Frank Borzage (1894-1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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The Eye Of Doom
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by The Eye Of Doom »

Barry Egan wrote: 23 May 21, 13:32 :oops:

:fiou:

:mrgreen:
Je viens de décrypter... :wink:
Il y aurait de quoi faire un chouette coffret. Dommage.
David Locke
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by David Locke »

Barry Egan wrote: 23 May 21, 11:17 History is made at night

Quel film fabuleux ! Ces dialogues ciselés, ce ton qui change sans cesse, ces deux acteurs principaux au charme fou, ce méchant très méchant et crédiblement méchant, ce faire-valoir attachant et ces péripéties invraisemblables mais si fluides ! Je suis un peu moins convaincu par la toute-fin qui aurait mérité quelques minutes de plus, mais rien n'est parfait sinon la perfection de cette œuvre qui soulève le cœur comme s'il était un voilier dirigé vers des eaux plus calmes !
J'ai découvert ce film grâce au Bluray édité par Criterion, et je l'ai trouvé très beau, même s'il ne m'a pas autant transporté que les muets de Borzage avec Charles Farrell, ou ses films réalisés un peu après avec Margaret Sullavan.
Il faut dire que, au départ, le couple Charles Boyer (Paul) - Jean Arthur (Irene) est assez improbable, comme la relation de cette dernière avec son richissime mari propriétaire d'une ligne de paquebots transatlantiques.

Toutefois, Borzage parvient à hisser le film à un niveau spirituel, en s'appuyant sur la vérité des sentiments qui habitent et meuvent les personnages : la jalousie maladive du mari, qui n'a de cesse de se chercher des rivaux, habité qu'il est de son désir exclusif envers sa femme ; l'attachement de Paul qui, touché par la vulnérabilité attendrissante d'Irene, n'imagine plus de vivre sans elle ; l'abandon d'Irene, qui, comprenant avec retard le geste de Paul pour la tirer d'affaire, lui donne sa confiance sans regarder en arrière, grisée par sa liberté retrouvée grâce à ce regard d'homme qui la porte au lieu de la juger.
La mise en scène de la soirée qu'ils passent ensemble est éblouissante : alors que, par bien des aspects, on pourrait être chez Lubitsch ou Wilder, la scène est un miracle de douceur ouatée : du pur Borzage !

Si l'on garde en mémoire que le tournage du film commença alors que seule moitié du scénario avait été rédigée, on comprend mieux pourquoi les péripéties semblent prendre un tour délirant dans la deuxième partie. Mais Borzage garde la note juste jusqu'au bout. Tout semble improvisé, fragile et délicat, comme une histoire d'amour qui évoluerait sous nos yeux, aux prises avec des obstacles de plus en plus infranchissables, à la mesure de la pureté du lien qui unit les amants...

La seule note discordante, à mon avis, est l'ami de Paul, Cesare, joué par Leo Carrillo (qui a vraisemblablement servi de modèle au personnage de Gusteau dans Ratatouille). Etant donnée la place qu'il occupe dans le métrage, il m'a paru manquer un peu de la vérité qui se dégage des 3 autres personnages principaux, restant cantonné à un rôle de contrepoint comique dans le récit, sans réelle épaisseur. Cela dit, il s'acquitte du rôle qu'on lui a assigné avec panache.

Bref, on frôle quand même le chef d'oeuvre. Et je suis persuadé que je reverrai History is made at night dans peu de temps avec autant de plaisir !
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Alexandre Angel
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Alexandre Angel »

Vu il y a longtemps sur la Suisse Romande (TSR) et en VF.
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Barry Egan
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Barry Egan »

Tout à fait d'accord avec toi David Locke, sauf en ce qui concerne le sidekick italien. Il dépasse son rôle de sidekick justement, pour ma part, j'ai été sensible à l'amitié qui marque sa relation avec le héros !
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Profondo Rosso
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Profondo Rosso »

Magnificent Doll (1946)

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Biographie romancée de Dolly Madison, la femme de James Madison, quatrième président des États-Unis.

Magnificent Doll est un des rôles les plus ambitieux de Ginger Rogers après son Oscar obtenu en 1940 pour Kitty Foyle. Elle parvient à y garder cette identité de fille du peuple à laquelle on peut s'identifier, exploité à la fois dans la série de comédies musicales avec Fred Astaire ou Busby Berkeley (42e rue (1933), Chercheuses d'or de 1933 (1933), ou les œuvres sociales tournés pour Gregory La Cava (Pension d'artistes (1937), Primrose Path (1940), La Fille de la Cinquième avenue (1939)), tout en endossant la grandeur d'une figure historique. Le film est en effet le biopic romancé de Dolly Madison, l'épouse du quatrième président des États-Unis James Madison. Elle fut connue pour avoir littéralement créé le rôle de Première dame des États-Unis sous l'administration Jefferson (qui était veuf tandis que James Madison était le secrétaire d'état) mais aussi du fait d'arme qui la vit sauver un portrait de George Washington durant la seconde Guerre d'Indépendance alors que les troupes anglaises approchaient de la Maison Blanche.

Le scénario est écrit par Irving Stone, écrivain célèbre à l'époque pour ses biographies de grandes figures historiques. C'est d'un de ses livres qu'est notamment adapté La Vie passionnée de Vincent van Gogh de Vincente Minnelli (1956) ou L'Extase et l'Agonie de Carol Reed (1965) sur la vie de Michel-Ange. Les portrait de couples politiques américains font également parti de son champ d'intérêt avec notamment des ouvrages sur Andrew et Rachel Jackson, Abraham et Mary Lincoln. A l'origine Magnificent Doll est donc destiné à être le sujet d'un nouveau livre qui demandera quatre ans de documentation à Irving Stone. Il sera cependant convaincu durant un dîner par le producteur Jack H. Skirball d'en faire le script d'un film pour le cinéma. Le film est plutôt fidèle aux évènements et à la période historique qu'il dépeint, mais subit plusieurs modifications dont les vertus romanesques servent avant tout à approfondir et magnifier la personnalité de Dolly Madison (Ginger Rogers). La première partie la montre ainsi à la fois comme une femme contrainte quand elle subira un mariage forcé par son père Quaker, mais également exposée par ce même père à un esprit nourrit de démocratie quand celui-ci abandonnera sa plantation et libèrera ses esclaves. Elle ne peut cependant se résoudre s'épanouir au sein d'un mariage qu'elle n'a pas choisie malgré l'affection de son époux (Stephen McNally). Ginger Rogers est très touchante lorsqu'elle expose à son mari les raisons pour lesquels elle ne pourra jamais l'aimer vraiment, par cette absence d'amour libre et spontané sur lequel repose leur mariage. Toutes les graines de ses engagements futurs s'incarnent dans cette autorité initiale injuste qu'elle aura subit et dont elle ne sera douloureusement libérée que par la mort tragique de son mari.

Le scénario brode autour de la réalité historique qui vit la rencontre entre Dolly et James Madison (Burgess Meredith) se faire par l'entremise du controversé sénateur Aaron Durr (David Niven). Il va alors se nouer un triangle amoureux dont l'issue reposera sur un conflit politique et idéologique dont la pension que tient Dolly sera le théâtre. Beau, fougueux et séduisant, Durr représente tout cet élan romantique qui a tant manqué à Dolly et Frank Borzage filme leurs entrevues dans l'imagerie la plus flamboyante qui soit, capture avec sensualité l'ardeur de leurs baisers - tout en laissant entrevoir l'attrait pour le chaos de Durr lors de la scène de la taverne. Madison est plus discret et gauche, tentant d'éveiller l'intérêt et susciter le rapprochement avec Dolly par les idées. Cela semble inopérant face au charme de Durr mais va au contraire le montrer sous un autre jour à Dolly. Ce dernier a des ambitions de régime autoritaire dans sa volonté de devenir président, ce dont l'éveil intellectuel de Dolly lui rend soudainement limpide sous ses beaux atours. Les échanges avec Madison stimulé par autre chose que l'apparat prennent alors un tour plus profond et authentique que Frank Brozage illustre avec superbement lors de la scène où Madison explique sa vision de la liberté à Dolly. Ginger Rogers est stupéfiante par la vraie étincelle d'amour et de conviction qu'elle fait naître dans son regard. On suit alors le paisible mariage de Madison et Dolly tandis qu'en parallèle les manœuvres douteuses de Durr mettent à mal la démocratie fragile des Etats-Unis.

Tous les évènements sont fidèlement relatés (Durr tentant de forcer la présidence, plus tard cherchant à provoquer une situation de guerre civile, son jugement...) à l'aune de cette dimension à la fois historique et intime. L'intérêt du récit est de montrer le rôle de plus en plus actif de Dolly dont Madison par ses préventions a fait la meilleure défenseuse de ses idées progressistes. Dolly se placera plusieurs fois sur le chemin de Durr, d'abord discrètement en souvenir de leur ancienne affection, puis publiquement lors d'une mémorable scène finale. Durr (David Niven vraiment excellent en illuminé mégalomane), ses inspirations et les bas-instincts qu'il éveille chez ses concitoyens se voient exposés et fustigés par une puissante tirade de Dolly où le charisme de Ginger Rogers fait merveille. Elle convainc par la force de ses mots une foule hostile de la petitesse de Durr et de l'inutilité d'un lynchage public. L'emphase qu'apporte Borzage et la prestation de Ginger Rogers donnent toute leur force à ce portrait captivant et formellement soigné à travers un reconstitution somptueuse.4,5/6