Henri Verneuil (1920-2002)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Rick Blaine
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Rick Blaine »

J'ai eu les mêmes doutes, la même angoisse, en le revoyant il y a deux ou trois ans longtemps après l'avoir découvert. Et j'ai été également cueilli par ce merveilleux équilibre entre rire et émotion. C'est un film unique je trouve, un vrai sommet du cinéma.
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Watkinssien
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Watkinssien »

Rick Blaine wrote:J'ai eu les mêmes doutes, la même angoisse, en le revoyant il y a deux ou trois ans longtemps après l'avoir découvert. Et j'ai été également cueilli par ce merveilleux équilibre entre rire et émotion. C'est un film unique je trouve, un vrai sommet du cinéma.
Pour moi, le chef-d'oeuvre de Verneuil! 8)
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Kevin95
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Kevin95 »

PEUR SUR LA VILLE - Henri Verneuil (1975) révision

Je t'aurai Minos. Conscients que le post Jean-Pierre Melville a fait son temps, que quelque chose d'infiniment plus vivant et contemporain se joue dans les polars américains ou italiens, Jean-Paul Belmondo et Henri Verneuil tentent le thriller musclé dans l’hexagone. A froid, on peut toujours pinailler sur l'aspect bis du film, regretter le temps de l'épure, fantasmer un polar purement français ou reconnaitre en Peur sur la ville le début d'une Bebelsploitation tuant sans avertissement l'icône godardienne qu'il se trainait encore, devant... c'est une autre paire de manches. Sur la musique vénère d'Ennio Morricone, les vues des immeubles et la paranoïa flottante introduisent une bande d'une efficacité redoutable. Pas de temps mort, faut que ça bouge, que ça court, que ça se prenne des murs à la recherche de cette enflure de Minos, bad guy instantanément culte. Ce qui m'a toujours le plus bluffé dans Peur sur la ville, outre son rythme, ses séquences mythiques, son Belmondo rentre dans le lard, son méchant très méchant, son Charles Denner calmos ou ses répliques mémorables, c'est qu'il met en scène un super flic qui se fout de l'affaire en cours. Le commissaire Jean Letellier a beau être au cul de Minos, il a constamment l'air de doucement se faire chier, de se focaliser sur un autre méchant au point de laisser une poursuite en plan pour enterrer un vieux trauma (et laisser le spectateur la queue entre les jambes) ou de constamment demander à ce qu'on lui retire l'affaire. Même l'assaut final relève de la contrainte, comme si Letellier voulait liquider l'affaire en deux coups de tatane et ainsi moucher ses supérieurs. Je trouve le double jeu osé et pas si fréquent dans le genre (qui en général simplifie la chose en opposant un bon et un mauvais, point barre). Monsieur 1Kult parle de Peur sur la ville comme le Per un pugno di dollari (Pour une poignée de dollars) du film policier français des années 80, le film qui pose les règles de ce qui fera le sel du french polar à l'américaine (en gros à partir de 1979). Pas faux Paulo, même si le film de Verneuil est très ancré dans son époque (l'érotisme au cœur des débats, l'ombre de mai 68 etc.) il annonce par son ton décontracté et ses muscles apparents, les flics miterrandiens tout en baskets et blouson de cuir. Iconique et punchy, il est grand temps que Peur sur la ville sorte de son ghetto de film du samedi soir au même titre que ses cousins américains ou italiens.
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Demi-Lune
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Demi-Lune »

S'il y a bien quelque chose qui me plaira toujours dans ce film qui ne m'intéresse plus vraiment (outre sa grande course-poursuite et l'ouverture avec Léa Massari), c'est l'exceptionnelle B.O. d'Ennio Morricone. Rarement (jamais?) dans le Cinéma français on aura entendu des sonorités pareilles, glaçantes, machiavéliques, hyper stressantes mais obsédantes. Morricone rassemble toute son expérimentation musicale des années Leone (la mélodie sifflée, l'harmonica) et giallo (le dum-dum pré-The thing, cordes stridentes) et y ajoute une forme de French Touch qui est puissamment évocatrice sur le Paris grisâtre des années 70, et qui me fait considérer Peur sur la ville comme une forme de synthèse de toutes ses recherches sur les textures de cette époque. Très impressionnant. Certains morceaux sont presque à la limite de l'écoutable tellement c'est stressant.
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odelay
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by odelay »

Tavernier et Frémaux faisaient honneur à Henri Verneuil en 2001 où chaque soir il présentait un de ses films.

Mille Milliards de dollars :



Le Clan des Siciliens :



Un Singe en hiver :



Des Gens sans importance :




Mélodie en sous sol :



Ils ne sont pas avares, ces présentations oscillent entre 30 min et 1h
Jerome
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Jerome »

Incroyable. je ne connaissais pas. Merci
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Kevin95
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Kevin95 »

Je me les mets de coté pour une prochaine soirée d'hiver. Merci odelay.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by villag »

Rick Blaine wrote:J'ai eu les mêmes doutes, la même angoisse, en le revoyant il y a deux ou trois ans longtemps après l'avoir découvert. Et j'ai été également cueilli par ce merveilleux équilibre entre rire et émotion. C'est un film unique je trouve, un vrai sommet du cinéma.
Très beau film en effet,que je n'arrive plus à le regarder tant cette fin, poignante,cette solitude qui va vers la mort, qui est déjà dans la mort, me sert le cœur....;J’éprouve le même sentiment à la vision d'un film totalement différent, mais à la conclusion aussi bouleversante, je veux parler des VESTIGES DU JOUR de James Ivory...!!
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Kevin95
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Kevin95 »

I... COMME ICARE - Henri Verneuil (1979) découverte

Retranscription non-officielle de l'assassinat de J.F.K. par un Henri Verneuil qui tente là de redorer son blason entre deux autres films « sérieux », Le Corps de mon ennemi et Mille milliards de dollars. Les trois films forment d'ailleurs une sorte de trilogie politico-économique et traduisent une envie par le cinéaste de sortir de la case "cinéma pour tous" sans pour autant tromper son monde et se travestir en artiste hautain qui daigne s'adresser au plus grand nombre. Verneuil n'est pas (et ne sera jamais) de ce genre là et I... comme Icare est autant la peinture glaçante d'une manipulation politique à grande échelle qu’un thriller aussi simple qu'efficace. Les quelques défauts du film (très minces) se trouve justement dans la sécurité prise par le réalisateur pour ne pas perdre le spectateur, des éléments sont explicités alors qu'on les devine aisément (jusqu'à la définition d'Icare), des infos sont répétées pour être sûr d'avoir tout le monde dans le coup, des personnages en disent plus que la normale. Mais les maladresses de Verneuil font aussi le charme du film, pas de dossier complexe façon J.F.K. d'Oliver Stone, mais une enquête simplifiée et un suspense tenace. Car I... comme Icare se regarde la bouche ouverte, un stress naissant devant les obstacles rencontrés par un Yves Montand droit dans ses bottes, une fascination s'accroit devant la fameuse séquence du teste de soumission (officiellement adaptée d'un bouquin, officieusement l'envie du réalisateur de copiner avec A Clockwork Orange de Stanley Kubrick) et une mélancolie diffuse lors de la scène finale au son d'une partition (oh surprise) divine d'Ennio Morricone. Une réussite évidente, un film important, I... comme Icare donne un nouveau profil à Henri Verneuil, rendant sa filmographie un peu plus passionnante (déjà que !)
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by xave44 »

Kevin95 wrote:Arrrr, j'ai oublié Un singe en hiver. :shock: :oops:

Je rembobine et ajoute que cette sensibilité, Verneuil l'a retrouve dans ce Belmondo/Gabin qui (à mes yeux) est son chef d’œuvre (Des gens sans importance ne doit pas être loin derrière). Verneuil est aussi génial quand il sert le cinéma de genre, une autre forme de talent (ses polars sont du pain tout aussi bénit). Bref, Verneuil c'est extra.
J'adore ce film, et nous sommes visiblement nombreux dans ce cas.
Mais le léger avantage que je donnerais à DGSI, c'est que dans USEI, les dialogues tirent un peu trop la couverture à eux selon moi; ce sont même eux la vedette du film. Et tout est un peu plus "plus", comme si on avait mis un moteur de Porsche dans une VW; on a l'impression de voir sur écran un rêve, une fantasmagorie; c'est pas très sérieux.
Dans DGSI, on est dans le réel, ça ne rigole pas; il y a un coté presque documentaire, d'à la fois très terre à terre et profond; et puis il y a un équilibre assez miraculeux entre le travail de la caméra, la direction d 'acteurs, le scénario, les dialogues etc.
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Jeremy Fox
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Jeremy Fox »

Mille Milliards de dollars - 1981

5ème ou 6ème vision de ce film de journalisme d'investigation et ça fonctionne toujours aussi bien ; l'un des meilleurs Verneuil et l'un des meilleurs films-dossiers du cinéma français. C'est carré, efficace, sans fioritures et pour une fois les flash-back sont très bien intégrés à l'ensemble. C'est certes un peu naïf mais toujours autant d'actualité, c'est formidablement bien joué et la musique de Philippe Sarde est superbe - pléonasme. Bref, je ne m'en lasse pas d'autant plus que Patrick Dewaere est l'acteur principal et que c'est le comédien qui me manque le plus.
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by The Eye Of Doom »

100 000 dollars au soleil 1964

En Afrique saharienne, Bebel s'empare d'un camion tout neuf au changement de valeur. Il vas etre poursuivi sur les pistes par Lino, son collègue et ami cakmionneur, à la demande du patron de la société de transport. Ambiance virile à la française garantie....

Je n'avais pas revu ce classique du petit écran de ma jeunesse depuis au moins 30 ans.
C'était donc une redécouverte et une bonne.
Le film bénéficie de nombreux atouts qui se conjuguent plutôt que se concurrencer.

D'abord le cadre et l'histoire : film d'aventure dans un milieu finalement peu exploité, celui du transport routier, avec en sup un exotisme bien réel ( je prétend pas que c'est réaliste.)

Le savoir faire de Verneuil: professionnelle, carrée, sans effet de manche malvenu, au service de son histoire et ses acteurs. Verneuil donne le meilleur dans le dernier quart entre l'épisode policier, la confrontation autour de là carabine de Bebel, le dialogue final entre Lino et Steiner, la bagarre. La tension nait.
Le surprenant et très élégant plan aérien de l'arrivée du camion de Lino à Mousorrah et de la disparition de Steiner, rappelle que Verneuil sait faire des vrai choix de mise en scène.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Comme indiqué par Lino, le personnage n'est plus rien et s'éloigne insignifiant.
Verneuil exploite aussi bien les magnifiques décors et paysages et s'avère sans problème à l'aise dans les scènes d'action.

Les acteurs : mention spéciale à Gert Frobe très bon dans le rôle du patron de la société de transport dit la betterave. C'est Bebel qui cabotine le plus. Lino et Blier sont impec

Les dialogues d'Audiard mais qui sonnent malheureusement souvent comme trop écrits.

La revoyure aujourd'hui interroge bien sûr sur la représentation des autochtones . A l'exception du personnage d'Ali qui sert de souffre douleur au début et est écarté ensuite sans ménagement, j'ai trouvé cela plutôt juste dans le sens ou ce n'est jamais caricatural ou méprisant.

Par contre, par pudeur, je n'évoquerais pas le traitement de la gente féminine, qui peut à raison faire tousser... c'est un film d'hommes.

Sans être un chef d'œuvre , qu'il n à pas la prétention d'être, c'est un film très recommandable, tout à fait à la hauteur dès productions hollywoodiennes de la décennie précédente.
Je dis précédente car le film de genre à Hollywood avait déjà attaqué sa mutation à la sortie du film il me semble.
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Jeremy Fox
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Jeremy Fox »

Le Casse chroniqué par Ronny Chester à l'occasion de la sortie du film en Blu-ray à l'atelier d'images et The Corporation.
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Roy Neary
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Roy Neary »

Aujourd'hui, Week-end à Zuydcoote est chroniqué par Justin Kwedi.
Le test du Blu-ray StudioCanal associé.
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Thaddeus
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Re: Henri Verneuil (1920-2002)

Post by Thaddeus »

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Un singe en hiver
La rencontre de Gabin et Belmondo, dans un village normand plein de figures pittoresques, a donné l’un de ces petits classiques du patrimoine populaire vaguement méprisés par la cinéphilie officielle sous prétexte qu’ils tombent avec complaisance dans la vieille ornière dorée du cinéma français. Le film est techniquement très correct, du drap soigné, bien coupé, bien repassé, bodygraph emballé par un chef de rayon à gros bagout (Audiard) qui se taille à coups de mots d’auteur la part du lion. Son savoir-faire éprouvé confère à la soulographie de ces roturiers de la muflée verve et cocasserie, malgré le conservatisme rance qui se devine derrière le discours de l’ex-fusilier marin, nostalgique du service effectué aux colonies et de ses sonneries, envois de couleurs, termes d’attaques et souvenirs de bordels. 4/6

Mélodie en sous-sol
Évidemment on la connaît cette histoire rebattue de rififi, de truand ronchonnard tout juste sorti de prison qui veut organiser un dernier coup juteux avant de vivre en grand bourgeois, et qui pour cela doit s’associer à un jeunot. Bien sûr on pourrait considérer d’un œil hautain ce cinéma de papa relevant de l’âge de bronze amélioré qui est celui de l’ère industrielle, de l’efficacité solide, sachant s’effacer devant des vedettes éprouvées pour qui les films sont taillés sur mesure. Il est aussi loisible de prendre un grand plaisir à ce polar melvillien, impeccablement exécuté, mitonné aux petits oignons, honorant les vertus premières de la série noire (précision, suspense, rigueur) et s’abreuvant à la source de certains grands maîtres américains – jusqu’à la pirouette finale dont l’ironie n’est pas sans évoquer Huston. 4/6

Cent mille dollars au soleil
Les paysages désolés du Sahara, une poignée de camionneurs traînant leur passé de bourlingue, quelques poids lourds engagés dans une éprouvante course-poursuite, et voici définies les données éprouvées d’un divertissement dans la pure tradition du cinoche français du samedi soir. Schéma carré, efficace : le premier baroudeur fuit avec le magot, le second cherche à le rattraper, le troisième ferme pépère la marche en sauvant toujours la mise du précédent. Mieux vaut ne pas trop penser à l’âpreté existentielle du Salaire du Peur afin d’apprécier ce divertissement viriliste pour ce qu’il est : un film d’aventures fertile en péripéties et en bons mots, une odyssée pétaradante à forte odeur de gaz, d’essence et de sable chaud, où amitié et filouterie flirtent pour s’assortir finalement en un éclat de rire dérisoire. 4/6

Week-end à Zuydcoote
Vue de près et circonscrite à la seule poche de Dunkerque, en ce mois de juin 1940, la drôle de guerre n’est plus qu’un mélange d’absurdités, de bonnes sœurs qui se rasent dans les églises en ruines, de corps qui brûlent dans l’eau, de cadavres ramenés péniblement à la nage, de réflexes de défense qui deviennent héroïques s’ils font s’abattre un avion ennemi. Pour les hommes plongés dans cet enfer, la communication s’avère chaque jour plus difficile, le croyant peine à se justifier face à l’athée, et il ne reste au protagoniste qu’à se rendre au dernier rendez-vous d’un impossible amour où l’attend la mort. De telles images, nées de la rencontre de l’inspiration et des moyens matériels, adjoignent à la tradition française une forme de lyrisme sec que l’on croyait réservé aux cinémas hollywoodien et soviétique. 4/6

Le serpent
Leçon n°1 : pour semer quelqu’un, commander un G7 au pont de Bir-Hakeim... Parce qu’il envie les méthodes hollywoodiennes, Verneuil signe un "gros" film d’espionnage avec trahisons, meurtres, poursuites et distribution fastueuse alignant des stars de tous pays. Que cet embrouillamini alambiqué de manipulations, de désinformations et de manœuvres d’intoxications, orchestré par les armées de l’ombre des services du renseignement mondial, soit complètement réaliste ou assez fort de café importe peu : dramatiquement parlant tout baigne dans l’huile, et la minutie avec laquelle il dépeint les arcanes de la guerre froide assure un très agréable bain de jouvence. Car le film est un peu aux aventures de James Bond ce que la DS est à l’Aston Martin : moins clinquant, mais mieux suspendu. 4/6

I… comme Icare
Volney-Garrison enquête sur le meurtre du président Jarry-Kennedy, snipé de trois balles, dans sa décapotable, par un certain Daslow-Oswald, depuis la terrasse d’un immeuble. C’est du moins ce que conclut le rapport officiel Heininger-Warren. Refusant cette thèse et se basant sur des pièces et indices troublants (dont un film amateur réalisé par un certain Sanio-Zapruder), le procureur met à jour un complot impliquant jusqu’aux plus hautes sphères de l’état. Malgré les découvertes téléguidées d’une séquence à l’autre, malgré une facture verrouillée qui singe maladroitement les films-dossiers américains de cette période, l’enquête se laisse regarder sans ennui. En son centre, une scène captivante inspirée de la fameuse expérience de Milgram, mais dont le potentiel reste curieusement inexploité. 4/6


Mon top :

1. Mélodie en sous-sol (1963)
2. Week-end à Zuydcoote (1964)
3. Le serpent (1973)
4. I… comme Icare (1979)
5. Cent mille dollars au soleil (1964)

Chéri du public autant qu’il est honni d’une grande partie de la critique française pour sa conception "commerciale" du cinéma, pour son professionnalisme d’exécutant sans personnalité ou pour sa collaboration avec la bête noire de l’intelligentsia (Michel Audiard), le réalisateur de certains des plus gros succès de son époque se (re)découvre aujourd’hui dans l’efficacité indéniable de son savoir-faire.