Henri Verneuil (1920-2002)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

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Le corps de mon ennemi

Partagé entre d'une part, le plaisir de revoir Bébel dans un rôle un tantinet sérieux, dans une intrigue poisseuse sur le cynisme de la bourgeoisie et sur cette relation crapoteuse entre politique et pognon, et puis d'autre part, cet arrière-goût d'inabouti qui colle au film. Et si loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours ressenti cette gêne en voyant ce film. La sensation que quelque chose ne tourne pas rond.

Il y a un truc en trop dans ce film et il reste difficile à le définir. Je m'en vais essayer tout de même. Peut-être qu'il s'agit d'un trait un peu trop grossier dans la manière de dessiner ce portrait de la France rance? Les hommes d'affaire véreux un peu trop véreux? Les hommes politiques un peu trop pourris? Les bourgeois un peu trop déconnectés des réalités du peuple?

Du coup, certaines situations sont tellement grossies jusqu'à la caricature qu'elles n'apparaissent pas toujours très crédibles, trop stéréotypées. La violence de la campagne électorale est juste irréelle. Autre summum du n'importe quoi, le procès de pacotille. Y aurait-il possibilité de bâcler autant une enquête policière pour qu'au procès on s'appuie aussi clairement sur du vent? Scénario du pauvre? Mises bout à bout toutes ces excroissances dans l'écriture épuisent un peu le spectateur attentif. Car il faut nécessairement faire un gros effort pour accepter cette réalisme douteux, comme si le film était une métaphore, une fable tout entière destinée à édifier les foules, pleine de symboles et de caricatures pour bien montrer que le monde est pourri.

Dans les dialogues, on se demande si Michel Audiard n'a pas délégué ou pris le scénario par dessus la jambe : les bons mots sont rares, les répliques même parfois se révèlent très médiocres. L'humour qui est censé parsemer certains dialogues est très bas de plafond, sans aucune poésie, ni dynamisme , encore moins ne donne le moindre mordant aux personnages. Ça ne percute pas. C'est passif, fatigué. Et finalement, j'en viens à me demander si la sobriété (relative tout de même, c'est quand même Bébel) de Jean-Paul Belmondo ne vient pas de là... de ce ton assoupi que le film adopte.

Pourtant, on se laisse avoir par quelques éléments qui vous attrapent. Je verrais notamment une certaine beauté dans la vision mélancolique qui émarge du film, sur les rapports sociaux, sur le temps qui passe, inexorable et sans pitié, sur cette effrayante société de consommation qui s'éternise à changer la ville, les gens... on voit bien comment la France bouge.

L'on sent à la fois de la crainte et une certaine forme de fascination qui se bousculent chez les auteurs du film. Ce n'est pas un trait anodin, il me semble qu'on le retrouve dans les films du Verneuil vieillissant ou signés par Michel Audiard aussi quelques fois. Ça peut ressembler par moments à une rengaine de vieux cons, excusez le terme, il n'est pas insultant dans mon esprit, je crois leur trouver des circonstances atténuantes. Le film en transpire à grosses gouttes de cette peur de la mort. Les vieux bonhommes sont déboussolés par cette modernité galopante qui les dépasse.

Henri Verneuil film très bien cette dégradation des choses du passé. Il la capte sur quelques plans architecturaux, sur quelques images, le lugubre, le décati, la feuille morte, la couleur défraîchie, les témoins d'une vie qui n'est plus. Dans le même temps, les vieilles personnes peuvent jeter un regard presque apaisé sur le passé, sur les disparitions avec une sorte de sagesse qui échappe au plus grand nombre, à ceux qui continuent de se noyer dans les à-côtés matérialistes, ou tout simplement dans les gestes du quotidien. C'est assez bien décrit malgré tout.

Le personnage joué par Belmondo apparaît tout compte fait désabusé par ses 7 années de prison. Ça aussi, ça m'a bien plu, cette structure en flash-back! Alors oui, bien évidemment, elle n'a strictement rien d'original, elle est même archi-classique pour un film qui se veut foutrement noir, mais cela fonctionne très bien. Cela appuie sans forcer cette fois les contrastes entre le passé et le présent, entre mensonges et vérités. En effet, cela dessine avec férocité les petites comme les grandes hypocrisies. Les travestissements ont eu le temps en 7 ans de s'élimer et parfois de disparaître complètement. Accompagnant le héros, on est les témoins du fossé entre l'être et le paraître. Ce n'est pas toujours montré avec une grande finesse, on en revient toujours à cet excès qui pèse sur le film, mais par moments, cela garde une forme correcte.

"Le corps de mon ennemi" est donc un film qui me laisse perplexe. J'aime à retrouver ce vieil album de souvenirs (la belle Marie-France Pisier, la non moins adorable Nicole Garcia ou le généreux Michel Beaune) et dans le même temps, je ne parviens pas à entrer complètement dans une histoire pleine d'exagérations.
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Jeremy Fox
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Jeremy Fox »

Confirmation après sa redécouverte hier soir que Des gens sans importance est pour ma part le chef-d'œuvre du cinéaste
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Frances
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Frances »

Jeremy Fox wrote:Confirmation après sa redécouverte hier soir que Des gens sans importance est pour ma part le chef-d'œuvre du cinéaste
8)
Un film dense aux aspérités coupantes et une très belle réussite en tous points.
Alligator
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Alligator »

Une manche et la belle (Verneuil, 1957)

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Petit film noir que j'ai eu l'opportunité de découvrir sans trop savoir à quoi m'attendre. Verneuil et Demongeot sont les deux éléments qui ont attiré mon attention. Je ne savais rien de sa qualité, ni même de son sujet, si ce n'est son genre. Je m'attendais à un peu plus d'action, mais en gros c'est avec peu d'a priori et une curiosité tout simple que j'ai entamé ce visionnage.

Très vite, j'ai eu peur d'assister à un remake de "Sunset Boulevard", mais les prémisses du film laissent ensuite le scénario développer une trame bien différente. Sans parler de la profondeur du propos ou de la qualité esthétique affichée. Cela reste un bon petit film, peut-être un peu trop longuet.

Sans grande surprise, l'histoire est des plus classiques et joue sur les clés du genre : la fatalité, le pognon, la garce, la trahison, le crime parfait, l'échec, etc. S'il n'y aucune surprise, cela se suit sans heurt.

Les décors de Jean d'Eaubonne sont assez joliment agencés. Ils offrent un cadre opulent que la photographie de Christian Matras aurait presque pu rendre flamboyant voire majestueux.

La mise en scène d'Henri Verneuil reste ordinaire. A part quelques idées bien maîtrisées, le cinéaste s'en tient à une réalisation trop sage. Sa mise en forme aurait pu être plus pétillante. Il ne prend pratiquement aucun risque, c'est triste. Tout cela est fort correct, mais jamais original.

Les comédiens ne sont pas extraordinaires non plus. Henri Vidal n'a pas un charme phénoménal, ce n'est pas une découverte, m'enfin, c'est toujours un peu navrant, d'autant qu'il a joué dans de nombreux films intéressants. Acteur demandé... je m'interroge encore sur les raisons d'un tel succès. J'aimerais bien avoir un petit aperçu de son talent, je n'y parviens jamais. Son travail est sans éclat, sans être merdique non plus. Moyen comme à l'habitude.

Mylène Demongeot joue l’ambiguïté avec un certain charme. Même si elle me parait un peu en deçà de ce qu'elle donnera un peu plus tard. Manque d'expérience et de confiance en soi sans doute. Son minois n'est pas que joli, elle parvient à jouer la duplicité, une certaine forme de perversité sur la deuxième moitié du film.

Isa Miranda a un rôle plutôt émouvant, jouant une femme en manque d'affection et misant gros sur son dernier coup de cœur. Plus dure pourrait être la chute.

Alfred Adam clôt la distribution principale avec un personnage qu'il connait par cœur, jovial, pince sans rire, clope au bec et allure débonnaire, mais pas aussi con qu'il en prend l'air.

Ce film n'a pas marqué les esprits, et pour cause! Trop banal. Sans percussion. De Henri Verneuil à Mylène Demongeot, on retiendra bien d'autres films. Que celui-là soit mineur n'empêche pas qu'il demeure agréable à voir. Plaisir sans souvenir, gentiment gentil.
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Jeremy Fox
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Jeremy Fox »

La chronique du film Le Président par Ronny Chester, le test du Bluray Europacorp et par la même occasion notre top Verneuil.
Olivier Pirlot
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Olivier Pirlot »

Henri Verneuil, sans doute le plus américain des cinéastes français. Avec sa carte de presse, il pouvait aller voir ce qu'il se passait sur les plateaux de tournages. Un jour, quelqu'un lui a demandé : "Vous êtes sûr que c'est du journalisme que vous voulez faire ?". En fait, la personne avait bien compris que Verneuil voulait faire du cinéma. Verneuil explique dans une interview avoir appris le découpage technique avec Julien Duvivier, (grand cinéaste des années 30 ayant tourné de grands films comme "La Bandera" ou encore "Pépé Le Moko", avec Jean Gabin). Henri Verneuil commence à tourner un 1er petit ville sur sa ville : Marseille. Il tourne ses premiers longs métrages aussi avec Fernandel, dont un marquera les esprits : "La Vache et Le Prisonnier", qui fut son premier gros succès commercial. Puis viendra les rencontres avec des acteurs géants comme Jean Gabin, Alain Delon, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Yves Montand, Patrick Dewaere, Henry Fonda etc... Sans oublier bien sûr la rencontre essentielle de Michel Audiard. Les succès continuent à s'enchaîner de plus en plus : "Le Président" (1960), "Un Singe en Hiver" (1962), "Mélodie en Sous-Sol" (1963). Après avoir tourné "100000 Dollars au Soleil" (1963), Henri Verneuil part aux USA, et tourne 2 (ou 3) films, ce qu'il lui permet de bénéficier de beaucoup d'avantages techniques pour ses tournages... Il fait la connaissance d'Ennio Morricone. il revient avec la technique américaine en France, et tourne des films comme "Le Clan des Siciliens" (1969), "Le Casse" (1970), "Peur Sur La Ville" (1975), "I ...comme Icare" (1979). Il acquière une réputation mondiale pour ses thrillers ou films d'actions. Il tourna très peu durant les années 80 : "100 milliards de Dollars" (1981) et "Les Morfaloux" (1983). Il terminera sa carrière avec "588, rue Paradis" (1992).
Geoffrey Carter
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Geoffrey Carter »

Clairement un des cinéastes français les plus populaires.
nous vous invitons, à votre tour, à nous soumettre vos films préférés du cinéaste dans le sujet qui lui est consacré sur notre forum
Top Henri Verneuil :

Mon préféré : Des gens sans importance

Excellents films : Mélodie en sous-sol
I... comme Icare
Week-end à Zuydcoote
Un singe en hiver

Très bons films : Cent mille dollars au soleil
Le Clan des Siciliens
Mille milliards de dollars
La Vache et le prisonnier
Mayrig
Le Président
Les Amants du Tage

Bons films : La Table aux crevés
L'Ennemi public N°1
Peur sur la ville
La 25ème heure
Le Boulanger de Valorgue
Le Corps de mon ennemi
La Bataille de San Sebastian
Le Casse
Le Mouton à cinq pattes
588, rue Paradis
Une manche et la belle
Le fruit défendu

Moyens : Le Serpent
Maxime
L'affaire d'une nuit
Paris, Palace Hôtel

Mauvais : Les lions sont lâchés
Les morfalous
Le Grand chef
Carnaval
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Commissaire Juve
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Commissaire Juve »

Geoffrey Carter wrote:
Mauvais :...
...
Le Grand chef
...
Les mauvais films des uns sont les bons films des autres. Perso, le Grand chef, je trouve ça excellent ! Du grand cinéma populaire (familial).

Sinon, j'ai découvert Carnaval sur Youtube récemment. Le propos est léger -- c'est du Pagnol pas très inspiré -- mais... rien que pour Fernandel et Jacqueline Pagnol, je prends quand même.
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Major Dundee
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Major Dundee »

1) Des gens sans importance (1955)
2) Le président (1961)
3) Un singe en hiver (1962)
4) La table aux crevés (1952)
5) Le fruit défendu (1952)
6) Le boulanger de Valorgue (1953)
7) Mélodie en sous-sol (1963)
8 ) Le clan des siciliens (1969)
9) Week end à Zuydcoote (1964)
10) Une manche et la belle (1957)
Charles Boyer (faisant la cour) à Michèle Morgan dans Maxime.

- Ah, si j'avais trente ans de moins !
- J'aurais cinq ans... Ce serait du joli !


Henri Jeanson
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by bogart »

Excellent :

Le Clan des siciliens
Le Président
La Vache et Le Prisonnier
Week-end à Zuydcoote

Très Bons films :

Des gens sans importance
Le Boulanger de Valorgue
La Table aux crevés
Le Fruit défendu

Bons films :

Le Mouton à cinq pattes
Un singe en hiver
La Vingt cinquième heure
Mélodie en sous-sol
Cent Mille dollars au soleil

Moyens :

Peur sur la ville
Le corps de mon ennemi
Mille milliards de dollars
Mayrig et 588 rue Paradis
La bataille de San Sébastien

Très moyens

I comme Icare
Le Grand chef
Le Casse
Le Serpent
Les Morfalous
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nobody smith
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by nobody smith »

Excellent
Des Gens Sans Importance
La Bataille De San Sebastian
Week-end A Zuydcoote

Bon
Un Singe En Hiver
Peur Sur La Ville
L’affaire D’une Nuit
Le Président
Le Corps De Mon Ennemi
Cent Mille Dollars Au Soleil
La Vache Et Le Prisonnier
Le Clan Des Siciliens
Mélodie En Sous-Sol
Mille Milliards De Dollars

Pas mal
Les Morfalous
Le Mouton A Cinq Pattes

Fonctionnel
Carnaval
L’ennemi Public Numéro 1
Le Grand Chef
"Les contes et les rêves sont les vérités fantômes qui dureront, quand les simples faits, poussière et cendre, seront oubliés" Neil Gaiman
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Federico »

Jeremy Fox wrote: notre top Verneuil.
Henri Verneuil, cinéaste populaire au sein le plus remarquable du terme
Qu'avait donc en tête, devant lui ou sous la main l'auteur de ce lapsus, lui seul le sait... :mrgreen: :lol: :arrow:
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
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ed
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by ed »

qu'est ce qui t'étonne ?
:arrow:
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Commissaire Juve »

Geoffrey Carter wrote: Mauvais : Les lions sont lâchés
Je me le suis repassé la nuit dernière. Ce n'est vraiment pas bon. C'est plié dès les premières répliques qui mordent les oreilles comme deux bouts de polystyrène frottés l'un contre l'autre (qui parle comme ça dans la vie ? Audiard n'était vraiment pas en forme). Claudia Cardinale joue comme un pied, les autres cabotinent à mort. Les seuls à tirer leur épingle du jeu sont Michèle Morgan et Lino Ventura (qu'on voit peu). Les 50 premières minutes font vraiment peine à voir, après ça se calme (ou on s'habitue).
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by mannhunter »

Demain soir sur la D8:



Mathieu Kassovitz et Bertrand Tavernier vont faire la gueule. :mrgreen: