Frank Borzage (1894-1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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allen john
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

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Young America (Frank Borzage, 1932)

Le dernier film à la Fox de Frank Borzage, qui va devenier un réalisateur "freelance" avant de signer un petit contrat à la Warner, fait justement un peu penser aux films qui sortent à la même époque grâce à ce studio: les films "sociaux", de Wellman (Wild Boys of the road) ou Le Roy (I'm a fugitive from a chain gang) étaient sans doute vus et étudiés à la loupe par les autres studios. Mais ce film reste assez typique de la manière de Frank Borzage, avec une tendresse particulière pour les personnages qui n'apparait pas aussi clairement dans les autres films cités.

Borzage prend son temps pour installer un contexte très particulier, avec une scène de jugement routinier à une Juvenile Court présidée par le très débonnaire Ralph Bellamy, qui reçoit une jeune femme (Doris Kenyon) venue faire une sorte de reportage (Pour le club des épouses de la ville), et lui montre le mécanisme de la justice face aux délinquants adolescents. un cas retient l'attention, celui de Artie (Jimmy Conlon): la ville entière lui dit qu'il ne vaut rien, ce qui est faux. Il a juste une trop grande imagination, ce qui va l'amener à de gros ennuis: il veut défendre l'hionneur d'une camarade de classe, Mabel (Dawn O'Day), contre un voyou de l'école, et ça lui vaudra une correction en bonne et due forme. Il veut aider la grand mère (Josephine Hull) de son meilleur ami (Raymond Borzage, le neveu) en lui trouvant un médicament en pleine nuit, mais ça l'oblige à cambrioler une pharmacie. Le couple de pharmaciens (Spencer Tracy et Doris Kenyon) va justement être chargé de le remettre dans le droit chemin...

Le film est construit dsur une pente dramatique, parfois un peu exagérée (Un jeune homme de 10 ans y arrête les deux bandits qui ont commis un cambriolage), mais dont son optimisme et sa foi en l'homme nous prennent facilement par les sentiments. le film est en plus relativement court, et dotés de figures qu'on a déja vues, notamment un ensemble de "bonnes fées", comme dans l'incontournable Cendrillon, qui vont orienter les persnnages dans le bon sens. le juge, pour commencer, dont la bienveillance permet à des jeunes de s'en sortir. Doris Kenyon, qui va permettre au jeune homme de trouver un échappatoire à la délinquance. Mais Art lui-même fait le bien autour de lui, allant jusqu'à s'accuser d'un crime pour faciliter la bonne entante des pharmaciens qui se disputent par rapport à leur interprétation du personnage d'Artie. En prétendant être aussi filou que le spuçonne les pharmacien, il favorise leur réconciliation... Spencer Tracy a un rôle qu'on ne lui donnera plus très souvent, surtout une fois passé à la MGM: il est un antipathique commerçant sur de son bon droit qui prend la justice de haut, et pour lequel une porte est soit ouverte, soit fermée: un délinquant est et restera un délinquant. Le film est l'histoire de son éducation avant tout...

Si on est loin des chefs d'oeuvre de Borzage, ce film tend à démontrer que le réalisateur s'intéresse, sans pour autant retourner systématiquement à sa thématique de l'amour sublime, à des petites gens coincés dans des vies ou il fauit se battre. A man's castle couve déja, on y viendra bien vite...

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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by allen john »

A farewell to arms (Frank Borzage, 1932)

Hemingway reprochait à ce film adapté d'un roman qui lui tenait à coeur de s'éloigner de la réalité de la guerre, de ne pas s'y attarder. C'est sans doute vrai, on sait que Borzage n'aimait pas représenter la guerre, même s'il l'avait fait à plusieurs reprises, un peu (Humoresque, Lazybones, Seventh heaven, Lucky star), mais jamais en faisant de cette sacrée "grande guerre" le principal cadre d'un film. Avec celui-ci, c'est chose faite; mais le peintre de la marge qu'était Borzage a bien sur concentré ses efforts sur les personnages, soldats de l'arrière, infirmières, médecins... qui sont dans les coulisses du conflit. celui-ci est à la fois omniprésent (Raids aériens, batailles dont on voit passer les blessés...) et constamment en retrait. de plus, Borzage, qui a tourné an californie un film sensé se passer dans les Alpes Italiennes, s'est ingénié à tricher en permanence en représentant le conflit sous un angle symbolique, cette tendance culminant dans un montage muet admirable qui cède parfois à la tentation de s'inspirer des cadrages expressionnistes, et qui renvoie au souffle visuel admirable de ses grandes oeuvres de la fin du muet. Bref: Frank Borzage, sollicité par Paramount pour réaliser ce film de prestige, n'a pas fait les choses à moitié, et s'est entièrement approprié l'hhitoire, la situation et les personnages, et c'est tant mieux. Ce faisant, il retrouve son style et sa maitrise de 1927-1929, et du même coup réalise un film essentiel, charnière, qui inaugure de la plus belle façon une nouvelle période d'indépendance de sa carrière, après le contrat Fox qui vient de se terminer...

Frederic Henry, un jeune étudiant architecte Américain engagé au coté des Italiens, et dont la fonction est de conduire une ambulance, fréquente beaucoup les bordels de l'arrière, voire les infirmières en compagnie de son copain le Major Rinaldi. Par le biais de celui-ci, il fait la connaissance de Catherine Barkley, une jeune infirmière Anglaise. Ils tombent amoureux, mais la hiérarchie militaire, méfiante à l'égard des idylles, les supérieures de l'infirmière, garantes de la morale, le major Rinaldi, qui n'a pas compris le sérieux de l'histoire d'amour, et finalement la guerre, vont s'acharner à les séparer...

Gary Cooper interprète le lieutenant, passant sans douleur de l'affreux séducteur sur de lui à un homme amoureux fou, qui va fuir ses responsabilités jusqu'à la désertion pour vivre son amour; face à lui, Helen Hayes se jette à corps perdu dans le drame. On sait à quel point Borzage avait besoin de croire en ce qu'il filmait, en jusqu'au-boutiste du mélodrame; nous en avons la démonstration, et l'actrice l'a suivi sur ce terrain. Enfin, troisième larron, qui joue un peu malgré lui les trouble-fêtes, le major Rinaldi est interprété par Adolphe Menjou. Hostile à l'aventure au départ, Rinaldi va se racheter au moment ou il découvriré la sincérité de l'amour des deux héros. Il est un peu la bonne fée tardive de ce film, permettant une ultime rencontre entre son ami et Catherine, au moment ou celle-ci meurt après avoir eu un enfant mort-né... Mais le film a d'autres références à Cendrillon, à commencer par cette rencontre inopinée, durant un raid aérien, entre un Gary Cooper saoul et armé de la chaussure d'une prostuituée, et Helen Hayes pieds nus, et en chemise de nuit...

Le changement de Frederic a lieu lors de la deuxième rencontre entre les deux héros. Ils se courtisent dans un premier temps dans les rêgles de l'art (Il souhait l'embrasser, elle refuse, puis après quelques mniutes, lui demande de la faire), avant que le jeune homme ne brûle les étapes: il est clairement venu pour passer du bon temps, et la force; elle n'avait pas l'intention de coucher avec lui, mais elle l'aime déja. La suite de la scène est sans ambiguités: il s'en veut de l'avoir brusquée, elle est sonnée, mais accepte son sort, car elle sait qu'ils sont désormais liés. De fait, si plus tard elle le soupçonne effectivement de vouloir la laisser de côté, lui revient blessé, dans une scène prise en caméra subjective (de la même façon que Dreyer filme de l'intérieur d'un cercueil la même année les rêveries de David -ou Allan- Gray dans Vampyr.), et il fixe le plafond décoré de peintures religieuses pendant la scène, jusqu'au moment ou Helen Hayes vient le voir, et l'embrasse. Cette séquence superbe et déroutante est le point de départ des retrouvailles du couple, qui va ensuite se marier comme on le fait dans les films de Frank Borzage: en contrebande. Un prêtre est venu visiter Frederic, en convalescence, et Catherine est là. Sans le leur demander, il prie, selon le rite de mariage Catholique, et les unit. Au fur et à mesure de la "cérémonie", frederic désolé des circonstances rappelle à catherine tout ce qui leur manque pour faire un vrai mariage, mais elle balaie toutes ses remarques: elle est heureuse.

Le sacrifice, c'est Catherine qui le fait; elle est enceinte, le sait, mais même après leur cérémonie symbolique de mariage, elle ne peut le lui annoncer, car elle ne veut pas qu'il se sente forcé par elle à rester avec elle. Elle l'assure en permanence qu'il n'est pas tenu de lui être fidèle tant qu'il n'en raconte rien, et il ne découvrira la vérité que trop tard: les circonstances les ont séparées, et Catherine est à l'hopital pour y mourir... La dernière scène est connue, mais il est essentiel d'y passer, tant elle est cruciale autant pour le film que par rapport à l'oeuvre de Frank Borzage: Avec Frederic à son chevet qui vient enfin de la retrouver après une longue séparation, Catherine va mourir, c'est une évidence. elle le sent bien, et y fait même allusion, demandant à frederic s'il l'aimera encore après sa mort. Elle panique soudain, a peur de mourir, et c'est désormais lui qui la rassure, la prend dans ses bras. Elle meurt après s'être calmée. Au dehors, les cloches sonnent, c'est l'armistice. Frederic prend le corps sans vie de Catherine dans ses bras, et la sort du lit, sa chemise de nuit comme une longue traine blanche. de dos, il s'adresse au ciel une dernière fois: "Peace"... (ou "please?", je ne sais pas!) De Seventh Heaven et son miracle, on est passé à une vision pessimiste qui anticipe sur les fins admirables de deux futurs films, Three comrades et The mortal storm, un constat amer sur la sacrifice de la guerre, cette saleté. Les cloches de la paix, joie futile pour les amoureux désormais séparés par la vie et la mort, prennent une autre signification: ils sont, malgré tout, mariés pour l'éternité.

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Roy Neary
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Roy Neary »

Aujourd'hui DVDClassk inaugure ses tests de la nouvelle collection Les Trésors Warner (disponible à la vente sur le site de la major). :D
On commence avec la chronique du bouleversant The Mortal Storm de Borzage, une analyse signée par notre "borzagien" de la rédac' !

:arrow: The Mortal Storm
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Jeremy Fox
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Jeremy Fox »

Bouleversant, le mot est lâché ! D'ailleurs, quant il s'agit de départager ce film et Three Comrades au sein de la filmographie de Borzage (dont les films muets ne me touchent pas autant que la plupart ici, à mon grand regret), mon cœur balance sans arrêt. Bel hommage à ce superbe film et malgré le test technique mitigé, les captures donnent néanmoins sacrément envie. :D
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Julien Léonard »

Eh bien j'ai bien fait de l'acheter ! :mrgreen:

Du coup, je vais le regarder d'ici peu.
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someone1600
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by someone1600 »

Jeremy Fox wrote:Bouleversant, le mot est lâché ! D'ailleurs, quant il s'agit de départager ce film et Three Comrades au sein de la filmographie de Borzage (dont les films muets ne me touchent pas autant que la plupart ici, à mon grand regret), mon cœur balance sans arrêt. Bel hommage à ce superbe film et malgré le test technique mitigé, les captures donnent néanmoins sacrément envie. :D
Bien d'accord, ces deux films sont bouleversant. Deux chef d'oeuvres pour ma part... les deux seuls Borzage que j'ai vu par contre. :wink:
allen john
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by allen john »

allen john wrote:Secrets (Frank Borzage, 1924)

Norma Talmadge était la grande tragédienne de l'écran, dont il faut sans doute rappeler qu'à lépoque du muet, sa popularité la hissait juste derrière Mary pickford - dans un genre bien différent. c'ets lors d'un contrat de quatre films avec la First National que Borzage a été amené à travailler avec la grande actrice pour deux films, celui-ci et The lady (1925). Secrets étonne aujourd'hui, d'une part par la finesse du jeu de Norma talmadge, dont on se demande pourquoi on ne nous montre pas tous les films séance tenante. Ensuite, la construction en flashbacks et le jeu de point de vue, entièrement soumis aux souvenirs d'une femme, sont très impressionants, permettant au film d'échapper à la convention mélodramatique. Enfin, le film est une histoire d'amour qui transcende tout sur son passage, et ça, on le verra bientôt, c'est le terrain de jeu privilégié de notre metteur en scène...

Mary Carlton, une vieille dame, se désespère: son mari va mourir. elle se confie à son journal intime et entame un voyage dans ses souvenirs: lorsque John l'avait enlevée en Angleterre parce que son père ne voulait pas de ce prétendant sans fortune, puis leur fuite vers les Etats-Unis; comment John avait tenu tête à des bandits alors que leur fils unique se mourait; le soutien inattendu des parents lors d'une crise conjugale, suivie d'une réconsiliation; puis John se réveille, et Mary aussi...

Norma Talmadge ne se contente pas de jouer avec le maquillage et les années, elle incarne cette histoire d'amour d'une grande subtilté, et on est captivé par son charme et son charisme. De plus, Frances Marion scénariste et Borzage ont mis tous deux la barre très haut, multipliant les ruprtures de ton: l'enlèvement est une comédie presque boulevardière, relevée d'un érotisme qui reviendra, lorsque John aide mary un peu gênée à se changer: cette promiscuité inattendue est la marque des amours Borzagiennes... Après la comédie, la quasi-western de la seconde partie, avec un John qui bataille ferme contre les assaillants extérieurs, alors que Mary se rend compte de la mort de leur enfant, mais la cache afin de ne pas gâcher les chances de John de vaincre les bandits: à l'issue de la confrintation, son mati devient ainsi un héros local, grâce à ce sacrifice. c'ets enfin à ele que revient le choix de continuer ou de repousser son mari qui a fauté. Là encore, elle prend la bonne décision. Tout porte à croire que la survie de John, l'homme tant aimé dans ce beau film, est entièrement conditionnée à la volonté de cette femme extraordinaire...

Première incursion à ma connaissance dans l'amour absolu pour Borzage, le film porte sa part de miracle, de beauté, de cet étrange lien sacré entre les êtres. Il est porté par une actrice exceptionnelle, et il sera l'objet d'un remake parlant en 1933, avec Mary Pickford... On verra ça plus tard.
Et ça y est, on a vu:

Secrets, 1933

Avec le remake réalisé par Borzage (Qui rejoint ici une confrérie d'auteurs qui ont été amenés à refaire eux-même leurs films, ce qui fait de lui un égal d'Hitchcock, Hawks, DeMille, Walsh, Duvivier et gance), c'est Mary Pickford qui incarne l'héroïne. L'histoire est désormais totalement linéaire, le film commençant avec le flirt, puis la fuite des deux amants. Ensuite, le passage des ans permet de visiter quelques unes des étapes de leur périple, et Leslie Howard comme Pickford sont vraiment à la hauteur... Mais on regrette le sens du sacré si présent sur la première version. Le choix du flash-back permet à la version de 1924 de constamment pouvoir faire ressentir la gravité de l'enjeu, et à la fin de toucher au miracle, alors que cette nouvelle version joue sur la légèreté, et l'humour. Seule concession au mélodrame absolu, la scène de la mort de l'enfant repose entièrement sur le don pour la pantomime de Mary Pickford, et c'est une grande réussite. Le reste tient plus de la comédie sentimentale, jouant ça et là sur les mêmes émotions que les scènes de la version de 1924 (On retrouve en particulier cette scène de promiscuité durant laquelle leslie Howard déshabille littéralement Mary Pickford).

Ce film est un remake qui ne s'imposait pas, certes, mais au moins on apprécie de retrouver Mary Pickford dans un film à la hauteur de son talent, et pour Borzage cette commande bien assumée lui permet de continuer à imposer sa marque, avant de réaliser l'un de ses plus beaux films à la Columbia...

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Best
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

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Julien Léonard wrote:Eh bien j'ai bien fait de l'acheter ! :mrgreen:

Du coup, je vais le regarder d'ici peu.
Je mets ma pièce que tu va adorer :D
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feb
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

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Mannequin - Frank Borzage (1937)
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Jessie Cassidy (Joan Crawford), ouvrière d'usine, entretient ses parents et son frère dans un petit appartement de Hester Street. Un soir, elle demande à son amoureux, Eddie, de l'épouser car elle ne supporte plus cette vie. Lors du banquet de mariage, John Hennessey (Spencer Tracy) armateur originaire du même quartier, offre du champagne aux deux amoureux et se voit proposer une danse avec la jeune femme dont il tombe amoureux. Devenue danseuse de revue, à la demande de son mari qui ne peut subvenir au besoin du couple et qui dilapide l'argent de sa compagne, Jessie assiste à une soirée donnée par Hennessey dont elle repousse les avances. Lorsque son mari est emprisonné pour des paris clandestins, elle se tourne vers Hennessey pour l'aider à payer sa caution. Eddie, à peine sorti de prison, ne trouve rien de mieux que de proposer un marché à sa femme : elle épouse le riche armateur pour récupérer la pension 6 mois plus tard en divorçant. Écœurée par de tels propos, Jessie le quitte....

Joan Crawford retrouve dans ce film un rôle qui lui colle particulièrement à la peau et dans lequel l'actrice se débrouille particulièrement bien : la jeune femme au bas de l'échelle sociale qui doit subvenir aux besoins d'un entourage, aveuglée par l'amour qu'elle porte pour un homme qui profite d'elle et qui rêve d'un monde meilleur. On retrouve dans Mannequin des similitudes avec Sadie McKee de Clarence Brown : Joan Crawford incarne cette femme téméraire et débrouillarde amoureuse d'un homme (escroc dans Mannequin et lache dans Sadie McKee) qui finit dans les bras d'un homme riche mais qui sait lui apporter le bonheur dont elle rêve, et ce, de manière simple (Spencer Tracy dans Mannequin, Franchot Tone dans Sadie McKee).

Frank Borzage propose avec Mannequin un film "modeste" :
- modeste dans son histoire : même si elle peut paraitre un peu trop simple dans son déroulement, Borzage nous offre une fois de plus une belle histoire où il mélange l'amour à la dure réalité et rend touchant ce qui aurait pu être ridicule.

- modeste dans sa mise en scène, très sobre, mais modulée par des passages où le réalisateur nous offre une caméra mobile et une photo subtile...
...cette caméra qui suit Crawford dans les escaliers lorsqu'elle rejoint sa petite vie,
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...ou lorsque, stoppée par une panne de courant, elle redescend, tel un signe, vers son futur mari,
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...ces plans sur le visage de l'actrice toujours parfaitement placés.
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- modeste dans l'interprétation de ses 2 acteurs : Joan Crawford, même habillée par Adrian, reste crédible en jeune ouvrière et n'est jamais aussi parfaite que lorsqu'elle enfile le costume de la femme qui a gravi les échelons. Spencer Tracy est lui simplement parfait et forme avec Joan Crawford un très beau couple. Borzage fait de ces scènes où apparaissent les 2 acteurs des scènes particulièrement simples et émouvantes, Spencer Tracy arrivant à chaque fois à faire ressentir et ressortir l'amour qu'il porte à la jeune femme...quel superbe acteur.
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Mannequin ne fait pas partie des plus grands films de Borzage mais le film est porté par une très belle Joan Crawford et par un Spencer Tracy incroyable de facilité, d'émotion. Borzage utilise parfaitement ses 2 acteurs dans une histoire d'amour simple, à laquelle il apporte juste ce qu'il faut d'émotion.

Enfin pour le plaisir, que serait un film MGM avec Joan Crawford sans son festival Adrian :mrgreen:

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ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Jeremy Fox
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Jeremy Fox »

feb wrote:Mannequin - Frank Borzage (1937)


Mannequin ne fait pas partie des plus grands films de Borzage mais le film est porté par une très belle Joan Crawford et par un Spencer Tracy incroyable de facilité, d'émotion. Borzage utilise parfaitement ses 2 acteurs dans une histoire d'amour simple, à laquelle il apporte juste ce qu'il faut d'émotion.
Il ne fait surement pas partie des meilleurs mais j'en garde en tout cas un excellent souvenir, de l'époque où je commençais à découvrir Spencer Tracy avec ravissement.
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feb
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by feb »

Jeremy Fox wrote:Il ne fait surement pas partie des meilleurs mais j'en garde en tout cas un excellent souvenir, de l'époque où je commençais à découvrir Spencer Tracy avec ravissement.
Spencer Tracy est vraiment un très bon acteur et il le démontre encore ici :wink:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Flavia »

Trois Camarades (Three Comrades) - Frank Borzage - 1938

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Trois vétérans de la guerre : Erich Lohkamp (Robert Taylor), Otto Koster (Franchot Tone) et Gottfried Lenz (Robert Young) rentrent dans Berlin ruinée et prête à succomber aux sirènes du nazisme. Tentant de survivre, ils rencontrent Patricia Hollmann (Margaret Sullavan) jeune femme belle et mystérieuse, et son protecteur, le riche parvenu Breuer (Lionel Atwill).

Ce film triste, sombre et pourtant d’un grand optimisme nous démontre que l’amitié, l’amour et la foi nous permettent de continuer malgré tout. L’Allemagne de l’entre-deux guerres est omniprésente, la montée du nazisme se fait sentir, lors de scènes de lynchage.

Les acteurs sont parfaits, en tête Robert Taylor drôle et touchant, sa partenaire Margaret Sullavan filmée magnifiquement incarne la douceur et la bonté, sans oublier Robert Young et Franchot Tone en amis loyaux et dévoués.

Mélodrame superbe teinté de romantisme, de chaleur humaine, remarquable et mélancolique. Très bonne surprise, je n'en attendais pas moins de Borzage.

Film produit par J. L. Mankiewicz.
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Rick Blaine »

7th Heaven (L'Heure Suprême -1927)

Relative déception pour moi après la découverte de ce film. J'attendais un grand chef d’œuvre de l'histoire d'amour, et d'une certaine manière je l'ai vu. 7th Heaven est une ode à l'amour, au désir, à la sensualité, incarnée par deux acteurs parfaits dans des scènes souvent mémorables: j'ai beaucoup aimé notamment la première soirée dans la chambre, le moment ou Diane surmonte sa peur pour traverser la passerelle, la demande en mariage... Le tout est habilement allégé par des scènes de comédies souvent réussi (même si Borzage aurait pu nous épargner le gag du tuyau d'arrosage, dont je me demande s'il a été drôle un jour) et illustré par de merveilleuses images (les toits de Paris, les plans dans l'escalier, ...)
Le problème pour moi dans tout ça, c'est que dès que j'étais pris par une certaine émotion, le bon dieu venait frapper à la porte. Chico et Diane se rencontre c'est grâce à Dieu, ils s'aiment grâce à Dieu, tout procède de Dieu et presque rien des hommes. Il fait même revivre Chico en le laissant aveugle ce qui semble être pour lui une bénédiction (alors que l'on vient de voir les horreurs de la guerre quelques minutes avant, partie du film très réussie d'ailleurs, qui pourrait faire douter le plus croyant de la bonté de Dieu).
Entendons-nous bien, je n'ai rien contre les allusions religieuses dans les films. Je suis parfaitement athée, mais elle ne me font généralement ni chaud ni froid et c'est heureux car il faudrait sinon que je jette à la benne l'essentiel de la production hollywoodienne dont je suis si friand. Le problème ici, c'est que c'est fait avec beaucoup d'insistance, de lourdeur, et que cela à cassé pour moi l'émotion qui devait émaner de l'histoire. Pour me mener parfois même à un certain agacement... Et l'agacement dans un film est mon pire ennemi avec l'ennui qui est heureusement totalement absent ici.
Magnifique visuellement, et truffé de scènes superbes, j'aurais aimé voir en 7th Heaven un joyaux du septième art, mais son propos ne me convient malheureusement pas. J'avais déjà été gêné par le mysticisme de Strange Cargo, je me retrouve ici devant le même genre de souci (j'ai par contre beaucoup aimé Désir, mais c'est plus du Lubitsch que du Borzage) et je commence à avoir un peu peur de ne pas accrocher à ce cinéaste, auquel je vois pourtant de grandes qualités formelle. Déçu d'avoir ainsi perçu un film qui était si près de me plaire et qui offre tant de scènes que j'ai trouvé magnifiques.
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Jeremy Fox »

Même impression et même relative déception le mois dernier ; je n'avais déjà pas accroché pour les mêmes raisons multipliées par 10 à la version de Henry King (que j'avais trouvé insupportable). J'ai aimé le Borzage mais pas autant (loin de là) que je l'aurais souhaité. Mais, j'aime beaucoup Desire aussi et tu devrais quand même adorer à mon avis The Mortal Storm et 3 camarades :wink:
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Rick Blaine »

J'ai The Mortal Storm en stock. Je pense que je vais aller dans cette direction avant de me tourner vers ses autres films de la fin des années 20. Et je vais me procurer 3 Camarades. J'espère que ça va me réconcilier avec Borzage!