Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Jeremy Fox »

allen john wrote:City girl (Friedrich Wilhelm Murnau, 1929)



Soyons clair: le seul gros défaut de ce film, c'est sans doute de ne pas être Sunrise. On a tendance à le mettre de coté, et pour commencer le statut un peu particulier de film accompli aux trois-quarts par Murnau tend à faciliter l'oubli. C'est injuste, d'une part parce que le réalisateur est parti de son plein gré, et aurait très bien pu rester en place et finir le film lui-même, ensuite, parce que le résultat final est tout sauf indigne de Murnau. City Girl, fait avec passion, bien terminé par d'autres qui n'en ont pas vraiment trahi la vision, est une pierre blanche de plus dans la belle oeuvre essentielle de F. W. Murnau.
Entièrement d'accord ! Et quelle restauration !!!

Si je suis passé à côté de quelques grands classiques du muet dernièrement (y compris Nosferatu) , ce Murnau ci m'a enchanté.
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Ann Harding
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Ann Harding »

On peut maintenant voir en ligne sur Europa Film Treasures, le fragment retrouvé de Marizza genannt die Schmugglermadonna (1922) un des premiers films de Murnau:
http://www.europafilmtreasures.fr/PY/52 ... trebandier
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Demi-Lune
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Demi-Lune »

Le dernier des hommes (1924)

Pour l'instant le meilleur Murnau que j'aie vu avec Faust. Il mérite d'être plus connu que ça. L'histoire est des plus simples (un vieux portier d'hôtel se fait rétrograder à la corvée de chiottes et vit dans le chagrin de sa place sociale perdue, au point de mentir à son entourage) mais il s'en dégage une vraie force émotionnelle portée par les innovations formelles du réalisateur (gros travail sur la dynamique de la caméra) et des scènes à la simplicité désarmante. Emil Jannings n'a pas besoin d'en faire des tonnes pour être émouvant : un seul plan sur son visage a force de discours. La résolution heureuse confirme la dimension de fable du film. En somme, un drame humain fort, entretenant toujours de vifs échos avec le monde dans lequel nous vivons (être bon pour la casse sur le marché du travail dès qu'on a passé 50 ans, comment gérer psychologiquement cette mise au ban, etc), et un film stimulant qui, au risque d'être iconoclaste, me paraît plus équilibré et finalement puissant qu'une Aurore certes techniquement irréprochable mais à la mièvrerie assez envahissante à mon goût. :oops: Allez-y, balancez vos tomates
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Jack Griffin
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Jack Griffin »

Demi-Lune wrote:Le dernier des hommes (1924)

Pour l'instant le meilleur Murnau que j'aie vu avec Faust. Il mérite d'être plus connu que ça.
Bah il est très très connu..ou alors je vis sur une autre planète.
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Demi-Lune
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Demi-Lune »

Jack Griffin wrote:
Demi-Lune wrote:Le dernier des hommes (1924)

Pour l'instant le meilleur Murnau que j'aie vu avec Faust. Il mérite d'être plus connu que ça.
Bah il est très très connu..ou alors je vis sur une autre planète.
Mouaif, je n'avais pas l'impression que ce soit le titre qui vienne tout de suite quand on évoque Murnau.
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Watkinssien
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Watkinssien »

Demi-Lune wrote:Le dernier des hommes (1924)

un film stimulant qui, au risque d'être iconoclaste, me paraît plus équilibré et finalement puissant qu'une Aurore certes techniquement irréprochable mais à la mièvrerie assez envahissante à mon goût. :oops: Allez-y, balancez vos tomates
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homerwell
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by homerwell »

Demi-Lune wrote:Le dernier des hommes (1924)
au risque d'être iconoclaste, me paraît plus équilibré et finalement puissant qu'une Aurore certes techniquement irréprochable mais à la mièvrerie assez envahissante à mon goût. :oops: Allez-y, balancez vos tomates
Quel cynisme pour décrire une histoire d'amour passionnelle assortie de tentatives de meurtre et d'un naufrage !
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Demi-Lune
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Demi-Lune »

homerwell wrote:
Demi-Lune wrote:Le dernier des hommes (1924)
au risque d'être iconoclaste, me paraît plus équilibré et finalement puissant qu'une Aurore certes techniquement irréprochable mais à la mièvrerie assez envahissante à mon goût. :oops: Allez-y, balancez vos tomates
Quel cynisme pour décrire une histoire d'amour passionnelle assortie de tentatives de meurtre et d'un naufrage !
Que Dieu me garde d'être un spectateur cynique. L'idée de puissance absolue de l'amour que développe Murnau dans son film est une belle idée, mais je suis dérangé par la grosseur du trait avec laquelle il la traite, voilà tout. Et je m'en étais d'ailleurs déjà expliqué.
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by homerwell »

Demi-Lune wrote:
homerwell wrote:
Quel cynisme pour décrire une histoire d'amour passionnelle assortie de tentatives de meurtre et d'un naufrage !
Que Dieu me garde d'être un spectateur cynique. L'idée de puissance absolue de l'amour que développe Murnau dans son film est une belle idée, mais je suis dérangé par la grosseur du trait avec laquelle il la traite, voilà tout. Et je m'en étais d'ailleurs déjà expliqué.
A cette époque, tu ne parlais pas de mièvrerie ! Y'a un glissement :mrgreen:
Strum
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Strum »

Demi-Lune wrote:me paraît plus équilibré et finalement puissant qu'une Aurore certes techniquement irréprochable mais à la mièvrerie assez envahissante à mon goût. :oops: Allez-y, balancez vos tomates
C'est drôle que tu dises cela, parce que j'avais trouvé le trait de Murnau pour Le Dernier des Hommes (que j'aime quand même beaucoup) justement plus épais ou plus forcé que dans l'Aurore, un film certes manichéen dans ses oppositions entre la ville et la campagne, la nuit et le jour, la femme tentatrice et la femme pure, mais où la grâce absolue de la mise en scène emporte tout. Un des films (Le dernier des hommes) se veut plus réaliste (il s'agit d'un drame individuel avec un discours social), l'autre (l'Aurore), plus poétique (ou naïf, selon les points de vue). Face au réalisme, je choisis la poésie.
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Demi-Lune
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Demi-Lune »

Strum wrote:
Demi-Lune wrote:me paraît plus équilibré et finalement puissant qu'une Aurore certes techniquement irréprochable mais à la mièvrerie assez envahissante à mon goût. :oops: Allez-y, balancez vos tomates
C'est drôle que tu dises cela, parce que j'avais trouvé le trait de Murnau pour Le Dernier des Hommes (que j'aime quand même beaucoup) justement plus épais ou plus forcé que dans l'Aurore, un film certes manichéen dans ses oppositions entre la ville et la campagne, la nuit et le jour, la femme tentatrice et la femme pure, mais où la grâce absolue de la mise en scène emporte tout. Un des films (Le dernier des hommes) se veut plus réaliste (il s'agit d'un drame individuel avec un discours social), l'autre (l'Aurore), plus poétique (ou naïf, selon les points de vue). Face au réalisme, je choisis la poésie.
Il faut dire que les thèmes développés par Le dernier des hommes me touchent intimement. J'ai été en empathie totale pour ce vieux portier et sa déchéance n'a pas semblé être démesurément chargée de pathos (si ce n'est éventuellement par l'accompagnement musical, mais bon, on n'allait pas non plus avoir des maracas). Le jeu de Jannings est très digne et je n'ai pas trouvé que la mise en scène appuyait tellement sur la corde sensible. Les situations se suffisent à elles-mêmes. Quand la vieille surprend le portier à la porte des toilettes, et que tout le poids de l'humiliation et de l'abattement traverse son visage, ou quand le gardien de nuit vient le trouver et lui poser la main sur l'épaule et le couvrir de son manteau, moi ça me bouleverse. Murnau touche, en quelques champs/contre-champs, de simples petits gestes anodins, l’abîme indescriptible de détresse d'un homme brisé par la honte. Seul.

De fait, je n'ai pas réellement senti de côté "forcé" car le récit reste pour moi cohérent, aussi bien en termes dramatiques que psychologiques (jusqu'à la pirouette finale sur laquelle je vais revenir). C'est le reproche majeur que je formule à l'encontre de L'Aurore qui bifurque sur un angélisme béat alors que quelques minutes plus tôt, le mari a quand même failli zigouiller sa femme. Tel que c'est amené dans le film, j'avoue avoir du mal à souscrire au fait que ce pouvoir transcendantal de l'amour, que dépeint Murnau, puisse effacer la mémoire de Gaynor à ce point. Elle a le pardon facile. Même si L'Aurore se rattache à une fable, ou se veut un poème dédié à la pureté des sentiments, cette facilité scénaristique me gêne car elle tombe comme un cheveu sur la soupe, et ça affecte par conséquent toute mon appréciation de ce qui s'ensuit. C'est comme la fin du Vent où Lilian Gish tombe dans les bras de son mari en lui disant "Ne vois-tu donc pas que je t'aime ?" alors que toute la construction du récit a dit l'inverse. C'est trop facile... ça ne fonctionne pas des masses à mes yeux.

De facilité il pourrait également en être question dans Le dernier des hommes avec sa conclusion improbable, miraculeuse, qui jure justement avec ce qu'on vient de voir, elle aussi. Si Murnau n'avait pas "sauvé" le portier d'une manière ou d'une autre, honnêtement ça aurait été le film le plus déprimant jamais réalisé... Le truc, c'est que Murnau lui-même confesse cette improbabilité avec le carton d'intertitres. "Notre histoire aurait dû réellement s'achever ici. Dans la vraie vie, notre homme abandonné n'aurait plus rien eu à attendre d'autre que la mort. Cependant l'auteur a eu pitié de son héros, et lui a fourni un épilogue improbable". Et là du coup, ce n'est pas le même "problème" qu'avec L'Aurore, car la cohérence interne est explicitement et volontairement brisée : le film s'en réclame même avec fierté. J'imagine que cette fin pourra déranger d'autres spectateurs, comme moi face au changement de ton de L'Aurore. Cependant, je trouve ce carton à la fois terrible et magnifique. Terrible, parce qu'il admet l'irréalisme de cette conclusion, son côté factice. Ce n'est qu'une illusion pour alléger le désespoir. Mais elle est aussi magnifique, à mes yeux, justement parce que le film réfute tout déterminisme et choisit de rattacher le film à une fable, avec une morale de Justice sociale. Il fait le choix de l'humanisme en s'inventant un pouvoir de réécriture. La poésie, elle est bien là, et elle me touche, c'est vrai, beaucoup plus ici.
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Jack Griffin
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Jack Griffin »

Demi-Lune wrote:C'est le reproche majeur que je formule à l'encontre de L'Aurore qui bifurque sur un angélisme béat alors que quelques minutes plus tôt, le mari a quand même failli zigouiller sa femme.
ça nous arrive à tous... :D
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Père Jules
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Père Jules »

Demi-Lune wrote:Il faut dire que les thèmes développés par Le dernier des hommes me touchent intimement (...), le mari a quand même failli zigouiller sa femme.
Mouais...
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Demi-Lune
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Demi-Lune »

Père Jules wrote:
Demi-Lune wrote:Il faut dire que les thèmes développés par Le dernier des hommes me touchent intimement (...), le mari a quand même failli zigouiller sa femme.
Mouais...
:?:
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Re: Friedrich W. Murnau (1888-1931)

Post by Strum »

Demi-Lune wrote:De facilité il pourrait également en être question dans Le dernier des hommes avec sa conclusion improbable, miraculeuse, qui jure justement avec ce qu'on vient de voir, elle aussi. Si Murnau n'avait pas "sauvé" le portier d'une manière ou d'une autre, honnêtement ça aurait été le film le plus déprimant jamais réalisé... Le truc, c'est que Murnau lui-même confesse cette improbabilité avec le carton d'intertitres. "Notre histoire aurait dû réellement s'achever ici. Dans la vraie vie, notre homme abandonné n'aurait plus rien eu à attendre d'autre que la mort. Cependant l'auteur a eu pitié de son héros, et lui a fourni un épilogue improbable". Et là du coup, ce n'est pas le même "problème" qu'avec L'Aurore, car la cohérence interne est explicitement et volontairement brisée : le film s'en réclame même avec fierté. J'imagine que cette fin pourra déranger d'autres spectateurs, comme moi face au changement de ton de L'Aurore. Cependant, je trouve ce carton à la fois terrible et magnifique. Terrible, parce qu'il admet l'irréalisme de cette conclusion, son côté factice. Ce n'est qu'une illusion pour alléger le désespoir. Mais elle est aussi magnifique, à mes yeux, justement parce que le film réfute tout déterminisme et choisit de rattacher le film à une fable, avec une morale de Justice sociale. Il fait le choix de l'humanisme en s'inventant un pouvoir de réécriture. La poésie, elle est bien là, et elle me touche, c'est vrai, beaucoup plus ici.
Je comprends ton point de vue, mais pour ma part, à partir du moment où il y a ce carton rationalisant, qui s'excuse de creer de l'illusion, l'illusion créée jusque là par le récit est brisée et la poésie malmenée. Cette manière de montrer les rouages du récit était à la mode au théâtre dans les années 20, et j'avais eu le même problème avec l'Opéra de quat' sous de Brecht, dont la première eut lieu 4 ans après Le Dernier des hommes, et dont la fin fonctionne selon un procédé similaire à celui du Dernier des hommes. Dans l'Aurore, le jeu de Murnau avec les symboles de la nature et de la nuit, jusque dans l'opposition qu'il dresse entre la campagne et la ville, donnent au récit ce caractère de fable simple sur l'amour, qui permet, les superbes images aidant, de rendre négligeables ce que l'on pourrait éventuellement considérer (et encore) comme des incohérences sur le papier. Si l'on a pu parler de "cinéma pur", c'est justement à propos d'un film comme l'Aurore, caractéristique de ce que le cinéma peut réaliser, en créant un autre monde par les images, pouvant parfois répondre à d'autres critères de cohérence que ceux de la littérature et du théâtre et pouvant sublimer un récit simple. Au-delà même de la beauté du film, il y a une croyance dans le cinéma qui me touche dans l'Aurore.