La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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makaveli
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by makaveli »

je viens de voir the wild bunch .
mon avis :
un grand western a mi chemin entre les leones et les westerns classiques.
ce que j'ai aimé:
-les scènes de début et de fin incroyables :shock:
-la prestation de william holden que je ne connaissais pas(j'ai pas mal de lacune :lol: )
-une dénonciation de l'absurdité de la violence
-des hommes unis jusqu'à la mort
-la musique( meme si en dessous des westerns de leone)

ce que je n'ai pas aimé:
-quelques longueurs
-une vf moyenne (des phrases que je n'ai pas compris faute au personnage qui n'articule pas du tout)
je suis exigent.
en conclusion faut que je le revois en vo mais il fera surement parti de mon top 10 western
Anorya
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Anorya »

makaveli wrote:je viens de voir the wild bunch .
mon avis :
un grand western a mi chemin entre les leones et les westerns classiques.
ce que j'ai aimé:
-les scènes de début et de fin incroyables :shock:
-la prestation de william holden que je ne connaissais pas(j'ai pas mal de lacune :lol: )
-une dénonciation de l'absurdité de la violence
-des hommes unis jusqu'à la mort
-la musique (meme si en dessous des westerns de leone)
Attention, la musique de Morricone pour Leone est un cas à part qui a donné une autre touche au western en accord avec les images magnifiques de Leone. Morricone appartenait à une nouvelle génération de compositeurs tandis que Jerry Fielding est plus classique mais c'est quand même une partition superbe. Surtout, l'ami Ennio a plus ou moins réinventé la musique du western en utilisant des instruments qui auraient pu servir en ces temps là. Ce que je veux dire, c'est que, de nos jours la musique de Morricone s'est un peu substituée à la musique qu'on pouvait entendre dans les anciens westerns avant la révolution Leone, voilà, au point qu'on ne connait et ne cite plus que cette dernière (réduisant aussi Morricone à celà, il faut voir les innombrables compilations où ces musiques westerns se taillent la part du lion alors que ce n'est qu'une partie de son immense travail :D ).
M'enfin bon, je ne suis pas le spécialiste d'ennio morricone sur ce forum, d'autres en parleront bien mieux que moi. :mrgreen: :wink:

Sinon oui, William Holden est un acteur immense. Il est très bien aussi (un peu plus jeune) chez Billy Wilder par exemple, notamment dans le chef d'oeuvre qu'est Boulevard du Crépuscule. ;)


makaveli wrote:ce que je n'ai pas aimé:
-quelques longueurs
-une vf moyenne (des phrases que je n'ai pas compris faute au personnage qui n'articule pas du tout)
je suis exigent.
en conclusion faut que je le revois en vo mais il fera surement parti de mon top 10 western
Pour ma part, les longueurs disparaissent à la seconde vision. ;)

Un très grand film d'un grand réalisateur. :D
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Sybille
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Sybille »

Lorsque j'ai découvert ce film il y a deux ans, j'ai eu l'impression, d'une certaine manière, de ne pas l'avoir 'ressenti' comme il fallait. Je ne l'ai pas revu, je mets juste ce que j'en avais écrit à l'époque.

The wild bunch / La horde sauvage
Sam Peckinpah (1969) :

Western de la deuxième heure, "La horde sauvage" me laisse sur une assez plaisante impression, avec pourtant un léger sentiment de contradiction quant à la nature même du film. Je croyais en effet regarder un film "sérieux", peut-être même sinistre, et me retrouve devant une espèce de farce où les plaisanteries sont légion, où les différents personnages se révèlent dans l'ensemble plutôt grotesques, et où même les litres de sang qui jaillissent des corps foudroyés par les balles devient un spectacle qui prête plus à sourire qu'autre chose. La mise en scène extrêmement maîtrisée de Sam Peckinpah se montre particulièrement efficace sur la profondeur de champ, un atout indéniable pour les magnifiques paysages mexicains dans lesquels se déroule le récit. On pourra aussi admirer à sa juste valeur l'originalité du générique de début : sur une musique aux accent militaires, le film laisse place l'espace de quelques secondes à des gravures en noir et blanc, images qui reprennent sous forme de dessins le plan interrompu juste précédemment. Et c'est enfin avec un plaisir non dissimulé qu'on retrouve quelques acteurs du vieil Hollywood, William Holden et Robert Ryan en tête. 7/10
Droudrou
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Droudrou »

à propos de la bande originale on n'évoque jamais ces chants mexicains qui accompagnent la horde et qui résonnent comme une musique funèbre d'une procession qui va à la mort et qui s'en rit comme un défi surtout les images du générique de fin ! j'ai toujours été curieux d'en connaître la signification même si on la devinerait... images fortes qui illustrent tout le côté pessimiste du film et sa violence !
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tenia
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by tenia »

Je sais que c'est mal de demander un truc comme ça mais voilà : j'avais lu une analyse - découpage du final de La horde sauvage, et malgré une recherche sur DVDClassik ainsi qu'une recherche google, pas moyen de la retrouver.
Elle m'avait marqué car elle était, qui plus est, fort illustrée de captures du film.

Est-ce que quelqu'un l'aurait lu aussi et se souviendrait d'où c'était ?

Merci !
Alligator
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Alligator »

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... bunch.html

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Mon premier blu-ray, emprunté à la médiathèque Fellini n'aura pas constitué le feu d'artifice visuel que j'espérais. Finalement peu marquant, le dvd Warner est un peu trop baveux sur les mouvements, la netteté des plans fixes ne relevant le tout qu'avec parcimonie.

Sur ce western tardif (1969), Peckinpah s'intéresse au genre, manifestement sous son aspect le plus intestinal, celui de la violence. Elle est au centre du film. Dès le générique on assiste à un drôle de jeu, celui du cirque antique : des enfants s'amusent à regarder un scorpion se faire dévorer par des fourmis rouges. Lors de l'éclatement final, il ne vous échappera pas qu'un des protagonistes majeurs est un enfant armé d'un fusil. Sans concession, le scénario s'enfonce dans le parti-pris frontal de dessiner une société extrêmement cruelle et cynique : le sort du scorpion renvoie à celui d'Angel (Jaime Sánchez) dont le prénom est tout un programme en contraste évident aux motivations longtemps bassement vénales du groupe. Et que dire de la mort d'un des membres de la horde au début du film? Grièvement blessé, William Holden n'hésite pas une seule seconde à l'exécuter. On achève bien les chevaux. La violence des rapports de force qui animent le groupe exige d'évincer l'élément qui montre des signes de faiblesse. Les railleries sur la chute de William Holden suite à la détérioration d'un étrier sonnent comme de tristes menaces et montrent un regard confraternel bien singulier où l'individu tient une place fragile. Force va à la force. La moindre faiblesse peut être le commencement de la déchéance, de la vieillesse. La mort plane sans arrêt sur les vivants.

Dans cette fange, des éclairs d'humanité permettent aux hommes de se révolter. Subrepticement. Mais le font-ils vraiment par honneur ou bien par lassitude? Cette horde sauvage n'est-elle pas fatiguée de ses propres turpitudes? A l'image du cinéma de Sergio Leone, ce film de Peckinpah raconte l'ouest vieillissant, cette époque finissante où les hommes commencent à ne plus être libres et par conséquent exprimèrent leur violence sans retenue. Je ne sais pas s'il s'agit d'un film moral. Peut-on l'affirmer? Peut-être l'est-il par la bande, le rebond du billard? Drôle de film en tout cas, qui semble plus complexe qu'il en a l'air.

Dans le même temps, Peckinpah se sert sans doute de la violence avec une sorte d'outrance jubilatoire, à force de giclées sanguinolentes et de ralentis, avec un montage parfois syncopé, ultra rapide et découpé qu'on finit par se demander dans quelle mesure il n'est pas mû par un certain désir de provocation, à vouloir créer une surenchère d'effets excessifs, produire un malaise chez le spectateur coincé entre la réjouissance d'un spectacle morbide extravagant et le dégout face à cette débauche, afin de démontrer que l'être humain est souvent tenaillé par deux irrépressibles contingences : celle qui gouverne les instincts peu raisonnés, profondément enfouis, proches de l'animal et celle qui lui permet de vivre en société, en bonne intelligence, plus vertueuse et peut-être un peu trop hypocrite parfois. D'une façon un peu perverse, le film titille le spectateur et lui montre ce plaisir qu'on veut croire malsain, comme ces gosses qui se marrent devant le pauvre scorpion bouffé par les fourmis, comme ces soldats qui trainent le corps d'Angel en rigolant. Mais le propos n'est pas sadien, jusqu'au boutiste comme celui de Pasolini dans "Salo". Peckinpah signe une œuvre encore regardable par la majorité alors que "Salo" est à réserver aux cœurs les mieux accrochés.

La horde sauvage s'appuie sur un récit très classique finalement et sur son casting ultra connu, une distribution du tonnerre. Le jeu des comédiens est de très grande catégorie.
William Holden est un très grand et le prouve merveilleusement avec un rôle pas évident de vieux chef de bande usé.
Son acolyte Ernst Borgnine maitrise. Une scène difficile pour lui et il la passe avec une aisance et une assurance qui laissent pantois d'admiration. Magnifique.
J'avoue à ma grande honte que j'ai mis un sacré foutu temps pour reconnaitre Edmond O'Brien. Le bougre a beaucoup vieilli et s'est bien grimé. Méconnaissable.
Le rôle qui est réservé à l'immense Robert Ryan (quel acteur, nom de dieu!) est malheureusement peu présent finalement, une portion congrue qui ne permet pas de profiter comme il se doit de ce gaillard. Légère déception. Pourtant dans ce qu'il a à faire, il fait bien le boulot.

Bref, un très bon western dont je n'ai sans doute pas encore saisi tous les éléments. Je le sens plus profond encore. A revoir peut-être.
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moonfleet
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by moonfleet »

Petite question, en quoi consiste la différence de 7 minutes entre le dvd standard et la director's cut ??
Une, deux, trois scènes ?? Des images fixes "réintégrées" ?? ...

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Thaddeus
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Thaddeus »

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Le point de non-retour



En quelques plans économiques et féroces, les éléments d’un piège funeste sont disposés : des enfants qui torturent des arthropodes venimeux, des mercenaires à l’affût sur un toit, un défilé de fanatiques religieux adeptes d’une ligue de tempérance, et le manège d’une poignée de criminels impassibles, dissimulés dans des uniformes de l’armée régulière, qui investissent un bureau de paye. La première phrase de dialogue éclate en pleine tension : "S’ils bougent, tuez-les !" Par un savant calcul, les mots "Kill’em !" sont prononcés à la seconde où s’inscrit sur l’écran le nom de Sam Peckinpah. Choix éloquent. La chose peut être prise à la lettre (le cinéaste va effectivement liquider tous ses héros) ou au figuré, l’abattage du spectateur étant le résultat ultime de ce film dévastateur entre tous, conçu par le plus précis et implacable des sharpshooters. Dès la séquence d’ouverture s’instaure une fatalité sereine et rigoureuse, un rite de mort qui prend peu à peu l’allure d’un suicide collectif. Peckinpah s’intéresse par-dessus tout aux hommes qui vivent à contre-courant de l’histoire. Major Dundee prenait comme contexte la guerre de Sécession pour ce qui a failli ne plus s’appeler les États-Unis et la lutte contre l’entreprise coloniale de Napoléon III et Maximilien. Dans La Horde Sauvage, le vieil Ouest chasse ses outlaws et le Mexique fait sa grande Révolution. Les deux longs-métrage apparaissent comme les maillons extrêmes d’une même chaîne historique. On a affaire à des vestiges, des mastodontes d’une ère pré-diluvienne, des desperados lucides se sachant perdus et condamnés. Le film capte les derniers soubresauts d’un territoire qui est en train d’entrer dans la légende et que l’on finit de refouler hors de ses frontières. Vieillis, marqués de façon indélébile par leur expérience, les héros n’ont d’autre choix que de disparaître ou de s’adapter aux mutations de leur pays. La seule référence à cet avion auquel ils ne peuvent pas croire suffit à marquer de manière insolite, baroque voire fantastique la prise du temps sur des personnages anachroniques et voués à l’extinction. Il n’est guère étonnant que le réalisateur aime à faire tourner des stars du cinéma hollywoodien classique au crépuscule de leur carrière. William Holden et Robert Ryan se renvoient ici un même visage buriné, déconfit, qui leur permet d’exprimer leur impuissance devant le paysage de fin du monde en lequel se meut peu à peu un univers qu’ils ont connu plus chatoyant, et où tout n’est n’est plus désormais que poussière, débâcle et dévastation.


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Chef d’une bande de hors-la-loi disciplinés, efficaces, silencieux, Pike Bishop appartient à une ère ancienne de maîtres aventuriers dont les seuls survivants sont, à ses côtés, son fidèle complice Dutch, le vieillard Sykes, et contre lui son ex-ami Deke Thornton, qui est un véritable alter ego. Ce dernier est mobilisé à la poursuite d’un homme qu’il admire, comprend, approuve, et sur les traces duquel il marche sans jamais combler la distance qui les sépare jusque dans la mort. Pyke, blessé à la cuisse et moqué par les siens qui le regardent froidement tomber de cheval, sent qu’à la première occasion ils le laisseront crever sur place. De même, Thornton est en butte aux plaisanteries douteuses des pouilleux maléfiques qui font semblant de le tuer. Tout au long de cette traque, les deux faux adversaires vont s’observer, se mesurer, se répondre, réagir ensemble, plus d’une fois se deviner. Depuis leur premier regard de méduse, en pleine rue lors de la fusillade introductive, ils contemplent en l’autre leur propre image : celle de solitaires désabusés et mélancoliques, hantés par la nostalgie d’une innocence irréversiblement perdue. La révolution, qu’ils considèrent avec un intérêt poli, n’est pas faite pour eux. Le village mexicain, sorte de rêve édénique, leur demeure étranger. Ils se sont retranchés de tout ce qui est positif ou comporte l’espoir d’une vie meilleure, se sont condamnés d’avance, et dans leur propre trépas ils savourent la joie de savoir qu’ils emmèneront avec eux beaucoup d’adversaires. Peckinpah ne souscrit cependant à aucun romantisme du crime. Non seulement il n’excuse pas ses brigands, mais il les divise par des querelles incessantes, souligne leur puérilité assassine, leur éthique atrophiée, leur égoïsme intrinsèque. Cet aspect sommaire et inaccompli, on le retrouve dans l’attitude de Pike et de ses séides envers les femmes. Belles ou non, jeunes ou vieilles, elles leur donnent du plaisir (bacchanale des frères Gorch dans la barrique de vin), et en cas de trahison elles connaissent l’issue habituelle. Tout leur étant dû, ces crapules ne payent même pas les jeunes mères qui se vendent à eux par famine. Thornton doit son arrestation et sa longue détention à une fille facile, et c’est une soldadera qui, au cours de l’holocauste final, tire dans le dos de Pike et contrebalance l’échec d’une armée entière. Toute idée d’attachement, de fidélité, d’affection restent lettre morte auprès de ces perdants. Voilà pour la horde.

Leurs ennemis sont nombreux et soumis à des interférences perpétuelles. Il y a en tout six factions différentes qui s’agressent, se piègent, s’exterminent. La compagnie des chemins de fer, sorte d’extension de l’agence Pinkerton, recrutant sans discrimination et recourant aux pires exactions dans l’espoir d’épingler sa cible. Les chasseurs de primes, momentanément à la solde de celle-ci mais en tangente permanente vers l’activité individuelle, voire fractionnelle : ce sont des détrousseurs de cadavres, des charognards répugnants et terribles, le plus bas échelon de la mort professionnelle. L’armée américaine du général Pershing, officiellement alliée des gouvernementaux. Le général Mapache, mécréant sanguinaire et totalitaire, torve et obtus, allié de Huerta mais qui n’hésite pas à se procurer des armes en les volant aux troupes gringo (son état-major comprend même, touche cosmopolite typique de l’auteur, un officier de l’armée impériale prussienne). Enfin le peuple mexicain dans sa lutte libératrice, représenté d’une part par Angel et les péons, de l’autre par les hommes de Poncho Villa. Chacune des forces en présence ne peut espérer triompher qu’en éliminant toutes les autres, de face ou par traîtrise. Jouant avec un art consommé des retournements, ruptures de rythme et coups de théâtre, Peckinpah suit la course de ces reptiles crasseux du désert qui zigzaguent imprévisiblement entre les pierres, accablés par un soleil de plomb. L’attaque inaugurale terminée, il repart avec l’exécution d’un traînard, Crazy Lee, qui tire avec un quart d’heure de retard sur ses compagnons. L’épisode du train armé est fait de redémarrages et de mouvements contraires, comme dans un film de Buster Keaton : dynamique du paysage et mécanique de la poursuite, avec toutes les variations possibles. Le réalisateur ose les rebondissements à rebours, comme lorsque Dutch, décidant de ne pas secourir Angel capturé par Mapache et promis à une fin des plus horribles, mesure avec une froideur de stratège la situation pour mieux choisir son heure. Le geste fou du général, tranchant brutalement la gorge de son prisonnier, provoquera pourtant la frénésie meurtrière du quatuor, qui emportera tout sur son passage.


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Engagé contre son gré, avec une remise de peine pour unique motivation, Thornton parachève une ambigüité fondamentale chère au cinéaste, selon qui la justice, le droit, les causes nobles sont des notions toutes relatives. Ce brouillage de cartes, cet équilibre entre deux moments de l’Histoire, ce balancement d’une philosophie, d’un mode d’existence à l’autre, se traduisent en moments et en termes situés au-delà de l’humain. Les massacres de San Raphaël et du camp de Mapache revêtent des allures mythologiques de combats de Titans : on n’est presque plus à hauteur d’hommes (presque seulement, car il y a le sang, les cris, la barbarie) mais de demi-dieux dont l’Olympe (la société, le progrès, la loi) écraserait la révolte. On a eu raison de lier les carnages de La Horde Sauvage à l’actualité américaine, en particulier au bourbier vietnamien dans lequel Nixon n’a cessé de s’enfoncer davantage. La tuerie finale respecte d’ailleurs un équilibre parmi les plus cyniquement médiatisés de l’horreur guerrière en reprenant proportionnellement les pertes respectives : quatre bandits américains contre une garnison de l’armée mexicaine, ou 50.000 Gis pour un million de Vietnamiens. Mais la toile d’apparences et de faux-semblants dans laquelle Peckinpah renvoie dos à dos tous les opposants inscrit son discours dans une dénonciation beaucoup plus large de la dépravation américaine et de la corruption exercée par les États-Unis sur tout ce qui les entoure. La cruauté de cet univers de conflit, d’entropie et de haine est incarnée ici par les enfants. Ce sont eux qui dès le pré-générique jettent des scorpions aux fourmis puis les brûlent vifs, sans même s’interrompre pendant qu’une ville entière est anéantie autour d’eux. Ce sont eux qui s’acharnent sur la dépouille suppliciée d’Angel que le général traîne derrière son automobile. Ce sont eux, témoins indifférents et presque hilares de l’ultime hécatombe, qui définissent une époque trop romanticisée mais où tout était perverti et damné. Attaqué par Villa, un Mapache ubuesque ne fait d’ailleurs son numéro d’héroïque baderne qu’à la seule intention d’un petit télégraphiste ébloui, bambin affublé d’un uniforme gigantesque et qui boit ses paroles, lors d’une scène où s’exprime la pleine folie d’un monde en décomposition. L’un de ces gosses armés qui, significativement, abattront Dutch au règlement de comptes ultime. Justice élémentaire et poétique : lorsqu’à la fête paysanne, les frères Gorch se lèvent pour aller danser avec naïveté et abandon, le vieux chef mexicain explique qu’ils sont tous des enfants, surtout les pires d’entre eux.

Dans cet univers de sauvagerie et de désolation, la dimension amoureuse n’est cependant pas totalement absente : le flash-back sur Pike et sa maîtresse occupe une place stratégique dans le récit, éclaire sa personnalité en soulignant son incapacité à défendre une femme aimée et en expliquant l’origine de sa blessure. Ainsi sa brutalité, son dégoût de la société, son mépris des valeurs morales trouvent-ils pour partie leur source dans une aventure sentimentale achevée tragiquement. Mais il est difficile de s’en tenir à la seule thématique, si riche soit-elle, lorsqu’un réalisateur reconnaît en un film la substantifique moelle de tout son travail. À ces ralentis de fenêtres brisées ou de jugulaires tranchées, à ces audaces inédites de réalisme balistique (les corps qui, tombant d’un toit, pénètrent à même le sol), Peckinpah joint des illuminations quasi eisenteiniennes de monteur survolté. Humoriste, il se rend l’égal de l’humour pratiqué au-delà du Rio Grande lorsqu’il montre Mapache dépaquetant une mitrailleuse Hotchkiss et abattant à deux reprises tout ce qui bouge dans son propre camp. Lyrique, il fait s’effondrer un pont non selon l’optique du clou mais avec une intimité affectueuse, par pans abattus, les corps frappant le fleuve avec une force tranquille et cataclysmique. L’œuvre est encadrée par deux morceaux d’anthologie dont la fulgurance et l’impact physique renvoient à l’évocation des marches d’Odessa, la première assénée comme un coup de poing à la face du spectateur, la seconde libérant les nerfs en une explosion que l’on sent inéluctable, dans une confusion telle que la violence aveugle devient une fin en soi, le stade terminal d’une furie autodestructrice. Et lorsque le vent se lève sur deux portes que surmontent, comme les anges de la mort, des vautours attentifs, le film accède avec une ampleur et une assurance majestueuses aux vastes dimensions de l’épopée. Là où Peckinpah est passé, la douce imagerie de la convention cinématographique n’a plus jamais repoussé.


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