La Comédie italienne

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: La Comédie à l'italienne

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bruce randylan
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by bruce randylan »

Mission Ultra-secrète / Il federale (Luciano Salce - 1961)

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En 1945, un fasciste, un peu naïf et discipliné, se voit confier comme mission d'arrêter un opposant politique, un professeur, et de le ramener à Rome.


Aïe Aïe Aïe ! Terrible frustration que de visionner une comédie italienne peu connue et bien cotée dans de terribles conditions. :cry:
Dans le cadre des projections 35 mm chez mon ami collectionneur, je me faisais une joie de découvrir cette petite rareté. Pas de bol, la copie qu'il avait était en mauvais état : nombreuses tâches de moisissures, piste son endommagée, très fragile (avec de nombreuses cassures) et incomplète. Il y a tout simplement une dizaine de minutes qu'on a dû sauter en milieu de film et la conclusion subit une brutale ellipse en plein climax.
De plus, il faut reconnaître que la VF n'est pas terrible et fait perdre sans doute une grande partie du potentiel du duo entre Ugo Tognazzi (le fasciste) et Georges Wilson (le professeur).

Et le film dans tout ça ?
Pour ce qu'on peut en juger en l'état, ce n'est sans doute pas dans le haut du panier de la comédie italienne avec un scénario qui n'a pas la virulence de la Marche sur Rome (sorti un an plus tard) par exemple. On dira que le duo de scénaristes Castellano et Pipolo ne sont pas Age et Scarpelli.
Par contre, et malgré un rythme qui aurait mérité d'être plus soutenu en effet, il y a suffisamment de bonnes idées malgré tout pour avoir quelques moments réussis comme les poèmes dédiés à Mussolini, la démonstration de conduite en moto, le champs de mines ou le running gag du petit livre de poésie dont les pages servent de papier à cigarette. Plus que les gags, l’intérêt réside dans sa description de la fin de la seconde guerre mondiale : les allemands en pleine déroute en sont réduits à réquisitionner un side-car de l'armée italienne, marché noir et vols, jeunesse fasciste livrée à elle-même, couvre-feux, villages en ruine et les leaders fascistes se font passer pour mort. Au milieu de tout ça Tognazzi, un peu simplet, a du mal à comprendre que son idéologie n'est plus seulement en perte de vitesse mais est totalement coupée des préoccupations italiennes. Ca donne ce ton doux-amer et grinçant typique du genre où un fasciste passe du ridicule au pathétique avec une certaine tendresse dans sa description.
Ce dernier trait tient autant à l'acteur qu'au cinéaste Luciano Salce qui tire un excellent parti des extérieurs (et le refus des transparences). Les paysages, comme ses costumes d'ailleurs, révèlent son arrogance et ses convictions de plus en plus ébranlées, passant des profondes vallées à des terrains boueux bombardés jusqu'au habitations dévastées.
La fin est une conclusion très réussie et logique de cet aller-retour à Rome qui a désormais connu la libération américaine.

Pour l'anecdote, il s'agit de la première bande-originale composée par Ennio Morricone ! Début peu glorieux cela dit pour une musique balourde façon cartoon qui dessert souvent le film.

J'aimerai donc bien découvrir dans des conditions plus "traditionnelles" (surtout que le public turbulent, pas forcément très connaisseur de la Comédie à l'Italienne, s'attendait à une grosse farce). Warner (!) a sorti le film en DVD en italie avec sous-titres espagnols (!!). Certaines sources indiquent aussi des ST anglais mais j'arrive pas à trouver de tests fiables. Quelqu'un sait où trouver ça ?
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bruce randylan
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by bruce randylan »

Pour rester dans les projo 35mm du copain collectionneur, on avait aussi pu découvrir ça il y a quelques semaines

Elles sont dingues, ces nénettes / L'uccello migratore (Steno - 1972)

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Un professeur de Sicile est muté à Rome, dans une université troublée par des manifestations étudiantes. Son manque de confiance se heurte rapidement aux tempéraments de ses élèves et à une de ses collègue plutôt coincée.

Steno n'a jamais été un grand réalisateur et il le prouve une nouvelle fois dans une mise en scène pour ainsi dire inexistante qui se contente d'enregistrer platement les séquences sans la moindre idée visuelle. L'intérêt - relatif - se trouve davantage dans son scénario qui surfe sur les contestations post '68 pour donner un peu de fond à cette comédie "les sous-doués font la grève" qui rehausse un peu la dimension vaudeville de la partie sentimentale. C'était sans doute opportuniste à l'époque mais c'est assez amusant de relier ça aux événements actuels. Et la dernière partie, davantage politisé, élève un poil le contenu. Enfin, c'est loin d'être une profonde enquête sociologique.
L'avantage c'est qu'on ne s'ennuie pas forcément même si on déplore régulièrement le manque d'imagination des gags très prévisibles et la mollesse de la caméra de Steno. Mais entre deux portes qui claquent (l'oncle et sa garçonnière) et les "bons" tours joués aux étudiants au nouveau prof ("si on le laissait tout nu sur la plage ?"), il y a tout de même quelques moments plus réussis qui parviennent à faire sourire et même rire, surtout via le personnage (pas super subtil non plus) de Rossana Podestà, collègue du héros masculin, qui est un volcan sous la neige (et dont la mère cultive toujours le souvenir de son feu mari, donnant lieu à un déjeuner bien cocasse).
Par contre, il n'y a pas de secret, les meilleurs gags sont directement issus de l'humour plus grinçant de l'authentique Comédie à l'Italienne comme le bras dans le plâtre qui ressemble à un salut fasciste ou les élèves mafieux qui refusent de répondre aux questions.

Une nouvelle fois, la VF n'aide assurément pas à améliorer l'humour du film et la copie française semble avoir couper une sous-intrigue (le prof sicilien a l'air d'avoir été envoyé à Rome avec l'espoir que son incompétence accélère la fermeture de la faculté rebelle).
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Holden »

Le disque italien d'Il federale possède bien des sous-titres anglais. Voici deux captures de mon disque :

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bruce randylan
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by bruce randylan »

Le disque Warner alors ?
Cool, merci beaucoup :)
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Holden »

En fait, j'ai une édition plus ancienne, éditée par Medusa avec ce visuel :

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Elle n'est plus sur Amazon.it, mais on la trouve encore sur eBay.

Du coup, je ne sais pas si le Warner a des sous-titres anglais.
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Rick Blaine
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Rick Blaine »

Amazon.it indique des STA sur le warner. Je l'ai pris, on verra bien et je viendrais faire un retour. Au pire de mon côté, je peux me contenter des sous-titres espagnols qui sont mentionnés plus explicitement.
Holden
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Holden »

Sur Amazon, l'image du verso de la jaquette du Warner n'indique pas de sous-titres anglais. La fiche Amazon, elle, en indique en effet, mais avec une date de sortie en 2005 qui correspond plus logiquement au Medusa.
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Rick Blaine
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Rick Blaine »

Suspense, on verra ce que je reçois. :mrgreen:
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Rick Blaine »

J'ai reçu un disque avec la jaquette Warner, mais dedans c'est bien le disque Medusa, avec les mêmes menus que le tien et les STA. :D
Holden
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Holden »

Bonne nouvelle pour vous !
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Profondo Rosso »

Misère et Noblesse de Mario Mattoli (1954)

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À Naples, dans les années 1880, Felice Sciosciammocca, un écrivain public sans le sou, partage l'appartement où il vit en famille, avec la famille de son ami Pasquale, un photographe de rue. Les deux familles désargentées y cohabitent tant bien que mal, bien souvent contraintes de se passer de repas. Un jeune aristocrate, Eugenio, amoureux d'une danseuse, Gemma, leur propose un marché : Felice et Pasquale, en échange d'un somptueux repas, se feront passer pour ses nobles parents afin de convaincre le père de la demoiselle, un ancien cuisinier quelque peu infatué de noblesse, de la laisser l'épouser.

Misère et Noblesse est une merveille de vaudeville toute à la gloire de la personnalité comique de Toto alors au sommet de sa gloire. Le film constitue le point central d'une trilogie où Toto incarne le même personnage dans une série d'adaptation de pièces du dramaturge napolitain Eduardo Scarpetta (Un Turco napoletano (1953), Misère et noblesse et Il medico dei pazzi (1954), tous réalisés par Mario Mattoli). Misère et Noblesse est la troisième adaptation de cette pièce écrite en 1888, après celle muette de 1914 (dans laquelle joue d'ailleurs Eduardo Scarpetta) et une parlante de 1940 (où joue cette fois Vincenzo, fils d'Eduardo Scarpetta). Le film s'inscrit pleinement dans le cadre du néoréalisme rose où les sujets sociaux s'imprégnaient de comédie plutôt que du drame, avec ici une patine de film historique théâtral et visuellement chatoyant (et à la mode .

Cet aspect factice et théâtral est assumé dès la scène d'ouverture où le spectateur est associé à ceux d'une pièce, les crédits du film apparaissant quand ceux-ci lisent le livret et l'histoire démarrant alors qu’ils voient le rideau se lever depuis leur loge. Le tournage en studio, la propreté dénuée de réalisme et les couleurs pastel du procédé Ferraniacolor (moins onéreux que le Technicolor) mettent donc en valeur les acteurs plutôt que l'environnement pour souligner la pauvreté des héros. Les familles de Felice (Toto) et Pasquale (Enzo Turco) se partagent ainsi un appartement exigu, accumulant les loyers de retard et peinant à nourrir leur famille. Le jeu outré et les dialogues vachards soulignent par l'hilarité leur situation désespérée entre dettes et faim qui les tenaillent. La placidité et presque insouciance face à un dénuement trop habituel souligne paradoxalement ce désespoir, dans des situations triviales (Felice et Pasquale se disputant en douce une tartine de confiture chez la jolie voisine d'en-dessous (Franca Faldini future épouse de Toto)) souvent porté par le génie comique de Toto (l'hilarant gag où il fait commander une pizza en pensant à tort être payé par un client).

La narration habile caractérise avec limpidité une multitude de personnages, leurs interactions et passif (la femme quittée de Felice, le prétendant vieillissant de Gemma (Sophia Loren) la danseuse...) qui serviront dans la dernière partie purement vaudevillesque. Le mélange de cabotinage et d'instinct primaire de crève-la-faim de nos héros se faisant passer pour des nobles - et où s'articule le thème central u clivage social insurmontable sans l'artifice et la tromperie - provoquent une hilarité irrésistible que la mise en scène conventionnelle de Mario Mattoli ne fait pas complètement décoller. Les quiproquos multiples se résolvent ainsi de manière un peu précipitée et sans avoir exploités suffisamment étirés leur potentiel comique. Il n'en reste pas moins une superbe comédie où le ressent la patte de l'écriture de Ruggero Maccari, partenaire d'Ettore Scola encore scénariste puis réalisateur sur ses meilleurs films comme Affreux, sales et méchants (1976) dont Misère et Noblesse semble être un prédécesseur léger.4,5/6
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Supfiction
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Supfiction »

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On s'est fait plusieurs comédies italiennes durant les fêtes, notamment le méconnu Adua et ses compagnes de Antonio Pietrangeli avec Simone Signoret, Sandra Milo et Emmanuelle Riva (un peu une sorte de version féminine de La belle équipe) ou une revision de Le pigeon durant laquelle j'ai réalisé que Claudia Cardinale était doublée dans sa propre langue (il apparaît qu'elle a été doublée dans plusieurs films italens au début de sa carrière car on trouvait sa voix trop grave).

Mes parents m'ont demandé : "ils ne font plus rien en Italie ?"
Et effectivement quand on parcourt ce topic on réalise que la comédie italienne est pratiquement totalement inconnue au delà des années 70. Pourtant quand on regarde le box office italien, on se rend compte que les italiens continuent à avoir de gros succès locaux. Est-ce si nul qu'ils n'osent plus les exporter en France ? Ou bien est-ce la distribution française qui ne s'y intéresse plus ? Les deux peut-être..
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cinéfile
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by cinéfile »

Supfiction wrote:durant laquelle j'ai réalisé que Claudia Cardinale était doublée dans sa propre langue (il apparaît qu'elle a été doublée dans plusieurs films italens au début de sa carrière car on trouvait sa voix trop grave).
Je crois que c'est aussi parce qu'elle ne maitrisait pas parfaitement l'italien courant à cette époque. Elle avait été élevée dans une famille d'émigrés en Tunisie où l'on ne parlait que dans un dialecte régional. Sa première langue "officielle" est le français.
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Kevin95
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Kevin95 »

Dans ses mémoires, elle raconte effectivement que sa voix rauque rebutait les producteurs italiens qui préféraient une voix plus... féminine.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)