Henri Verneuil (1920-2002)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

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Mélodie en sous-sol (Henri Verneuil, 1963)

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Nom d'une pipe de chameau vermoulu! Cela faisait une paye que je n'avais pas vu ce film, alors que j'en avais mangé quand j'étais marmot! J'avais le souvenir d'un grand film, bien bâti, charpenté, comme le Dab, avec de grosses mandibules, d'un film noir de casse. Finalement les années passent et n'ont pratiquement rien changé si ce n'est que l'enthousiasme s'est quelque peu éteint. J'aime toujours ce film, mais il m'apparait un tout petit peu moins grandiose. Fut un temps où je lui aurais collé un 9/10 facile. Plus exigeant avec l'âge, je lui mets donc un petit 8/10 bien tassé dorénavant.

Je ne sais pas... l'impression que le film est très marqué par une façon de faire très vieillie, notamment l'usage constant du studio, à l'heure où la nouvelle vague a déjà commencé de tourner en extérieur. Il en découle une impression de retard à l'allumage pour certaines séquences qui auraient gagné en véracité en extérieur, et qui ici sonnent faux, comme celle qui voit dans le fond une fausse mer, avec ses faux reflets de lune, sur ses fausses vagues, ou bien Delon sur la croisette en studio... on se dit qu'il y a véritablement des habitudes qui gâchent un peu, et on comprend que la nouvelle vague ait pu être exaspérée par cet aspect pépère du cinéma de papa. Que ces artifices fassent partie du jeu dans les années 40 ou 50, cela est d'autant plus concevable qu'ils ne pouvaient techniquement y échapper qu'à gros coups, mais dans les années 60, le charme commence à ne plus opérer. On est même un peu contrarié. Ou alors j'étais pas d'humeur?

Ceci dit, j'ai beaucoup d'affection mais plus encore d'admiration pour le travail de Verneuil qui fort heureusement ne se limite pas à ces petits détails. Du reste, il a su extérioriser ses films avec talent. Et l'on peut sans trop prendre de risque supputer que cette pépèrisation du tournage est en grande partie dû au fait que le vieux Gabin n'aimait trop l'idée d'aller se dorer la pilule au soleil du midi. Il a dû mettre la pression pour tourner en région parisienne.

Donc, les cinéphiles (toujours pareil : je parle de la majorité qui ne fait ni l'intégralité, ni la loi du genre, marquée dans le marbre) ont pour Henri Verneuil une reconnaissance qui me parait étrangement limitée, comme c'est d'ailleurs plus souvent le cas avec les réalisateurs de cinéma commercial (bouh, caca!) surtout s'ils ont le mauvais goût d'être français (beurk, la franchouille!). Pourtant, quand on y regarde de plus près, Henri Verneuil a prouvé qu'il pouvait sur la longueur proposer un style bien à lui, au delà de l'indéniable savoir-faire qu'il démontre dans le cinéma d'action.

Ce dernier terme ("action") est à prendre avec des pincettes, étant donné que son sens a bien changé en 50 ans. Il ne s'agit en aucun cas de biceps, mais de tension. Mélodie en sous sol est un film tendu du string, ou plutôt en l'occurrence du câble d’ascenseur.

Alain Delon présente un corps bien maigrichon en comparaison des acteurs bodybuildés actuels. Tout se passe dans le regard, dans l'aboiement, dans la personnalité des comédiens. Mieux vaut savoir jouer un personnage que jouer des biscoteaux. Et Alain Delon, encore jeune, sait y faire à jouer de son regard ténébreux. Attention chien méchant.

Jean Gabin est assis sur une filmographie impressionnante quand il tourne ce film. Tout en masse, le vieux en impose par sa corpulence, qui n'a rien de ronde, mais plutôt semble rectangulaire, monolithique, monument tutélaire sur lequel repose l'essentiel de la première partie du film.

Il est alors question du temps qui a passé, de cette France qui change déjà (Sarcelles est devenue New-York pour le vieux gangster). Il y cherche son chemin pour rentrer chez lui après 5 ans de tôle. La modernisation en marche des 30 glorieuses ne se fait pas sans égratigner le lustre du passé.

Michel Audiard se délecte de cette perplexité dans laquelle la France populaire patauge : inquiétude et nostalgie se mêlent dans ses dialogues. Mais il n'oublie pas non plus que le film a plus de mordant que de comique à faire valoir et ses dialogues sont plutôt agressifs, rentre-dedans. Peu d'envolées lyriques, peu de percussions drolatiques, on est davantage dans la petite philosophie pragmatique des marlous de l'époque : le pognon est roi, c'est et sera toujours le nerf de leur guerre. Et Delon et Gabin sont en guerre ; d'où ce braquage qui ne peut louper, une occasion inévitable.

Il y a bien Viviane Romance qui essaie de glisser son point de vue tout féminin, la tête sur les épaules, en rappelant au vieux qu'il est peut-être temps de prendre sa retraite. Mais en vain, car enfin, on est dans un monde d'hommes où la parole "femme", sensée, n'a pas voix au chapitre, trop en déficit face à celle de l'argent-roi.

Et puis, il y a la petite voix tantôt gaie et montante, tantôt chevrotante et humble de Maurice Biraud, représentation du français moyen, celui qui va aller voir ce film, auquel le scénario attribue l'espèce de bonhommie un peu naïve, mais au fond suffisamment honnête pour que le spectateur s'y reconnaisse et s'y sente bien à l'aise. Ce personnage dans un élan un peu trop niais pour être franc, exprime une humilité qu'on sent aujourd'hui hypocrite mais qui a pu, fut un temps, être sincère. Et puis, Biraud a la tête de l'emploi, c'est le type qu'on a envie d'avoir pour copain, histoire de rigoler quand on se tape la cloche, un franchouillard sympathique. Hâbleur au grand cœur, encore une fois il est parfait dans son rôle.

Les trois hommes se retrouvent à Cannes pour le casse du siècle. Concernant ce vol, je crois que là aussi le film prend un méchant coup de vieux. N'allez pas vous imaginer un "Ocean eleven", ni même "Les spécialistes". Dans sa conception, comme dans sa réalisation, le casse du casino reste tout à fait simple. Il n'empêche que la tension existe. C'est là une des forces principales du cinéma de Verneuil : avec pas grand chose, il arrive à installer un vrai climat, un suspense encore valable de nos jours.

Il est vrai qu'il est également aidé en ce sens par les compositions très modernes de Michel Magne. On ne dira jamais assez combien ce type savait inventer une musique originale, jazzy, avec une richesse de propositions épatante et finalement jouissive. Ses hurlements de trompette, ses percussions sur xylophone ou sur bois (qui rappellent étrangement ce que Goldsmith nous pondra 5 ans plus tard pour "La planète des singes") et ses plaintes métalliques (des scies?) sont autant d'éléments constitutifs d'un style singulier et innovateur qu'on retrouve dans les polars auxquels Magne a participé. Ici, la musique fait un peu plus qu'accompagner, elle hausse le niveau de tension. Que ce soit pendant ou après le casse.

Ah, ce final! Encore une de ces séquences mythiques qui ont marqué le cinéma français. Et qui, peut-être à elle seule place le film dans la catégorie du film noir, claironnant haut et fort que les héros sont maudits, que "bien mal acquis ne profite jamais". On soupçonne cependant que ce dernier heurt est plus destiné à câliner la morale bourgeoise qu'à dénoncer quoique ce soit comme c'est le cas généralement dans le noir. En tout cas, il n'y a qu'à voir le visage de Gabin qui se contracte, sa mâchoire se gonfle à force de se serrer, les yeux cachés derrière ses lunettes de soleil doivent incendier le mauvais sort.

Très belle fin pour un très bon film, à la mise en scène simple, somme toute peu inventive, mais qui utilise le cinémascope avec intelligence et efficacité, qui sait manier ses comédiens à merveille. Sans génie, mais redoutable, cette machine qu'est un film de Verneuil procure bien souvent un véritable plaisir de cinéma au spectateur. 50 ans plus tard, ça marche encore!

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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

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UNE MANCHE ET LA BELLE de Henri VERNEUIL – 1958
Avec Henri VIDAL, Mylène DEMONGEOT, Isa MIRANDA et Alfred ADAM

À Nice, la riche veuve Betty Farnwell épouse le beau et arriviste Philippe Delaroche. À peine marié, Philippe fait la connaissance de la jeune et troublante Éva et en tombe éperdument amoureux. Ils deviennent amants et Philippe découvre qu’Éva, aussi calculatrice que lui, projette d’épouser un riche héritier. Philippe, ne pouvant supporter l’idée de la perdre, décide, avec sa complicité, d’assassiner Betty…

Adaptation d’un roman noir de gare du très prolifique James Hadley Chase, le film louche un peu du côté du facteur sonne toujours deux fois, sans reposer sur une base de la même qualité. L’histoire présente plusieurs invraisemblances criantes (la scène où Henri Vidal fait croire qu’il enregistre des courriers, limite ridicule) , mais cela donne finalement au film un côté grand guignol, et donc de la saveur, surtout dans la seconde partie (la première est assez languissante). La photographie est admirable, notamment les vues sur la côte d’azur et la superbe villa (je me demande si ce n’est pas la villa Ephrussi de Rothschild). Le crime machiavélique échafaudé pour se débarrasser d’Isa Miranda, cougar malheureuse, et qui ne va pas se dérouler aussi facilement que sur le papier, apporte une forte dose de tension (avec des éclairs de génie en matière de photographie quand Isa Miranda tente de sa sauver tel un fantôme). L’interprétation est bonne et Mylène Demongeot, convaincante en garce blonde, manipulatrice à souhait. Un polar limite camp qui fait passer un bon moment.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

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Alligator wrote:http://alligatographe.blogspot.fr/2013/ ... neuil.html

Mélodie en sous-sol (Henri Verneuil, 1963)

Il est alors question du temps qui a passé, de cette France qui change déjà (Sarcelles est devenue New-York pour le vieux gangster). Il y cherche son chemin pour rentrer chez lui après 5 ans de tôle. La modernisation en marche des 30 glorieuses ne se fait pas sans égratigner le lustre du passé.
Michel Audiard se délecte de cette perplexité dans laquelle la France populaire patauge : inquiétude et nostalgie se mêlent dans ses dialogues.
Le "C'était mieux avant" était un des dadas (ou travers ?) d'Audiard et probablement de Gabin auquel il n'a jamais caché avoir chopé en vol plus d'une formule qui tue. Mais ça lui aura inspiré des répliques tordantes comme le : "D'ici à ce que vous achetiez vos cagoules chez Old England, y'a pas loin !" du Pacha. :uhuh:
Il est vrai qu'il est également aidé en ce sens par les compositions très modernes de Michel Magne. On ne dira jamais assez combien ce type savait inventer une musique originale, jazzy, avec une richesse de propositions épatante et finalement jouissive. Ses hurlements de trompette, ses percussions sur xylophone ou sur bois (qui rappellent étrangement ce que Goldsmith nous pondra 5 ans plus tard pour "La planète des singes") et ses plaintes métalliques (des scies?) sont autant d'éléments constitutifs d'un style singulier et innovateur qu'on retrouve dans les polars auxquels Magne a participé. Ici, la musique fait un peu plus qu'accompagner, elle hausse le niveau de tension. Que ce soit pendant ou après le casse.
Totalement d'accord.
Ah, ce final! Encore une de ces séquences mythiques qui ont marqué le cinéma français. Et qui, peut-être à elle seule place le film dans la catégorie du film noir, claironnant haut et fort que les héros sont maudits, que "bien mal acquis ne profite jamais". On soupçonne cependant que ce dernier heurt est plus destiné à câliner la morale bourgeoise qu'à dénoncer quoique ce soit comme c'est le cas généralement dans le noir. En tout cas, il n'y a qu'à voir le visage de Gabin qui se contracte, sa mâchoire se gonfle à force de se serrer, les yeux cachés derrière ses lunettes de soleil doivent incendier le mauvais sort.
Et il est insurpassable à ce jeu-là (sauf peut-être par Ventura). Une économie de moyens qui contraste avec l'attitude de Delon au même moment, faussement impassible puis qui soudain pivote penché contre le bar pour ne plus voir ça avec une gestuelle qui rappelle celle de James Dean.
Très belle fin pour un très bon film, à la mise en scène simple, somme toute peu inventive, mais qui utilise le cinémascope avec intelligence et efficacité, qui sait manier ses comédiens à merveille. Sans génie, mais redoutable, cette machine qu'est un film de Verneuil procure bien souvent un véritable plaisir de cinéma au spectateur. 50 ans plus tard, ça marche encore!
Voilà, c'est un produit très bien fini et qui rouille doucement sans que cela nuise à son fonctionnement.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

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Federico wrote:
Alligator wrote:Il est vrai qu'il est également aidé en ce sens par les compositions très modernes de Michel Magne. On ne dira jamais assez combien ce type savait inventer une musique originale, jazzy, avec une richesse de propositions épatante et finalement jouissive. Ses hurlements de trompette, ses percussions sur xylophone ou sur bois (qui rappellent étrangement ce que Goldsmith nous pondra 5 ans plus tard pour "La planète des singes") et ses plaintes métalliques (des scies?) sont autant d'éléments constitutifs d'un style singulier et innovateur qu'on retrouve dans les polars auxquels Magne a participé. Ici, la musique fait un peu plus qu'accompagner, elle hausse le niveau de tension. Que ce soit pendant ou après le casse.
Totalement d'accord.
Oui la musique fonctionne superbement bien dans le film, par contre la comparaison avec l'américain ça me parait pas mal exagéré. On parle bien de "Mélodie en sous-sol" là ? Pour les "plaintes métalliques" c'est sans doute de l'Onde Martenot qu'on entend. Je sais qu'il en a souvent utilisé dans sa musique.

J'aime bien Magne moi aussi, mais je trouve que sa musique passe souvent mieux dans les films qu'à l'écoute seule. Il y a parfois chez lui un côté tire-au-flan très prononcé, mais bon il le revendique et dans les comédies qu'il a mis en musique, c'est un style qui fait souvent mouche. Dans "Les Tontons Flingueurs", il répète toujours ce même foutu thème, dans diverses déclinaisons instrumentales. L'idée est géniale. On pourrait trouver le procédé répétitif et pourtant ça fonctionne. Il a même poussé la farce à faire passer l'une de ces compositions pour une sonate de Corelli !
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

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Un singe en hiver ouvrira le prochain Festival Lumière le 14/10 à la Halle Tony Garnier (Lyon)... en présence de Jean-Paul Belmondo qui a déclaré ne pas l'avoir revu depuis 40 ans !
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by julien »

Bizarrement j'avais moins adhéré à cette veine plus sentimentaliste. Du tandem Audiard/Verneuil, j'avais largement préféré 100 000 Dollars au soleil, pourtant c'est bien plus bourrin mais le style et les répliques m'ont parus plus percutants.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Federico »

julien wrote:Bizarrement j'avais moins adhéré à cette veine plus sentimentaliste. Du tandem Audiard/Verneuil, j'avais largement préféré 100 000 Dollars au soleil, pourtant c'est bien plus bourrin mais le style et les répliques m'ont parus plus percutants.
100 000 Dollars au soleil claque plus par son aspect Salaire de la peur sauce Tontons flingueurs mais Un singe en hiver est quand même un des films les plus accomplis de Verneuil. Lui, Audiard et leurs acteurs se sont formidablement mis au service du roman de Blondin. Il comporte aussi quelques dialogues mémorables et pas seulement les alcoolisés (j'adore la séquence où Belmondo va dans l'incroyable boutique tenue par le génial Roquevert pour acheter un cadeau à sa fille). :D
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

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Demi-Lune wrote:Peur sur la ville (1975)

Et puis, accessoirement, si c'est pour voir très nettement le cascadeur - qui n'est pas Belmondo - couché sur le RER sur le pont Bir-Hakeim, c'est pas la peine, hein. :mrgreen:
Je viens de revoir le film. Mon pauvre Demi-Lune, toi qui me disais encore tout récemment dans ce café que tu n'y croyais toujours pas que c'était lui, il te dit quoi ton ophtalmo? :) Nan parce que même la gueule écrasée sur le toit et en tirant la grimace comme il le fait, je l'ai reconnu parfaitement (même sur le plan de loin où il marche et où sa dégaine est franchement identifiable).

Le film, qui se veut un giallo à la française, ne casse pas des briques, et les plans étirés façon Leone (sans son talent) sont agaçants mais bon, la nostalgie fonctionne sur moi. Et surtout la musique de Morricone.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Federico »

Interview de Bertrand Tavernier à propos d'Henri Verneuil, dans le cadre de l'hommage rendu au Festival Lumière.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by nobody smith »

Après le formidable Des Gens Sans Importance, je me suis plongé avec délectation dans cette Affaire D’Une Nuit. Les deux films partagent le même regard sur le drame ordinaire de personnes ordinaires mais qui ne mérite qu’on y accorde tout l'intérêt possible. L’Affaire D’Une Nuit ne partage pas forcément l’aura quasi-tragique de Gens Sans Importance mais il communique cette même justesse débouchant sur des émotions essentielles. L’histoire est on ne peut plus simple. Un homme retrouve par hasard un ancien camarade de classe et rencontre sa femme. Profitant des évènements, il va coucher avec elle l’espace d’une nuit. Tourné principalement en pleine rue, la mise en scène de Verneuil saisit brillamment ces petits moments qui en disent long (les retrouvailles résument absolument tout ce qu’il est nécessaire de savoir). Le tempo jazzy de la musique de Martial Solal est en ce sens parfaitement exploité. Malgré des points de détails assez gênants comme les caméos de Brigitte Bardot et Dario Moreno (probablement là pour renforcer l’aspect justement banal des principaux protagonistes), la richesse de la réalisation se savoure avec plaisir. C’est beaucoup aimé l’utilisation de la voix-off offrant un lien direct avec les pensées du personnage principal. Son utilisation m’a assez rappelé celle du M. Ripois de René Clément en apportant une certaine dose d’amusement tout en remettant le personnage à sa place (voir comment il s’imagine sa compagne affolée alors qu’elle se fiche éperdument de son escapade nocturne). Ça participe en ce sens un peu plus l’authenticité du spectacle qui n’hésite pas à traiter ses personnages sous un angle défavorable. Cela conduit à une partie centrale où l’acte consommé, le couple se disloque complètement face à la marche des évènements. Mon principal grief envers le film tiendrait probablement à cette section un peu trop longue et ennuyeuse avant de s’achever par la confrontation avec le mari et sa brillante conclusion douce-amère. Ainsi passé ces balbutiements de mi-parcours, Verneuil renoue dans la dernière ligne droite avec tout ce que cet humble spectacle avait de fascinant.[/justify]
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Major Tom »

Dans l'autobiographie de Veber, je suis tombé sur un passage où ce dernier citait quelques réalisateurs avec lesquels il avait travaillé (comprenant Lautner, Molinaro mais aussi Verneuil dans la liste) en précisant que si c'étaient d'excellents réalisateurs, ce n'étaient pas de bons scénaristes. Ils avaient besoin d'au moins un collaborateur, selon lui.

Bizarre, car Verneuil a signé (selon le générique du film, et la fiche wikipédia) à lui seul le scénario (et les dialogues) d'un de ses meilleurs films (même si cela reste relatif tout de même): Mille milliards de dollars avec Deweare. Il faudrait peut-être que je le revois, mais je le trouvais supérieur à bien d'autres de ses films, même certains signés avec Audiard tout de même (style Les Morfalous deux ans plus tard :mrgreen:). Je me demande si Verneuil a vraiment écrit ce film tout seul (beaucoup de scénaristes retiraient leur nom -comme Veber avec Le Magnifique d'ailleurs- quand le résultat leur déplaisait, ou bien tout simplement ils faisaient du "doctoring", consistant à "soigner les scénarios malades" mais sans apparaître au générique, c'était courant), et je me demande qui, si c'était le cas, aurait bien pu avoir collaboré à ce scénario...
Je ne trouve rien, ou pas grand chose, au sujet de Mille milliards de dollars sur Internet. Peut-être dans un livre ou un interview de Verneuil?
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Watkinssien »

Major Tom wrote: Bizarre, car Verneuil a signé (selon le générique du film, et la fiche wikipédia) à lui seul le scénario (et les dialogues) d'un de ses meilleurs films (même si cela reste relatif tout de même): Mille milliards de dollars avec Deweare. Il faudrait peut-être que je le revois, mais je le trouvais supérieur à bien d'autres de ses films, même certains signés avec Audiard tout de même (style Les Morfalous deux ans plus tard :mrgreen:).
Pour l'avoir revu récemment, je considère également ce Mille Milliards de Dollars comme mon Verneuil préféré.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Major Tom »

Watkinssien wrote:
Major Tom wrote: Bizarre, car Verneuil a signé (selon le générique du film, et la fiche wikipédia) à lui seul le scénario (et les dialogues) d'un de ses meilleurs films (même si cela reste relatif tout de même): Mille milliards de dollars avec Deweare. Il faudrait peut-être que je le revois, mais je le trouvais supérieur à bien d'autres de ses films, même certains signés avec Audiard tout de même (style Les Morfalous deux ans plus tard :mrgreen:).
Pour l'avoir revu récemment, je considère également ce Mille Milliards de Dollars comme mon Verneuil préféré.
Ah oui, tu le préfères à Cent mille dollars au soleil ou Un Singe en hiver? c'est pour ça d'ailleurs que je disais que c'est relatif pour en parler comme "un de ses meilleurs films", en raison des chefs-d'œuvre que je viens de citer par exemple, mais c'est vrai qu'en depit de quelques longueurs (surtout au début) il est très, très, très bien ce film. ;)
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Jeremy Fox »

Major Tom wrote:
Watkinssien wrote: Pour l'avoir revu récemment, je considère également ce Mille Milliards de Dollars comme mon Verneuil préféré.
Ah oui, tu le préfères à Cent mille dollars au soleil ou Un Singe en hiver?
Assez largement me concernant. Pourrait bien être aussi pour moi mon Verneuil préféré avec Des gens sans importance
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by nobody smith »

Film fort étrange que voilà. Je comprends mieux pourquoi avec un pitch pourtant classique, Le Corps De Mon Ennemi partage tant sur le topic. Certain y voit un bon cru de la part du réalisateur et d’autres un objet plombant à la limite du nanar. Sortant tout juste de Peur Sur La Ville, Verneuil désirait se positionner à l’extrême opposé du spectacle de cascade constituant ce dernier. Pari relevé de bout en bout puisque malgré une histoire tournant autour de la vengeance, le long-métrage est pratiquement dénué d’action. Si on attend en conséquence de voir Belmondo coller des bourre-pifs pour découvrir qui l’a envoyé en prison, la déception est assurée. L’accomplissement même de la vengeance n’intervient d’ailleurs que très tardivement avec un affrontement se mutant en stratégie politique. Ce qui se raccorde aux fondements du film se concentrant donc avant tout sur sa dimension sociale. Chez Verneuil, l’histoire à raconter prime sur le discours. On touche là un peu à la problématique du film. Verneuil prend donc tout son temps pour détailler le retour du héros en ville et les retrouvailles avec d’anciennes connaissances. Par ces scènes se dévoilent toute la passionnante peinture sociale désirée mais en laissant l’intrigue faire quelque peu du surplace. A cet effet, Verneuil n’aurait peut-être pas dû convier l’auteur du roman originel Félicien Marceau pour l’élaboration du scénario. Je tends à supposer que l’académicien a une écriture du style costaud qui a du mal à passer à l’écran. En résulte des choix narratifs pas toujours heureux. L’utilisation ponctuelle de la voix-off est assez catastrophique à cet effet. Plus élaborée, les flashbacks reconstituant l’ascension et la déchéance du héros s’avèrent également maladroits. Verneuil trouve bien des idées de transitions ingénieuses pour donner une cohérence assez ahurissante à l’ouvrage (participant ainsi à offrir cette envergure sociale), l’exécution est souvent peu convaincante à l’image de ces zooms malheureux. L’esthétisme vieillissant et des effets dispensables (les arrêts sur image du générique, le ralenti vers la fin) en rajoute une couche. C’est assez regrettable puisqu’en dehors de ces points, la mise en scène fait preuve de toute la rigueur qu’on connaît de la part du cinéaste. Le Corps De Mon Ennemi s’avère au final un spectacle fort inégal mais dont les nombreuses ambitions le rendent toujours attachant.
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