Les Westerns 2ème partie

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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kiemavel
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Stagecoach to Dancers' Rock - Earl Bellamy

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Stagecoach to Dancers' Rock Produit et réalisé par Earl Bellamy. Maison de production : Gray-Mac Productions. Distribution : Universal. Scénario de Keneth Darling. Directeur de la photographie : Eddie Fitzgerald. Musique : Franz Steininger
avec Warren Stevens (Jess Dollard), Martin Landau (Dade Coleman), Jody Lawrance (Ann Thompson), Don Wilbanks (Le Major Southern), Dell Moore (Hiram Best), Judy Dan (Loy Yan Wu)

Après un bref arrêt à Tombstone, une diligence reprend sa route vers Fort Yuma avec à son bord 5 passagers, 2 femmes et 3 hommes aux profils très hétéroclites. A l’arrêt suivant, monte à bord un cow-boy silencieux et taciturne qui est en fait un hors-la-loi dont le complice doit intercepter la diligence un peu plus loin. Mais en cours de route, une des deux passagères, une jeune femme d'origine chinoise, tombe malade et bientôt des boutons apparaissent sur son visage. Malgré les propos rassurant de l'autre femme, un futur médecin, une partie du groupe soupçonne la fille d'avoir la variole. C'est cette menace de la maladie qui fait hésiter le complice du voleur voyageant incognito et qui ne se démasque pas durant la tentative de vol de son ami, laquelle se termine en fiasco. Bientôt, profitant d'une nouvelle pose, le conducteur et le garde de la compagnie de diligence redémarrent par surprise, abandonnant les passagers au milieu du désert à l'exception de celui qui sommeillait à l'intérieur...
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Le scénario de cette toute petite production tournée en 7 jours avait déjà bien servi en 1962, et pourtant, même dans la première partie, le scénariste avait réussi à innover un peu à partir d'une trame générale éculée. Et pourtant, on a déjà vu :

La diligence transportant des passagers aux profils prémédités afin de favoriser les attirances et les oppositions. Puis le fait qu'ils soient ensuite livrés à eux mêmes dans un milieu inhospitalier …
… cet environnement hostile, lui même, avec des périls de différentes natures :
D'abord les Apaches, dont la diligence s’apprête à traverser le territoire et dont on entend beaucoup parler dès le démarrage à Tombstone. Par la suite, on voit bien les dégâts qu'ils peuvent causer (au cours de leur errance piétonne dans le désert, les rescapés tombent sur la diligence des fuyards qui ont été massacrés) et on va voir leurs signaux de fumée, les traces de leur passage … mais au final, on ne les verra jamais à l'écran.

Ensuite, de manière moins habituelle, en raison du rôle joué par le personnel de la compagnie de diligence, deux abrutis racistes et bien lourdingues (le conducteur se promet de se faire la blonde avant la fin du parcours … et il est d'une séquence superbement dialoguée quand, en présence de l’apprentie médecin, lui et celui qu'il prend à juste titre pour son rival, tentent de confronter leur techniques de séduction, le lourdaud et le "raffiné " étaient chacun à leur tour finalement ironiquement repoussés)

Puis, à partir de l'abandon au milieu du désert, le plus attendu chemin de croix : la soif, la faim, la tempête de sable, l'épuisement ... La solidarité des uns, l’égoïsme et l'individualisme d'un autre ; la lutte pour la survie quoi et peut-être même la folie induite … Là, rien de neuf … s'il n'y avait à partir de là, l'interprétation exceptionnelle de Martin Landau, j'y reviendrai.

Et enfin celui représenté par le pistolero et son complice … Une fausse piste, en quelque sorte, puisque le rusé scénariste sut fort bien tirer parti de ce personnage surprenant - très bien campé par Warren Stevens – dont l'attitude va croiser celle de l' ironique joueur professionnel (joué par un sensationnel Martin Landau. Oui, je « redonde ») qui est pourtant, malgré sa complexité et ses sourires déjà inquiétants, d'abord plutôt un personnage positif.
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Présentation sommaire des personnages très (trop ?) typés :
Loi Yan Wu : une jeune femme d'origine chinoise, bibliothécaire à San Francisco
Ann Thompson : féru de médecine mais qui est seulement en passe d'intégrer l'Université de San Francisco afin d'y commencer ses études.
Hiram Best : un agent des affaires indiennes râleur, raciste et sexiste
John Southern : un major de la cavalerie qui est en route pour sa première affectation dans l'ouest, à Fort Laramie
Dade Coleman : un joueur tout juste libéré de la prison de Tombstone après y avoir séjourné pour avoir été pris en train de tricher
et donc, au premier arrêt, vient se joindre aux passagers, le hors-la-loi Jess Dollard, le bandit complexe et scrupuleux.
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Alors que souvent, lorsque deux femmes sont en présence en pareille situation, elles sont en opposition. A la lecture de ces courts portraits, on comprendra qu'ici ce n’est pas le cas : une malade … et une apprentie médecin, elles sont faites pour se rapprocher … pas trop quand même car c’est contagieux (et la distanciation sociale, bord...) mais il y a du mère Teresa en puissance chez la belle blonde et elle ne lâche pas sa malade aux yeux bridés … laquelle a donc deux « bonnes » raisons d'être détestée par une partie de l'équipage et des passagers : ses origines et sa tête non conforme … puis sa maladie contagieuse dont les confiants disent que c’est la scarlatine ; les méfiants et les hystériques croyant y voir les signes de la Smallpox (la variole)
Je ne rentre pas dans les détails mais le scénariste n'exploite pas tout le potentiel de cette situation et de ces personnages dont l’opposition reste assez schématique ou parfois trop artificiellement spectaculaire en raison de l'interprétation trop voyante de l'acteur jouant le plus raciste et sexiste des personnages, évidemment l'agent des affaires indiennes ... mais c'est aussi probablement que Bellamy savait qu'il avait une seconde partie très forte.
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Elle démarre avec la longue marche à travers le désert où rien de révolutionnaire ne se passe mais c’est un passage où Bellamy ou ses assistants avaient bien repéré les lieux de tournage et où le chef opérateur avait particulièrement soigné ses cadres car cette traversée du désert, si elle est sans surprise, est visuellement superbe.
Épuisés par la longue marche à travers le désert, les rescapés retombent sur la diligence avec ses occupants massacrés et les chevaux envolés. Si jusque là, malgré quelques thématiques sortants un peu de l'ordinaire (racisme anti chinois, maladie contagieuse …), on était globalement en terrain connu, à partir de là, rien que pour la prestation de Martin Landau, il faudrait voir le film ...Jusque là, le joueur -réputé tricheur- ironique et provocateur, se moquant des racistes, des imbéciles et des incultes (surtout l’agent aux affaires indiennes et les deux employés de la compagnie de diligences) mais visiblement éduqué, beau parleur, raisonneur et s'exprimant en employant des aphorismes poétiques s'était montré un personnage positif, le seul prenant de manière virulente position en faveur de la chinoise (ses autres appuis, le Major et l'apprentie médecin étant trop « tendres » et pas de taille à luter contre les autres) mais l'épreuve du désert va faire apparaître la noirceur profonde du personnage. On ne sait si c'est un monstre qui cachait sa nature profonde sous un vernis séduisant ; s'il est rendu fou par les épreuves ; s'il est atteint par la maladie à son tour, mais en tout cas, Martin Landau campait là un des plus surprenants et diaboliques salauds de toute l'histoire du genre. Halte aux superlatifs, me dira-t-on ... Non, non, je maintiens mais n'en dis pas plus sinon que la séquence finale est sidérante.
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Pour le coup, sans trop chercher, on peut trouver quelques défauts, à commencer par quelques interprètes pas au niveau de leurs camarades : Del Moore (Best) est un peu trop voyant tandis que c'est le contraire pour Judy Dan (la chinoise) et Don Wilbanks (le Major) et d'ailleurs entre les deux une dragouille timide et terne s'amorce assez vite mais c’est pour "l'instant romance" quasiment obligé mais Bellamy n'insiste nullement.
Ensuite, la musique. Celle du générique de début - que l'on entend une deuxième fois - semble avoir 10 ans de retard. Celle du générique de fin est si douce et guillerette que c'en est incongru en raison de ce qui précède. Et c'est à peu près tout ce que je vois. Par contre, je vois la note sur IMDB et je ne comprend pas mais pour autant je n'ai pas envie de lire le gars qui met un 2 ou même un 4 à un tel film. Je méprise :wink: Vu ' à peu près ' en vost (un grand merci à Chip qui m'a orienté sur ce film qui avait échappé jusque là à mon radar :wink: )
Martin Landau avait l'un des sourires les plus flippant qui soit. ici, il a un serpent à sonnette à vous donner
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ici , en mode Javier Bardem
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Final (spoiler photographique)
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Chip
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Re: Les Westerns 2ème partie

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J'ai lu, je ne sais plus où, que Bellamy était très fier de ce petit film, peut-être son meilleur ?( pas vu), quoique " Incident at Phantom hill" (sans foi, ni loi)(1966) avec Dan Duryea, était une série B très enlevée, je me souviens encore du plaisir que j'avais eu à découverte de ce western au Mac-Mahon, jamais revu depuis en salle, mais le dvd existe.
" Stagecoach to Dancers' rock" était sur une liste remise à A. Carradore, avec d'autres titres tout aussi intéressants et rares: Fury at Showdown, Dragoon wells massacre, the silver star, man from Del Rio,the vanishing american (1955),a man alone, Jack Slade (of course) et pas mal d'autres, peu ont été retenu, hormis " Gun fever" qui n'a pas eu l'heur de plaire au trio Brion, Tavernier, Carradore, mais d'après A.C., Laurent Gerra aurait adoré - A. Carradore voulait, un temps, Gerra pour les bonus-
kiemavel
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Re: Les Westerns 2ème partie

Post by kiemavel »

Chip wrote: 23 Sep 20, 09:29 J'ai lu, je ne sais plus où, que Bellamy était très fier de ce petit film, peut-être son meilleur ?( pas vu), quoique " Incident at Phantom hill" (sans foi, ni loi)(1966) avec Dan Duryea, était une série B très enlevée, je me souviens encore du plaisir que j'avais eu à découverte de ce western au Mac-Mahon, jamais revu depuis en salle, mais le dvd existe.
" Stagecoach to Dancers' rock" était sur une liste remise à A. Carradore, avec d'autres titres tout aussi intéressants et rares: Fury at Showdown, Dragoon wells massacre, the silver star, man from Del Rio,the vanishing american (1955),a man alone, Jack Slade (of course) et pas mal d'autres, peu ont été retenu, hormis " Gun fever" qui n'a pas eu l'heur de plaire au trio Brion, Tavernier, Carradore, mais d'après A.C., Laurent Gerra aurait adoré - A. Carradore voulait, un temps, Gerra pour les bonus-
Belle liste. Manque notamment un autre film original, un autre western faisant la part belle aux chinois. Si j'en parle c'est que j'ai trouvé pas idiot d'en parler juste derrière Stagecoach to Dancers' Rock. Il arrive.
Gerra, j'ai vu qu'il intervient dans au moins une vidéo sur le site de l'éditeur. Après, l'avoir envisagé pour intervenir dans les bonus, mouais ... Et pour le film noir, il compte inviter qui ? Jean-Marie Bigard :mrgreen: Mais après tout, Gerra, comme humoriste, je ne marche pas mais par contre, il a peut-être une très bonne connaissance du western et le talent pour en parler.
Chip
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Re: Les Westerns 2ème partie

Post by Chip »

Laurent Gerra ? j'aime assez.. Bon ! j'ai retrouvé le bouquin où il est question de STAGECOACH TO DANCERS' ROCK : "Universal - International westerns 1947-1963 " de Gene Blottner, éditions Mc Farland. Il y a 4 pages sur le film, avec de courts propos de Earl Bellamy et Warren Stevens.
Bellamy se dit fier de " Stagecoach...", signale que la critique fut positive, qu'il fut tourné en 7 jours et en N et B pour une question de budget, mais avoue que cela lui a plu. Il dit aussi que la distribution était bonne, le travail de l'opérateur très bon et qu'il a fait exactement ce qu'il voulait. En bref, Bellamy est content du résultat.
Warren Stevens rappelle que le film fut tourné entièrement en extérieurs, que le tournage dans le désert avec la "wind machine " fut rude, Stevens dit aussi tout le bien qu'il pense du réalisateur et du scénario moitié " lifeboat" moitié " Stagecoach ".
Blottner qualifie le film d'impressionnant et fascinant western B, trouve que Martin Landau donne une " Top performance " qui relève le niveau du film, que le reste de la distribution est satisfaisant, avec un bon travail de Warren Stevens, Jody Lawrence, Judy Dan et Rand Brooks et que Bellamy dirige adroitement et avec passion, avec pour résultat un bon western.
Chip
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Re: Les Westerns 2ème partie

Post by Chip »

Comme westerns peu connus faisant la part belle aux chinois je pense à deux titres :
- Walk like a dragon (1960) de James Clavell
et encore plus obscur " Rider on a dead horse " (1962) de Herbert L. Strock
une curiosité se déroulant dans le désert avec 4 personnages dont une revêche chinoise jouée par la jolie Lisa Lu.
Deux films qui bien sûr sont inédits dans notre beau pays....
kiemavel
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Re: Les Westerns 2ème partie

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Chip wrote: 25 Sep 20, 11:04 Comme westerns peu connus faisant la part belle aux chinois je pense à deux titres :
- Walk like a dragon (1960) de James Clavell
et encore plus obscur " Rider on a dead horse " (1962) de Herbert L. Strock
une curiosité se déroulant dans le désert avec 4 personnages dont une revêche chinoise jouée par la jolie Lisa Lu.
Deux films qui bien sûr sont inédits dans notre beau pays...
C'est Walk like a Dragon.

En ce qui concerne le second, Rider on a Dead Horse, j'ai beau être plutôt bienveillant avec les films s'appuyant sur des scénarios inhabituels, voire présentant quelques bizarreries que d'autres pourraient trouver gratuites ou, en tout cas, n'apportant pas de grands bénéfices, mais là ce n'est pas supportable. C'est mon pire souvenir westernien de ces dernières années. Interprètes abominables : le collègue prospecteur du grand à fossette kirkdouglassiène est nul. L'homme à la fossette est lui à peu près supportable sauf dès qu'il s'attendrit pour la belle chinoise et donc dans les séquences de romance. Et pire encore, le chasseur de primes interprété par le futur docteur (je crois) de La petite maison de la prairie, qui lui est ridicule en sous, sous, sous Dan Duryea.
La trame générale était potentiellement intéressante malgré le minimalisme de l'histoire qui collait de toute façon assez bien à la pauvreté manifeste du budget, mais plus l'histoire avance et plus les séquences d'une stupidité rare s'enchainent : le chasseur de primes qui tente de dynamiter le prospecteur dans son propre bureau (avec, cerise sur le gâteau, le dit prospecteur qui continue fébrilement à tenter d’éteindre la mèche même après l'avoir déconnecté du bâton de dynamite)
Le tueur à gages qui fait sauter en même temps tous les Apaches ... et le trésor enfoui, après avoir placé sa dynamite juste où il ne fallait pas. Cette séquence là, c'est la ré-interprétation la plus crétine que j'ai vu s'inspirant directement de Huston (Le Trésor le la Sierra Madre). Et je ne parle même pas de la mise en scène pathétique, notamment lors du duel entre les deux prospecteurs. Je crois que tu avais plutôt apprécié ce film mais en ce qui me concerne c’est peu de dire que ce n’est pas le cas.
Chip wrote: 25 Sep 20, 10:46 ... le bouquin où il est question de STAGECOACH TO DANCERS' ROCK : "Universal - International westerns 1947-1963 " de Gene Blottner, éditions Mc Farland. Il y a 4 pages sur le film, avec de courts propos de Earl Bellamy et Warren Stevens.
Bellamy se dit fier de " Stagecoach...", signale que la critique fut positive, qu'il fut tourné en 7 jours et en N et B pour une question de budget, mais avoue que cela lui a plu. Il dit aussi que la distribution était bonne, le travail de l'opérateur très bon et qu'il a fait exactement ce qu'il voulait. En bref, Bellamy est content du résultat.
Warren Stevens rappelle que le film fut tourné entièrement en extérieurs, que le tournage dans le désert avec la "wind machine " fut rude, Stevens dit aussi tout le bien qu'il pense du réalisateur et du scénario moitié " lifeboat" moitié " Stagecoach ".
Tu cites souvent ces "éditions Mc Farland". Il faudrait que je m'y intéresse de près .. mais à ce jour j'ai exactement 0 bouquin de cet éditeur :o
Bien vu de la part de Warren Stevens pour le rapprochement, aussi, avec Lifeboat
Chip
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Re: Les Westerns 2ème partie

Post by Chip »

Il faudra donc, que je revois " Rider on a dead horse ", j'ai un assez bon souvenir du film , peut-être à cause de Lisa Lu, j'ai toujours aimé les belles asiatiques :? , mais j'en conviens " Walk like a dragon " est plusieurs crans au -dessus, avec Mel Tormé et Michael Pate à contre emploi. Encore un film sur une liste donnée à Alain Carradore...il a pourtant accès au catalogue Paramount, " Walk... " est un film Paramount.