un enchantement de tous les instants. De la magie à l'état pur et une réflexion sur l'ampleur du sacrifice pour atteindre la perfection. Ici, en tout cas elle fut atteinte. Nul ne le contestera. Un film dont je ne me lasse pas.
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Bcar »

Frances wrote:Oui, Les chaussons rouges un enchantement de tous les instants. De la magie à l'état pur et une réflexion sur l'ampleur du sacrifice pour atteindre la perfection. Ici, en tout cas elle fut atteinte. Nul ne le contestera. Un film dont je ne me lasse pas.
C'est tout à fait ça, le film tout entier agit car une suspension du temps, pour nous permettre à nous, spectateur, de saisir l'ampleur de ce qui se déroule devant nos yeux.
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Supfiction »

Découvert hier soir, une sacrée bouffée d'air frais !

Age of Consent (1969) :

Difficile au premier abord de réaliser que ce film est celui du maitre du Technicolor et auteur des Chaussons rouges et de Colonel Blimp tant ce film semble différent. Avant-dernier film de Michael Powell, Age of consent est stylistiquement beaucoup moins puissant mais n'en ai pas moins un très très bon film. A cela essentiellement deux raisons : James Mason (en mode 'vacances' comme on l'a rarement vu) Et Helen Mirren (alors inconnue et dont c'est le premier film à 24 ans) absolument incroyable dans ce rôle de sauvageonne qui s'éveille à elle-même par le regard d'un peintre dépressif, qui lui aussi retrouvera la vie (dans tous les sens du terme..) et l'inspiration.

Les seconds rôles en revanche sont totalement déphasés et grand-guignolesques (la grand-mère ressemble à une sorcière de Walt Disney, le pote/escroc joué par Jack McGowran, à un gentil couillon et Frank Thring sorti tout droit de Ben-Hur) comme s'il y avait deux films en un.. l'un burlesque (avec Godfrey le chien notamment, qui ferait pâlir Uggie de jalousie) et l'autre intimiste.

On pense un peu au Sauvage de Jean Paul Rappeneau tellement les thématiques de départ sont proches (comme Montand dans Le Sauvage, Mason est un artiste qui a perdu l'inspiration et le goût de vivre en société). Néanmoins, si Rappeneau privilégie la comédie, Powell lui verse davantage dans le naturalisme (des décors de lagon magnifiques) et la sensualité (si on m'avait dit que je trouverai un jour sexy en diable l'actrice de The queen et de Mosquito Coast..).
Son évocation de la fin de vie du peintre australien Norman Lindsay (mort en.. 1969 justement) est un prétexte pour filmer décors et corps comme un artiste, et en ce sens on retrouve le Powell du Narcisse noir ou du Voyeur.
Au contraire du personnage de Mason, Helen Mirren/Cora est une jeune fille totalement nature mais terriblement attachante (censée être mineure alors que Mirren a 24 ans, mais son talent fait le reste) et qui ne rêve que de partir de son île paradisiaque pour aller à la ville (Brisbane) faire coiffeuse, et surtout s'émanciper de sa grand-mère hystérique et rétrograde.

Au final, c'est donc typiquement le genre de film imparfait mais pour lequel on peut avoir beaucoup d'affection. C'est en même temps un feel good movie.. vous en avez marre de la vie contemporaine ?.. gardez espoir, un éclaircie peut toujours arriver (le soleil est d'ailleurs un acteur à part entière du film, il est même représenté par une scie circulaire !).

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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Jeremy Fox »

Je n'avais jamais entendu parler de ce film avant ce mois de septembre ; depuis j'ai lu quelques avis ici et là dont celui-ci et je me demande comment j'ai pu passer à côté jusqu'à présent. Très envie de le decouvrir du coup ; il semble avoir énormément de choses pour me plaire, à commencer par le soleil (et oui parfois il m'en faut peu :oops: )
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:Très envie de le decouvrir du coup ; il semble avoir énormément de choses pour me plaire,
Dispo en DVD avec STF (dans mon souvenir et confirmé par la fiche amazon, il faudrait que je vérifie ce soir), en coffret avec A Matter of Life and Death :

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http://www.amazon.com/Films-Michael-Pow ... of+consent

Encore un film qui attend sur mes étagères que je le découvre depuis des lustres. Et c'est vrai que c'est tentant.
Last edited by Rick Blaine on 17 Sep 13, 13:02, edited 1 time in total.
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by Jeremy Fox »

Dommage car je possède déjà Une question de vie et de mort