Les Fraises sauvages (Ingmar Bergman - 1957)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Strum
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Post by Strum »

Jack Sullivan wrote:Alors là c'est moi qui trouve que tu pousses le raisonnement trop loin! :lol: On peut pratiquer l'indulgence sans être complaisant pour autant, il y a de la place pour la nuance tout de même.
Bon, je ratiocine, mais c'est parce que je cherche le mot juste, et j'ai toujours trouvé le terme "sans complaisance" trop flou. :wink:
Jack Sullivan
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Post by Jack Sullivan »

Strum wrote: Bon, je ratiocine,
Stupéfaction! :mrgreen:
Strum wrote: mais c'est parce que je cherche le mot juste, et j'ai toujours trouvé le terme "sans complaisance" trop flou. :wink:
C'est un peu le cas de toutes les définitions a contrario, non, ça laisse la place pour plein de choses dans cette langue tortueuse qu'est le français? :wink: J'essayais pourtant de préciser mon idée en parlant de surchage graisseuse au niveau moral: quelque chose qu'on s'efforce de ne pas accumuler, et qu'une fois installé on essaie de déloger par tous les moyens car c'est néfaste à la santé. Et je pense que c'est beaucoup de cela en effet: une discipline, adossée à la rigoureuse morale luthérienne, un sain exercice de son esprit critique qui incite Bergman à s'observer sans les yeux de Chimène.
murphy
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Post by murphy »

est il possible lorsque que l'on veut lire la chronique sur papier d'avoir que le texte en PDF (pas les photos et la bannière) pour réduire le nombre de pages à imprimer ?
Jack Sullivan
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Post by Jack Sullivan »

murphy wrote:est il possible lorsque que l'on veut lire la chronique sur papier d'avoir que le texte en PDF (pas les photos et la bannière) pour réduire le nombre de pages à imprimer ?
Il y a un lien "télécharger la chronique en PDF" en haut de la page, sous le résumé.
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AlexRow
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Post by AlexRow »

Et ensuite, on peut sélectionner le texte avec Acrobat Reader puis faire un copier coller sous traitement de texte.
"Le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti" (Albert Camus)

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murphy
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Post by murphy »

oui mais y'a 4 pages alors avec les phots en plus, ça vide bcp d'encre... du coup je fais des copies coller du texte dans Word
je préfère lire sur papier... j'ai du mal à lire de long textes sur ordinateur
murphy
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Post by murphy »

AlexRow wrote:Et ensuite, on peut sélectionner le texte avec Acrobat Reader puis faire un copier coller sous traitement de texte.
ah je savais pas, je vais essayer comme ça ... merci
Jack Sullivan
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Post by Jack Sullivan »

murphy wrote:oui mais y'a 4 pages alors avec les phots en plus, ça vide bcp d'encre...
Rhalala, c'est le metteur en ligne qu'a encore abusé, pense-t-il seulement au martyre des pauvres imprimantes surmenées? :mrgreen:
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AlexRow
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Post by AlexRow »

Très beau film et très belle analyse par Jack Sullivan, fidèle à la structure même du film et qui rend bien compte du chemin parcouru par le personnage au cours de ce voyage initiatique à rebours.
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Strum
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Post by Strum »

Jack Sullivan wrote:Et je pense que c'est beaucoup de cela en effet: une discipline, adossée à la rigoureuse morale luthérienne, un sain exercice de son esprit critique qui incite Bergman à s'observer sans les yeux de Chimène.
Il n'a pas les yeux de Chimène pour lui-même et les autres, c'est sûr (il y a pourtant "de la place pour la nuance", non? :) ). Maintenant, est-ce que c'est "sain" de ressasser encore et encore ses défauts, ses zones d'ombre, sans prêter attention aux zones de lumière, je n'en suis pas sûr. C'est édifiant pour les spectateurs et cela fait des films puissants, comme il est édifiant de lire Kierkegaard, le pendant philosophique de Bergman. Mais c'est aussi prendre une posture consistant à condamner les autres parce que l'on se condamner soi-même. Comme tu le dis, Bergman projette ses errements dans ses personnages, dans une sorte d'exercice qui frise dans certains films l'exorcisme. J'en fais le constat, et je constate aussi qu'à cause de ces projections, je souffre avec ses personnages, qu'il malmène alors même qu'il leur donne une existence extérieure à lui-même grâce à la magie du cinéma. Et je ne prends pas souvent de plaisir à regarder une souffrance organisée par un juge, si génial soit-il. C'est tout ce que je disais. Note aussi que j'ai déjà vu une petite dizaine de Bergman et que j'entends en voir d'autres ; je ne suis donc manifestement pas complètement insensible à son cinéma.
Sinon, l'image du "juge pénitent", tu l'avais utilisée déjà dans ton post d'hier, hihi.
C'est pour cela que j'ai écrit "donc" juste après : pour enfoncer le clou. Et je voulais mentionner Camus, pour rendre ma précédente référence au Jean-Baptiste Clamence de la Chute plus claire. Satisfaite ? :mrgreen:
Jack Sullivan
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Post by Jack Sullivan »

Strum wrote: Il n'a pas les yeux de Chimène pour lui-même et les autres, c'est sûr (il y a pourtant "de la place pour la nuance", non? :) ).
Ne fais pas de mon image un exemple, elle n'est pas censé en être un!
Strum wrote: Maintenant, est-ce que c'est "sain" de ressasser encore et encore ses défauts, ses zones d'ombre, sans prêter attention aux zones de lumière, je n'en suis pas sûr. C'est édifiant pour les spectateurs et cela fait des films puissants, comme il est édifiant de lire Kierkegaard, le pendant philosophique de Bergman. Mais c'est aussi prendre une posture consistant à condamner les autres parce que l'on se condamner soi-même.
Là où tu parles de "ressassement", je vois de la lucidité et une démarche d'honnêteté intellectuelle, le contraire de la posture de juge à laquelle tu fais allusion (le ressassement irait quant à lui du côté de ce que les anglais appellent "self-pity", et les fois où cela apparaît chez Bergman, c'est avec une solide dose d'ironie). On est dans le "connais-toi toi-même", ni plus ni moins, y compris dans ce que dela peut avoir de dérangeant (ah oui, comme il est inconfortable de se voir si laid en ce miroir... pourtant c'est moi, et je dois faire avec).

Ensuite, je ne suis pas d'accord sur son (absence de) traitement des zones de lumière: elles éclatent d'autant plus fort qu'elles sont fréquemment isolées, mises en péril par l'omniprésence du Mal et des questions qu'il engendre. Les deux Sara des Fraises sauvages sont toutes douceur précisément, Marianne, même si elle essaie de se faire passer pour cynique, a soif d'amour et est pleine de tendresse pour son beau-père, les souvenirs d'enfance sont tendres et légers, etc..

EDIT: veux-tu bien arrêter d'éditer ton message pendant que je te réponds! :lol:
Strum
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Post by Strum »

Jack Sullivan wrote:Là où tu parles de "ressassement", je vois de la lucidité et une démarche d'honnêteté intellectuelle, le contraire de la posture de juge à laquelle tu fais allusion ... On est dans le "connaît-toi toi-même", ni plus ni moins, y compris dans ce que dela peut avoir de dérangeant (ah oui, comme il est inconfortable de se voir si laid en ce miroir... pourtant c'est moi, et je dois faire avec).
On est en effet dans le Connais-toi toi-même. Je ne conteste pas à Bergman son honnêteté intellectuelle. Je constate juste qu'il l'exerce aux dépens de personnages de cinéma. Je préfère les cinéastes plus tendres et plus généreux.
Ensuite, je ne suis pas d'accord sur son (absence de) traitement des zones de lumière: elles éclatent d'autant plus fort qu'elles sont fréquemment isolées, mises en péril par l'omniprésence du Mal et des questions qu'il engendre. Les deux Sara des Fraises sauvages sont toutes douceur précisément, Marianne, même si elle essaie de se faire passer pour cynique, a soif d'amour et est pleine de tendresse pour son beau-père, les souvenirs d'enfance sont tendres et légers, etc..
C'est vrai, il y a quelques trouées de lumière dans les Fraises Sauvages. Mais ce n'est pas ces percées que j'ai retenues principalement du film (je garde toutefois un beau souvenir du personnage de Marianne). Quant à d'autres films comme Cris et Chuchotement ou L'Heure du Loup...Enfin, bon, comme je te l'ai dit, j'entends revoir au moins la fin des Fraises Sauvages. Reste à savoir quand. :?
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ed
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Jack Sullivan wrote:mais alors tu t'exposes à un harcèlement textuel vigoureux de ma part :twisted:
pour ce que ça me changera :roll:
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Roy Neary
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Post by Roy Neary »

Vous parlez plus précisémment des Fraises sauvages ou de la carrière de Bergman en général ? Car ce film en particulier est assez lumineux, ou du moins s'illumine au fil du récit. Les Fraises sauvages est un film léger d'apparence, même s'il charrie tout un tas de névroses rentrées, qui nous permet de suivre et même de partager (par l'éclatement des frontières temps présent/temps passé et réalité/rêve) le parcours d'un vieil homme au soir de sa vie.
Film lumineux car, si la passif de ce personnage est tel qu'il aurait pu être dépeint gravement avec ses nombreuses souffrances morales et psychologiques, Bergman adopte un traitement qui nous emmène de l'ombre à la lumière, de l'angoisse à la sérénité. Ainsi, Les Fraises sauvages, l'un de mes films préférés du cinéaste, raconte une ouverture à la vie (qui déteint bénéfiquement sur le personnage de Marianne) qui est d'autant plus précieuse et bouleversante qu'elle s'effectue sur le tard.

PS : je conseille plutôt à Ratatouille de commencer par les Fraises sauvages que par le Septième Sceau.
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Strum
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Post by Strum »

Roy Neary wrote:Vous parlez plus précisémment des Fraises sauvages ou de la carrière de Bergman en général ?.
Personnellement, je parlais essentiellement de Bergman en général.