Mon Oncle (Jacques Tati - 1958)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Sergius Karamzin
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Post by Sergius Karamzin »

Voilà la solution made in NY Times :

When Jacques Tati's comic masterpiece "Mon Oncle" opened in New York City on Nov. 3, 1958, it was presented in two versions: patrons of the Baronet Theater could see "Mon Oncle" with English subtitles, while at the Guild patrons could see "My Uncle," a substantially different version of the film prepared by Tati for English-speaking audiences.

"Mon Oncle" has since become a classic, but "My Uncle" was filed away and forgotten, at least until last year, when its original negative was discovered in Tati's archives. The badly damaged negative was restored by Tati's estate, and the resulting print - in bright, beautiful color - will have its second worldwide premiere tonight at the Museum of Modern Art. After a celebratory screening at 8:30 p.m., presented by Jérôme Deschamps and Macha Makeïeff, the Tati estate's caretakers, the film will return on Wednesday for daily screenings through Sunday. (Showtimes and other information are available at http://www.moma.org.) One of the most painstaking, meticulous artists the movies have produced, Tati obsessed over every detail of his creations, making only five theatrical features between his 1949 debut, "Jour de Fête," and his final film, "Trafic," in 1971.

Though "My Uncle" doesn't fully qualify as an independent work, it does represent a thorough rethinking of "Mon Oncle." A first viewing suggests dozens of variations between the two films. Most obviously, Tati reshot several scenes, using English signs - "School," "Way Out" - instead of the French "École" and "Sortie." But there are many other, more subtle differences: entire sequences appear in one version but not the other, and scenes are shot and edited for different effect."Mon Oncle" imagines a culture in transition between the cluttered, chaotic and pleasure-oriented old Paris neighborhood where Tati's character, the reedy, pipe-smoking Monsieur Hulot, maintains his bachelor residence, and the sterile, modern, oppressively efficient suburbs where Hulot's beloved 12-year-old nephew (Alain Bécourt) lives with his parents, the upwardly mobile Arpels (Jean-Pierre Zola and Adrienne Servantie). The French version seems evenly balanced between the two realms, though Tati's sentimental preference for the litter-strewn streets of the old quartier is clear. There appears to be less of that litter in the English version, and less occasion for the two worlds to meet: the scruffy, rotund greengrocer who calls on the Arpels in the French version does not appear in the English film at all, and the stray dogs that freely and gleefully cross the border seem to have had their range curtailed. In place of these elements, the English version builds up the satire on modern life. A brief scene in which Madame Arpel dresses in a nurse's uniform to serve her son a hygienic meal is extended in the English film to include a few more swipes at such burdensome so-called conveniences as hand-held plate sterilizers. Most tellingly, perhaps, Tati largely restricts the English dialogue to the world of the Arpels. They and their friends now speak almost exclusively in British-accented English, while French remains the language of the old city: of Hulot, his neighbors, the children and (one feels strangely certain) the dogs. Fifty years ago, Tati had already recognized English as the language of globalization, of the erasure of the cultural quirks and individual eccentricities that were his principal objects of delight. In the end, "My Uncle" seems as much a gentle rebuke of the English-speaking audience as a friendly gesture toward it. Though dialogue is not a crucial element in either version ("Mon Oncle" can be fully enjoyed without subtitles), Tati is using it here to draw a line of demarcation, another border between the old world and the new, between a waning Europe and an economically emerging United States. For Tati, a supreme visual artist, language is just another part of the image.


Donc on a plutôt droit à des scènes coupées, contre quelques rallonges ici où là, des plans de signalisation en anglais, et un dialogue partagé entre anglais (les modernes) et français (les anciens).

Bref, tout ça ne me dit pas grand chose, et j'aurais préféré qu'on nous restaure la version originale, même si c'est une curiosité que cette déclinaison exotique...
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Bob Harris

Post by Bob Harris »

Sergius Karamzin wrote:Bref, tout ça ne me dit pas grand chose, et j'aurais préféré qu'on nous restaure la version originale, même si c'est une curiosité que cette déclinaison exotique...
Je rejoins ton avis, même si j'irai sans doute voir cette version au ciné.
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Ouf Je Respire
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Post by Ouf Je Respire »

Sur le Télérama de la semaine prochaine, il y a un article là dessus.
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Encolpio
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Post by Encolpio »

12 pages sur My Uncle dans le monde 2 d'aujourd'hui.
Version tourné simultanément avec la française. Texte de l'article en mp pour ceux que ça int...
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AlexRow
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Post by AlexRow »

Encolpio wrote:12 pages sur My Uncle dans le monde 2 d'aujourd'hui.
Version tourné simultanément avec la française. Texte de l'article en mp pour ceux que ça int...
8) :arrow: MP
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Kevin95
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Post by Kevin95 »

AlexRow wrote:
Encolpio wrote:12 pages sur My Uncle dans le monde 2 d'aujourd'hui.
Version tourné simultanément avec la française. Texte de l'article en mp pour ceux que ça int...
8) :arrow: MP
Pareil ! :wink:
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Post by Super Seb le Bat Coco »

Sergius Karamzin wrote:ça n'a aucun sens cette histoire de tourner en parallèle. j'ai lu tout ce qui est écrit sur Tati et je n'ai jamais entendu parler de ça (alors que c'était le cas pour la version NB de Jour de fête).

De toute façon pourquoi tourner dans une autre langue puisque tout est post-synchronisé chez Tati ?
ben ecoute... dans les années 20 et ce jusqu'a tres longtemps, les films etaient tournés de façon systematique en deux versions... soit que la scene etait tournée avec deux camera differentes. que qu'une version (celle de l'auteur) etait destiné à son pays et que l'autre version (plus generalemnet celui des producteurs - egalement auteur dans les regles et lois americaines) etait simplement destiné à l'export - à l'internationale. alors t'etonne pas que notre tati nationale n'ai pas echappé à ce principe des que ses payeurs n'etaient plus completement francais !
Super Seb le Bat Coco
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Post by Super Seb le Bat Coco »

Kevin95 wrote:
AlexRow wrote:
8) :arrow: MP
Pareil ! :wink:
je veux ! :o
Sergius Karamzin
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Post by Sergius Karamzin »

Vu hier et un peu déçu.

Etant fan ultime de la version "originale", passé les premiers sourires du au générique sur panneaux de chantier en anglais et le logo "My Uncle" taggé à la craie devant lequel Daki pisse...

Cette version offre quelques longueurs qui cassent le rythme. La scène où Hulot va boire un coup et le voisin ivre pose son arroisoir est plus longue de quelques secondes. Ici ou là (dans le terrain vague) le plan dure un peu plus longtemps me semble-t-il. Une scène de lavage de cheveux du gosses en ombre chinoise n'apporte rien.

Par contre il manque des choses importantes :
1) Les dialogues en anglais des Arpel et de la voisine, c'est assez dommage. Car il y a dans les voix originales des timbres et des expressions géniales qui sont passées à la posterité. Le "Tout communique" en "Everything communicates" c'est dommage.
Mais c'est surtout les discussions de boulot avec le "c'est appréciable" du déjeuner, ou encore la discussion sur la bourse incompréhensible qui passent un peu à l'as...
Et le pire dans ce domaine c'est la voisine snob. Elle était sur-snob dans sa façon de parler, avec la voix qui traîne... Ici rien de plus que la voix anglaise des Arpel. Elle ne dénote pas de façon outrageusement ridicule comme elle le devrait. Elle semblait presque parler anglais à l'origine, ici c'est donc annihilé...

2) Il manque la petite séquence devant la télé, avec ce plan des deux fauteuils encadrant l'écran qui annonce le programme "Ce soir : "A vous de réfléchir..."" C'est tellement dommage, cet abrutissement des masses devant la TV était bien vu avec ironie, et surtout terminait la séquence d'installation de la TV. Ici elle se termine une fois qu'on l'allume... pas très intéressant.

3) Il manque la séquence où le mari et la femme tentent de se parler et que chacun fait quelque chose de bruyant (elle passe l'aspirateur, puis il se rase au rasoir électrique de mémoire). Ils ne peuvent donc pas communiquer. Ni avec leur fils ni entre eux.

Un détail : dans la hâte de retourner les scènes avec des mots anglais dans le décor, quand Hulot va chercher son neveu, la première fois, alors qu'il ne semble pas y avoir de vent, l'enseigne Ecole remplacée par School attire forcément mon oeil, et elle est très mince, probablement en carton fort et elle tremble sous le vent, ce qui ne me semblait pas très crédible..

D'autre part, l'image est très belle mais hormis une belle définition je n'ai rien noté de vraiment probant par rapport au DVD Opening, hormis le fait qu'on voit vraiment la tête de Tati en plus gros au cinéma (chose que j'avais remarqué pour Playtime). Finalement il n'était pas contre le fait de bien voir les expressions sur les visages, juste contre le gros plan...

Il y avait je trouve quelques problème d'étallonnage entre les bobines (pas graves je vous rassure), et dans l'ensemble les couleurs sont bien moins saturées que dans le dvd. Il me semble qu'il y a eu un choix manifeste de réétalloner en "moins criard" pour une raison que je ne m'explique pas. Etait-ce la photo d'origine ? Difficile à dire. Les photos d'exploitation sont un peu plus vives mais ça n'est pas représentatif. Cette photo "adoucie" n'est pas désagréable, juste un peu différente et plus froide pour ceuxqui connaissent le film.

Dans l'ensemble cette version n'apporte rien à mes yeux et soustrait quelques petites séquences que j'aimais beaucoup (la TV, la discussion impossible).

Une curiosité.

Enfin une dernière remarque : les écrans sont tellement larges de nos jours (affichant une forme pour le 2.85) qu'ils sont forcément étroits en hauteur. Et donc pour projeter "Mon Oncle" (1.37) on vient projeter une petite vignette minuscule au milieu de l'écran, occupant la moitié de la largeur, tout ça pour entrer dans la hauteur. Dommage.

Vu au MK2 Beaubourg, séance de 21h45 dans une salle de 250 places pleine à 60%... triste.
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Leopold Saroyan
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Post by Leopold Saroyan »

Sergius Karamzin wrote:ça n'a aucun sens cette histoire de tourner en parallèle.
Dorfmann l'a bien fait dans sa dernière oeuvre. :idea:
Et l'on connait tous le résultat.
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Encolpio
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Post by Encolpio »

Leopold Saroyan wrote:
Sergius Karamzin wrote:ça n'a aucun sens cette histoire de tourner en parallèle.
Dorfmann l'a bien fait dans sa dernière oeuvre. :idea:
Et l'on connait tous le résultat.
Voir aussi les 2 versions de l'ange bleu...
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Leopold Saroyan
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Post by Leopold Saroyan »

Je n'avais jamais osé établir le parallèle entre Druids et L'ange bleu mais oui tu as raison.
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Montag
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Post by Montag »

Leopold Saroyan wrote:Je n'avais jamais osé établir le parallèle entre Druids et L'ange bleu mais oui tu as raison.
:lol:
Jipi
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Re: "Mon Oncle" de Tati ressortie (restauré ?).

Post by Jipi »

Hulot tente en vain d’allumer sa pipe avec une allumette. Ce sont les derniers spasmes d’un lunaire essayant désespérément de résister à l’attrait du briquet.

Vestimentairement déphasé, il montre sa différence par le port d’une gabardine et d’un parapluie par temps clair. Son immeuble est l’image architecturale d’un esprit parvenant au but par l’incohérence d’un parcours toujours incertain. On grimpe quelques marches pour aussitôt redescendre de quelques mètres, un léger parcours plat précède une dernière remontée, l’homme est enfin chez lui après de nombreuses remises en questions.

A l’extérieur les terrasses de cafés sont animées, les scènes de marchés pittoresques, c’est un véritable catalogue de transactions entre vendeurs et clients, l’approche est simple, chacun respecte sa procédure de contact en phase avec le règlement relationnel qu’impose les besoins de chaque participant, c'est le royaume de la cause et de l'effet.

Non loin de la, c’est un autre monde, le modernisme a envahi les lieux de cette maison complètement fermée sur elle-même. On déclenche le jet d’eau extérieur en fonction de la position sociale du visiteur, les pièces sont d’un blanc peu engageant, les gestes des occupants maniérés, l’électro ménager est imprévisible

L’imposante voiture sortant du garage est un signe des temps, la naissance d’un nouveau personnage en costume cravate imbu de sa personne, fier de la conception de son logis, recevant ses clients dans des bureaux gris et froids ou les dossiers à traiter sont pratiquement inexistants sur les tables de travail.

C’est la parade de l’inutile que Hulot essaie de contrer par un vieux vélomoteur imposé dans un espace vert ou chaque pas est réglementé.

Gérard l’enfant de la maison s’ennuie et se ressource par des blagues ancestrales sur des terrains vagues seuls endroits naturels encore préservés. Cet oncle tombé du ciel le maintient encore un peu dans des lois dictées uniquement par l’enfance.

Hulot montre ses limites d’intégration par ses difficultés à gérer des tuyaux prenant subitement l’image de saucisses. Par un geste naturel un chien referme la porte électrique du garage sur la maîtresse de maison et son mari, le symbole est fort, un modernisme anarchique tétanise des disciples décontenancés qui ne savent plus comment s’en sortir.

Les grosses voitures américaines prennent possession des routes, c’est la monstrueuse parade de l’arrivisme par l’adoration de la tôle. Playtime s’élabore lentement dans ce premier jet prophétique.

Les seuls éléments non touchés sont les enfants et les chiens qui par leurs ébats respectifs naturels servent de prologue et de conclusion en freinant au maximum ce basculement inévitable de nos sociétés vers le presse bouton.
Chaque individu a le devoir de se réaliser par l'esprit dans le contexte historique de son époque.
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Watkinssien
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Re: Mon Oncle (Jacques Tati)

Post by Watkinssien »

Le burlesque a toujours eu la capacité d'être un catalyseur satirique de son temps. Avec Mon oncle, Tati n'observe plus le plaisir des vacanciers au bord de mer comme dans son chef-d'oeuvre de 1952, mais regarde avec un ahurissement évident les effets d'un modernisme social déshumanisant.
Rempli de poésie bucolique et de gags sonores et visuels d'une grande beauté, le film est un concentré de légèreté dans un monde d'une étroitesse d'esprit désarmante.
Bestiaires allégoriques, machines industrielles, rapports familiaux, innocence de l'enfance, mode de vie social, travail : thèmes évoqués avec maestria par un grand visionnaire, qui préfère largement se forger une naïveté qu'une sûreté conformiste absurde.

Et la grâce de Jacques Tati dans son personnage de monsieur Hulot est inoubliable.
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Mother, I miss you :(