Akira Kurosawa (1910-1998)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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The Eye Of Doom
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by The Eye Of Doom »

Merci k-chan pour avoir exhumé ces échanges. Je ne connaissais pas cet épisode de la ge-guerre Cahiers/Positif, j'ai bien ri !
Quant aux échanges d'argumentaires exaltés, ils m'ont rappellé des débats houleux aux petites heures du matin sur Spielberg, il y a aussi "quelques" années.
Merci aussi pour la compil de citations impressionnantes sur un des mes cinéastes préférés (Fellini!!!, Coppola, Scorsese, Leone, ....)

Sur le fond du débat, j'aurais dû mal à le prononcer car concernant Mizoguchi, j'ai du voir 4 ou 5 films ( Les contes de la lune vague, La rue de la honte, l'intendant Sansho, La vie d'O Haru, ...) dont je ne garde strictement aucun souvenir... Alors que je me souvient bien des vingt et quelques films de Kurosawa que j'ai vu. En fait, je pense que cela dit tout sur le rapport Kurosawa/Mizoguchi me concernant.
J'attends un beau coffret bluray avec STF pour redecouvrir l'autre grand cinéaste japonais. Je ne vois rien venir... Des espoirs ?
Cagney
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by Cagney »

Savez vous quels films seront diffusés durant la deuxième partie de la rétrospective de Carlotta ?
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Jack Carter
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by Jack Carter »

Cagney wrote:Savez vous quels films seront diffusés durant la deuxième partie de la rétrospective de Carlotta ?
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by Strum »

Strum wrote:
kiemavel wrote:Dans le court passage dans lequel Tesson évoque très brièvement l'attitude de Kurosawa durant la guerre, Il rapproche son parcours à cette époque là de celui de Itokawa (l'étudiant proche des milieux progressistes qui va finir par servir le régime) en affirmant qu'il est plus proche de son parcours que de celui du rebelle Noge…C'est vrai que c'est abusé car même si Tesson ne porte pas de jugement, rapprocher son parcours dans le milieu du cinéma (assistant puis réalisateur) durant les années 30, puis celles de la guerre, de celui d'un serviteur zélé (même si tourmenté) du régime, c'est osé…

Ensuite, sur le film lui-même, pas grand chose à redire sauf dans le passage où Tesson prétend que Kurosawa a voulu privilégier la réconciliation nationale quitte à trahir l'histoire car il n'aurait pas restitué la violence de l'époque. Il lui reproche d'avoir montré un peu trop de "résistants" (mais c'est que K s'est intéressé à un milieu d'intellectuels progressistes) et d'avoir minoré les conséquences de la trahison de Itokawa ; et au delà la violence de la répression politique. C'est plutôt vrai mais on peut en faire le constat sans pour autant porter un regard critique sur la volonté réconciliatrice de Kurosawa. L'épuration, c'est pour les autres, surtout "à chaud" et puis même si évidemment le contexte politique est en permanence plus qu'au second plan, si les deux pôles idéologiques s'expriment avant tout par les 2 garçons qui évoluent différemment, le personnage central c'est celui interprété par Setsuko Hara et ce qui intéresse surtout K pour moi c'est ce personnage de femme et ce triangle amoureux dans lequel le contexte politique tient une grande place puisqu'il guide même pour une grande part le choix que fini par faire la jeune femme. Elle est séduite par un homme autant pour les idées qu'il défend que pour son attitude courageuse, mais si elle suit Noge et qu'elle partage ses idées, elle est bien plus indécise ; elle est celle qui observe, qui tente de réconcilier, qui s'inquiète de la radicalisation de l'un, des dérives de l'autre, etc…Elle n'est pas "centriste" ou passive mais mesurée. C'est parce qu'elle passe par un tel personnage que la description de l'époque ne rend pas compte de sa violence. Il me semble.
Tout à fait. Charles Tesson oublie que le regard indulgent que porte Kurosawa sur Itokawa tient à l'humanisme du réalisateur (il trouve des raisons humaines à son comportement : une mère désargentée) et au point de vue de Yukie - il ne fait même pas état du point de vue de Kurosawa sur cette période qui est pourtant exprimé par le réalisateur avec une honnêteté admirable dans Comme une autobiographie. Je ne suis guère friand de ce genre de critique qui se prend pour un juge et qui oublie de parler du film (car Charles Tesson parle du contexte, mais n'analyse guère le film lui-même en vérité) pour donner des leçons de morale à un réalisateur, à 70 ans de distance au nom de je ne sais quels préjugés (Charles Tesson semble avoir pas mal de préjugés sur Kurosawa et en parle parfois avec gêne ; c'était perceptible dans son petit livre paru aux éditions des cahiers du cinéma / Le Monde). Un cinéaste n'est pas un historien. Dommage, car c'est un film sur lequel il y a beaucoup à dire. Ed en a bien parlé dans sa belle critique. Je viens moi-même d'écrire un long article sur le film.
Je voudrais juste préciser ici que l'auteur de cette interprétation contestable que j'incriminais semble être Michael Lucken (un historien du Japon apparemment) plutôt que Charles Tesson (la répartition des textes dans le livret n'est pas claire, mais j'ai bien l'impression en le relisant que l'auteur des textes les plus contestables est Lucken et non Tesson). Le texte de Lucken sur Qui marche sur la queue du tigre, que j'ai vu récemment, est tout aussi contestable. Il n'approche ces films que sous l'angle politique et historique en évacuant toute leur dimension artistique et humaniste.
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ed
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by ed »

Strum wrote: Il n'approche ces films que sous l'angle politique et historique en évacuant toute leur dimension artistique et humaniste.
Si j'ai bien compris les intentions de Wild Side, c'était un peu le parti pris de ces textes (ceux de Tesson étant là pour compléter cette absence)
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Strum
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by Strum »

ed wrote:
Strum wrote: Il n'approche ces films que sous l'angle politique et historique en évacuant toute leur dimension artistique et humaniste.
Si j'ai bien compris les intentions de Wild Side, c'était un peu le parti pris de ces textes (ceux de Tesson étant là pour compléter cette absence)
J'imagine en effet que c'est la raison pour laquelle ils ont confié ces textes à un historien du Japon plutôt qu'à un spécialiste de Kurosawa. Mais le résultat n'est pas toujours heureux, car du coup, plusieurs affirmations de Lucken relèvent à mon avis du contre-sens (dire par exemple que Qui marche sur la queue du titre appelle le peuple japonais "au sacrifice" alors que le film dit l'inverse (puisque le film affirme qu'une vie humaine vaut plus que la tradition et le code de l'honneur japonais), c'est bien curieux). Sur le plan de la méthode, je trouve aussi problématique son choix de ne jamais citer Kurosawa, qui donne énormément d'informations et d'éléments de contexte sur ces films dans Comme une autobiographie.
Cololi

Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by Cololi »

D'ailleurs j'ai vu ce week end Qui marche sur la queue du tigre ... et j'ai trouvé ça vraiment excellent.
Scénario très efficace (comme toujours avec Kurosawa), mise en scène qui montre déjà une grande maîtrise, beaux décors ... et bons acteurs !
J'ai certes un vrai faible pour les reconstitutions historiques du Japon ... mais quand même ...
Bref moi qui présupposais que c'était très mineur ... et bien c'est totalement faux.

J'ai vu aussi Les salaud dorment en paix ... et j'ai été un peu déçu. Certes le scénario est pas mal (mais pas du tout le meilleur de Kuro), la mes est impeccable ... et il y a un très grand Mifune. Un bon film indéniablement ... mais qui ne m'a pas tenu tout le temps à haleine, et qui parfois en dit trop sur l'intrigue. J'ai aimé, c'est juste un petite déception par rapport à al réputation du film, rien de plus.
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Jeremy Fox
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by Jeremy Fox »

Test de Vivre de Kurosawa par Stéphane Beauchet.
homerwell
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by homerwell »

Je vais acheter ce BR, Vivre est un de mes Kurosawa préféré.
Je n'ai pas de connaissances sur l'image et son traitement, mais si je peux me permettre une remarque, je trouve que les captures Wild Side sont plus agréables et détaillées à regarder que les Criterion.
Last edited by homerwell on 22 Apr 16, 09:47, edited 1 time in total.
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tenia
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by tenia »

homerwell wrote:je trouve que les captures Wild Side sont plus agréables et détaillées à regarder que les Criterion.
Ca parait logique vu le coup de boost donné par Wild Side au contraste. Le boost de contraste donne en général une impression d'une image plus détaillée même si ce n'est souvent qu'une impression, notamment du fait que ça fait généralement ressortir un peu le grain.
Dans le cas présent, les captures paraissent vraiment très sombres, mais effectivement, ça donne un côté moins vieillot.
homerwell
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by homerwell »

Je suis sur un autre écran, et je n'ai plus tout à fait le même ressenti... C'est compliqué une image
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k-chan
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by k-chan »

Ai-je le droit de savoir pourquoi mon dernier message sur le topic a été supprimé ?
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by Rick Blaine »

k-chan wrote:Ai-je le droit de savoir pourquoi mon dernier message sur le topic a été supprimé, et sans même que l'on m'en touche le moindre mot ?
Le serveur a crashé... Tous les messages depuis le 24/04 ont été effacés...
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k-chan
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by k-chan »

Ah ok ! Merci pour l'info. :oops:
bruce randylan
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Re: Akira Kurosawa (1910-1998)

Post by bruce randylan »

Kurosawa scénariste :)

Le déserteur de l'aube (Senkichi Taniguchi - 1950)
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En Chine, durant la seconde guerre mondiale, une troupe japonaise rentre dans la ville où est placée leur garnison. Trois femme, employées d'un bar, reconnaissent deux prisonniers au milieu de la foule : une de leur amie et un soldat blessé. Une enquête a lieu pour découvrir pourquoi cet homme a été retenu prisonnier par l'armée chinoise et ce qu'il faisait avec cette femme.

Troisième et dernière collaboration entre Senkichi Taniguchi et Akira Kurosawa qui ne put cependant pas aller jusqu'au bout du projet. En effet, vu le sujet brûlant, la censure demanda de nombreuses ré-écritures entre 1948 et 1950 ; pris par ses réalisations qui commençaient à rencontrer du succès, Kurosawa laissa tomber le projet après la troisième version (sur 7 d'après imdb).
On sent toutefois fortement la présence de Kurosawa au scénario notamment pour sa structure "signature" où l'on fait connaissance avec les personnages indirectement par l'intermédiaire de personnages secondaires avant que des flash-backs ne détaillent plus précisément les raisons qui ont conduit à cette situation. Et bien évidement, on retrouve aussi l'humaniste du futur cinéaste.

Le déserteur de l'aube est donc un mélodrame sure fond de guerre qui se révèle un violent réquisitoire antimilitariste qui n'épargne ni la mentalité des officiers ni l'absurdité des codes de conduites imposés aux soldats qui n'assimilent vraiment à du lavage de cerveau pur et simple. L'officier de la ville ne voit donc aucun problème à considérer les hôtesses du bar comme des prostituées devant répondre à ses demandes. Il n'a aucun scrupule non plus à sacrifier ses soldats pour simplifier ses rapports à l'état-major. Quant au héros de l'histoire, il est tellement conditionné à devoir mourir sur le champ de bataille qui ne supporte pas l'idée d'être prisonnier des forces chinoises et tombe pratiquement dans la folie sous le poids du déshonneur.
Le reste des troupes n'est guère plus glorieuse avec sa galerie d'alcooliques grossiers et braillards (et débraillés).

Avec des mouvements de caméra spectaculaires et très amples et son montage dynamique, la réalisation de Taniguchi parvient admirablement à bien traduire visuellement cette décadence morale avec un excellent direction d'acteurs (et des figurants) pour des plans vivants qui savent capter les états d'âmes des personnages. Regards éteints, habits en guenilles, démarches titubantes, voix menaçantes, chansons avinées etc... Les plans d'ensemble sont à ce titre très réussis en décrivant cette population partagée entre la fatigue du conflit et les excès (forcés) de la boisson. J'avoue d'ailleurs avoir pensé à la fin des sentiers de la gloire où là aussi les soldats poussent un fille à moitié terrorisée à pousser la chansonnette. Je ne serai pas surpris de découvrir qu'il ai vu ce film puisque la condition de l'homme a déjà inspiré Full Metal Jackett.

Une mise en place vraiment brillante qui pose forcément dans le spectateur dans une position instable puisqu'il ne connaît pas encore les tenants et les aboutissants de l'intrigue.
Une fois que le film lance son long flash-back central le film perd un peu de sa force à cause d'un manque d'émotion, de personnages au final conventionnels et dont les motivations semblent un peu trop artificielles, surtout le personnages féminin qui s'amourache trop facilement au héros masculin, desservi de plus par un acteur assez fade.
Quelques longueurs sont également dommageables en n'évitant pas toujours le surplace même si la réalisation reste généralement toujours soignée.

En revanche le dernier tiers est bien meilleur une fois que les amoureux se retrouvent prisonniers. Les personnages deviennent plus réalistes et donc touchants. De plus le scénario offre alors quelques séquences plus marquantes tout en ciblant plus durement ses flèches contre la pensée militariste japonaise. Les chinois n'y sont jamais montrés sous un jour néfaste ou moqueur, ils sont même au contraire presque trop idéalisés dans leur compréhension de la nature humaine.
Les 20 dernières minutes sont vraiment magnifiques avec une intensité dramatique qui n'en finit plus de grimper pour un suspens tout en lyrisme. J'aime particulièrement le responsable de la prison qui prend son temps pour déclarer l'évasion et ainsi donner une chance au couple de s'enfuir (sous l'inquiétude des gardes qui craignent les représailles). La séquences finale est encore meilleure et surprend vraiment par la maitrise de sa réalisation, la nervosité de ses travellings, son découpage saisissant, sa façon de mêler l'individu et l'environnement (très Kurosawa tout ça) et sa capacité à alterner les échelles pour jouer sur l'immensité de cette plaine désertique.

Même si on peut regretter que le film ne possède pas du début à la fin ce souffle romanesque, ce Le déserteur de l'aube est une bien belle découverte qui étonne avant tout par la maitrise du cinéaste et par sa virulence envers l'armée japonaise.

Après l'excellent Col de la montagne enneigée et celui-ci, je suis désormais très curieux de découvrir un jour Jakoman et Tetsu, l'autre collaboration Kurosawa/Taniguchi dont Fukasaku a tiré un remake médiocre mais le scénario possède beaucoup de potentiel.
En parlant de remake, il semble queHistoire d'une prostituée soit un remake du Le déserteur de l'aube... du moins une adaption plus fidèle du roman (mais je n'ai pas encore ce Seijun Suzuki).

Le film repasse le samedi 2 Juillet à la MCJP :wink:
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"