Clarence Brown (1890-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
Howard Hughes
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

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Pour plaire à sa belle (1950)

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Une journaliste dure-à-cuire décide de démolir un coureur automobile qu'elle juge dépourvu de scrupules. Ils finissent par tomber amoureux.

Une charmante comédie romantique qui nous plonge dans le milieu de la course automobile. L'intrigue repose essentiellement sur les fortes personnalités de ses deux vedettes. Gable est un coureur automobile sans scrupules pour qui toutes les actions sont bonnes pour remporter la victoire tandis que Barbara Stanwyck est une journaliste à sensation tout aussi impitoyable quand il s'agit de faire ou défaire une réputation. Quand la seconde décide de faire du premier la victime de son prochain article, la rencontre fera des étincelles, les deux se reconnaissant sans l'admettre dans leur caractère déterminé sans s'avouer leur attirance. La progression dramatique est assez convenue et attendue mais le talent du duo fait passer un bon moment, Gable rejouant son numéro de macho au grand cœur et Stanwyck en femme à poigne, leur union reposant sur leur capacité fendre cette image et se montrer sous un jour plus vulnérable. Quelques jolis moments romantiques nouent ce lien avec brio comme lorsque Gable dialogue au téléphone avec Stanwyck tout en l'observant depuis la pièce voisine ou encore la rencontre nocturne lorsqu'il repère le parcours du circuit de course. Le scénario ne va pas totalement au bout de son idée du renoncement mutuel puisque c'est surtout Gable qui devra se remettre en question au final (même si un rebondissement amorce le changement chez Stanwyck sans totalement exploiter la transformation du personnage) lors de la dernière course.

L'originalité du film repose donc surtout sur ce milieu automobile. La mise en scène élégante de Clarence Brown se fait carrément virtuose lors des séquences de courses où entre effets spéciaux (toutes les incrustations et écrans défilant lors des gros plans de Gable au volant) et vrais moments captés sur le circuit (dont le final filmé à Indianapolis) le montage rend l'ensemble haletant grâce au montage alerte de Robert Kern. Un bon moment donc. 4/6
Profondo Rosso
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Fascination (1931)

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Marian Martin (Joan Crawford) est une ouvrière bien décidée à se sortir de la pauvreté en misant sur ses charmes. À New-York elle rencontre Mark Whitney (Clark Gable), un riche et bel avocat qui l’installe à ses frais dans un luxueux appartement. Marian a tout ce dont elle a toujours rêvé, mais elle désire l’unique chose que Whitney ne semble pas prêt à lui proposer : un mariage.

Un Pré-Code qui en apparence semble mettre en scène la fameuse figure féminine de la "gold digger", cette jeune femme de basse extraction prête à tout pour réussir. Barbara Stanwyck ou Jean Harlow auront popularisé ce type de personnage en ce début des années 30 marquée par la Grande Dépression dans des œuvres comme Baby Face (1933) ou Red-Headed Woman (1932). Joan Crawford semble en tout point dans cette lignée ici en incarnant Marian, jeune ouvrière rêvant d'échapper à sa condition et refusant le destin tout tracé et terre à terre qui s'offre à elle notamment avec l'insistance de son fiancé Al, modeste chef de chantier. Cette avenir doré, elle ne peut y parvenir que par ses charmes et il se présentera comme une sorte de fascinante publicité en mouvement avec ce train dont les wagons défilent et affichent leurs luxes intérieurs à son regard envieux. Désormais elle sa quête sera d'être à l'intérieur du wagon mais étrangement une fois ce but atteint, quelque chose va lui manquer. Le film nous a astucieusement induits en erreur quant à son message.

Possessed est le troisième film mettant en scène le couple Joan Crawford/Clark Gable après Dance, fools, dance et Laughing Sinners (1931). Entretemps les deux stars alors chacune mariées auront entamé une liaison et le spectre de cette romance illégitime place sur le film et est sciemment utilisé par Clarence Brown. Marian se sera trouvé un richissime bienfaiteur en la personne de Mak Whitney, séduisant avocat qui va en faire une femme du monde et l'installer à grand frais dans un luxueux appartement. La scène de leur première rencontre aura affiché avec franchise la nature de leur future relation, Marian ne cachant pas sa quête d'un amant nanti et Mark d'une relation sans attache. Il suffira d'une ellipse de trois ans pour les retrouver dans un lien qui dans la pratique suit les termes de ce "contrat" mais qui dans les faits, les attitudes et les regards entre eux trahit le fait que dans leur cœur ils sont un vrai couple légitime et aimant. Clarence Brown illustre cette idée à la fois dans un érotisme latent superbement amené (Mark et Marian arrivant en retard à leur propre réception pour avoir batifolé juste avant de partir) mais surtout par un romantisme poignant. On pense à la magnifique scène où Marian chante avec désinvolture au piano How Long Will It Last en allemand et en français à ses convives étrangers puis la reprend soudain en anglais les yeux rivés sur l'objet de son affection, Mark qui reste hors-champ. Plus rien ne semble alors exister, l'espace ambiant s'estompe et laisse l'amour de cette femme déborder de l'écran, Joan Crawford se confondant avec son personnage (sentiment que l'on a plus d'une fois durant le film si l'on connaît le passif).

Ce que l'on avait pris pour une ode féministe s'estompe donc, la gold digger laissant place à l'amoureuse éperdue prête à tout pour son homme. Cela dessine à la fois un portrait cru d'une époque où la réussite d'une femme ne peut se faire qu'à travers la tutelle d'un homme mais aussi une belle idée de romance sacrificielle. Cette romance interdite portera toujours le sceau de l'infamie pour une femme dont la réputation ne s'en remettra jamais (la séquence révoltante où Al rabaisse Marian quand il apprend son passé) quand pour un homme il suffit de balayer cet épisode d'un revers de la main. Ainsi Mark sera un candidat idéal au poste de gouverneur une fois allégé de son embarrassante maîtresse mais le film tout en faisant lucidement ce constat cèdera à un poignant final romantique défiant ce déterminisme social et moral. Joan Crawford est absolument magnifique, subtile et poignante dans l'expression de son tourment intérieur (la frustration de ne pas être légitime), que ce soit le moment où elle retrouve son masque frivole après une terrible humiliation ou la douloureuse scène de rupture avec Mark. L'interprétation et la réussite formelle rattrapent ainsi largement le côté peut-être un peu schématique du script dans ce beau mélo. 4,5/6
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Ann Harding
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

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Une rareté de Clarence Brown: Butterfly (1924)
Profondo Rosso
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Âmes libres (1931)

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La fille d'un grand avocat tombe amoureuse de Ace Wilfong, un truand que son père vient de défendre avec succès. Mais lorsqu'elle veut mettre fin à cette liaison, elle réalise que ce ne sera pas si facile...

Norma Shearer avait incarné dans La Divorcée (1930) une magnifique incarnation de la femme hésitante entre la norme et la rupture, récompensée par un Oscar de la meilleure actrice. Âmes libres exploite cette dualité de la star avec brio et plus d'ambiguïté, puisque dans La Divorcée son personnage se forçait à mener une vie dissolue par revanche alors que ce sera bien plus trouble ici. Jane Ashe (Norma Shearer) a été élevée par son père Stephen (Lionel Barrymore) selon des principes de vie libertaires que l'on ressent dès la scène d'ouverture. Jane nue à la salle de bain demande à son père de lui passer ses sous-vêtements, la trivialité et la promiscuité de la scène laissant longtemps supposer qu'ils sont amants et non pas père et filles. Cette existence sans contrainte morale les oppose à leur famille, incarnation des valeurs bourgeoise américaine qui voit d'un mauvais œil cette frange rebelle aux normes.

Cette liberté va pourtant être questionnée chez chacun des protagonistes et remettre en cause leur valeur. Jane va ainsi tomber sous le charme vénéneux et dominateur d’Ace Wilfong (Clark Gable), et Stephen sombrer définitivement à son addiction à l'alcool. Le lien père et fille se désagrège ainsi progressivement, "l'ouverture" ayant ses limites avec la violente désapprobation de Stephen à l'union de sa fille à ce gangster. Clarence Brown après le badinage initial amène ces moments de ruptures avec une puissance dramatique rare, notamment la séquence muette et bouleversante où Stephen découvre sa fille alanguie dans la garçonnière de Wilfong. Toutes les œillères et les peurs ordinaires ressurgissent, remettant en cause les élans libertaires initiaux. Le scénario n'oppose cependant pas morale et norme (symbolisé par l'affrontement entre les bas-fonds et cette aristocratie américaine), le malaise naissant plus de la relation père-fille déséquilibrée. Stephen perdu dans les vapeurs alcoolisées ne peut prévenir suffisamment sa fille du danger qu'elle coure tandis que cette dernière endosse sans y parvenir le rôle de parent envers lui pour le guérir de son addiction. L'échec sera ainsi inévitable en liant ces deux penchants néfastes des protagonistes. Face aux menaces qui les entourent, la fillette réfugiera dans les bras d'un père enfin protecteur au terme d'une séquence intense où Lionel Barrymore se lance dans un monologue final intense. Une scène magnifique (une des plus longues prises -14 minutes- jamais filmée à l'époque) qui contribuera à l'Oscar du meilleur acteur remporté par Lionel Barrymore. La prestation de gangster suave contribuera par ailleurs à la notoriété de Clark Gable, déjà rival amoureux de Leslie Howard ici huit ans avant Autant en emporte le vent. 4,5/6