Alfred Hitchcock (1899-1980)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

User avatar
Alexandre Angel
Une couille cache l'autre
Posts: 9069
Joined: 18 Mar 14, 08:41

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Alexandre Angel »

Ah mais pour moi l'adjectif n'a rien de péjoratif!
User avatar
Thaddeus
Ewok on the wild side
Posts: 5665
Joined: 16 Feb 07, 22:49
Location: 1612 Havenhurst

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Thaddeus »

Pareil pour moi : rien de péjoratif dans le terme romanesque, bien au contraire. Lorsqu'il est pleinement honoré, le romanesque est l'une des plus grandes vertus du cinéma. Après, si le mot est dévoyé et/ou incompris par certains, c'est leur problème.
User avatar
Supfiction
Howard Hughes
Posts: 16770
Joined: 2 Aug 06, 15:02
Location: Have you seen the bridge?

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Supfiction »

Arnaud Desplechin nous offre son top 10 des films d’Alfred Hitchcock
https://www.telerama.fr/cinema/arnaud-d ... or=EPR-126
hansolo
David O. Selznick
Posts: 13148
Joined: 7 Apr 05, 11:08
Location: In a carbonite block

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by hansolo »

Courrier de John Williams a Hitchcock peut après la sortie de Family Plot

Image
- What do you do if the envelope is too big for the slot?
- Well, if you fold 'em, they fire you. I usually throw 'em out.

Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)
The Eye Of Doom
Machino
Posts: 1237
Joined: 29 Sep 04, 22:18
Location: West of Zanzibar

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by The Eye Of Doom »

Revu hier LifeBoat (1944).
Curieux film tout de meme que cet effort de guerre du père Hitchcock.
Il y a bien sur le tour de force de ces 1h35 dans un canot avec quelques personnages. La maitrise du maitre dans la mise en scene est constante, sans effet particulier, mais toujours dans la tension. Ca commence fort avec le plan de la cheminée du bateau en arriere plan du generique, sorte de forme classique pour presenter le lieu de l'intrigue et/ou introduire le film. Mais ici une fois le generique fini on voit la cheminée s’enfonçait dans l'eau et tout est dit avec une economie incroyable de moyen. Tout ce debut est remarquable d'ailleurs.
On ne voit jamais les limites phisiques du tournage, les scenes de tempete sont saisissantes, non par leur spectacle bien sur, quelques seaux d'eau sur les corps et les visages, mais le vecu des personnages est la. Autre scene forte quand les naufragés assoiffés étendent une bache pour receuillir la pluie tant attendue qui arrive enfin.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Seules quelques gouttes noircirons le tissu: l'averse a duré qcq secondes.
Mais c'est sur le fond que le film surprend le plus. En effet, le naufragé allemand est le seul qui semble presenter la force de caractère, la compétence et la rigeur d'analyse pour sauver la peau de tout ce petit monde. Chacun, engoncé dans ses contraintes de classes et les limites de connaissances associés, ne peut au mieux apporter qu'une partie du puzzle. Et leur travail collectif n'est pas si facile, malgré la bonne volonté de chacun (enfin + ou -). Ce "Nazi" apparait comme une forme de superman. C'est un comble pour un film de propagande. En plus il parle francais et anglais, alors que les autres à l'exception de la "mondaine" ne semble jamais etre sorti de leur trou...
La fin est brutale dans le fond et la forme.
Spoiler (cliquez pour afficher)
L'allemand est lynché par la meute, qui perd tout aspect civilisé.
Alors que "l'horreur" du bombardement du navire americain nous est évité au debut (cf le plan evoqué plus haut). Rien ne nous est epargné de la destruction du navire allemand, y compris le bonbardement du radeau qui "portait secours" aux naufragés.
Il y a tout de mème un hiatus entre l’échange final "Qu'allons nous faire avec ses gens là" et le récit du film.

Si on en croit la page wikipedia, d'aucun ont tout de meme emis des doutes à l’époque...
En tout cas, un film curieux qui semble animé par de forces souterraines voulant contrarier son programme initial (cad etre un vecteur de propagande anti-nazi).
Comte Vertigo
Stagiaire
Posts: 22
Joined: 14 Sep 14, 23:36

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Comte Vertigo »

Je n'ai pas vu Lifeboat, et il est probable que mon appréciation de la question soit biaisée faute de connaître le tout-venant de la production de propagande de l'époque, mais je ne peux m'empêcher de me demander s'il n'y a pas là un trait propre aux films britanniques dans ce domaine. Plusieurs des films de Powell et Pressburger réalisés durant cette période évitent également le manichéisme, culminant avec leur chef-d'œuvre (et un de mes films préférés de façon générale), Colonel Blimp (1943), dont Churchill essaya même fameusement d'empêcher la sortie (ce que les Archers eurent le culot de tourner en argument publicitaire : "venez voir le film interdit" !), et même, après-guerre, l'exportation (le film ne sortit aux USA qu'en 45 et en France qu'en 53, de surcroît dans une version amputée).

Interpellé par le premier ministre à cigare, qui l'avait croisé à une représentation théâtrale, Anton Walbrook (Theo Kretschmar-Schuldorff dans le film), répondit que c'était l'honneur de l'Angleterre d'être le seul pays suffisamment courageux pour sortir, en plein conflit, un film présentant "une vérité non maquillée" ("No people in the world other than the English would have had the courage, in the midst of war, to tell the people such unvarnished truth."). Visiblement l'argument n'a pas convaincu...
... C'est prodigieusement intéressant ! direz-vous, pour peu que vous soyez complètement taré.
kiemavel
Assistant opérateur
Posts: 2189
Joined: 13 Apr 13, 09:09

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by kiemavel »

Hitchcock a répondu il y a plus de 50 ans.

"Nous (1) avons voulu montrer qu' à ce moment là (2), dans le monde il y avait deux forces en présence, les démocraties et le nazisme. Or, les démocraties étaient complètement en désordre alors que les allemands savaient tous où ils voulaient aller. Il s'agissait donc de dire aux démocrates qu'il leur fallait absolument s'unir et de se rassembler, d'oublier leurs différences et divergences pour se concentrer sur un seul ennemi, particulièrement puissant par son esprit d'unité et de décision".

C'est pourquoi il avait placé sur le Lifeboat, des gens de différentes classes sociales, d' opinions politiques opposées ( " l'ingénieur interprété par John Hodiak était communiste et, à l'autre extrémité, vous aviez un homme d'affaires qui était un fasciste " ) et il ajoute que " dans les grands moments d'indécision, personne ne savait quoi faire, pas même le communiste" :wink:

mais il ajoutait qu'effectivement le film a été très critiqué à l'époque à cause de la "supériorité du nazi", lequel ne pouvait pas être "un bon marin". Hitchcock justifiait cela en disant qu'en tant qu'ancien commandant de sous marin, il était tout simplement le plus qualifié.


(1) Lui même citait 4 scénaristes : John Steinbeck, Mac Kinley Cantor, Jo Swerling et lui même puisqu'il revendiquait les "points d'orgue", les nombreux éléments dramatiques survenant en fin de scènes.

(2) Le film aurait été écrit en 1940-1941. Mais tournage en 1943 ( à une époque de moins grande division chez les alliés, donc )

Source : Hitchcock Truffaut. Ramsay
The Eye Of Doom
Machino
Posts: 1237
Joined: 29 Sep 04, 22:18
Location: West of Zanzibar

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by The Eye Of Doom »

kiemavel wrote:Hitchcock a répondu il y a plus de 50 ans.

"Nous (1) avons voulu montrer qu' à ce moment là (2), dans le monde il y avait deux forces en présence, les démocraties et le nazisme. Or, les démocraties étaient complètement en désordre alors que les allemands savaient tous où ils voulaient aller. Il s'agissait donc de dire aux démocrates qu'il leur fallait absolument s'unir et de se rassembler, d'oublier leurs différences et divergences pour se concentrer sur un seul ennemi, particulièrement puissant par son esprit d'unité et de décision".

C'est pourquoi il avait placé sur le Lifeboat, des gens de différentes classes sociales, d' opinions politiques opposées ( " l'ingénieur interprété par John Hodiak était communiste et, à l'autre extrémité, vous aviez un homme d'affaires qui était un fasciste " ) et il ajoute que " dans les grands moments d'indécision, personne ne savait quoi faire, pas même le communiste" :wink:

mais il ajoutait qu'effectivement le film a été très critiqué à l'époque à cause de la "supériorité du nazi", lequel ne pouvait pas être "un bon marin". Hitchcock justifiait cela en disant qu'en tant qu'ancien commandant de sous marin, il était tout simplement le plus qualifié.


(1) Lui même citait 4 scénaristes : John Steinbeck, Mac Kinley Cantor, Jo Swerling et lui même puisqu'il revendiquait les "points d'orgue", les nombreux éléments dramatiques survenant en fin de scènes.

(2) Le film aurait été écrit en 1940-1941. Mais tournage en 1943 ( à une époque de moins grande division chez les alliés, donc )

Source : Hitchcock Truffaut. Ramsay
Merci pour ces informations essentielles qui répondent parfaitement à mes interrogations au sortie du film.

Il faut dire finalement que à part au début, le seul moment où ils semblent tous d'accord c'est pour :
Spoiler (cliquez pour afficher)
eliminer l'allemand à la fin. Ils redevienent ensuite passifs, attendant que la bateau allié viennent les chercher, ou pas, on en saura rien
User avatar
Supfiction
Howard Hughes
Posts: 16770
Joined: 2 Aug 06, 15:02
Location: Have you seen the bridge?

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Supfiction »

Comte Vertigo wrote:Je n'ai pas vu Lifeboat, et il est probable que mon appréciation de la question soit biaisée faute de connaître le tout-venant de la production de propagande de l'époque, mais je ne peux m'empêcher de me demander s'il n'y a pas là un trait propre aux films britanniques dans ce domaine. Plusieurs des films de Powell et Pressburger réalisés durant cette période évitent également le manichéisme, culminant avec leur chef-d'œuvre (et un de mes films préférés de façon générale), Colonel Blimp (1943), dont Churchill essaya même fameusement d'empêcher la sortie (ce que les Archers eurent le culot de tourner en argument publicitaire : "venez voir le film interdit" !), et même, après-guerre, l'exportation (le film ne sortit aux USA qu'en 45 et en France qu'en 53, de surcroît dans une version amputée).

Interpellé par le premier ministre à cigare, qui l'avait croisé à une représentation théâtrale, Anton Walbrook (Theo Kretschmar-Schuldorff dans le film), répondit que c'était l'honneur de l'Angleterre d'être le seul pays suffisamment courageux pour sortir, en plein conflit, un film présentant "une vérité non maquillée" ("No people in the world other than the English would have had the courage, in the midst of war, to tell the people such unvarnished truth."). Visiblement l'argument n'a pas convaincu...
Une partie du propos du film seulement est effectivement très proche de celui de Colonel Blimp : l’avertissement du public sur ce que sont les nazis. Quand certains passagers du bateau évoquent les lois de la guerre ou l’obligation de secourir un allemand qui se noie, ils n’ont pas compris, à l’instar du Colonel Blimp, que le temps des hommes d’honneur est passé et que leurs adversaires sont des ennemis qui veulent les anéantir. La fin de Lifeboat montre que les passagers n’ont toujours pas tout a fait compris la leçon.

C’est donc bel et bien un film de guerre mais beaucoup plus subtile que la plupart des films de propagande habituels.
kiemavel
Assistant opérateur
Posts: 2189
Joined: 13 Apr 13, 09:09

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by kiemavel »

The Eye Of Doom wrote:Merci pour ces informations essentielles qui répondent parfaitement à mes interrogations au sortie du film.

Il faut dire finalement que à part au début, le seul moment où ils semblent tous d'accord c'est pour :
Spoiler (cliquez pour afficher)
eliminer l'allemand à la fin. Ils redevienent ensuite passifs, attendant que la bateau allié viennent les chercher, ou pas, on en saura rien
Supfiction wrote: … que le temps des hommes d’honneur est passé et que leurs adversaires sont des ennemis qui veulent les anéantir. La fin de Lifeboat montre que les passagers n’ont toujours pas tout a fait compris la leçon.

C’est donc bel et bien un film de guerre mais beaucoup plus subtil que la plupart des films de propagande habituels.
Je rapproche ces deux passages puisqu'ils se complètent.

D'une certaine manière, si, les rescapés finissent par employer les moyens barbares de l'adversaire … mais contrairement aux dits adversaires, eux qui n'ont pas eu la chance d'être remontés comme des coucous par un guide déterminé, sont perdus et encore plus démunis quand leur ersatz de fuhrer n'est plus là pour mener la barque.
C'est effectivement pour le moins subtil … mais certains critiques de l'époque avaient même écrit : plus qu'ambigu

Attention, quand je parle de chance, c'est du second degré. Je ne rêve pas du tout d'un Eric Zemmour ministre de la propagande
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 90486
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Jeremy Fox »

Il n'est jamais trop tard et je reculais sans cesse la (re)découverte des Hitchcock anglais que je n'avais vu (ou pas pour certains) qu'à l'adolescence et au sein des hideuses VF. Je n'avais donc pas à me faire de soucis et ces oeuvres mineures que sont Agent secret (Sabotage) et le délicieux Quatre de l'espionnage (Secret Agent) - avec une Madeleine Carroll plus que charmante - sont là pour m'inciter à poursuivre sur ma lancée et à me confirmer que le génie du cinéaste était déjà présent dès sa première période. Rick les a tous deux remarquablement mis en avant sur le site et j'en pense exactement la même chose. 8)
User avatar
Rick Blaine
Charles Foster Kane
Posts: 20206
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Rick Blaine »

8)

Dès cette période anglaise, Hitchcock a déjà le sens du récit qui caractérise son cinéma. Les productions seront plus riches, plus prestigieuses, plus amples, mais le talent du cinéaste pour moi est déjà là.
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 90486
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote: 28 Sep 20, 09:48 8)

Dès cette période anglaise, Hitchcock a déjà le sens du récit qui caractérise son cinéma. Les productions seront plus riches, plus prestigieuses, plus amples, mais le talent du cinéaste pour moi est déjà là.
Et puis ces deux films possèdent un rythme trépidant et les dialogues screwball de Secret Agent sont savoureux.
User avatar
Farnaby
Doublure lumière
Posts: 516
Joined: 5 Aug 17, 22:14

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Farnaby »

Jeremy Fox wrote: 28 Sep 20, 10:19
Rick Blaine wrote: 28 Sep 20, 09:48 8)

Dès cette période anglaise, Hitchcock a déjà le sens du récit qui caractérise son cinéma. Les productions seront plus riches, plus prestigieuses, plus amples, mais le talent du cinéaste pour moi est déjà là.
Et puis ces deux films possèdent un rythme trépidant et les dialogues screwball de Secret Agent sont savoureux.
C'est précisément ce qui me tient à distance de la période anglaise (d'après les trois films que j'ai vus : Sabotage, Young and Innocent et The Lady) : ce petit ton de comédie forcé, faussement léger, ces dialogues spirituels, ce jeu du chat et de la souris, cette vitesse artificielle... toute cette écume... le maître a su s'en débarrasser pour faire surgir le Cinéma. En l'état de ma connaissance de la partie anglaise (très minime, certes), je vois un écart immense, pour ne pas dire une fracture, entre sa production européenne et sa production américaine. Je vais poursuivre mon exploration des premiers films, au fur et à mesure des parutions de BR, et je changerai peut-être de sentiment, mais il me semble qu'Hitchcock n'est vraiment pas de la race de ces génies pour lesquels, dès le début, pratiquement, tout est déjà là.
User avatar
Rick Blaine
Charles Foster Kane
Posts: 20206
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Rick Blaine »

Farnaby wrote: 28 Sep 20, 11:57 mais il me semble qu'Hitchcock n'est vraiment pas de la race de ces génies pour lesquels, dès le début, pratiquement, tout est déjà là.
Pourtant pour ma part, il me semble que c'est peut-être le cinéaste pour lequel c'est le plus vrai.