William A. Wellman (1896-1975)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Frances
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Safe in hell de William Wellman (1931) avec Dorothy Mackaill, Donald Cook, Ralph Harolde.

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Première déception pré code. Je n’ai pas vraiment accroché à cette histoire qui situe la majeure partie de son intrigue sur une île infestée non pas d’animaux sauvages et venimeux mais d’hommes lubriques, répugnants et prompts à tous les coups tordus. Le film est court, j’ai trouvé néanmoins que la répétition des situations ou chaque criminel échoué là pour les mêmes raisons que Gilda finissait par lasser. Plus captive que derrière des barreaux Gilda est une proie toute indiquée pour des hommes libidineux l’épiant en rang d’oignon le regard brillant de désir. En ce qui me concerne c’est le dernier quart d’heure qui sauve la mise proposant
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une rédemption sacrificielle d’une rare intensité
.
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feb
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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C'est dommage. Mais la filmo de Wellman est suffisamment riche en Pre-Code pour oublier cette déception (celle de Mackaill aussi mais ils sont bien plus compliqués à voir).
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Frances
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Frances »

feb wrote:C'est dommage. Mais la filmo de Wellman est suffisamment riche en Pre-Code pour oublier cette déception (celle de Mackaill aussi mais ils sont bien plus compliqués à voir).
C'est bien la première fois qu'un de ses films n'emporte pas mon adhésion et que je trouve sa réalisation un peu mollassonne si je fais abstraction de quelques plans généraux qui préfigurent la descente en enfer de l'héroïne. Mais Other men's women, Wild boys of the road et Wings pour ne citer que ceux-là m'ont fortement impressionnée au point de les avoir placé tout en haut de mon podium mensuel.
J'ai lu que Safe in hell avait été adapté d'une pièce, cela joue peut être sur le confinement de l'action qui m'a gênée mais il est juste que l’acharnement du destin sur Gilda la range aux côtés des grandes héroïnes de tragédie.
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feb
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by feb »

Oui comme pas mal de Pre-Code, l'histoire se base sur une pièce d'où le confinement (accentué par le cadre il est vrai). Mais ça n'empêche pas certains d'entre eux d'être d'excellents films (voire un bijou dans le cas du 1er) : Sadie Thompson, Rain, West of Zanzibar, Kongo, etc.
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Federico »

Filiba wrote:
Thunder Birds 1942 William Wellman

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William Wellman a fait mieux.
Hélas, pour l’ancien pilote, ses films sur les aviateurs militaires n’atteignent jamais les sommets (vertigineux il est vrai) où il a porté ses films sur les fantassins (Battleground ! est dans mon top 10 des films de guerre).
Celui là est terne. Pas déshonorant et ni ennuyeux mais terne.
Le comble pour un film en Technicolor-qui-pête-v1.0 .
C’est un film Fox produit par Lamar Trotti qui écrit aussi le scénario sur une idée de Darryl Zanuck. Personne n’a semble-t-il voulu améliorer l’idée du patron.
Le film est pourtant court sans gros défaut, et il a même dans sa main de gros atouts : le dit Technicolor + Gene Tierney.
Le premier fait merveille pour rendre les avions d’entrainements au dessus de l’Arizona dans leur livrée haute visibilité (carlingue bleue foncé et ailes jaunes vif) et surtout pour idéaliser une Gene Tierney éclatante (dont le conseiller technicolor a choisi les tenues).

Justifie l’achat du DVD la scène où elle se baigne nue survolée par un biplan et où elle sort de l’eau ruisselante (Ne vous précipitez pas sur Amazon lisez la suite et puis je rappelle qu’on est en 42, il faudra se contenter de son visage et ses épaules nues).
A part ça le scénario est très convenu : l’instructeur et son élève sont amoureux d’elle, qui va l’emporter?, l’instructeur va –t-il se laisser influencer par cette rivalité quand il s’agira d’évaluer le cadet?.
D’autant que, non mais sans blague, il a connu son père pendant la guerre eud’14.
Une bonne scène en clair obscur (rare en technicolor à cette époque me semble-t-il) où le cadet et l’instructeur discutent dans le noir seulement éclairés par intermittence par une allumette.
Les scénes aériennes sont très correctes et les transparences sont pour une fois très bien intégrées.
Au final, une technique très solide à l’appui d’un scénario plat : pas de tentatives d’insuffler un peu de tension (comique, érotique ou mélodramatique) dans le triangle .

Une grande tirade est répétée par absolument tout le monde dans le film, Gene Tierney comprise, sur que-comme-quoi-les-aviateurs-expérimentés-mais-trop-vieux-comme-l’instructeur-et-Bill-Wellman-sont-super-utiles-à-l’arrière.
C’est la morale du film, à recommander aux complétistes de Wellman, aux fans de Miss Tierney, à ceux qui aiment le Technicolor et à ceux qui aiment les boeing Stearman PT17 jaunes et bleus.

Test Beaver (attention: Gene Tierney inside)
http://www.dvdbeaver.com/film/DVDReview ... review.htm
J'ai torché ma critique avant d'avoir lu le commentaire de Filiba donc désolé pour les doublons car il avait à peu près tout dit. :?

Pure oeuvre de propagande* et d'incitation à l’enrôlement dans l'US Air Force comme il y en aura pléthore en cette année 1942, le film use de tous les clichés associés au genre : officiers supérieurs bienveillants et rassurants, jeunes recrues les yeux brillants, confraternité entre alliés (l'escadrille rassemble Américains, Anglais et Chinois), vieille gloire qui reprend du service et évidemment une jolie fleur au coeur de ce champ (chant ?) très mâle pour l'amourette de service (commandé).

Bon, passé tous ces points inévitablement édifiants, l'avantage avec Wellman, c'est qu'il filme les coucous comme Ford Monument Valley et qu'en prime le Technicolor semble avoir été mis au point pour magnifier ces superbes bi-plans d'entrainement Stearman PT-17 peints en azur et jaune pétants.

Et puis, histoire de devenir un peu plus "coucou", il y a Gene Tierney et là, les plus bégueules ont de quoi perdre le contrôle musculaire des mâchoires et de la langue. Pour ceux et celles qui ne le sauraient pas encore (mais y en a-t-il ?) : Gene en Technicolor, c'est un spectacle unique. Elle a rarement été aussi à couper le souffle et son entrée en scène... euh... J'ai plus les mots... "Anthologique", c'est ça ?
Spoiler (cliquez pour afficher)
La belle est tranquillement en train de prendre son bain tout en haut d'un réservoir planté en plein désert quand son petit copain vient la frôler à plusieurs reprises avec son zinc jusqu'à faire s'envoler son peignoir. Avec un nouveau passage, il lui envoit en guise de secours sa tenue de pilote. Et Gene de descendre de son perchoir, toute menue et craquante, flottant dans ce bien trop large vêtement d'homme. Tenue qu'elle fait mine de dézipper pour la rendre à son propriétaire (OK, pas d'panique, on est en 1942 et elle porte un maillot dessous mais... wahouu quand même !!) :oops: :oops: :oops:
Si sublime que ça fait carrément mal de la voir tomber dans les bras d'un type qui pourrait être son père. Le très buriné Preston Foster avait 20 ans de plus qu'elle et les fait largement.

Comme il se doit aussi, on a droit à l'enrobage de comédie : les deux élèves pilotes britanniques matant les jambes de Gene sous prétexte de chercher des bas pour leur mère et grand-mère puis le joyeux bazar amené par l'irruption de tout un contingent dans le local de formation des infirmières de la Croix-Rouge (dont une qui doit frôler les 2m jette évidemment son dévolu sur un petit pilote chinois terrorisé !**)
Ainsi qu'à l'inévitable rivalité autour de la belle de l'Arizona, partagée entre son old et plus young flame.

L'ensemble reste tout de même très basique et la comédie-romance empiète trop sur le reste. Dommage qu'on voit au final si peu l'instruction des pilotes et de séquences de vol. Un comble pour un film d'aviation (même aussi "commande") signé Wellman. L’atterrissage parfait du novice en pleine tempête de sable et à deux pas de son instructeur emporté par son parachute est d'un irréalisme qui confine au ridicule. D'autant plus qu'à peine sorti de son zinc, celui-ci est retourné par le vent comme un avion en papier !! :shock: :roll:

Preston Foster et John Sutton offrent une prestation tout à fait honorable mais on peut regretter que Dana Andrews, un temps pressenti, n'ait pas été choisi.

A voir pour sa photo aux contrastes magnifiques fleurtant à un moment avec certains Films Noirs ou westerns en couleur*** et bien sûr pour Gene au sommet de sa beauté. Deux arguments pour souhaiter une édition BR même si le DVD est très correct.


(*) Dans le genre "no comment", cf ce dialogue entre Tierney et le jeune Anglais à propos des liens des Américains à l'argent :

- Do you think Americans are money-grubbers ?

- Some of them may be. I wouldn't say it was purely an American trait.

- Thanks, now.

- I traveled around the world once. Everywhere I went, I saw churches and schools and hospitals - even in the jungle - all built with American money for somebody else to use. I never saw any German or Japanese philanthropies.

- I could almost kiss you for that.
:roll: :roll: :roll:

(**) Impossible de mettre un nom sur cette actrice au physique peu commun. Peut-être Kay Vallon, créditée "Large woman" sur IMDB... :?:

(***) Lorsque Sutton vient discuter en pleine nuit dans la chambre de Foster et qu'en lui allumant sa clope s'éclaire soudain le portrait de Gene Tierney.
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Les hommes volants. Men with Wings (1938) avec Ray Milland et Fred MacMurray

Le premier film d'aviation en Technicolor
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... 5&start=60
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Night Nurse (1931)

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Lora Hart (Barbara Stanwyck) postule pour un emploi de nurse dans un hôpital puis obtient son diplôme d'infirmière. En travaillant chez un particulier, elle découvre une sordide machination : deux enfants sont victimes d'un chauffeur (Clark Gable) qui utilise leur mère alcoolique, sous son emprise. Il veut les tuer progressivement afin de profiter de l'argent de leur mère.

Wellman signe un Pré Code singulier qui navigue entre mélodrame, film noir et comédie avec une cohérence toute relative. Barbara Stanwyck sera notre point de repère, navigant par sa bonté et bienveillance entre les différentes ruptures de ton du récit. Elle incarne Lora Hart, jeune femme totalement investie dans sa vocation d'infirmière et la dévotion aux autres, cela nous étant signifié dans un premier temps par sa volonté d'accéder à la formation au poste. On suivra donc son parcours jusqu'à l'obtention de son diplôme où Wellman grâce au contrepoint plus détaché que représente Joan Blondell appuie tout la conviction de Barbara Stanwyck, tout en instaurant un ton léger et badin dans les situations de comédie romantique (la relation avec le mauvais garçon joué par Ben Lyon) et même un côté coquin bienvenu jouant de manière amusée sur la dimension fantasmatique de l'uniforme avec nos nurses vue en petites tenues plus d'une fois.

Toutes les qualités de l'héroïne seront par la suite mises à l'épreuve lors d'une situation révoltante où elle assiste aux maltraitances de deux fillettes par une mère alcoolique et son chauffeur (Clark Gable) souhaitant profiter de leurs biens avec leurs décès naturel. Cette trame sordide va sans doute un peu trop vite dans son déroulement mais Wellman orchestre suffisamment de moments forts dans l'émotion, le pathétique et la cruauté pour marquer durablement. La véritable loque humaine imbibée et égocentrique qu'est cette mère indigne offre une image révoltante quand on voit les frêles silhouettes des fillettes dépérir car affamée. Clark Gable (dans l'esprit de ces premiers rôles très négatif) offre une sorte de Némésis à Barbara Stanwyck, un ange noir face à l'ange blanc ne répondant que par la brutalité et imposant une présence diablement inquiétante dans un rôle initialement prévu pour James Cagney (mais que la Warner réorienta vers des premiers rôles après le succès de L'Ennemi Public (1931)). La Grande Dépression plane évidemment sur le film, dans ses meilleures aspects avec la solidarité et l'implication des deux infirmières que jouent Joan Blondell et Barbara Stanwyck (cette entraide féminine annonçant celle de Convoi de femmes (1951) notamment) dont les origines prolétaires soudent les liens immédiatement. Un prolétariat que l'appât du gain peut pourtant pervertir à l'image de Clark Gable profitant de nantis si détachés des réalités qu'ils en négligent leur propre enfants. Dès lors la justice ne peut s'exprimer qu'à travers les laissées pour compte vertueuses (que sont nos infirmières voire même par le bootlegger au grand cœur joué par Ben Lyon, tous se substituant aux institutions pour le meilleur et notamment avec un final radical et assez osé. 4,5/6
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Rose de minuit (1933)

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En attendant le verdict du jury dans son procès pour meurtre, Mary Martin (Loretta Young) se remémore par flash-back son passé et les évènements l’ayant mené jusqu’ici. Luttant contre la pauvreté dans son adolescence et condamnée à tort pour vol à l’étalage, elle envoyée dans une maison de correction. A sa sortie, elle commence à fréquenter des gangsters, devenant maîtresse et complice de Leo. Puis, une nuit, lors de la préparation d’un cambriolage dans une maison de jeu faisant aussi office de bordel, Mary rencontre Tom Mannering. Cet avocat descendant d'une famille riche et prestigieuse tombe instantanément amoureux d’elle et l'aide à échapper à la police.

Midnight Mary est un mélodrame en forme de destinée tragique d'une fille perdue comme Wellman a pu en dépeindre tant dans ses Pré-Codes de l'époque comme Frisco Jenny (1932) ou Safe in Hell (1931). Le film s'ouvre sur une cour de tribunal où l'avocat de l'accusation fait le portrait peu reluisant de Mary Martin (Loretta Young), accusée de meurtre. L'intéressée ne semble en avoir cure, lisant indifféremment un magazine pendant la plaidoirie et la cause semble entendue parmi les jurés parti délibérer. Poursuivant ce détachement et en attendant le verdict, Mary se souvient des évènements qui l'ont conduit jusque-là. Le récit dessine une fatalité inéluctable dans la manière dont doit forcément mal tourner Mary, privée de tout dès l'enfance où elle perd sa mère accusée à tort d'un vol qui la conduit en maison de correction. Le visage doux et angélique de Loretta Young fait passer sans peine l'idée discutable qu'elle subit constamment les évènements, ne rendant que plus brutal chaque étape de sa déchéance notamment la première rencontre fatidique avec le gangster Leo Darcy (Ricardo Cortez) où un fondu au noir laisse deviner un viol. Pourtant tout semble la ramener vers cette mauvaise compagnie, Darcy ne la forçant jamais car persuadé que l'hostilité du monde extérieur la fera forcément revenir. Wellman fait bien sûr planer les fantômes de la Grande Dépression dans le parcours de Mary, à l'image de cette scène où elle erre affamée et sans le sous, les néons des enseignes se transformant pour lui rappeler tous les emplois pour lesquels elle a été repoussée. La vie honnête semble semée d'embûche et laborieuse alors que le mauvais chemin semble si accessible et plaisant et c'est à ce moment-là que Mary abandonne.

Le salut pourrait venir du riche et oisif playboy Tom Mannering (Franchot Tone) tombé amoureux d'elle et qui trouve un remède à sa propre frivolité en offrant une vie décente à Mary. La trame est un peu trop cousue de fil blanc dans son déroulement mais Wellman parvient à susciter l'émotion par la prestation habitée de Loretta Young particulièrement touchante en figure sacrificielle notamment cette scène où elle rejette Franchot Tone pour lui éviter les ennuis lorsqu'un policier la reconnaît, ou encore lorsqu'elle apprend par le journal les noces de Manning. Elle transcende ainsi les situations attendues et les personnages un peu clichés (Ricardo Cortez en gangster macho) pour filer vers un final qui arrive tout compte à surprendre par sa tournure positive inattendue. 4,5/6
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Bastogne (1949)

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, près du village de Bastogne, dans les Ardennes, un groupe de soldats américains livre bataille contre les Allemands. Pendant cet hiver brumeux et neigeux, chacun des deux camps va devoir garder le moral afin de continuer le combat. Les allemands, face aux américains cernés qui refusent de se rendre, décident alors de lancer des missions de sabotage.

William A. Wellman réalise un des plus grands film consacré à la Seconde Guerre Mondiale avec ce Bastogne, sa propre expérience de la Grande Guerre le rendant toujours aussi juste pour dépeindre le quotidien des hommes au front. Le projet naît de la volonté du producteur Dore Schary de consacrer un film à l'héroïsme de la 101° Division aéroportée, qui tint valeureusement tête aux allemands en infériorité numérique près du village de Bastogne, dans les Ardennes. Schary tentera sans succès de monter le film au sein de la RKO dont il dirigeait le département production mais tout s'écroule lorsque Howard Hughes prend possession du studio. Engagé dans les même fonctions à la MGM, Dore Schary peut enfin réaliser son rêve, bien aidé par le scénario de Robert Pirosh, un ancien de Bastogne, et par l'illustrateur hors-pair qu'est Wellman qui venait de marquer les esprit dans cette veine avec The Story of G.I. Joe (1945).

Nous sommes donc en décembre 1944, en France où l'armée américaine progresse difficilement face aux troupes allemande. Le champ de bataille des Ardennes s'avère un des plus harassants par ses conditions climatiques difficiles. Wellman nous plonge dans le quotidien de la 101° Division, une unité déjà à bout de force et qui voit sa possible permission à Paris s'envoler à cause d'une nouvelle incursion des allemands. Wellman rend à la fois intime et universel sa description de cette entité. Chaque soldat est suffisamment caractérisé pour l'identifier et s'y attacher mais c'est plus par les archétypes de leurs traits de caractère, par leurs visages et réaction que chacun s'imprègnera dans l'esprit du spectateur. S'ils sont bien sûr nommés, cette identité reste finalement assez noyée dans cette volonté de dépeindre un collectif. On reconnaîtra ainsi au choix la nouvelle recrue qui a du mal à trouver sa place (Marshall Thompson), le soupe au lait au grand cœur (Van Johnson excellent), le vieux sage (George Murphy) ou encore le doux rêveur (Ricardo Montalban en adepte du baseball). Wellman les capture dans une monotonie faîte d'urgence, de privation et frustration diverse avec cette absence de confort, ces corvées quotidiennes à chaque arrêt et des ordres leur enjoignant de progresser toujours plus loin. Cela se fait d'abord avec un certain amusement, notamment via le personnage de Van Johnson, trop las pour tenter une séduction avec la jolie et pas insensible française (Denise Darcel) qui les loge, son seul plaisir en ces temps difficile lui étant privé avec une fichue omelette qu'il n'aura jamais le temps de cuire car toujours réquisitionné par des supérieurs sur le qui-vive.

L'ennemi ne se résume pas aux allemands, la neige, le froid et l'humidité en constituant de tout aussi redoutable. Wellman traduit cette monotonie par la répétitivité des environnements traversés, le film semblant se résumer aux quatre ou cinq mêmes décors dans lesquels les personnages font des allers-retours. C'est de cette monotonie et de la lassitude qui en découle que peut survenir le danger, la vigilance de nos soldats se trouvant trompées par la fourberie des allemands, par leur guerre psychologique et par ses bombardements incessants pouvant se manifester à tout moment. Dans sa torpeur volontaire, le film dégage ainsi de saisissant éclairs de tension et de désespoir avec ces troupes allemandes semant la mort en se faisant passer pour des américains, cette radio diffusant message et chanson propre à effriter la détermination et de tract aérien enjoignant à abandonner le siège. Ce dernier point est une des originalités du film, cette méthode de brisure psychologique n'ayant pas été vue si souvent dans un film de guerre (de mémoire les japonais recourent à cette même technique dans l'excellent Trop tard pour les héros (1970) de Robert Aldrich. L'épais brouillard fait l'effet d'une prison à ciel ouvert pour nos héros qui y voient surgir des silhouettes ennemies sans prévenir et rendant l'horizon (et donc l'espoir de s'en sortir) indistinct. Une idée fonctionne au propre comme au figuré puisque c'est ce même brouillard qui rend le terrain invisible et empêche le bombardement et le ravitaillement espéré. Bastogne nous narre ainsi un pur récit de survie. Survie face à l'ennemi, face aux éléments, face à soi-même et ses peurs mais aussi et surtout survie pour l'autre. La solidarité, la camaraderie et le sens du sacrifice est magnifique observé par le réalisateur qui montre nombre d'exemple d'abnégation et d'entraide mutuelle tout au long du film. Cela se traduira autant par des scènes explicites de sauvetage (ou du moins tentative), d'un simple regard (le visage fermé de Pop après la disparition de Roderigues) ou d'une phrase (John Hodiak reprenant la phrase qui l'agaçait tant dans la bouche de son camarade disparu dans la dernière scène) ou d'une image avec cette mais inerte surgissant de la neige. La fierté et l'unité de l'entité triomphe et ragaillardira ainsi magnifiquement les survivants dans la poignante marche finale de cette œuvre inoubliable. 5/6
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Jeremy Fox »

A l'occasion du centenaire de la Première Guerre Mondiale, les ressorties de quelques classiques du cinéma de guerre se profilent à l'horizon. C'est le bon moment afin de redécouvrir en salles des oeuvres oubliées par le temps. Carlotta fait le choix de programmer Les ailes (Wings) de William Wellman sur les écrans. Et on les en remercie, tant le film brille toujours de mille feux aujourd'hui, grâce à sa grande beauté, sa stature de mélodrame flamboyant, et son ébouriffante capacité visuelle à embraser le public. Si vous ne l'avez pas déjà vu, foncez ! Un film à vous saisir le coeur, et à s'y loger pour la vie.
Julien Leonard a craqué sur le film

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Wild Boys Of The Road – William A.Wellman (1933)

Wild Boys of the Road est un portrait de l’Amérique de la dépression, on suit le destin de jeunes hommes poussés sur la route et les rails par la peur de devenir un fardeau pour leurs parents aux chômages. Wellman fait un choix fort qui évite à son film de tomber dans le pathos, c’est de filmer cette violence sociale à travers les yeux d’adolescents, ce qui en premier lieu paraît être un peu facile pour chercher l’empathie du spectateur aura finalement l’effet inverse, puisque l’angle choisit par le réalisateur pour mettre en scène cette jeunesse n’est pas la fragilité mais bien la vigueur, l’intrépidité, la naïveté qui permet de ne pas perdre espoir. Tout le film baigne dans une fraicheur revigorante, les moments tragiques (et ils sont légions) sont balayés par d’un revers de manche, nos jeunes routard rêvent à des moments plus heureux, ils sont fiers de tenir tête à des adultes abusant souvent de leur pouvoir et les traitant en pestiférés.
Wellman ne nous épargne rien de la dureté de leurs vies, obligé de voler, de se battre (au sens propre comme au figuré) pour survivre, le tout est montré avec un grand souci du détail anticipant notamment les Raisins de la colère.
Tout cela, c’est déjà beaucoup. Mais ensuite il y a cette fin ///SPOILER///, qui m’a fait très peur, lorsqu’un juge trop gentil pour être vrai sort comme part miracle nos « Wild Boys » de la merd.e. Là je me suis dit, ça y est Wellman se laisse aller, il conclut son film par une scène montrant comment ce grand pays qu’est les USA sauve ses enfants…
Mais c’était sans compter sur la finesse et l’intelligence du réalisateur de L’ennemi Public qui nous montre le plan d’après, ce même juge dans son bureau observant une photo de son fils, là je suis à terre pris par surprise. Non Wellman ne glorifie pas bêtement son pays, il montre juste un homme qui a reconnu un peu de son fils en voyant ces jeunes égarés, sans doute émut il décide d’utiliser l’institution dans le bon sens. ///SPOILER/// C’est une superbe conclusion pour un magnifique film.
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Jeremy Fox »

Night Nurse - 1931

Après 20 premières minutes égrillardes (Joan Blondell et Barbara Stanwyck passent leur temps à se déshabiller) et plutôt bien enlevées, montrant le quotidien des infirmières dans une clinique avec une marâtre comme il se doit pour surveille leur leur moralité, le film bifurque vers une espèce de film noir à complot au scénario totalement inepte. Joan Blondell disparait de la circulation et l'ennui s'installe pour ne plus nous quitter. Wellman a réalisé énormément de superbes films durant sa période pré-code ; pas celui-ci qui est l'un de ses moins bons et les moins intéressants.
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Héros à vendre (1933)

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Durant la Première Guerre mondiale, sur le Front français, Roger Winston reçoit l'ordre de détruire un nid de mitrailleuses allemand, avec une poignée d'hommes, parmi lesquels Tom Holmes, originaire de la même ville que lui. Tom est blessé en capturant un soldat allemand, mais Roger en reçoit les honneurs, bien qu'ayant agi lâchement, ce qu'il se garde d'avouer. Tom est évacué à l'hôpital, où il est soigné à la morphine. La guerre achevée, Roger obtient - dans la banque de son père - un emploi pour Tom, en échange de son silence...

Wellman aura signé à travers ses Pré-codes quelques-unes des œuvres les plus emblématiques de la Grande Dépression sévissant alors aux Etats-Unis comme Wild Boys of the road (1933) ou Frisco Jenny (1933). Héros à vendre est la plus audacieuse d'entre toute avec son altruisme visionnaire annonçant le Frank Capra de L'Extravagant Mr Deeds (1936) et sa description d'un anticommunisme qui n'a pas attendu le Maccarthysme pour sévir.

Vétéran de la Première Guerre Mondiale, Roger Winson (Richard Barthelmess) est dès cette expérience du front un héros spolié. Laissé pour mort lors d'une mission, son fait de gloire est attribué à son ami ayant fait preuve de lâcheté. C'est un homme meurtri qui revient aux Etats-Unis, accro à la morphine qui lui fut massivement administré pour atténuer la douleur de ses blessures. Livré à lui-même il ne rencontrera que l'incompréhension et l'injustice, notamment de son ami riche plus préoccupé de cacher le secret de sa lâcheté. Enfin guéri de ses fêlures, Roger va tenter de se reconstruire et va se confronter à l'évolution néfaste du pays, un capitalisme e une industrialisation qui fera des ravages lors de la Grande Dépression. Grimpant les échelons dans une entreprise de blanchisserie, il promeut l'arrivée d'une machine à laver pouvant alléger la tâche des employés mais les accords pris ne seront pas respectés l'outil remplaçant peu à peu l'humain. Son altruisme ne s'accordant pas avec la froideur calculée de cette nouvelle ère capitaliste, Winson dérange les autorités qui cherchent à se débarrasser de ce "sale rouge". Wellman dans toutes ses œuvres sociales aura su se départir de toute idéologie et son héros à la sensibilité tout simplement empathique est à son image. Les vecteurs d'idéologies sont d'ailleurs violemment fustigés ici, que ce soit l'ingénieur allemand balayant ses préceptes communistes dès sa fortune faite ou le capitalisme représenté par son ami lâche balayé par le krach de 1929.

Richard Barthelmess, immense star du cinéma muet trouve ici un de ses meilleurs rôles d'une ère parlante où il aura plus de difficulté. C'est par l'émotion et la sincérité qu'il dégage que son personnage est incarné et touchant, dépassant le principe de l'idée qu'il représente. C'est peut-être d'ailleurs pour souligner cet aspect que Wellman aura rendu volontairement caricatural le personnage de l'ingénieur russe ou du banquier, coquille vide dévoués à leurs intérêts. Une réussite de plus pour Wellman. 5/6
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Le "western" du week-end : L'inspiratrice avec Barbara Stanwyck. On peut trouver ce film au sein de ce coffret.