Henri Verneuil (1920-2002)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Music Box Records
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Music Box Records »

Sortie de la BO LE CASSE sur le label Music Box Records en mai 2015 :
http://www.musicbox-records.com/fr/cd-b ... casse.html

LE CASSE (1971)
Musique composée par Ennio Morricone


Édition limitée à 1000 exemplaires.
Remasterisation supervisée par Claudio Fuiano.
Livret de 8 pages, notes internes français-anglais par Nicolas Magenham.

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Kevin95
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Kevin95 »

Un indispensable (comme toutes les collaborations Verneuil / Morricone) et sans aucun doute la part la plus ensoleillée, la plus jouissive de la période française du maestro (engagé en règle général pour "assombrir" les films sur lesquels il fut impliqué si l'on omet La Cage aux folles).

Et en plus on a le droit en bonus aux relectures "pop" orchestrées par le fidèle compagnon Bruno Nicolai donc autant dire qu'il va falloir sortir les CB. 8)
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Federico »

Verneuil invité/prévenu du Tribunal des flagrants délires sur France Inter en 1982 (quelques mois après la sortie de 1000 milliards de $.
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Jeremy Fox
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Jeremy Fox »

Le Corps de mon ennemi - 1976

Sorte de modernisation de l'histoire du comte de Monte Cristo de Dumas, le roman de Felicien Marceau et le film de Verneuil nous offrent une description sans concessions et assez sarcastique du monde vérolé des notables d'une petite ville de province qu'ils régentent en sous-main. Après avoir été déçu lors de ma découverte, j'avoue y avoir pris cette fois beaucoup de plaisir, le film étant dominé par un Belmondo assez magistral et des dialogues bien savoureux de Michel Audiard. La construction sur plusieurs niveaux temporels est d'une belle fluidité et le film, mélange de comédie satirique et de drame, assez réussi. Malgré quelques aspects et effets stylistiques qui ont aujourd'hui un peu vieilli, quelques acteurs totalement incompétents (Nadia Verine, la fille qui part avec Bebel à la fin), le film assez ludique se suit avec une jubilation certaine d'autant que l'on y croise non moins que Bernard Blier, Micheal Beaune, une toute jeune Nicole Garcia, Daniel Ivernel... Bonne surprise.
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Rick Blaine
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Rick Blaine »

:D

Pour moi un des tout meilleurs Belmondo des 70's.
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Kevin95
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Kevin95 »

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LE PRÉSIDENT (Henri Verneuil, 1961) révision

On a beaucoup commenté l'inspiration politique du film (Clemenceau saupoudré de De Gaulle) un peu moins sa part méta et le portrait en creux qu'il faisait de son comédien principal. Ce chef, revenu de tout, relancé par ses contemporains pour donner un peu de chère à la politique n'est-il pas ce comédien ayant connu une traversée du désert après avoir été l'acteur numéro 1 du cinéma français et qui depuis le milieu des années 50 est redevenu le patron, un ténor quémandé par un large public. Faut-il entendre le personnage ou Gabin lorsque critiqué par une frange de français se découvrant patriote quand le pays est sécurisé, Jeonnot se refuse d’évoquer son passé militaire par pudeur. Les parallèles sont nombreux et plus d'une fois on se demande si Audiard n'a pas voulu rendre hommage au "vieux" et par la même renvoyer dans les cordes les vieux cons et les jeunes turcs (ou le contraire) qui voulaient sa peau. Quant au film, c'est un délicieux règlement de compte où sont conviés au jeu de massacre à la fois les fonctionnaires de la IV république et les opportunistes dans les jupons du général messianique. On sent la Audiard's touch mais Verneuil n'est pas à la cafette, sa mise en scène à première vue classique est particulièrement précise, notamment dans la position des personnages et de leurs ambitions ou dans tout ce qui touche le personnage arriviste de Blier, d'abord sur une chaise de paille puis dans le fauteuil de Gabin. Pour ce qui est du fameux monologue de ce dernier, la séquence reste un tour de force dingue et file le frisson même après x visionnage. Ce n'est pas rien ce Président.
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Watkinssien
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Watkinssien »

:D Grand film !!!
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Kevin95
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Kevin95 »

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DES GENS SANS IMPORTANCE (Henri Verneuil, 1956) découverte

Arrive un moment où Verneuil en a marre. Marre de ses films avec Fernandel qui certes lui rapporte pas mal mais qui ne lui donne aucun poids dans le cinéma français, marre que ses tentatives dites "sérieuses" (Le Fruit défendu ou Les Amants du Tage) se soldant par des semi-échecs, marre de Françoise... non, pas elle, la Arnoul, Henri l'aime bien, il la trouve trognon et aimerait lui donner un vrai rôle tragique. Il y avait Le Fruit défendu mais son rôle de jeunette en prise à un amour impossible se coltinait ce cabot de Fernandel. Il y avait Les Amants du Tage mais le scénario était à revoir et Daniel Gelin trop distant. Ce qu'il faudrait c'est un acteur. Non, L'ACTEUR. Gabin dans le coup, c'est un film qui prend des épaules et une stature. Verneuil veut aussi être sur le coup, cette chance il ne veut pas la laisser s'échapper. Il va alors co-scénariser l'adaptation du bouquin de Serge Groussard et s'impliquer comme rarement. Car dans cette histoire vouée au drame d'un routier crevé et d'une jeune qui en chie, tout frissonne, tout sonne juste, déchirant. Des premiers plans de la station service évoquant l'Ossessione de Visconti au long trajet dans la brume de Gabin et Arnoul dans un sale état, rien n'est laissé au hasard, Verneuil trouve sa place, entre naturalisme de la forme et pudeur dans la position de sa caméra. Tenez, cette scène anodine où Gabin rentre chez lui et où l'on retrouve le chagrin d'un quotidien, la pauvreté du rapport de couple, ces gestes routiniers, ce fromage dehors et l'engueulade qui commence. Pas de gros violon, mais un film discret et pourtant émouvant. Verneuil ne retrouvera plus jamais une telle sensibilité (pour autre chose, aussi génial mais différent), ou alors de manière morcelée comme dans Week-end à Zuydcoote. Un beau film, un vrai.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by xave44 »

Kevin95 wrote: DES GENS SANS IMPORTANCE (Henri Verneuil, 1956) découverte

dans cette histoire vouée au drame d'un routier crevé et d'une jeune qui en chie, tout frissonne, tout sonne juste, déchirant. Des premiers plans de la station service évoquant l'Ossessione de Visconti au long trajet dans la brume de Gabin et Arnoul dans un sale état, rien n'est laissé au hasard, Verneuil trouve sa place, entre naturalisme de la forme et pudeur dans la position de sa caméra. Tenez, cette scène anodine où Gabin rentre chez lui et où l'on retrouve le chagrin d'un quotidien, la pauvreté du rapport de couple, ces gestes routiniers, ce fromage dehors et l'engueulade qui commence. Pas de gros violon, mais un film discret et pourtant émouvant. Verneuil ne retrouvera plus jamais une telle sensibilité (pour autre chose, aussi génial mais différent), ou alors de manière morcelée comme dans Week-end à Zuydcoote. Un beau film, un vrai.
Vous avez les mots justes pour parler d'un film que je considère comme le chef d’œuvre de Verneuil.
Je rêve d'un blu ray...
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Kevin95
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Kevin95 »

On peut se tutoyer hein. :mrgreen:
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Julien Léonard »

Son plus beau film, je partage cet avis. Des gens sans importance est immense. Très beau DVD René Château, au passage. :wink:

A noter que Verneuil n'a cessé d'être ce technicien solide lardé de touches auteurisantes durant sa carrière... A la manière d'un Michael Curtiz, il apporte aux scénarios des motifs et touches visuelles qui rappellent instantanément l'identité de leur auteur. Cet escalier en colimaçon que monte et descend Françoise Arnoul dans cet hôtel minable, on le retrouve dans pas mal de films du cinéaste. Et ils apportent toujours un "plus" identitaire et fondamental, en accord avec les motifs du film concerné.

En revoyant l'inégal mais très efficace Peur sur la Ville (première heure excellente, dernière partie trop balourde, allez... trop long d'un bon quart d'heure), je me suis rendu compte à quel point point Verneuil donne du sens à sa vision d'un Paris dédaléen et labyrinthique, pas encore carcéral comme ce sera le cas chez certains polars de Delon (Mort d'un pourri, 3 hommes à abattre...), mais déjà viscéral. Il donne à Minos un décor à sa mesure, soulignant l'aura quasi-mythologique du personnage et sa folie (les rues, les toits, le hangar aux mannequins -très italien dans l'idée si l'on se réfère au giallo- la nuit, la très dense circulation des voitures, le fait que le personnage ait toujours l'impression de croiser des illustrations du vice et du sexe sale...), tout en consolidant un suspense remarquable. Dommage que l'écriture ne suive pas toujours, avec quelques grosses ficelles qui passent mal.

Bref, en revoyant pas mal de Verneuil, je me suis rendu compte que le type était probablement un peu plus que ce que l'on a admis de lui.

Je reste un inconditionnel de Mélodie en sous-sol (quelle atmosphère unique !), mais aussi d'un Singe en hiver, du Président et du Clan des siciliens. Une tendresse aussi pour Le boulanger de Valorgue et Le corps de mon ennemi.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Kevin95 »

Arrrr, j'ai oublié Un singe en hiver. :shock: :oops:

Je rembobine et ajoute que cette sensibilité, Verneuil l'a retrouve dans ce Belmondo/Gabin qui (à mes yeux) est son chef d’œuvre (Des gens sans importance ne doit pas être loin derrière). Verneuil est aussi génial quand il sert le cinéma de genre, une autre forme de talent (ses polars sont du pain tout aussi bénit). Bref, Verneuil c'est extra.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by xave44 »

Kevin95 wrote:On peut se tutoyer hein. :mrgreen:
Mais oui, bien entendu très cher ! :wink:
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by xave44 »

Julien Léonard wrote:Son plus beau film, je partage cet avis. Des gens sans importance est immense. Très beau DVD René Château, au passage. :wink:

A noter que Verneuil n'a cessé d'être ce technicien solide lardé de touches auteurisantes durant sa carrière... A la manière d'un Michael Curtiz, il apporte aux scénarios des motifs et touches visuelles qui rappellent instantanément l'identité de leur auteur. Cet escalier en colimaçon que monte et descend Françoise Arnoul dans cet hôtel minable, on le retrouve dans pas mal de films du cinéaste. Et ils apportent toujours un "plus" identitaire et fondamental, en accord avec les motifs du film concerné.

En revoyant l'inégal mais très efficace Peur sur la Ville (première heure excellente, dernière partie trop balourde, allez... trop long d'un bon quart d'heure), je me suis rendu compte à quel point point Verneuil donne du sens à sa vision d'un Paris dédaléen et labyrinthique, pas encore carcéral comme ce sera le cas chez certains polars de Delon (Mort d'un pourri, 3 hommes à abattre...), mais déjà viscéral. Il donne à Minos un décor à sa mesure, soulignant l'aura quasi-mythologique du personnage et sa folie (les rues, les toits, le hangar aux mannequins -très italien dans l'idée si l'on se réfère au giallo- la nuit, la très dense circulation des voitures, le fait que le personnage ait toujours l'impression de croiser des illustrations du vice et du sexe sale...), tout en consolidant un suspense remarquable. Dommage que l'écriture ne suive pas toujours, avec quelques grosses ficelles qui passent mal.

Bref, en revoyant pas mal de Verneuil, je me suis rendu compte que le type était probablement un peu plus que ce que l'on a admis de lui.

Je reste un inconditionnel de Mélodie en sous-sol (quelle atmosphère unique !), mais aussi d'un Singe en hiver, du Président et du Clan des siciliens. Une tendresse aussi pour Le boulanger de Valorgue et Le corps de mon ennemi.
J'aime beaucoup ton parallèle avec Curtiz.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Kevin95 »

UN SINGE EN HIVER - Henri Verneuil (1962) révision

L'un des plus beaux films d'Henri Verneuil, du cinéma français, du cinéma mondial, bref un truc qui fait du bien au corps. Le genre de film qu'on redoute de revoir tant la douche écossaise, entre rire et profonde mélancolie, a laissé des marques lors de la découverte. On en parle avec la boule dans la gorge et lorsque quelqu'un propose de le revoir, on joue la lâcheté et on préfère rester sur ses souvenirs. Mais la vie cinéphilique n'aime pas les faux-fuyants et rappelle le devoir de revoir. Revoir Un singe en hiver sur grand écran, écrasé par la largeur de l'écran et l'espoir de ne pas chialer en public. Début tranquille, prologue sous l'Occupation que je n'imaginai pas aussi long (du coup, Jean-Paul Belmondo poirote dans les vestiaires). Le ventre du film laisse des crampes aux joues tant les délires alcoolisés de Jeannot Gabin et Bebel sont chargés et pas vraiment en eau plate. Et enfin, la mâchoire qui se ressert, les yeux ronds, des respirations plus profondes et un quai de gare que l'on maudit pour sa tranquillité et sa profonde tristesse (ne me demandez pas de citer la mention finale je suis au boulot, ce serait mal vu de chouiner soudainement). Heureusement que Gabin et Belmondo n'aient pas eu de second round, ça rend ce Singe en hiver unique et précieux. L'addition ne peut se faire sans mentionner la musique divinement déprimante de Michel Magne.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)