Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-1988)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Ann Harding
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

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Deux films de Michael Powell avec Conrad Veidt que je revois toujours avec le même plaisir. 8)

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The Spy in Black (L'espion noir, 1938) de Michael Powell avec Conrad Veidt, Valerie Hobson, Sebastian Shaw et Marius Goring

Durant la première GM, le capitaine Hardt (C. Veidt) qui commande un sous-marin allemand est envoyé sur l'ile d'Hoy sur l'archipel des iles Orkney. Il doit y rencontrer une espionne qui doit lui fournir des informations sur la flotte britannique qui mouille non loin de là...

Ce film de Michael Powell marque sa première collaboration avec Emeric Pressburger comme scénariste. Le scénario, il faut le noter, est basé sur une histoire de J. Storer Clouston, l'auteur de His First Offence qui est à l'origine de Drôle de Drame (1937, M. Carné), ce petit chef d'oeuvre d'humour noir. Si je mentionne le film de Marcel Carné, c'est que le film de Michael Powell est également une délicieuse comédie d'espionnage avec un humour typiquement britannique. Conrad Veidt y tient un de ses plus beaux rôles au cinéma parlant. Avant de devenir l'archétype du Nazi dans les films Hollywoodien, Powell lui donne une chance de montrer son talent considérable -aussi bien dans l'humour que dans le drame- en Capitaine d'un sous-marin qui se retrouve espion sur une île britannique. Il est certes allemand, mais il est le héros du film. Et tout le public est derrière lui dans ses aventures face à la belle espionne incarnée avec énormément de talent par Valerie Hobson. Cette grande et mince jeune femme à l'allure patricienne et aux nerfs d'acier est la partenaire parfaite d'un Conrad Veidt tour à tour séducteur et impavide. Le récit est pimenté d'incursions de personnages fort amusants qui viennent stopper net les activités de nos espions. Il y a ce clergyman équipé d'un gigantesque phonographe qui débarque à l'improviste. Il remarque une médaille qu'il ne connait pas sur l'uniforme de Veidt. Celui-ci lui répond: "C'est la Croix de Fer, deuxième classe." Le clergyman légèrement interloqué : "Deuxième classe...mais, alors vous êtes prisonnier de guerre ?" Réponse de Veidt sortant un révolver: "Non, c'est vous qui l'êtes." :mrgreen: Il y aussi le très irritant révérant du village qui vient ennuyer les espions car ils sont en retard et le gigot va être trop cuit! :uhuh: Il y a une parfaite alchimie entre Veidt et Hobson qui flirte à fleuret moucheté avec des sous-entendus délicieux dans les dialogues. L'intrigue n'est pas en reste en terme de suspense, car Hobson est une espionne, mais à la solde de qui ? Nous l'apprendrons au cours du film. Le final est également une grande réussite où Hardt va être coulé par son propre sous-marin. Ce film délicieux est accompagné d'une musique de Miklós Rózsa qui débutait alors comme compositeur de musique de film. Un Powell qui est en tout point délectable et où Veidt n'a jamais été aussi séduisant.

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Contraband (Espionne à Bord, 1940) de Michael Powell avec Conrad Veidt, Valerie Hobson et Hay Petrie

Novembre 1939, le capitaine Andersen (C. Veidt) commande un cargo danois. Arrivé en vue des côtes anglaises, il doit se soumettre à la douane. Deux des ses passagers lui volent ses laissez-passers pour aller à terre. Il part à la poursuite de Mrs. Sorensen (V. Hobson) jusqu'à Londres...

La guerre a maintenant commencé, mais Powell reforme son couple vedette Hobson-Veidt pour une autre comédie d'espionnage qui se déroule dans le Londres de l'époque. Veidt est maintenant un capitaine danois de la marine marchande, issu un pays neutre. Il se retrouve embringuer dans une histoire d'espionnage avec la belle Mrs. Sorensen (V. Hobson), une danoise qui espionne pour les alliés. Le dialogue est un vrai bonheur avec un humour délicieux. Lorsque Veidt et Hobson se retrouvent prisonnier d'espions allemands, on demande à Veidt de décliner son identité. Il répond 'Andersen, Hans' et les espions répliquent du tac au tac qu'ils sont les Frères Grimm ! :mrgreen: Pour un film d'espionnage, nous sommes des univers assez inhabituels tels qu'un restaurant et une boîte de nuit. Veidt se retrouve ficelé avec Hobson dans un sous-sol non identifié. Il s'échappe et promet de revenir la chercher. Comme c'est le black-out, il ignore où elle se trouve et doit retrouver l'endroit grâce à la musique et aux bruits qu'ils ont entendus. Nous voyons donc notre espion d'occasion visiter toutes les boîtes de nuit de Soho à la recherche d'un joueur de banjo. Il est accompagné par une bande de serveurs danois qui lui prête main forte. Tout cela se termine sur une note humoristique quand Veidt assomme l'espion allemand avec un buste de Chamberlain, avec cette remarque : "On disait bien que c'était un dur." :uhuh: Inutile de dire que Veidt fait merveille dans ce rôle qui oscille entre humour et dérision. Une de mes scènes préférées est celle où il se met à chanter une chanson danoise accompagné par sa montre équipée d'une boîte à musique, une chanson bientôt reprise par Hobson et par tout le restaurant. Absolument délicieux.
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Profondo Rosso
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

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The Edge of the World (1937)

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Les habitants d'une petite île des Hébrides au large de l'Ecosse, assaillis par de multiples difficultés, envisagent d'abandonner les lieux pour chercher une vie meilleure sur le continent. Certains pourtant préfèrent préserver leur mode de vie traditionnel. Le différend fait l'objet d'une compétition entre deux amis, Andrew et Robbie, dont l'un aime la sœur de l'autre. L'épreuve choisie, l'escalade d'une falaise abrupte à mains nues, met leur vie en péril.

Cinéastes aventurier s'il en est Michael Powell aura su illustrer comme personne les contrées britanniques les plus sauvages et reculées, magnifier l'existence frustre mais heureuse de ses habitants. Des films comme A Canterbury Tale, Je sais où je vais ou encore La Renarde sont de véritables ode à la beauté, au pouvoir d'attraction et aussi du danger de cette nature indomptée. Il ne sera donc pas étonnant que Powell réalise son premier chef d'œuvre avec un film faisant montre de son goût l'ailleurs, si loin et si proche à la fois. Au début des années 30, Michael Powell lit un article sur la désertification de la population de Saint Kilda, archipel du nord de l’Écosse miné par l'exode des jeunes. Fasciné par les faits et les thématiques qui en découlent, il se jure d'en tirer un film un jour. Fatigué d'enquiller les commandes impersonnelles, le jeune homme se lance dans l'inconnu en 1937 pour ce qui sera une épopée semée d'embûches devant et derrière la caméra avec un tournage en équipe réduite. Premier obstacle et de taille le tournage sur l'île de Saint Kilda est refusé, obligeant Powell à se rabattre à Foula, dans les Iles Shetland.

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The Edge of The World sera à sa sortie grandement comparé au travail de Flaherty par une critique dithyrambique. Pourtant si Powell use largement des ressorts du documentaire, son film repose sur une vraie trame dramatique. L'intrigue célèbre autant la beauté et le quotidien de cette vie insulaire qu'elle signe leur disparition. Le film s'ouvre ainsi sur un couple de touristes visitant l'île de Foula désormais vide, fantomatique et sans vie. L'animation qui y régnait jadis se devine avec des silhouettes en surimpression avant que resurgissent en flashback les souvenirs du capitaine qui a vécu en ces lieux. Dix ans plus tôt, les habitants furent en proie à un douloureux choix, partir ou disparaître alors que leur nombre se réduisait. Les clans entre les défenseurs de cette existence menacée et de ceux porté vers un ailleurs plus sécurisant se confrontent donc à travers le chef Peter Manson (John Laurie), mais aussi son fils Robbie et son meilleur ami Andrew qui est amoureux de sa fille Ruth. Le différent va se régler lors de l'escalade d'une falaise par les deux jeunes hommes dont l'issue tragique bouleverse le destin de tous.

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La nature se pose en juge et en guide des aspirations de chacun, magnifiquement filmées par Powell. Le sauvetage final dévoile ainsi l'isolement fatal des insulaires, tout comme les tentatives désespérées d'envoi de courrier de Ruth. Dans A Canterbury Tale on retrouvera ce regard bienveillant et critique de Powell pour ces personnages passeurs mais également accrochés éperdument à leurs traditions, ici avec Peter Manson. En même temps comment leur en vouloir lorsqu'on est éblouit par la grâce de séquences somptueuses tel cet enterrement où les ombres traversent le cadre brumeux sur fond de chant religieux, ces vues majestueuses de la côte calme ou agitée (et où se projette une ombre funèbre lors d'une mort tragique), ces visages marqués mais fiers de la population vieillissante (Powell ayant comme à son habitude recruter des amateurs locaux). Powell impressionne par la modernité de sa mise en scène, naturaliste et stylisée à la fois et capturant par l'image toute une gamme d'émotion (la solitude de Ruth face au coucher de soleil, la nostalgie qui la submerge lorsque son visage en fondu se confond avec les flots) et où les conflits se résolvent sans qu'il soit nécessaire d'en passer abusivement par les mots.

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Comme cette nature, la vie suit son cours inéluctablement et c'est sur l'exode final attendu que se conclu le film. Pourtant certains ne pourront s'y résoudre et lieront définitivement leur destin celui de l'île, condamné à l'oubli. Il en restera pourtant quelque chose, autant dans ce morceaux de terre solidement accrochés au milieu de l'océan que le sont les visions magiques de Powell dans l'esprit du spectateur. La carrière de Powell est définitivement lancée par l'impact du film qui lui permet d'être engagé par Alexander Korda. Cependant l'expérience le marquera suffisamment pour consigner ses sentiments dans un livre 200,000 Feet on Foula et revenir 57 ans après sur les lieux du tournage pour le poignant documentaire Return to the Edge of the World en 1978 avec les survivants.5,5/6

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hellrick
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

Post by hellrick »

UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT

Bon, juste un avis rapide car on ne présente plus ce film...que j'ai trouvé très bon excepté l'épisode du procès...pas tout le procès, juste la partie qui concerne la révocation du premier jury avec les avocats qui discutent des mérites des Anglais et des Américains. Tant pis pour ceux très nombreux qui ne seront pas d'accord mais j'ai trouvé ces 10 minutes IMBUVABLES...voilà, je l'ai dit...dommage car tout le reste est excellent mais j'ai vraiment trouvé cette partie sans intérêt, ni drole ni émouvante contrairement au reste, à dire vrai je me demande même ce que ça fait là.

Voilà c'est dit, balancez les pierres! :wink:
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Père Jules
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

Post by Père Jules »

Tout m'enchante dans ce film et particulièrement ce passage que j'ai trouvé tout à fait excellent. La violente diatribe de Raymond Massey est jubilatoire !
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cinephage
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

Post by cinephage »

hellrick wrote:UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT

Bon, juste un avis rapide car on ne présente plus ce film...que j'ai trouvé très bon excepté l'épisode du procès...pas tout le procès, juste la partie qui concerne la révocation du premier jury avec les avocats qui discutent des mérites des Anglais et des Américains. Tant pis pour ceux très nombreux qui ne seront pas d'accord mais j'ai trouvé ces 10 minutes IMBUVABLES...voilà, je l'ai dit...dommage car tout le reste est excellent mais j'ai vraiment trouvé cette partie sans intérêt, ni drole ni émouvante contrairement au reste, à dire vrai je me demande même ce que ça fait là.

Voilà c'est dit, balancez les pierres! :wink:
Je ne me souviens plus trop de la séquence, n'ayant pas revu le film depuis longtemps, mais il faut savoir que le film était une commande visant à proner la collaboration entre forces américaines et anglaises. Evoquer cette coexistence (et donc, discuter les mérites des anglais et des américains) était donc une des fonctions de ce film. Cette séquence peut n'avoir eu pour fonction que de satisfaire les censeurs/commanditaires du film (ce qui ne justifierait pas qu'elle soit ratée, mais là, j'avoue l'avoir oubliée et ne peux en parler)...
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Strum
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

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cinephage wrote:Je ne me souviens plus trop de la séquence, n'ayant pas revu le film depuis longtemps, mais il faut savoir que le film était une commande visant à proner la collaboration entre forces américaines et anglaises. Evoquer cette coexistence (et donc, discuter les mérites des anglais et des américains) était donc une des fonctions de ce film. Cette séquence peut n'avoir eu pour fonction que de satisfaire les censeurs/commanditaires du film (ce qui ne justifierait pas qu'elle soit ratée, mais là, j'avoue l'avoir oubliée et ne peux en parler)...
C'est exactement ça. Cette séquence sert à cela. Il s'agit également pour moi de la moins bonne séquence du film, où l'aspect fonctionnel l'emporte pour une fois sur la fantaisie qui préside au reste.
riqueuniee
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

Post by riqueuniee »

C'est le côté "film de propagande" du film, dû à l'époque de sa réalisation. Si la séquence n'est pas la meilleure du film, elle ne m'a pas gênée .
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Ann Harding
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

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The Phantom Light (1935, Michael Powell) avec Gordon Harker, Binnie Hale, Ian Hunter et Donald Calthrop

Sam Higgins (G. Harker) arrive dans un petit village du Pays de Galles pour prendre son poste de gardien au phare de North Stark. On le prévient qu'il est hanté et et que le précédent gardien a disparu. Deux étrangers, Jim Pearce (I. Hunter) et Alice Bright (B. Hale) souhaitent se rendre sur place, mais Higgins refuse...

Ce 'Quota Quickie' réalisé par Michael Powell est un film extrêmement divertissant sur un gardien de phare qui découvre une conspiration pour provoquer des naufrages, et ainsi une fraude à l'assurance. Le rôle principal est tenu par Gordon Harker dont l'accent cockney tranche avec le dialect gallois, auquel il ne comprend que goutte. Powell en profite pour se moquer gentiment des gallois qui se nomment tous Owen ou Jones (c'est d'ailleurs vrai que ces deux noms sont particulièrement répandus là-bas !). Le mystère du phare de North Stark nous est dévoilé peu à peu alors que tous les personnages sont enfermés dedans et attendent l'arrivée d'un navire qui doit croiser dans les parages la nuit suivante. Le pauvre Higgins se rend compte qu'il a mis le pied dans un nid de vipères. Certains des habitants du village voisin sont des naufrageurs et ne reculent devant rien pour arrêter le phare. Le suspense est contrebalancé par l'humour de certaines situations comme lorsque la belle Alice taillade le pantalon trop long d'Higgins pour s'en faire un short. "Cor blimey!" comme le dit Higgins! :uhuh: (déformation de God blind me) La tension monte dans la séquence finale qui tient en haleine alors que le phare a été éteint et un phare fantôme s'allume sur la côte. Un très bon divertissement.
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Profondo Rosso
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

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One of Our Aircraft Is Missing (1942)

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1942. Au retour d'une mission sur l'Allemagne, un bombardier Wellington atteint par la D.C.A. s'écrase sur la côte anglaise, contre un pylône. L'équipage, composé de six hommes, a pu sauter en parachute en Hollande. Le pilote John Haggard, le second pilote Tom Earnshaw, l'observateur Frank Shelley, et les tirailleurs George Hickman et sir George Corbett se retrouvent au sol. Seul le radio Bob Ashley manque à l'appel... Aidés par la population qui leur procure vêtements et vivres, les cinq rescapés voyagent vers l'Ouest.

Par sa nature de pur film de guerre, One of Our Aircraft Is Missing s'inscrit avec Le 49e Parallèle réalisé l'année précédente parmi les productions de propagande les plus affirmée du duo Powell/Pressburger (quand Colonel Blimp, Une Question de Vie ou de Mort ou A Canterbury Tale était plus subtils voir détournés de la commande originelle). Le film ne force cependant pas outre mesure cet aspect si ce n'est au détour de quelques dialogues (notamment lors de l'apparition de la résistante hollandaise charismatique jouée par Googie Withers) ou bien sûr visuellement avec les moyens d'envergure alloués par la Royal Air Force. Les allemands resteront des silhouettes menaçantes qu'il faut fuir mais ne seront pas particulièrement caractérisés et évite ainsi la caricature. Cette production scelle également le partenariat entre Michael Powell et Emeric Pressburger qui auparavant crédités séparément selon leur contribution signe pour leur fois de leur légendaire trademark des Archers "Written, Produced and Directed by Michael Powell and Emeric Pressburger".

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Le film inverse en partie le pitch et le propos du 49e Parallèle. Dans ce dernier, l'équipage d'un sous-marin allemand coulé près des côtes canadiennes semait le chaos dans sa fuite au sein de la population. L’argument est le même ici sauf qu'il s'agit de l'équipage d'un bombardier anglais abattu au-dessus de la Hollande, sauf que bien sûr les fugitifs anglais sont bien plus avenant (on retrouve notamment Eric Portman d'un film à l'autre) tandis que le peuple hollandais est caractérisé de manière tout aussi douce et bienveillante que les canadiens. L'accroche de l'affiche This time We are the invaders ! semble d'ailleurs en plus de ses connotations politiques souligner astucieusement la continuité entre les deux films. Powell et Pressburger adopte une approche naturaliste et épurée notamment par l'absence de musique, de spectaculaire superflu ou de dramatisation forcée et qui annonce un peu ce qu'ils feront sur La Bataille du Rio de la Plata. Le danger naît de la présence presque indicible des allemands : des tanks qui traversent un paisible paysage rural, une voix menaçante sortie d'un hautparleur interrompant les festivités des villageois ou un officier au visage indistinct qui surgit dans la quiétude d'une église.

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Le rapprochement des anglais avec la population qui les aide est tout aussi finement traité avec une touche sentimentale plus supposée que réelle au détour de regards furtifs, bien aidé par des personnages féminins incroyablement forts en dépit de leurs courtes apparitions. Pamela Brown en institutrice tatillonne en impose sous ses allures charmantes lorsqu'elle sonde la véracité de l'identité des anglais et Googie Withers en passeuse qui fait formidablement passer détermination, séduction et fragilité (la révélation sur son mari, la sobre et touchante séparation finale). C'est par elles que s'affirme la tonalité de propagande en en faisant les figures de proue de la Résistance locale en leur donnant des dialogues explicites où elles expriment la volonté du peuple hollandais de se libérer du joug de l'envahisseur.

Do you think that we Hollanders who threw the sea out of our country will let the Germans have it? Better the sea.

You see. That's what you're doing for us. Can you hear them running for shelter? Can you understand what that means to all the occupied countries? To enslaved people, having it drummed into their ears that the Germans are masters of the Earth. Seeing these masters running for shelter. Seeing them crouching under tables. And hearing that steady hum night after night. That noise which is oil for the burning fire in our hearts

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Il est assez amusant de comparer ce traitement avec celui sur un argument similaire de l'américain Sabotage à Berlin (Raoul Walsh, 1942), ce dernier bien que très divertissant cédant à tous les clichés (action survoltée, allemands patibulaires, romance un peu artificielle) que Powell et Pressburger évitent malgré une approche propagandiste similaire. Les deux films ont également en commun leur ouverture aérienne spectaculaire. Les anglais opposent aux effets spéciaux de la Warner une approche quasi documentaire mais tout aussi impressionnante avec des prises de vues depuis de vrais bombardiers anglais (même si certains décors comme le bombardement de Stuttgart furent réalisés en studio mais l'illusion est intacte,le script resta volontairement inachevé durant le tournage pour suivre les évolutions technologiques en cours et en alimenter constamment le film). Là par la science d'un montage percutant (signé David Lean) caractérisent ses six personnages dans l'action et par des échanges triviaux de manière parfaite sans qu'il y ait besoin d'y revenir avec insistance par la suite (le soldat acteur aurait pu être bien plus forcé et là il a uniquement son moment lorsqu'il écoute son épouse à la radio). Certainement pas la meilleure production du duo, mais un excellent film de guerre humble et efficace donc. 4,5/6
daniel gregg
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

Post by daniel gregg »

Je suis joie !
Cet après midi, je vais découvrir Le voleur de Bagdad sur grand écran ! :D
J'espère que la copie sera digne du fabuleux travail sur les couleurs.
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Watkinssien
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

Post by Watkinssien »

daniel gregg wrote:Je suis joie !
Cet après midi, je vais découvrir Le voleur de Bagdad sur grand écran ! :D
J'espère que la copie sera digne du fabuleux travail sur les couleurs.
J'espère aussi...

J'ai eu la chance de voir ce film fabuleux sur grand écran au festival de La Rochelle (avec Gounou, probablement)...
La copie était abîmée mais visionner cette oeuvre au cinéma fut une très bonne expérience...
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daniel gregg
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Re: Michael Powell / Emeric Pressburger

Post by daniel gregg »

Watkinssien wrote:
daniel gregg wrote:Je suis joie !
Cet après midi, je vais découvrir Le voleur de Bagdad sur grand écran ! :D
J'espère que la copie sera digne du fabuleux travail sur les couleurs.
J'espère aussi...

J'ai eu la chance de voir ce film fabuleux sur grand écran au festival de La Rochelle (avec Gounou, probablement)...
La copie était abîmée mais visionner cette oeuvre au cinéma fut une très bonne expérience...
Correction, il s'agissait d'une copie numérique : l'image était fabuleuse, comme le film, un véritable enchantement de tous les instants ! :D
Longtemps que je n'étais sorti d'une salle de ciné avec l'impression de sortir d'un rêve délicieux...
allen john
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by allen john »

I know where I'm going! (Michael Powell, Emeric Pressburger, 1945)

"Je sais ou je vais", affirme de façon péremptoire l'héroïne de ce film, qui tient autant du conte que du voyage initiatique, de la comédie romantique que du fantastique. Les personnages bardés de certitude, chez Michael Powell, on en rencontre beaucoup, de l'impayable Colonel Blimp à Lermontov (The red shoes). les autres personnages, ceux qui s'en vont chercher quelque chose, quelque fois loin, et qui le trouvent parfois, sont aussi légion, il suffit de voir Black Narcissus, A matter of life and death, Age of consent, A Canterbury tale voire le moyen They're a weird mob pour s'en convaincre. La rencontre maintenant entre un univers cohérent, microcosmique, et le spectateur, qu'il y ait un personnage qui serve de passeur (Tous les simples soldats Allemands dans 49th Parallel, James Mason pour Age of consent, Deborah Kerr pour Black Narcissus, par exemple) ou non (The edge of the world) est aussi un motif fréquent. Ces trois tendances se retrouvent dans ce beau film, l'un des meilleurs, et les plus aboutis du duo magique Powell-Pressburger...

Ceux-ci ont résolu de commencer le film de façon extravagante, par un prologue qui nous fait attendre une comédie de caractères. C'est un trompe-l'oeil, relayé par un générique génial, fait de vignettes sur la vie du personnage principal, qu'on voit bébé, puis fillette, puis adolescente, dans son environnement, accompagnée d'une voix off qui nous donne un renseignement de choix: elle a un caractère bien trempé, et elle sait ce qu'elle veut, et bien sur, "ou elle va". Ces vignettes sont entrecoupées de plans d'objets, véhicules, affiches sur les murs, qui forment des transitions entre les plans, et contiennent les crédits du générique. Le rythme, le ton, tout donne en effet l'impression d'un film léger, citadin même, ce que semble confirmer la première bobine: très découpée, la séquence concerne une conversation dans laquelle Joan webster (Wendy Hillyer) assène sa dernière décision à son père, dans un restaurant ou ils se sont donnés rendez-vous: elle va se marier avec un homme riche, et part en Ecosse pour ce faire. tout est arrangé. le père se désespère, accuse le coup: il connait sa fille... ensuite, elle part, et le voyage en train est l'occasion pour Powell et Pressburger de nous montrer la jeune femme en proie à une rêverie Disneyienne dans son compartiment... Mais le passage du train, parti de Manchester, vers l'Ecosse, est aussi le signal d'un changement radical dans le film; le montage se calme, l'univers peint par les cinéastes a changé, le personnage aussi, mais elle ne le sait pas encore: au nord de l'Ecosse, coincée à terre en attendant que le temps change et que le bateau l'emmêne vers l'ile habitée par son futur mari, qu'elle n'aime pas, elle ne sait pas qu'elle n'aboutira pas au bout de ce voyage-ci. Un homme, interprété par Roger Livesey (Colonel Blimp), un paysage magnifique, et des fantômes venus du passé, des traditions folkloriques et des légendes ancestrales, vont la faire changer d'avis, bien malgré elle...

Comme dans The edge of the world, le magnifique film-matrice par lequel Michael Powell a radicalement changé son cinéma en 1937, celui-ci est donc situé en Ecosse. mais là ou le film de 1937, sous une influence presque Flahertyenne, s'attachait à montrer la misère et la fin d'un monde, celui-ci nous plonge dans une Ecosse qui résiste à tout: à l'invasion Anglaise, à la misère, au déplacement forcé de la population (des protagonistes sont entre deux missions pour la guerre, par exemple); une Ecosse ouverte exubérante, dans laquelle le gaëlique envahit le langage, et les traditions et croyances perdurent ainsi que la soif de les partager. En somme, un pays qui a résisté au temps comme la région de canterbury dans A Canterbury tale... Mais il s'agit de peindre l'amour, dans une optique Britannique. une fois de plus, Powell fait mentir le méchant Truffaut en montrant qu'on peut effectivement montrer des personnages très Britanniques en proie à l'amour, et à ce titre, Joan est Anglaise, très Anglaise: lorsqu'on lui fait la remarque qu'elle est très "comme il faut" ("Proper"), elle assume: "Je prends ça pour un compliment". Mais ce n'est pas péjoratif, justement; en effet, sous l'emprise de la région, elle saura voir la beauté, contrairement à d'autres "colons" Anglais, et ira jusqu'à reconnaitre ses torts... La passion de Joan et Torquil, exprimée au travers d'un regard, n'attend pas très longtemps, elle nous explose au visage, à travers la tension amenée par les acteurs, Roger Livesey et Wendy Hillyer. Les excentriques qui les entourent, tous attachants, fournissent un brin de comédie, mais la façon dont Powell mobilise les vieilles pierres et la nature, aussi bien accueillante que rageuse (Le tumulte dun ruisseau en crue qui empêche le silence de respecter les conversations téléphonique dans la cabine téléphonique la plus mal placée du Royaume-uni, ou le bruit incessant du tourbillon, symbolique des passions, n'en doutons pas, qui menacent d'engloutir l'écervelée Anglaise et l'homme auquel elle essaie de résister) est une fois de plus superbe. Largement tourné sur place, dans des conditions qu'on devine difficile même si elles furent certes moins spartiates que The edge of the world, le film bénéficie aussi d'un montage serré et qui sait laisser leur place aussi bien au lyrisme, à l'exubérance (le cinéma de Powell est l'un des plus énergiques du monde!), qu'à une certaine mélancolie contemplative...

Et en plus, après l'irruption miraculeuse de trois joueurs de cornemuse, la plus jolie des fins vient dessiner un dernier sourire au visage des spectateurs, qui ne sont pas habitués à ce que ce genre de passion finisse... bien.

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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

Post by allen john »

One of our aicraft is missing (Michael Powell & Emeric Pressburger, 1942)

On peut dire que, même lors de ses prestigieuses collaborations avec Emeric Pressburger, Powell ne s'est finalement jamais arrêté de faire des petits films, sauf peut être entre Colonel Blimp (1943) et The red Shoes (1948). Mais là, il n'avait ni le temps, ni peut-être les commandes, voire les opportunités. Il y a une légende tenace, que je n'ai pas pris le temps de vérifier: les deux hommes, pour leurs productions communes (scénarisées par Pressburger, mises en scène par Powell, produites en collaboration et signées des deux sans distinction, à partir de ce film, justement, jusqu'à Ill by moonlight en 1957), adoptaient un logo différent, cette cible dans laquelle une flèche venait se planter: pour leurs films les plus réussis, elle était au centre, mais pour d'autres (On imagine bien sur The scarlet Pimpernel, entre autres), elle était légèrement recentrée, comme pour en signaler la moindre importance... La question ne se pose pas ici: le logo-cible n'avait pas été encore imaginé, cela viendrait sur le film suivant. Mais cette curiosité, rarement présentée, reprend finalement un peu le même esprit que le film précédent du duo, 49th parallel: cette histoire d'espions nazis préparant la suite de la conquête du monde en essayant de gagner des canadiens à leur cause, aventure d'infiltration vécue de l'intérieur par les hommes, venus pour vaincre idéologiquement, et qui se laissent au fur et à mesure séduire par la liberté de penser canadiens, était un peu banal film de propagande, parfaitement assumée. C'est à nouveau de propagande qu'il est question, mais le titre est sans ambiguité: le point de vue, manitenant est celui des alliés.

Le film est basé sur une histoire vraie: Le bombardier B for Bertie n'est pas rentré d'une mission sur le continent; son équipage (Six hommes) est sauf, mais ils se sont parachutés en catastrophe sur la Hollande... Ils doivent donc en ressortir, avec l'aide de la population dont ils découvrent le volontarisme résistant. Le film est un voyage tranquille, assez peu marqué par la confrontation avec l'ennemi. La confrontation est plutôt d'un peuple à l'autre, l'urgence de la situation et la nécessité poussant les Anglais à la prudence, les rend particulièrement réceptifs à la façon d'être et de vivre des gens qu'ils croisent. Puisqu'il s'agit de vivre, ici: de mener sa barque comme on l'entend, malgré l'occupant, et de mettre en place les moyens de lareconquête, comme on fait son lit ou comme on prépare à manger. Les sacrifices deviennent futiles, comme cette discussion soudaine sur le cas de conscience de deux hommes du Yorkshire, protestants et hésitants à se réfugier dans une église catholique...

Si un carton explicatif nous annonce dès le départ que certains des résistants Hollandais présents dans le film ont été depuis exécutés par les Nazis, le film se déroule dans une ambiance légère qui n'est pas sans évoquer les meilleurs films Anglais des années 30 de Alfred Hitchcock. Le suspense propreà chaque scène est prenant, réussi, et l'interprétation impeccable... L'affrontement a lieu, mais il n'est presque qu'un épiphénomène du film, par ailleurs magistralement mis en scène. Et de l'esprit de propagande plutôt traditionnel de ce petit film naitra comme une réaction un monstre fascinant, un anti-film de propagande qui est parmi les meilleurs de Powell: The life and death of Colonel Blimp.

On notera au passage une certaine tendance à l'extravagance typique (on la retrouvera sur la plupart des films suivants) dans la façon de présenter le film: une ouverture d'ailleurs très symbolique, dans laquelle on voit l'avion voler seul, comme le temps qui continue à avancer durant l'escapade Hollandaise des six hommes, puis l'avion s'écrase sur des installations électriques. Tout ceci est avant le générique... La fin, abrupte, est suivie d'un épilogue convenu mais dynamique, dans lequel les six hommes repartent au combat avec un plus gros avion... Enfin, les amateurs de films Anglais se réjouiront de savoir que le grand Bernard Miles est présent, en aviateur issu de la classe ouvrière; on trouve aussi le tout jeune Peter Ustinov, en prêtre austère (mais oui!!), et sinon les habitués de Powell peuvent retrouver ici Robert Helpmann, Eric Portman et Pamela Brown...

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Demi-Lune
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Re: Michael Powell (1905-1990) / Emeric Pressburger (1902-19

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Les Contes d'Hoffmann (1951)

Les Contes d'Hoffmann, c'est un peu (même beaucoup) la séquence du ballet des Chaussons rouges élevée à la puissance 10 puisque avec cette adaptation d'Offenbach, le cinéma de Powell et Pressburger, "antithèse absolue du cinéma réaliste" (J.G. Ballard), n'est plus que musicalité et opératisme. Après avoir offert bien des audaces narratives avec des intrigues faites de ruptures et de bizarreries, ce projet sonne un peu comme le grand saut d'un tandem qui s'affranchit de l'écriture classique, pour ne plus que chercher le baroque, le rêve, le surréel. Le livret, plein de magie et d'extravagance, s'avère un support complet à la soif d'expérimentation visuelle et de flamboyance formelle qui caractérisent les films en Technicolor du duo. Et il est vrai que, de ce côté, c'est un vrai festin. Michael Powell était un vrai génie, un vrai expérimentateur, tout le monde le sait, et pourtant, chaque fois que je vois un de ses films je me prends cette évidence dans la figure. Il n'y a pas que l'éclaboussement chromatique, ces gammes de couleur fauves qui dans leur agencement dessinent un univers poétique, chaleureux et même inquiétant, dérangeant ; il y a tous ces trucages, toutes ces idées de mise en scène, toute cette féérie obsédante qui fait que ce cinéma est absolument unique.

Pourtant, Les Contes d'Hoffmann est aussi pour moi la confirmation que le goût expérimental du duo doit être au service d'une histoire avec des personnages incarnés. L'envoûtement suprême procuré par leurs meilleurs films découle de l'émotion insufflée, et c'est cette émotion qui permet à l'extravagance du tandem de couler de source. Je citais Les Chaussons rouges. Si la séquence du ballet est aussi formidable, c'est aussi parce que l'inventivité visuelle étourdissante était au service de vrais enjeux dramatiques. Le ballet était en effet la mise en scène musicale et formaliste des relations entre le trio de personnages. Vicky et son personnage dans le ballet se confondaient. Et c'est ce qui permettait à la séquence d'être aussi puissante : ce n'était pas qu'un simple tour de force, une bulle spectaculaire au sein du récit : c'était le récit, synthétisé dans une métaphore orchestrale et scénique. Or, l'extravagance des Contes d'Hoffmann ne s'accompagne pas, à mon goût, de vrais enjeux émotionnels. C'est une orgie visuelle, mais une orgie délestée d'enjeux dramatiques qui rendraient la folie visuelle de Powell encore plus percutante. C'est un peu l'effet pervers du projet : le duo continuait logiquement ses recherches narratives mais la toute-musicalité, libérée de l'émotion qui est pour moi au cœur de l’œuvre, au travers de personnages forts, m'empêche une pleine adhésion. C'est un superbe coquille... vide. Un exercice de style premium, mais un exercice de style quand même. Or j'attends mieux de la part de ce tandem qui sait me captiver avec leurs personnages anti-conventionnels. De fait, malgré l'aboutissement formel je m'ennuie quand même pas mal. Il faut dire que l'opéra d'Hoffmann n'a jamais fait partie de mes préférences dans le genre. :mrgreen: