Henry Hathaway (1898-1985)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Federico
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Federico »

Gustave wrote:Assez déçu par le premier Hathaway que je vais voir à la Cinémathèque : Nevada Smith (1966), avec Steve McQueen assez fade, en dehors du fait que le métissage indien de son personnage soit peu crédible. Le film séduit plus par la variété de ses paysages que par son scénario épisodique qui justifie celle-ci. La vengeance par paliers fonctionne mal car il y manque un vrai beau crescendo émotionnel. La faute sûrement au peu de temps accordé aux personnages secondaires...
Un western imparfait pour certaines des raisons citées mais que j'aime bien pour quelques séquences très réussies (la rencontre avec Brian Keith, l'apprentissage de la lecture avec Neesa et puis la sauvagerie de l'affrontement final avec Martin Landau).
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
Gustave
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Gustave »

Federico wrote:
Gustave wrote:Assez déçu par le premier Hathaway que je vais voir à la Cinémathèque : Nevada Smith (1966), avec Steve McQueen assez fade, en dehors du fait que le métissage indien de son personnage soit peu crédible. Le film séduit plus par la variété de ses paysages que par son scénario épisodique qui justifie celle-ci. La vengeance par paliers fonctionne mal car il y manque un vrai beau crescendo émotionnel. La faute sûrement au peu de temps accordé aux personnages secondaires...
Un western imparfait pour certaines des raisons citées mais que j'aime bien pour quelques séquences très réussies (la rencontre avec Brian Keith, l'apprentissage de la lecture avec Neesa et puis la sauvagerie de l'affrontement final avec Martin Landau).
...avec Karl Malden tu veux dire. Et niveau sauvagerie, woarf, on a vu pire (ou mieux, c'est selon). C'est plutôt
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l'absence de spectacle du dernier face à face qui est surprenante et prend à revers les canons du genre en clôturant le film sur un rejet de la violence.
Federico
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Federico »

Gustave wrote:
Federico wrote: Un western imparfait pour certaines des raisons citées mais que j'aime bien pour quelques séquences très réussies (la rencontre avec Brian Keith, l'apprentissage de la lecture avec Neesa et puis la sauvagerie de l'affrontement final avec Martin Landau).
...avec Karl Malden tu veux dire. Et niveau sauvagerie, woarf, on a vu pire (ou mieux, c'est selon). C'est plutôt
Spoiler (cliquez pour afficher)
l'absence de spectacle du dernier face à face qui est surprenante et prend à revers les canons du genre en clôturant le film sur un rejet de la violence.
Non non, je parlais bien du duel au couteau avec Landau dans le corral. Bon, c'est sans doute pas tout à fait vers la fin puis que Malden doit arriver après mais sa violence m'avait marqué.
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bruce randylan
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by bruce randylan »

Gustave wrote:Assez déçu par le premier Hathaway que je vais voir à la Cinémathèque : Nevada Smith (1966), avec Steve McQueen assez fade, en dehors du fait que le métissage indien de son personnage soit peu crédible. Le film séduit plus par la variété de ses paysages que par son scénario épisodique qui justifie celle-ci. La vengeance par paliers fonctionne mal car il y manque un vrai beau crescendo émotionnel. La faute sûrement au peu de temps accordé aux personnages secondaires...
Ah oui, t'as pas vu le meilleur pour commencer... Loin de là !
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Gustave
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Gustave »

bruce randylan wrote:
Gustave wrote:Assez déçu par le premier Hathaway que je vais voir à la Cinémathèque : Nevada Smith (1966), avec Steve McQueen assez fade, en dehors du fait que le métissage indien de son personnage soit peu crédible. Le film séduit plus par la variété de ses paysages que par son scénario épisodique qui justifie celle-ci. La vengeance par paliers fonctionne mal car il y manque un vrai beau crescendo émotionnel. La faute sûrement au peu de temps accordé aux personnages secondaires...
Ah oui, t'as pas vu le meilleur pour commencer... Loin de là !
Je ne me décourage pas pour autant, je te rassure ! J'irai voir Le Jardin du Diable dimanche soir et peut-être quelques autres d'ici-là. Et puis j'en ai sorti plusieurs de la médiathèque en DVD, j'espère trouver le temps de les visionner. Mais le rythme parisien des rétros est intenable, on n'a jamais trop le temps d'approfondir malheureusement...
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Jeremy Fox
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Jeremy Fox »

Gustave wrote:Je ne me décourage pas pour autant, je te rassure ! J'irai voir Le Jardin du Diable dimanche soir
Bonne pioche !
bruce randylan
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by bruce randylan »

Gustave wrote: Je ne me décourage pas pour autant, je te rassure ! J'irai voir Le Jardin du Diable dimanche soir et peut-être quelques autres d'ici-là. Et puis j'en ai sorti plusieurs de la médiathèque en DVD, j'espère trouver le temps de les visionner. Mais le rythme parisien des rétros est intenable, on n'a jamais trop le temps d'approfondir malheureusement...
Ah oui, ça c'est vachement. Je vais encore en voir 2-3 d'ici la fin du cycle ce week-end (de sûr les deux de dimanche après-midi :wink: ).

Et là, je trouve ça assez calme en fait en ce moment les rétro. Bon, j'avais déjà vu pas mal d'Hathaway et de films japonais Daiei à la MCJP. Ca aide. Du coup, j'ai pu faire une demi-douzaine de séances au FFAST :mrgreen:
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Supfiction
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Supfiction »

Le dossier Hathaway dans le dernier numéro de POSITIF (Février 2014) a l'air sympa. Quelqu'un l'a lu ?
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Profondo Rosso
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Profondo Rosso »

Le Carrefour de la mort (1947)

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Sans le sou, Nick Bianco décide de cambrioler une bijouterie pour offrir un Noël décent à sa famille. Arrêté par la police, il se voir proposer par l'assistant du District Attorney Louie D'Angelo une réduction de peine s'il dénonce ses acolytes. Nick refuse, pensant que ses amis aideront sa famille à survivre. Apprenant trois ans plus tard que sa femme s'est suicidée et que ses deux filles ont été placées dans un orphelinat, il se met à table, et recouvre sa liberté. Alors qu'il tente de reconstruire sa vie loin du milieu du crime, Nick apprend que le psychotique Tommy Udo, qu'il a pourtant dénoncé, est en liberté, sur ses traces...

Kiss of Death s'inscrit dans la veine des polars réalistes produit au sein de la Fox et qui se démarquaient par un tournage délaissant les studios pour des cadres urbains réels renforçant l'immersion. Henry Hathaway en fut le chantre et signa de nombreuse réussites dans le genre dont notamment l'excellent Appelez nord 777 (1948). Le Carrefour de la mort est tout aussi brillant même si l'aspect urbain s'avère plus sous-jacent que dans d'autres polar de la Fox, Henry Hathaway inscrivant cette tonalité réaliste dans un dessein plus global que le seul environnement. Ici il est plutôt question de la fatalité liée à l'appartenance, à l'évolution dans un cadre misérable destinant au monde du crime et la possibilité d'échapper à ce destin. C'est problématique qui hantera tout le film notre héros Nick Bianco (Victor Mature), la voix-off présente dans la première partie du film appuyant cette idée de fatalité. Nick est un fils de malfrat dont le père fut tué sous ses yeux enfant et il aura tout naturellement embrassé la voie du crime une fois adulte. Marqué de ce passif, les employeurs se refusent à lui donner sa chance et le ramène vers l'illégalité, seul moyen de nourrir sa famille. C'est dans cet état d'esprit que nous le retrouvons dans la scène d'ouverture où il est arrêté suite à un cambriolage de bijouterie qui tourne mal. Engoncé dans le code d'honneur de la rue, Nick va repousser l'offre du procureur Louie D'Angelo (Brian Donlevy) lui promettant la clémence s'il dénonce ses complices. Nick reste inflexible pensant que ses acolytes prendront en charge sa famille mais il n'en sera rien, la misère poussant sa femme au suicide et ses deux fillettes étant placées à l'orphelinat.

Le scénario très moral de Ben Hecht et Philip Dunne montre ainsi le cheminement de Nick dépassant son éducation et environnement pour assumer ses responsabilités. Victor Mature dans ce type de personnage au bon fond mais dépassé est formidable d'authenticité (magnifique scène de retrouvailles avec ses deux petites filles), un roc qui dissimule une grande vulnérabilité. Face à lui par contre une véritable ordure irrécupérable avec le terrifiant Tommy Udo (Richard Widmark), psychopathe en puissance et chargé des basses œuvres quand il s'agit de réduire les balances au silence définitif. Hathaway nous place dans une communauté italo-américaine populaire où le meilleur (la sollicitude de Nettie (Coleen Gray) envers Nick en prison, le procureur joué par Brian Donlevy en appelant à la famille pour remettre notre héros sur la bonne voie) côtoie le pire en la personne de Tommy Udo, où l'on passe d'une ruelle paisible aux bouges les plus mal famés voyant se dérouler le pire dans leurs arrières salles. Le stoïcisme et la détermination paisible de Victor Mature va ainsi s'opposer à la pure démence de Richard Widmark qui crève l'écran pour son premier rôle au cinéma. Visage en lame de couteau gorgé de tics nerveux, regard dément et rire glaçant caractérisent ce Tommy Udo imprévisible et sadique. Il suffira d'une scène terrifiante où il balance une femme en fauteuil roulant dans un escalier pour situer son degré de folie et dès lors Hathaway n'a nul besoin de donner dans la surenchère pour rendre angoissante la simple promesse d'une réapparition de ce monstre. Nick ayant été démasqué, la vengeance de Tommy semble inévitable et sa silhouette comme son rire se profilant comme une terrible menace pour notre héros ayant refait sa vie. Cela constituera la dernière étape du film, très américaine dans l'idée ou plutôt que la voie du crime (sans issue) ou celle de la loi (boiteuse puisque libérant son pire ennemi) Nick devra faire face à ses actes et son passé dans une dimension héroïque et sacrificielle qui permettra enfin une réelle renaissance et la paix pour lui et ses proches. Le face à face final, faussement amené comme un règlement de compte désamorce complètement cela et signe la définitive rédemption de Nick par un astucieux et symbolique rebondissement, réécrit d'ailleurs par Philip Dunne quand le scénario initial voyait Nick se cacher plutôt qu'aller au-devant de la menace. Un des meilleurs films d'Henry Hathaway qui connaîtra deux remakes : The Friend Who Walked the West (1958) de Gordon Douglas transposant l'intrigue en western et le plus récent Kiss of Death (1995) de Barbet Schroeder où Nicolas Cage offre une mémorable relecture du personnage de Richard Widmark. 5/6
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by 1kult »

1kult wrote:
bruce randylan wrote:Je parlerai de tout ça plus en longueur dans 1kult à la fin de rétrospective :wink:
Chose promise... 1re partie de l'ami Bruce ci-dessous ! ;)

http://www.1kult.com/2014/01/28/dossier ... atheque-1/
Et qui dit première partie, dit... seconde partie ! Cinq nouvelles "mini-critiques" (je n'aime pas ce terme) de notre camarade Bruce Randylan :

http://www.1kult.com/2014/05/28/dossier ... atheque-2/

:wink:
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Cathy
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Cathy »

14 heures, Fourteen Hours

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Un jeune homme veut se suicider en se jetant de la chambre de son hôtel. Alerté par les cris d'une femme, un policier donne l'alarme et va discuter avec le dépressif.

Henry Hathaway signe un pur chef d'oeuvre avec ce film à suspense. Au départ on se dit qu'on va avoir un film en flashback, le suicidaire va discuter avec le policier et va lui raconter sa vie, mais ce n'est pas du tout ce qui va se passer. On va avoir une critique des médias qui se pressent pour avoir des témoignages et espérer une issue fatale, du voyeurisme des spectateurs qui restent amassés pendant des heures mais qui peut avoir finalement des conséquences positives sur la vie des personnes. C'est bien du cinéma avec cette femme qui veut divorcer et est totalement perturbée par les évènements qui se passent dans l'immeuble voisin, ou encore cette jeune fille qui ne veut pas aller travailler et veut sauver le jeune homme, mais finalement va faire une rencontre qui va changer quelque peu sa vie. Pendant une heure et demie, on suit les discussions, les états d''âme des différents protagonistes. Il y a les psychologues qui donnent leurs conseils, les policiers qui veulent "foncer", ceux qui veulent prendre le temps de discuter, les chauffeurs de taxi qui font dans le morbide en pariant sur l'heure où le jeune homme se jettera dans le vide.
Et puis il y a l'évocation de la vie de ce jeune homme par bribes, au travers de quelques dialogues particulièrement efficaces, avec cette mère indigne, qui pense que son heure de gloire est arrivée, ce père qui n'a pas forcément été à la hauteur, cette fiancée qui vient sauver celui qu'elle n'a jamais cessé d'aimer et puis surtout il y a ce policier partagé entre sa "tendresse" pour le dépressif et les ordres qu'il reçoit.
La force du film est sans doute ce rythme parfait de la narration, sublimée par une photographie fort originale multipliant les contre-plongées, cette vision sur les pieds de l'homme, et puis aussi ces discussions vues à travers l'écran d'une caméra de télévision, ou encore par les reflets des fenêtres, où l'action principale de la scène ne fait jamais oublier le drame qui se joue dans l'hôtel, il y a tous ces coups de théâtre, notamment quand le dénouement est presque acquis et que le suicidaire est prêt à rentrer dans l'hôtel.

Mais ce qui fait la force de ce film, c'est ce casting absolument sans faille, d'abord tous ces seconds rôles brillants avec Grace Kelly dans son tout premier rôle au cinéma et qui joue déjà le rôle d'une femme sophistiquée, Debra Paget en spectatrice malgré elle, Jeffrey Hunter qui tombe sous son charme. Il y a aussi ces parents campés par Agnes Moorehead qui est épatante en mère, Robert Keith touchant dans son rôle de père. Il ne faut pas oublier l'apparition de Barbara Bel Geddes touchante dans son rôle de fiancée. Puis il y a Richard Basehart impressionnant dans ce rôle quand même étouffant et surtout Paul Douglas, l'anti-héros par excellence qui est sensationnel en policier touché finalement par le sort de ce jeune homme dont on ne comprendra les motivations de son geste qu'à travers les explications des psychiatres.

Un film prenant, captivant et sans doute mon coup de coeur du mois !
Rashomon
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Rashomon »

Je l'ai vu il y a une quinzaine d'années, et j'avais vraiment été emballé. Un DVD zone 2 (ou zone 1 avec stfr) ne serait pas de refus, mais on peut attendre longtemps j'en ai peur...
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Cathy
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Cathy »

Ils l'avaient diffusé sur Ciné Classic, en VOST, il y a sept ans. C'est cette copie que j'ai visionnée.
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Rick Blaine
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Rick Blaine »

Il existe en Z1 VOSTA.

Et je rejoint Cathy, c'est un film remarquable!
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Cathy
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Re: Henry Hathaway (1898-1985)

Post by Cathy »

Rick Blaine wrote:Il existe en Z1 VOSTA.

Et je rejoint Cathy, c'est un film remarquable!
J'ai vu qu'en plus dans ton commentaire, tu avais été conquis par Paul Douglas ! C'est un acteur que j'adore, même s'il a un côté anti-héros, il est attachant dans tous ses rôles.